L’Allemagne tient ses promesses à Aix-la-Chapelle, où Julien Epaillard et Fringan de Vesquerie font main basse sur la Chasse
Au coude à coude, l’Allemagne et la Belgique ont signé des prestations particulièrement solides lors de l’épreuve inaugurale des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. À domicile, les hôtes tiennent pour l’instant la corde, avec trois couples dans le Top 20. Une sacrée performance, tant sur le papier que par la sensation d’aisance laissée, pour l’escouade d’Otto Becker. Mais celle de Peter Weinberg, lui-même originaire d’outre-Rhin, a été tout aussi puissante. De quoi présager d’un grand match lors des deux prochaines étapes de la compétition par équipe, tandis que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France ou encore les Pays-Bas accusent moins de deux points de retard sur la pole position. Côté individuel, et comme lors des derniers championnats du monde, joués à Herning en 2022, Julien Epaillard a pris la tête des opérations avec autorité, sur un Fringan de Vesquerie en totale maîtrise. Avec des écarts infimes, tout reste ouvert et la route encore longue, après un scénario pour le moins rocambolesque…
9h30, un matin pluvieux d’août en Allemagne. L’antre mythique d’Aix-la-Chapelle ouvre ses portes pour les épreuves de jumping des championnats du monde 2026. Marcus Ehning et Coolio 42 ont hérité du bien difficile dossard numéro 1, à domicile, sur cette piste qui a fait vivre toutes les émotions - les meilleures, comme lors de ses trois victoires dans le Grand Prix ou de ses multiples succès dans la Coupe des nations, et les pires, notamment lors de son échec cuisant lors des Mondiaux de 2006 - au Centaure. Acclamé dès son entrée en piste, le duo déroule. Comme à son habitude, il efface chaque obstacle comme s’il ne s’agissait que d’une formalité. Jusqu’au bout, les deux complices tiennent leur rang, ne craquent pas et donnent le ton avec un sans-faute d’école. Les quarante-mille places assises en tribunes ne sont pas (encore) entièrement garnies, mais l’ambiance qui les raccompagne vers la sortie est déjà irréelle. Sept heures et demie après ce coup d’éclat, l’Allemagne vire collectivement en tête, plaçant trois de ses couples dans le Top 20, pour débuter idéalement ce grand rendez-vous. Attendu par toute une nation, le quatuor d’Otto Becker a réussi cette première étape et devra reproduire sa performance jeudi, d’abord, puis vendredi, lors de la grande finale par équipe.
Outre Marcus Ehning et Coolio 42, qui ont franchi la ligne d’arrivée avec moins de deux secondes sur le chronomètre du vainqueur, passé avec le dossard… 124, Sophie Hinners, juchée sur un Iron Dames*Singclair toujours plus bondissant et démonstratif, mais pas moins souverain dans les airs, et Daniel Deusser, impeccable avec son Otello de Guldenboom, se hissent dans le Top 5. Tous deux n’ont absolument pas semblé en difficulté sur le parcours imaginé par Frank Rothenberger et dosé de façon assez idéale compte tenu de la grande hétérogénéité du plateau présent pour débuter la compétition. Quant à Richard Vogel et United Touch S, attendus, regardés, encensés de toute part, ils ont commis une faute venue de nulle part sur le vertical numéro onze, antépénultième difficulté du jour. Alors que le champion d’Europe en titre sautait avec une marge presque insolente et avalait le terrain avec appétit, son cavalier a tenté d’ajouter une foulée supplémentaire pour aborder cet obstacle rouge et blanc, certainement pour pouvoir davantage serrer sa courbe à main droite pour conclure son parcours trois sauts plus loin. Malheureusement, l’exécution n’a pas été à la hauteur et les a fait reculer en… quarante-sixième position. Si tout n’est pas perdu, tant les écarts sont réduits en haut de classement et la route longue, les chances d’un titre individuel se sont quelque peu éloignées pour les chouchous des tribunes. L’unique grain de sable venu perturber les rouages d’Otto Becker.
