À Aix-la-Chapelle, les hôtes continuent de régner sur le monde et Scott Brash prend les commandes du classement individuel
Au terme de la deuxième journée de compétition dédiée au saut d’obstacles aux championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, l’Allemagne reste sur son nuage. Impériale de bout en bout, les quatre couples d’Otto Becker ont survolé les difficultés du jour avec une domination sans égale. La compétition individuelle a, quant à elle, vu ses leaders changer d’identité : Scott Brash et Keswichtime HV, alias Hello Mango ont pris les commandes, en lieu et place de Julien Epaillard et Fringan de Vesquerie, auteur de deux fautes.
Deuxième jour, deuxième défi pour Frank Rothenberger. Avec cent-trente-sept engagés, auxquels il faut retirer quelques forfaits de dernière minute, le chef de piste des championnats du monde de saut d’obstacles d’Aix-la-Chapelle avait de quoi se creuser les méninges. L’Allemand, souvent critiqué pour ses parcours massifs, voire parfois trop difficiles, a cherché un équilibre subtil, qu’il a presque trouvé. Tracé classique, largeur des oxers très raisonnable, mais verticaux hissés à 1,65m, cette nouvelle équation était abordable pour tous. Si le temps accordé aurait peut-être gagné à être légèrement plus serré, afin de mettre une pression saine supplémentaire aux couples et les pousser à la faute, le résultat demeure satisfaisant. Pas de catastrophe, un peu plus de trente-sept pour cent de sans-faute, et des rebondissements : le scénario a tenu la route.
La famille Moerings aux anges
D’entrée, dès le coup d’envoi, les paires engagées en individuel ont montré que l’exercice était tout à fait accessible. Alexa Staïs, Anastasia Nielsen, Ibrahim Hani Bisharat et Anna Simicska ont ouvert la voie. Aux rênes de Cornflake CR, la première a l’expérience des grands championnats. Si elle avait débuté par… la voltige, il y a douze ans, à Caen, celle qui représente désormais Chypre a largement pris la mesure des exigences du jumping mondial. Elle avait d’ailleurs tenté sa chance à La Corogne, l’été dernier. Quant à son complice du jour, un temps vu aux rênes de Zascha Nygaard, il n’avait jusqu’alors disputé que trois épreuves à 1,60m. En ce qui concerne ESI Rocky, la dérobade subie par sa cavalière la veille semble l’avoir remotivée. Pour son premier championnat Sénior la Monégasque a retrouvé des couleurs et pourra poursuivre son aventure demain. Lesther aussi en sera, et pointe à moins d’une barre de la tête ! Le brillant bai a donné le ton de la journée de la famille Moerings, qui a vu les trois produits de son élevage engagés dans ces Mondiaux briller sur la plus belle piste du monde. On ne peut qu’imaginer leur fierté et leur satisfaction après ces performances, récompense d’années de travail, de doutes et de sacrifices. Enfin, Anna Simicska confirme l’excellente impression laissée lors de la Chasse et reste en embuscade sur son très plaisant fils de Kannan, Kansas VL.
Des fautes onéreuses
Compte tenu du scénario du jour, les couples n’avaient pas le droit à la moindre erreur, que ce soit pour défendre leurs chances individuelles comme collectives. En tête hier, l’Allemagne a enfoncé le clou, faisant preuve d’une domination sans partage. C’est bien simple : ses quatre représentants se sont baladés au cœur de la Soers. Marcus Ehning et Coolio 42 ont d’abord donné le la, bouclant une prestation parfaite, à peine entachée d’une touchette sur l’ultime vertical, qui fut fatal à bien d’autres. La paire gagne dix places et entre dans le Top 10. Sophie Hinners et Daniel Deusser, extrêmement bien placés en individuel aux rangs deux et trois, lui ont emboîté le pas sur un Iron Dames*Singclair toujours spectaculaire et un Otello de Guldenboom peut-être un brin moins souverain que la veille, mais fidèle à son style habituel. Enfin, Richard Vogel et United Touch S, sans pression aucune, ont fini le travail. Derniers à s’élancer, les champions d’Europe en titre ont fait vibrer les tribunes et allées déjà presque pleines à craquer. Après le silence de plomb qui a régné durant leur parcours, les fans ont exulté, téléphones et drapeaux levés au ciel entre deux applaudissements. À l’aube de la finale par équipe, la Mannschaft n’est pas loin de sembler inébranlable… et les aficionados n’en attendaient pas moins !
