Aux rênes de Gangster Montdésir, Richard Vogel remet les pendules à l’heure à Bruxelles
Et de trois ! Après Wellington et Calgary, Richard Vogel et Gangster Montdésir se sont imposés pour la troisième fois dans l’épreuve reine d’un CSI 5*, à l’occasion des Bruxelles Stephex Masters. Moins d’un an après leurs premiers pas ensemble sur la scène internationale, les deux complices continuent d’éclabousser le monde de leur talent. En Belgique, le couple a signé le meilleur des deux doubles sans-faute du Grand Prix, pour supplanter Eduardo Pereira de Menezes et H5*Londontime, frère utérin d’une certaine Keswichtime HV, alias Hello Mango, et Daniel Deusser, associé à sa brillante et bien nommée Pepita van’t Meulenhof, qui a profité du format en deux manches pour opérer une très belle remontée.
Si le titre de champion du monde par équipe auquel il a contribué la semaine passée à Aix-la-Chapelle vaut sans doute toutes les victoires individuelles de la terre, Richard Vogel avait une revanche à prendre. Vaincu de peu à Falsterbo puis malheureux à Dinard et Dublin avec Cloudio, et peu verni en solo sur son phénoménal United Touch S au cœur de la Soers, l’Allemand a pu compter sur son fabuleux Gangster Montdésir, perle de l’élevage girondin de Claire Rebollar et Sylvain Supligeau, pour retrouver le goût de la victoire en Grand Prix 5*. Son dernier succès à ce niveau, le pilote de vingt-neuf ans l’avait déjà acquis avec ce très efficace fils de Kannan, à Calgary, fin juin. Dimanche 30 août, cette fois sur l’herbe belge des Bruxelles Stephex Masters, le numéro deux mondial, qui ne sera sans doute pas loin de détrôner Kent Farrington dès la rentrée de septembre, a survolé deux parcours particulièrement délicats imaginés par le Tricolore Grégory Bodo. Auteur du plus rapide des deux doubles sans-faute de l’après-midi, le couple qu’il forme avec Gangster Montdésir a enfoncé un peu plus le clou et ravi pour la troisième fois de sa jeune association le temps fort d’un CSI 5*.
Richard Vogel et son Selle Français Gangster Montdésir se sont joués de toutes les difficultés du Grand Prix 5* de Bruxelles. © Sportfot
“Remporter cette épreuve me procure un sentiment fabuleux. Gangster a sauté de manière incroyable. Vendredi, il m’avait déjà donné de très bonnes sensations (en terminant troisième de l’épreuve majeure de la journée, ndlr). Aujourd’hui, il a été extraordinaire en première manche, puis totalement avec moi en seconde. Je suis ravi de son comportement et très heureux de m’imposer devant à un tel public et dans un cadre comme celui-ci !”, a réagi l’heureux lauréat au micro de Clipmyhorse.tv. “Gangster est naturellement rapide. Nous n’avons perdu de temps nul part et nous sommes montrés suffisamment efficaces pour nous imposer.” Et de saluer l’importance des grooms, en particulier celle de Géraldine Badan, qui veille sur ses montures en compétition : “Les grooms sont très importants. Ils s’occupent des chevaux sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils donnent tellement pour leur métier. Tout cela ne serait pas possible sans eux. Les grooms sont probablement les meilleurs amis de tous nos chevaux. Avoir un groom comme la mienne est primordial.”

Géraldine Badan est une indispensable artisane des succès de Richard Vogel et ses montures. © Sportfot
En un an, la trajectoire suivie par le bai de dix ans est simplement exceptionnelle. Débarqué dans les écuries de Richard Vogel en septembre dernier par l’intermédiaire de Cian O’Connor, Gangster Montdésir n’a jamais cessé d’impressionner. En août dernier, le petit-fils de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, n’avait disputé qu’un seul parcours à 1,50m, conclu avec douze points sous la selle de Jana Wargers. Peu d’observateurs auraient sans doute misé sur une explosion aussi rapide au sommet… à l’exception, peut-être, de Julia Dallamano-Lorrain et Simon Lorrain, formateurs et premiers fans du Selle Français !