Les favoris répondent présent
Si la journée fut idéale pour la nation hôte, elle le fut aussi pour la Belgique, superbe d’aisance et de domination. Démonstration après démonstration, Abdel Saïd, Pieter Devos, Nicola Philippaerts et Thibeau Spits ont empilé les clear rounds les uns sur les autres aux rênes de Wathnan*Quaker Brimbelles, Casual DV, Kattanga v/h Dingeshof et Impress-K van’t Kattenheye, tous quatre impériaux. Semblant dans leur jardin, les Diables Rouges dominent, pour l’heure au moins, leur sujet et sont partis sur le bon pied pour glaner une médaille. La troisième place du podium très, très provisoire revient quant à elle aux Etats-Unis, portés par Laura Kraut, McLain Ward et Lillie Keenan. Baloutinue et Fasther n’ont pas flanché, tandis que High Star Hero, qui excelle dans l’exercice de la vitesse et l’a encore prouvé aujourd’hui, a concédé une faute. Sans grande conséquence à ce stade. Quatrième de l’équipe, Katherine Dinan n’a pas franchement fait bonne impression avec Out of the Blue SCF… Comme trop souvent, l’amazone s’est montrée approximative, obligeant sa fabuleuse complice, sœur utérine de Rebeca LS, à concéder une énorme faute sur l’oxer numéro 6 dont elle a projeté le premier plan plusieurs mètres devant elle. Si la fin de parcours a été un peu mieux, cette erreur majeure, loin d’être la première, en attestent des faits similaires survenus à Fort Worth, lors de la finale de la Coupe du monde au printemps, au CSIO 5* de Saint-Gall en juin ou encore lors de la warm-up hier, devra être corrigée pour la suite du championnat pour la sécurité du duo.
La Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas sont aussi dans le bon wagon, aux rangs quatre, cinq et six. Avec les excellents Keswichtime HV, alias Hello Mango, et Point Break, Scott Brash et Ben Maher ont tenu leur rôle de leader avec la fermeté qu’on leur connaît. Le premier s’est d’ailleurs octroyé une très belle troisième place individuelle sur son énergique grise, qui vit là son premier grand championnat, tandis que le second pointe en huitième position. Harry Charles et la merveilleuse LT Holst Freda aurait pu faire presque aussi bien, mais ont accusé une faute sur l’entrée du double 12 après une courbe osée. Rageant, mais tellement encourageant pour l’avenir de cette paire que l’on imagine aisément viser les plus beaux sommets. Quant à Adrian Whiteway et son atypique Chacco Volo, les conditions de leur passage, entre deux averses et sur une piste largement marquée par les concurrents qui les ont précédés, ne les a pas franchement aidés. Ils ont concédé une faute.
De son côté, la France peut compter sur Julien Epaillard et Fringan de Vesquerie. Et pas qu’un peu ! Comme si de rien n’était, les deux complices ont coupé la ligne d’arrivée avec le meilleur temps de l’épreuve : 70’’60. Vainqueurs logiques et sans contestation possible de cette Chasse, ils aborderont la suite de la compétition avec le seul score vierge du championnat. Une performance de premier ordre, qui rappelle quelque peu celle signée par le Normand, actuel neuvième meilleur cavalier du monde, il y a quatre ans, à Herning, où il avait alors guidé Caracole de la Roque au sommet. Nina Mallevaey a aussi parfaitement tenu son rang avec Dynastie de Beaufour, toujours à son aise à Aix-la-Chapelle. Les deux championnes sont vingt-deuxièmes, à moins de deux points de la tête. Autant dire que rien n’est joué ! Olivier Perreau a renversé une barre avec GL Events*Dorai d’Aiguilly, mais signé un parcours plus que correct. En revanche, l’après-midi d’Antoine Ermann a été plus douloureuse… Le jeune homme a dû composer avec un refus puis une barre sur l’entrée d’un double de bidets placé en neuvième difficulté par le chef de piste.
Des individualités se dégagent déjà
Entre Julien Epaillard et Scott Brash, le leader des Pays-Bas s’offre l’argent provisoire. Il s’agit d’Harrie Smolders, surprenant sur un Mister Tac des Fusains des grands jours. Sous les yeux de ses propriétaires, le bai s’est mis en évidence avec une prestation de très bonne facture, dans la lignée de celles signées plus tôt par Willem Greve sur Grandorado et Bas Moerings avec Ipsthar. Les deux binômes sont encore largement dans le coup, même si le second n’a pas pris de risque inutile pour entrer dans sa première grande échéance en Sénior. Michael Greeve, associé à Deep Black 3, alias Denver, est aussi rentré sans incident, mais avec plus de neuf secondes, largement perdues dans les airs tant le bai brun sautait haut, de plus que Julien Epaillard !