Apparue très solide lors de la Chasse, la Belgique a péché. Cela pourrait-il être dû à une trop grande confiance ? Peut-être. Si Nicola Philippaerts, cinquième ex aequo, et Abdel Saïd ont tenu leur rang, bouclant deux partitions sans fausse note sur Katanga v/h Dingeshof et Wathnan*Quaker Brimbelles, Pieter Devos et Thibeau Spits ont flanché. Le premier a concédé deux fautes pas loin d’être inexplicables sur sa Casual DV, qui semblait enfin prête à transformer l’essai en grand championnat, tandis que le second, une nouvelle fois somptueux de maîtrise aux rênes d’Impress-K van’t Kattenheye a fait les frais du dernier vertical. Rageant, d’autant que le duo avait de belles chances de médailles en solo. Avec une faute de plus à son compteur, le Plat-Pays reste dans le coup, mais perd une place… tandis que l’Italie opère une belle remontada et est désormais ex aequo en troisième position ! Il faut dire que la Squadra Azzura a vécu une superbe journée, marquée par les clear rounds de Giulia Martinengo Marquet et son magique Delta del’Isle, Emanuele Camilli et le très démonstratif Chacareno PS ainsi que Piergiorgio Bucci, associé à son fidèle Hantano. Grâce à ces performances, les Transalpins ont conservé leur total et effacé les trois barres mises à terre par Giacomo Casadei et Marbella du Chabli.
Les Etats-Unis, eux, gagnent un rang et s’approchent de la médaille d’argent. Laura Kraut et Baloutinue, septièmes en individuel ce soir, ont signé une nouvelle performance de très bonne facture, tout comme Lillie Keenan et son merveilleux Fasther, neuvième au provisoire et peut-être à l’aube du plus beau moment de sa carrière du haut de ses seize ans et sous les yeux de ses naisseurs et de son formateur. Quant à Katherine Dinan, elle a aujourd’hui rendu une copie complètement différente de celle de la veille. Plus en maîtrise avec sa Out of the Blue SCF, toujours fidèle à elle-même dans sa qualité de saut et son intelligence, la grise a rallié l’arrivée sans encombre, produisant un sans-faute mérité et bien senti. De quoi redonner du baume au cœur à l’amazone, qui a peut-être souffert de la pression de son premier grand championnat collectif. Dernier à entrer en piste pour le Stars and Stripes, McLain Ward a commis une faute sur High Star Hero, amenuisant ses chances de podium individuel.
La Grande-Bretagne peut encore rêver… et ses leaders encore davantage
Quatrième hier, l’Union Jack est désormais cinquième, derrière les deux équipes à égalité et malgré quatre unités de plus à son compteur. Harry Charles a été le premier à faire tomber une barre sur la sensationnelle LT Holst Freda, encore en rodage sous sa selle et toujours plus près du but. Adrian Whiteway l’a ensuite imité, tandis que Ben Maher et Scott Brash se sont montrés insubmersibles sur leurs respectifs Point Break et Keswichtime HV, alias Hello Mango. En individuel, les deux couples sont aussi en excellente posture. Le premier pointe en cinquième position avec 1,01 point, tandis que le second… a pris la tête des opérations ! Avec 0,80 point, l’ancien numéro un mondial est le nouveau leader du classement individuel provisoire. En effet, l’Ecossais et sa grise ont profité de la faute concédée par Harrie Smolders et Mister Tac des Fusains, qui ont contribué à la chute des Pays-Bas, dont seuls les merveilleux Bas Moerings et Ipsthar sont parvenus à sauver l’honneur, avec brio et ambition, et surtout des deux fautes de Julien Epaillard et Fringan de Vesquerie, qui voient leurs chances de triomphe s’envoler. Promettant une belle et disputée bagarre jusqu’au bout, la hiérarchie individuelle provisoire compte vingt-sept paires dans la même barre. Ahurissant et alléchant.