Claire Rebollar et Sylvain Supligneau doivent éprouver un bonheur indescriptible en voyant le produit de leur élevage briller au sommet du saut d'obstacles. © Sportfot
Tracés subtiles et intransigeants
À Wolvertem, à une quinzaine de kilomètres au nord de Bruxelles, le public était présent en nombre pour assister à une nouvelle étape de la Rolex Series. Si l’événement s’est exceptionnellement défait de son titre d’Officiel de Belgique, proximité calendaire avec les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle mais aussi avec le Masters de Calgary obligent, le spectacle a été total dans le temps fort dominical. Au menu, quarante-sept paires en lice pour la victoire, dans une épreuve jouée en deux manches, et deux parcours particulièrement délicats.
Dès l’acte initial, les fautes se sont enchaînées, un peu partout, pour déboucher sur dix-huit parcours sanctionnés d’une faute, auxquels on aurait volontiers pu ajouter celui d’Emilie Conter et sa brillante Portobella van’t Fruitkorf, sanctionnées sur le numéro 1 puis autrices d’une splendide première moitié de parcours avant d’être victimes d’une chute - visiblement sans gravité - après une erreur de distance sur un oxer isolé. À cela, se sont ajoutés deux à un point et cinq clear rounds. Le format en deux manches a donc permis aux douze meilleurs de l’acte initial d’accéder à la finale. Quelques favoris, à l’image de Stephan de Freitas Barcha et l’excellent Dinozo Un Prince*Imperio Egipcio, battus sur le dernier, Marlon Modolo Zanotelli et Dorette, sortis de piste avec huit points, ou encore les très en forme Uno 56, alias Bull Run’s Jireh, et Pallieter vd N.Ranch, complices de Kristen Vanderveen et Piergiorgio Bucci, n’ont pas passé le cut, pas plus que Roger-Yves Bost sur son très prometteur et de plus en plus bondissant Go To Hickstead MF, pénalisé par onze points, et Kevin Staut, signataire d’une très bonne copie sur Exquis RB, treizième et qui poursuit sa folle montée en puissance.
Victimes d'une chute, Emilie Conter et Portobella van Fruiktorf déroulaient pourtant un début de parcours remarquable, malgré une faute sur le numéro 1. © Sportfot
Déjà captivant, le scénario du jour est devenu encore plus palpitant avec la seconde manche, où les parcours à quatre points se sont à nouveau succédé. Denis Lynch et Vistogrand ont été les premiers à revenir en piste… et à faire les frais du terrible mur, placé en numéro 6 de ce second tracé, qui a aussi mis fin aux espoirs de podium de Julien Epaillard, déjà de retour sur son vaillant Fringan de Vesquerie après avoir remporté la Chasse des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle et contribué à la qualification olympique de la France, ou encore de Giampiero Garofalo, pourtant très à son affaire aux rênes du tout bon Querido van’t Ruytershof. Neuf, huit et sixième, l’Irlandais, le Français et l’Italien entourent Nina Mallevaey, qui remettait son titre en jeu, cette fois avec Destine To Be. Le pétillant fils de Diamant de Semilly n’a pas démérité, mais a concédé une faute assez franche lors de chacune de ses apparitions. Sur l’entrée du très fautif double 8 en première manche, puis sur le numéro 2 en seconde. Résultat : une septième place pleine de promesses pour ce hongre AES en pleine ascension.
Excellent résultat pour Giampiero Garofalo et son prometteur fils de Mosito vh Hellehof. © Sportfot
Max Kühner et son partenaire des championnats du monde, EIC*Cooley Jump The Q, qui n’a sauté que deux parcours en Allemagne la semaine passée, ont aussi mis le numéro 2 à terre, avant de concéder une faute supplémentaire, pour terminer douzièmes. Onzième, Lara Tryba n’a pas franchement été récompensée à la hauteur de sa performance. Après une excellente première prestation, seulement entachée d’un point de temps, la Française n’a pu éviter de mettre deux barres à terre pour son retour en piste. Sans doute elle et son Shot Gun, débordant de génie et de souplesse, auraient-ils mérité un encore meilleur classement. Si près du but, le couple redoublera, à n’en pas douter, de motivation pour ses prochains rendez-vous.

