“Je pense qu’Otello de Guldenboom et moi méritons assurément notre chance pour les Mondiaux d'Aix-la-Chapelle”, Daniel Deusser (1/2)
Fin avril, Daniel Deusser a retrouvé avec bonheur la piste en herbe de Fontainebleau, qu’il n’avait plus foulée depuis des années, bien avant sa réfraction complète. Deux semaines après son excellente deuxième place acquise avec la complicité d’Otello de Guldenboom lors de la finale Longines de la Coupe du monde de Fort Worth, au Texas, l’Allemand a profité du site du Grand Parquet pour continuer d’aguerrir plusieurs montures : la prometteuse mais sensible Pepita van’t Meulenhof BR, sa nouvelle recrue Devino van’t Langeveld et le bon étalon de huit ans Silence Dwerse Hagen. Sous un soleil éclatant d’intensité, le cavalier des écuries Stephex a évoqué la progression fulgurante de son fils de Tobago, le retour mitigé de Killer Queen VDM, ses espoirs de demain, mais aussi son système et sa farouche volonté de participer aux prochains Jeux équestres mondiaux, qui se tiendront au cœur de La Mecque des sports équestres, Aix-la-Chapelle, en août prochain. Un entretien à découvrir en deux volets.
Vous avez vécu une très bonne finale de la Coupe du monde, avec une deuxième place à la clef aux côtés de votre tout bon Otello de Guldenboom (Tobago x Caretino). Quel bilan tirez-vous de ce championnat, le premier de votre bai brun ?
Je suis très, très satisfait de ma deuxième place. Je monte Otello depuis maintenant deux ou trois ans. Je lui ai fait sauter ses premières épreuves importantes, à partir d’1,50m, jusqu’à ses premiers Grands Prix 5*. Au début, tout n’a pas toujours aussi bien fonctionné qu’aujourd’hui ! Il a vraiment progressé. Il avait évidemment du potentiel, sans quoi il n’aurait pas pu accomplir tout cela, mais il n’était pas encore assez aguerri pour performer dès le départ. Il a dû apprendre à me connaître et j’ai dû découvrir quelles étaient ses forces et les éléments sur lesquels il avait besoin de mon aide en parcours. Il a été très régulier tout au long de la saison hivernale : il a gagné à Vérone et s’est qualifié pour le barrage à Malines, Bordeaux et Göteborg (quatre, deux et sixième de ces trois étapes, le BWP de douze ans n’a manqué la finale au chronomètre qu’à La Corogne, ndlr). À Fort Worth, il a très bien démarré en prenant la deuxième place de la Chasse, puis a concédé quatre points lors de la deuxième étape. C’est ainsi ! Il a terminé par deux sans-faute le dimanche, ce qui lui a permis de monter sur la deuxième marche du podium. C’est assurément le point d’orgue de sa carrière jusqu’à présent. C’était une bonne manière de conclure la saison intérieure !

Début avril, au Texas, Daniel Deusser et Otello de Guldenboom ont décroché la deuxième place de la finale de la Coupe du monde de saut d'obstacles. © Tiffany Van Halle / Hippo Foto
Comme vous le soulignez, Otello a énormément progressé sur une courte période. Sa victoire dans le Grand Prix Rolex du CSIO 5* de La Baule en juin 2025 semble avoir marqué le début de sa révélation. Parvenez-vous à expliquer cela ?
L’évolution d’Otello représente la raison pour laquelle nous montons à cheval : on essaye d’éduquer et rendre les chevaux plus forts. Au bout du compte, il faut que tous les éléments s’alignent. Mais, effectivement, depuis sa victoire à La Baule, Otello a remporté un bon nombre d’épreuves ! Quant à l’explication de ses résultats, je dirai que nous essayons toujours de décrypter nos chevaux, de travailler sur les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, notamment en piste. Lorsqu’on a une monture qui a envie d’apprendre, cela peut permettre d’arriver à un déclic plus facilement. Sinon, il faut trouver la bonne manière de leur expliquer les choses. Peut-être que l’état d’esprit d’Otello a évolué avec le temps, je ne sais pas. Je ne pense pas qu’un exercice ou un moment en particulier ait fait prendre un nouveau tournant à sa carrière ; c’est plutôt un tout. Le corps des chevaux a besoin de grandir, de se développer, de se muscler. Ils ont aussi besoin de mûrir mentalement pour tout comprendre. Quoi qu’il en soit, c’est agréable d’en être là aujourd’hui avec Otello.