Entre les nations du haut de panier, Steve Guerdat lance son rendez-vous avec ambition sur Dynamix de Bélhème, rapide et cinquième après un clear round. La championne d’Europe de 2023 et vice-championne olympique de Paris 2024 offrira-t-elle à son cavalier le résultat qu’il convoite depuis si longtemps à Aix-la-Chapelle ? Avant d’avoir la réponse à cette question, la Suisse devra corriger des détails pour espérer se qualifier pour la finale collective de vendredi. Treizième après la Chasse, elle reste en embuscade. Surtout, et malgré les deux parcours à quatre points des exceptionnels Conner*Jei de Martin Fuchs et Picobello van’t Roosakker de Jason Smith, tous deux piégés par l’entrée du double 3, l’escouade de Peter van der Waaij a montré un vrai potentiel pour la suite des opérations. Gaëtan Joliat, lui, a fait preuve de sang-froid et prouvé, si cela était encore nécessaire, sa maturité et son talent en parvenant à guider au mieux un Chelsea peu enthousiasmé par l’état de la piste de la Soers. Leur parcours, qui n’a pas respiré la sérénité, s’est conclu avec une faute sur le dernier. Gageons que l’alezan ait pris la mesure de ce stade et soit prêt à monter sa facette habituelle dès jeudi !
Dans le Top 15, d’autres performances sont à mettre en lumière, à commencer par celle de Mark Bluman. Sous sa selle, Landon de Nyze est tout simplement sensationnel. Après avoir connu une période de creux dans sa carrière, et quitté les écuries de Kent Farrington, le bondissant petit alezan semble avoir retrouvé tout son brillant pour faire des étincelles sur le devant de la scène. Il faudra assurément se méfier de lui et son pilote dans les jours à venir tant leur prestation fut remarquable. Même constat pour Enjoy de la Mûre, déjà magnifique seul et sublimé par la fabuleuse équitation d’Omar Abdul Aziz Al Marzooqi. Toujours aussi remarqué, le couple a fait le bonheur de Béatrice Drigeard-Desgarnier, venu admirer le produit de son élevage sur place, à Aix-la-Chapelle !
Enfin, l’Italienne Giulia Martinengo Marquet et l’Egyptien Nayel Nassar ont aussi séduit le public et leurs fans sur la petite balle rebondissante Delta del’Isle et le tout bon ESI Ali. Ils sont treize et quinzièmes. Un peu plus loin dans le classement, mais bien dans la course, Kelly, Nielsdaka van de Rhamdia Hoeve, alias Major Tom ou encore Gangster WW n’ont pas à pâlir, pas plus que leurs cavaliers à l’expérience diverse : Alberto Marquez Galobardes, Rodrigo Pessoa et Luke Dee. Sans une malheureuse faute, la séduisante Diana du Plevau, complice de Khaled Almobty aurait été… deuxième. Une performance qui mérite un clin d’œil, d’autant plus après le fiasco de son coéquipier sur une Dubaï du Cèdre, alias Diriyah, méconnaissable. Mouvements de bouche répétitifs, gestes des postérieurs complètement surnaturels, manque d’harmonie criant, refus ; leur parcours ne restera pas positivement dans les annales…
Un scénario épicé
Avec cent-quarante-cinq partants, trop au goût de beaucoup, cette épreuve inaugurale a connu son lot de rebondissements. Quatre abandons et dix éliminations, dont huit pour chute, ont été recensés. Parmi les couples qui ont vu leur aventure individuelle s’achever prématurément : Marlon Modolo Zanotelli. Alors qu’il franchissait la deuxième combinaison du parcours, le Brésilien a entendu la cloche retentir et les enceintes qui bordent la piste l’inviter à rentrer aux écuries. Trois sauts plus tôt, Dorette avait passé le mur… mais à l’extérieur des fanions ! Légèrement excentrée sur la gauche, l’alezane a vu son sort scellé trop vite. Elle pourra néanmoins tenter de défendre les chances des Auriverdes encore demain, et peut-être vendredi. Dur pour la nation, déjà secouée par la décision de Yuri Mansur de ne plus porter ses couleurs jusqu’à nouvel ordre, après des désaccords avec l’encadrement fédéral et un trop plein de décisions qu’il estime injustes voire injustifiées.
Un peu plus tôt dans la journée, Zascha Nygaard, elle, terminait sa course au sol après que Drako de Maugré a traversé et renversé le dernier oxer. La Danoise n’a pas été éliminée, les juges estimant qu’elle serait tombée après la ligne. Seulement, à y regarder de plus près, la décision semble bien litigieuse… Mais comme dans n’importe quel sport, l’arbitre a toujours raison.
Les résultats complets en individuel.
Les résultats complets par équipe.
Rendez-vous jeudi dès 9 heures pour la première manche de la finale par équipe, à suivre en direct sur Clipmyhorse.tv.
Photo à la Une : Marcus Ehning et Coolio 42 ont signé une prestation d'anthologie en ouverture des championnats du monde de saut d'obstacles à Aix-la-Chapelle. © Mélina Massias