Après une première partition quasi impeccable, Lara Tryba et Shot Gun ont écopé de dix points en deuxième manche. © Sportfot
Pepita van’t Meulenhof crève l’écran
Victimes fort malheureuses de l’entrée de double numéro 8 en première manche, Daniel Deusser et sa bien nommée Pepita van’t Meulenhof, une fille d’El Torreo de Muze et de la matrone Carthina, ont été bien inspirés de claquer un parcours parfait en seconde manche. Somptueuse, l’alezane, présentée équipée de simples protèges boulets jeunes chevaux, a une fois de plus crevé l’écran par son talent, son aisance et ses capacités semble-t-il illimitées. Grâce à son score vierge en deuxième manche, la belle et son cavalier, à domicile près de Bruxelles, ont mis la pression sur leurs poursuivants pour opérer une remontée méritée jusqu’à la troisième place du podium.

Quelles démonstrations signées par Daniel Deusser et Pepita van't Meulenhof ! © Sportfot
En effet, après les fautes concédées par Giampiero Garofalo et Lara Tryba, l’Allemand des écuries Stephex a vu Simon Delestre puis Billy Twomey flancher tour à tour. Le premier a péché dans le double aux couleurs de Rolex, son génial Gatsby du Tillard ayant déjà semblé inquiet dans les combinaisons en première manche. Toujours aussi talentueux sur les sauts, le fils de President a été encouragé à la voix par le Lorrain pour s’extirper de ces difficultés, mais cela n’a pas suffi lors de son second parcours. Rappelons qu’il avait connu une expérience pour le moins déstabilisante et désagréable sur le triple du Grand Prix du Longines Global Champions Tour de Cannes en juin, entraînant une chute et une convalescence de plusieurs semaines de son cavalier. S’il a montré un peu d'émotion, surtout en deuxième manche dans ce triple réduit en double, le Selle Français a montré toute sa générosité pour son retour en Grand Prix 5*. Il termine d’ailleurs à une honorable quatrième place. Billy Twomey, lui, est retombé au dixième rang après avoir accusé huit points, sur le numéro 2 et le mur en 6, aux rênes d’Ace of Hearts. Ce fils d’Action Breaker âgé de dix ans, vainqueur du Grand Prix du CSIO 4* de Sopot cette année et détenteur de plusieurs autres bons classements à ce niveau, était aligné au départ du deuxième Grand Prix 5* de sa carrière. Avec un peu plus d’expérience, ce tout bon Zangersheide ne devrait pas tarder à gagner en régularité et stabilité pour enchaîner les performances de premier ordre.
Retour encourageant en Grand Prix 5* pour le très talentueux Gatsby du Tillard, qui a toutefois montré un peu d'émotion dans les combinaisons. © Sportfot
Enfin, Frédéric Vernaet, battu dès le numéro 1 de la seconde manche avec son surpuissant Orak d’Hamwyck, a fini de propulser Daniel Deusser sur le podium. Le Belge a toutefois été franchement malheureux avec cette faute. En effet, son complice, fils du petit mais magique Tobago, était dans un très grand jour et sautait avec une marge particulièrement conséquente. Dans son style caractéristique, les antérieurs croisés au planer façon Cortes ‘C’, l’étalon noir semblait intouchable. C’est finalement cet oxer étroit, qu’il a franchi comme un vertical, qui lui aura été fatal. Il termine toutefois cinquième, soit son meilleur classement à ce niveau, lui qui avait occupé la septième position de l’étape de la Coupe du monde de Bordeaux en début d’année. Comme à chacune de ses sorties, le BWP de douze ans aura marqué les esprits par sa qualité.