Depuis sa victoire dans le Grand Prix de l'Officiel de France, le bai brun semble être entré dans une nouvelle ère. © Mélina Massias
“Je dois avouer que les nombreuses victoires d’Otello m’ont, d’une certaine manière, surpris”
Quelle est l’histoire de ce cheval ? Comment avez-vous croisé sa route ?
Il était monté par Andrea Calabro, un cavalier italien, et Stephan Conter, le propriétaire des écuries Stephex à qui appartient Otello, était en contact avec lui. C’est comme cela qu’il est arrivé chez nous. Ce n’est pas moi qui l’aie essayé, mais Kendra (Claricia Brinkop, excellente amazone de la structure belge, ndlr). Après cela, Stefan l’a acquis et Emilie Conter a commencé à le monter en compétition. À ce stade, Otello était encore en pleine construction, avec un corps long, un grand galop, etc. J’ai finalement pris le relais et notre aventure a ainsi commencé.
Quelle a été votre première impression concernant Otello ? Vous attendiez-vous à ce qu’il puisse devenir un cheval de championnat un jour ?
C’est toujours difficile à dire. Bien sûr, déjà à l’époque, si on le présentait face à obstacle isolé très haut, il réussissait à le franchir avec aisance. Son galop, sa perméabilité aux aides, et tout ce qui va avec nécessitaient du travail. On ne peut jamais prédire jusqu’où ira un cheval, ni s’il se sera bonifié un ou deux ans plus tard. C’est un tout qui permet de franchir les paliers : la mentalité, les capacités du corps, les muscles, etc. En tant que propriétaire ou marchand, on croit toujours tenir un cheval de championnat. Mais je fais toujours très attention à ne pas prétendre savoir ! J’ai guidé plusieurs montures à devenir des chevaux de championnat, ou de bons chevaux, mais, souvent, il arrive que l’on ait un très bon sentiment au départ et que cela n’aboutisse pas à ce que l’on espérait. Avec le recul, je peux dire qu’Otello était très à l’aise pour sauter des obstacles imposants, mais je n’aurais sans doute pas pensé que son mental et sa compétitivité seraient tels qu’ils sont aujourd’hui. Au fil du temps, nous avons connu des déconvenues. Nous avons essayé, encore et encore, sans que cela fonctionne immédiatement. Mais évidemment, on continue toujours d’y croire, car sans cela, ce n’est pas la peine de continuer ! Je dois tout de même avouer que les nombreuses victoires d’Otello m’ont, d’une certaine manière, surpris.

Le BWP a surpris, en bien, son cavalier en se montrant de plus en plus compétitif avec le temps. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Otello est un fils de votre ancienne gloire, Tobago. Que pensez-vous qu’il transmette à ses produits ?
J’ai un autre poulain de Tobago, qui est âgé de cinq ans. Je pense que Tobago donne des chevaux très respectueux, sans qu’ils soient pour autant spectaculaires, mais qui sont très, très intelligents. Otello en est l’exemple ; il n’est pas le plus démonstratif dans le sens où il ne saute pas au-dessus des chandeliers, et tout le monde ne se retourne pas sur lui, mais il est naturellement très, très respectueux. Il ne veut vraiment pas toucher les barres. Si jamais cela lui arrive, il rectifie le tir dès le saut suivant. J’ai remarqué cela chez beaucoup de descendants de Tobago. Leur tempérament en piste, très volontaire, est aussi un précieux atout. Faire naître un bon cheval est difficile, mais je crois que la production de Tobago, qui est encore peu fournie, est très intéressante. Il a déjà plusieurs très bons descendants (outre Otello de Guldenboom, le petit alezan a aussi donné le puissant Orak d’Hamwyck, classé dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Bordeaux sous la selle de Frédéric Vernaet, ou encore Trixie, classée en Grand Prix 5* avec Emilie Conter, alors que ses premières générations plus importantes sont seulement nées à partir de 2019, ndlr).