D’ailleurs, la France reste sur les talons de ses voisins d’outre-Manche, qui n’ont que… 0,01 point d’avance ! Pour le clan tricolore, Nina Mallevaey s’est une nouvelle fois montrée irréprochable sur sa Dynastie de Beaufour, tandis qu’Antoine Ermann et Floyd des Prés ont sorti la tête de l’eau et ont claqué un sans-faute après leur déconvenue de la veille. Olivier Perreau et GL Events*Dorai d’Aiguilly ont, comme lors de la Chasse, accusé quatre points.
Sans faire de bruit, la Suède a bondi du douze au septième rang grâce à quatre scores vierges. Ils ont été l’oeuvre de Petronella Andersson, qui a pris une revanche méritée après une faute malheureuse dans la Chasse sur Odina van Klapscheut, Henrik von Eckermann, toujours impeccable sur un O’Neill van’t Eigenlo, alias Minute Man, au sommet de son art, Wilma McMahon et sa chère Cicci BJN, et de Peder Fredricson et Alcapone des Carmille. Le puissant hongre bai brun et son cavalier, déjà peu à son affaire la veille, ont laissé une impression poussive et bien loin de leur standards habituels… Peut-être leur préparation pour l’échéance n’a-t-elle pas été idéale…
La Suisse s’accroche et les bonnes prestations ne suffisent pas toujours
À la liste des qualifiés pour la deuxième manche de la finale par équipe, s’ajoutent la Suisse, qui a enregistré trois sans-faute salvateurs de Steve Guerdat, Martin Fuchs et Gaëtan Joliat sur Dynamix de Bélhème, Conner*Jei et Chelsea, alors que Jason Smith et Picobello van’t Roosakker ont été battus… sur le numéro 1, le Danemark, alors même que la non élimination de Zascha Nygaard dans la Chasse reste questionnable, ainsi que l’Irlande, qui passe in extremis, au détriment de l’Arabie Saoudite. Diana du Plevau et Khaled Almobty ont confirmé leur très grande forme par un nouveau clear round, tandis que le vice-champion du monde de Lexington 2010, juché sur Dubaï du Cèdre, alias Diriyah, est aussi resté dans la droite lignée de sa performance de la veille, entre bagarre et effroi. Le cœur de son alezane ne semble malheureusement pas avoir de limite et lui a permis de signer un “sans-faute”...
À l’inverse, le Mexique a réussi d’excellents parcours, à commencer par ceux d’Eugenio Garza Perez et Fernando Martinez Sommer sur Contago et Joep, mais cela n’a pas suffi pour faire remonter leur collectif, qui s’arrête en douzième position et ne fera donc pas partie des dix escouades qualifiées pour la grande finale. En revanche, les deux binômes peuvent continuer de faire vivre leur rêve individuel et, pourquoi pas, espérer un beau classement final. Idem pour Patricio Pasquel et son bondissant Chakkalou PS, qui a décidé de ne pas effleurer la moindre barre cette semaine.
L’Australie d’Edwina Tops-Alexander et Thomas McDermott, qui n’a ajouté qu’un point de temps à son score cumulé, ne passe pas le cut non plus, pas plus que le Brésil, qui a accumulé trop de parcours à quatre points, dont celui de Luciana Diniz, une nouvelle fois piégée sur le dernier obstacle du tracé, et Vertigo du Désert. Pas de miracle non plus pour les Canadiens, pas plus que pour les séduisants Néo-Zélandais, dont les couleurs sont portées haut par Sophie Scott sur Normandy GHP et Luke Dee, impérial avec un Gangster WW en grande forme, et les prometteurs Émiratis, qui ont signé quatre parcours à quatre points. Quoi qu’il en soit, ces collectifs ont fait bonne impression et laissé entrevoir de bons espoirs pour la suite.
Le classement individuel provisoire complet.
Le classement par équipe provisoire complet.
La compétition se poursuit vendredi, à partir de 18h39, avec l’attribution des médailles collectives de ces championnats du monde de jumping et est à (re)vivre en direct sur Clipmyhorse.tv.
Photo à la Une : Scott Brash et sa fille d'Untouchable 27 ont pris la tête d'un classement individuel particulièrement indécis ! © Mélina Massias