Le très démonstratif Orak d'Hamwyck semblait presque sauté au-dessus des chandeliers dans ce Grand Prix 5*, où il a enregistré son meilleur résultat à ce niveau ! © Sportfot
Eduardo Pereira de Menezes et H5*Londontime à cinquante et un centièmes de l’exploit
Après le passage des seuls représentants de la nation hôte qualifiés pour la seconde manche, il ne restait plus que deux couples pour se disputer la victoire. Sans doute les deux plus souverains de l’acte initial. Le Brésilien Eduardo Pereira de Menezes, non retenu pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle la semaine dernière, a, à son tour, tenté d’enregistrer un double zéro. Accompagné de son bondissant H5*Londontime, il y est parvenu presque sans connaître le moindre sursis et a coupé la ligne d’arrivée en 42’’85. Une performance remarquable et méritée pour le bai qui, s’il dispose d’une technique des antérieurs perfectible, a survolé chaque obstacle qui se dressait sur sa route avec une propulsion et un rebond impressionnants. Fils de Hummertime (Carembar de Muze, alias Glock’s London), étalon méconnu dont il est… le seul produit répertorié sur Horsetelex, le KWPN met un nouveau coup de projecteur bienvenue sur sa lignée maternelle. En effet, il n’est autre que le frère utérin d’une certaine Keswichtime HV, alias Hello Mango, vue à son avantage la semaine passée sur l’herbe sacrée d’Aix-la-Chapelle et gagnante en Grand Prix 5* en début d’année à Doha ! Certes peu fournie en quantité, et loin d’avoir été surexploitée, cette origine fait le bonheur de la famille Vaessen, qui doit vivre un rêve éveillé depuis quelques mois. À tout juste dix ans, Londontime, qui a bondi au sommet sans crier gare, est à l’aube des plus belles heures de sa carrière. Lui et sa sœur seront-ils rejoints au plus haut niveau par un troisième produit d’Hattrick, leur mère ? Discrètement, Macoon Blue HV, neuf ans et déjà à l’origine de trois poulains nés en 2021, 2022 et 2023, poursuit son chemin sous la selle de la Néerlandaise Mireille Couperus. Début juillet, à l’occasion d’un CSI 2* organisé à Bonheiden, elle se classait quatrième d’une épreuve à barrage à 1,45m. Twist, propre frère d’Hello Mango, pourrait bien aussi s’ajouter à la fête, mais il faudra encore patienter, le fils d’Untouchable 27 n’étant âgé que de trois ans.
Quelle deuxième place pour Eduardo Pereira de Menezes et H5*Londontime, le frère utérin de Keswichtime HV, alias Hello Mango ! © Sportfot
Si Eduardo Pereira de Menezes a fêté sa performance comme une victoire en passant la ligne d’arrivée, la famille Vaessen devra attendre avant de voir un deuxième produit de son élevage s’emparer d’un Grand Prix 5*. Derniers à s’élancer dimanche après-midi, Richard Vogel et Gangster Montdésir, qui a montré un geste des postérieurs parfois spectaculaire sur ses deux parcours et été contraint à quelques contorsions, ont mis tout le monde d’accord. Le regard tranchant de détermination, l’Allemand a navigué avec fluidité et vélocité au-dessus des obstacles, pour s’arrêter en 42’’34. Net, précis : le numéro deux mondial était au meilleur de sa forme dans cette épreuve, à quelques jours de tenter de devenir le deuxième cavalier de l’histoire à réussir le Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles.

Grâce à Gangster Montdésir, Richard Vogel a fait le plein de confiance et abattu ses dernières cartes pour, peut-être, devenir le prochain numéro un mondial du classement mondial Longines des cavaliers de saut d'obstacles ! © Sportfot
Les résultats complets et les vidéos.
Photo à la Une : Richard Vogel et Gangster Montdésir ont régné sur le Grand Prix 5* de Bruxelles. © Sportfot