Orak d'Hamwyck et Otello de Guldenboom ont offert une belle mise en lumière à leur père, Tobago, en se classant tous les deux dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Bordeaux, en février dernier ! © Mélina Massias
“J’espérais que Killer Queen VDM reviendrait à son niveau, mais cela semble être un peu plus difficile que prévu”
En début d’année, vous avez relancé Killer Queen VDM (Eldorado vd Zeshoek x For Pleasure) à l’occasion de deux parcours et après une pause de plus de six mois. Comment se porte-t-elle et qu’attendez-vous de votre jument, gagnante de cinq Grands Prix 5*, dont ceux d’Aix-la-Chapelle et Calgary, et désormais âgée de seize ans ?
J’espérais qu’elle reviendrait [à son niveau], ce qui semble être un peu plus difficile que prévu. Elle n’est pas blessée en tant que tel, mais son corps a pris de l’âge. Je prévois de l’emmener à nouveau en concours dans une ou deux semaines (entretien réalisé vendredi 24 avril, la baie a depuis bouclé un sans-faute à 1,35m lors d’un CSI 3* à Opglabbeek, ndlr). Elle a sauté à la maison la semaine dernière, mais je dois faire attention à ne pas aller trop haut. Elle a toujours été un peu rigide, et à seize ans, cela ne va pas en s’améliorant. Je vais continuer à la relancer gentiment pendant quelques semaines, afin de voir si elle parvient à se stabiliser et à gagner en condition physique. Son envie de sauter est toujours bien présente. Elle est toujours incroyable sur ce point là, mais cela rend aussi difficile de juger combien on peut lui en demander… En piste, elle se donnera toujours à fond et essaiera toujours d’être sans-faute. Il n’y a pas de doute. Mais est-ce que son corps est toujours capable d’encaisser les efforts, de sorte à rentrer à la maison en forme après deux ou trois jours de compétition ? C’est difficile à sentir et à dire compte tenu de sa mentalité.
À seize ans, Killer Queen VDM a repris la compétition en début d'année, après six mois d'absence internationale. © Maxime David - MXIMD Pictures
Pepita van’t Meulenhof*BR (El Torreo de Muze x Carthago), une fille de la matrone Cartina dont vous apparaissez comme le naisseur sur la base de données de la Fédération équestre internationale (FEI), constitue également l’un de vos grands espoirs. Quelle est l’histoire de cette jument, qui compte déjà plus de vingt-six descendants selon Horsetelex ?
Le fait que je sois renseigné comme étant son naisseur est assurément une erreur (selon Hippomundo, l’alezane serait née chez Mariette Van Lombergen, ndlr) ! Pepita appartient à Daniel Brambila Biscaro, un éleveur Brésilien. Il me l’a confiée il y a environ un an et demi. Elle était très, très verte et avait seulement sauté 1,35m au Brésil. En raison de ses caractéristiques, je dirais qu’elle n’est pas une jument facile, voire compliquée. Elle est un peu effrayée par les autres chevaux et n’est pas habituée aux ambiances très ferventes. Mais elle a un très bon coup de saut et je trouve qu’elle évolue vraiment très bien jusqu’à présent. Sa progression ces dix-huit derniers mois est assez remarquable, puisqu’elle est passée de parcours à 1,35m au niveau 5* ! Elle a sauté quelques Grands Prix, et si elle continue sur sa lancée pendant un an ou deux, je pense qu’elle peut être une très bonne jument.

Daniel Deusser fond de bons espoirs en Pepita van't Meulenhof, autrice d'une progression remarquable et remarquée ces derniers mois. © Mélina Massias
Selon vous, quelles sont ses principales qualités ?
Elle en a beaucoup ! Elle est respectueuse et pétrie de moyens. Elle saute haut avec beaucoup de facilité. Elle a du sang, ce qui lui permet d’être rapide et efficace, et sa technique est naturellement bonne. Cela fait beaucoup de points positifs ! Si elle me laisse la monter davantage et qu’elle gagne en expérience, je pense qu’elle sera vraiment une très chouette jument de Grand Prix.
Vous avez eu beaucoup de grands chevaux dans votre carrière. Par rapport à ces derniers, comment jugez-vous Pepita ?
C’est toujours difficile à dire, même si l’on peut juger les résultats et les performances. Dans la courte période qu’elle a passé à nos côtés, Pepita a déjà sauté des Coupes des nations et des Grands Prix 5*. Elle n’a pas encore gagné, mais a obtenu de bons résultats et classements. Plein de fois, la victoire ou le sans-faute nous a échappé de peu. Je pense que l’on peut nourrir beaucoup d’espoirs pour les prochaines années avec elle.
Toujours selon Horsetelex, Pepita van’t Meulenhof aurait déjà engendré vingt-six produits. Qu’en pensez-vous ?
Je l’ignorais ! Je pensais qu’elle avait effectué deux ou trois transferts d’embryons avant d’arriver dans nos écuries… Cela fait beaucoup. À l’occasion, j’en parlerai avec son propriétaire, qui l’a utilisée pour son élevage lorsqu’elle était plus jeune.

Dotée d'excellentes origines, Pepita van't Meulenhof a très largement été utilisée à l'élevage par son propriétaire avant son arrivée en Europe et l'éclosion de son talent aux yeux du monde. © Dirk Caremans / Hippo Foto
“Pepita van’t Meulenhof n’a pas la même expérience qu’Otello de Guldenboom, mais elle a, elle aussi, les capacités de sauter à Aix-la-Chapelle”
Cet été, les championnats du monde se tiendront à Aix-la-Chapelle. Un championnat est un rendez-vous spécial et convoité, mais encore plus lorsqu’il est joué à Aix-la-Chapelle et que l’on représente l’Allemagne. Est-ce un objectif pour vous de faire partie de l’équipe qui concourra sur la piste de la Soers en août ?
Oui, absolument. Otello a énormément progressé et mûri. Il a déjà bien sauté à Aix-la-Chapelle l’an dernier (concédant deux fautes dans le Grand Prix Rolex et une dans le Prix de l’Europe, ndlr). Il y retournera en début d’année (lors de l’étape du Rolex Grand Chelem de saut d’obstacles organisée en mai, ndlr). Il faut bien sûr qu’Otello démarre sa saison extérieure, et il y a quelques très bons candidats en Allemagne que je le sélectionnerai pour ces Mondiaux, mais si on compare ses résultats avec ceux des autres chevaux en lice, je pense que nous méritons assurément d’avoir une chance d’aller à Aix-la-Chapelle. Nous allons donner le meilleur de nous-même pour la saisir et obtenir une nouvelle bonne performance là-bas.

Daniel Deusser entend bien saisir sa chance de participer aux prochains championnats du monde, qui aurait lieu à Aix-la-Chapelle. © Mélina Massias
Pepita van’t Meulenhof sera-t-elle votre option numéro deux, derrière Otello de Guldenboom ?
Absolument. C’est peut-être encore un peu tôt pour elle cette année, je ne sais pas vraiment. Elle n’a pas la même expérience qu’Otello, mais elle a, elle aussi, les capacités de sauter à Aix-la-Chapelle.
La seconde partie de cet entretien sera disponible demain sur Studforlife.com…
Photo à la Une : En prévision des Mondiaux d'Aix-la-Chapelle, Otello de Guldenboom retrouvera l'herbe sacrée de la Soers dès la fin du mois, pour l'étape du Rolex Grand Chelem de saut d'obstacles. © Mélina Massias







