Notre site web utilise la publicite pour se financer. Soutenez nous en desactivant votre bloqueur de publicite. Merci !

“Lorsque United Touch S entre en piste, tout le monde sait qui il est, même les personnes qui ne s’intéressent pas particulièrement au saut d’obstacles”, Richard Vogel (2/4)

À chaque saut de United Touch S, le temps semble suspendu.
Interviews vendredi 31 juillet 2026 Mélina Massias

En trois ans, Richard Vogel est devenu, en partie grâce à United Touch S, le chouchou du public. Mué en showman, l’Allemand fait lever les foules à chacune de ses apparitions, quelle que soit la piste qu’il foule. Le mois prochain, ses fans et l’Allemagne tout entière compteront sur lui et son sculptural étalon bai, qui attire les regards à chacune de ses apparitions, pour porter haut le drapeau de la Mannschaft, à l’occasion des championnats du monde de saut d’obstacles. Au cœur du stade de la Soers, un endroit cher à son cœur, il n’aura pas le droit à l’erreur, pas plus d’ailleurs que ses coéquipiers. Dans la deuxième partie de ce long entretien, Richard Vogel évoque notamment la perspective de cette échéance attendue, celle du Masters de Spruce Meadows, un autre sommet de sa saison, et revient sur ses débuts et les liens qui l’unissent aux chevaux.

La première partie de cette interview est à (re)lire ici.

L’Allemagne sera l’une des favorites aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Comment appréhendez-vous cela ? Ressentez-vous une pression supplémentaire ?

Je ne sais pas si je dirais que je ressens plus de pression cette année, car représenter une nation qui compte parmi les favorites lors d’un championnat en implique forcément. Nous allons vivre des championnats du monde à domicile, au cœur de notre concours favori, dans des conditions idéales : nous n’aurons pas le droit à l’erreur. Il nous incombe de mettre en place un bon plan et d’avoir nos chevaux dans la meilleure forme possible pour cet événement. Si nous n’y parvenons pas, nous n’aurons aucune excuse. Nous sommes responsables de notre préparation en vue des Mondiaux. 

Compte tenu des résultats que United Touch S et vous avez obtenu ces derniers mois, votre participation aux Mondiaux ne faisait que peu de doutes aux yeux de beaucoup d’observateurs. Avez-vous tout de même eu le sentiment de devoir faire vos preuves de la même façon que vos coéquipiers ?

Je le pense, oui. Et je crois que nous avons suffisamment démontré notre forme cette année. Le CSI 5* d’Aix-la-Chapelle était un test majeur et United a été merveilleux. Il n’y avait pas mieux à faire en vue des Mondiaux ! En raison de notre titre de champion d’Europe, nous avons eu la chance d’être pré-qualifié pour les Grands Prix 5* auxquels nous avons pris part, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. Comme tous les autres couples, nous avons dû faire nos preuves cette saison, et je crois que chacun pourra constater que nous nous sommes montrés à la hauteur. 

Sans grande surprise, Richard Vogel et United Touch S ont été retenu au sein de l'équipe allemande de saut d'obstacles pour les championnats du monde d'Aix-la-Chapelle. © Mélina Massias

“Le fait qu’Otto Becker donne sa chance aux jeunes couples est l’une des raisons pour lesquelles United et moi sommes devenus aussi performants ces dernières saisons”

Otto Becker officie en tant que chef d’équipe de la Mannschaft depuis 2009. Quelle influence a-t-il eu sur le collectif germanique ?

Otto Becker a joué et joue un rôle majeur dans le succès des cavaliers allemands ces dernières années. Il n’est pas seulement doué pour amener son équipe à performer le jour J ; il pense aussi à long terme en donnant sa chance à de jeunes couples. Il ne leur demande pas d’être parfaits dès leurs premiers pas au plus haut niveau et leur laisse, au contraire, le temps de s’acclimater à leur nouveau statut. Il est très indulgent en cas d’erreur. Il a évidemment à cœur que l’équipe allemande soit performante, mais il est aussi pleinement conscient que l’équitation implique deux êtres vivants, qui peuvent connaître des jours sans. Il est toujours là, prêt à nous donner de super conseils et à nous faire profiter de sa propre expérience à haut niveau ! Je pense qu’il est un très bon chef d’équipe. 

Le fait qu’il donne sa chance aux jeunes cavaliers et aux jeunes chevaux est l’une des raisons pour lesquelles United et moi sommes devenus aussi performants ces dernières saisons. Même lorsque nous étions encore pleins de doutes, il nous a fait confiance. Il nous a emmené aux Jeux olympiques alors que de nombreuses personnes ne croyaient pas vraiment en sa stratégie et auraient sans doute préféré voir un couple plus expérimenté à notre place. Il nous a soutenu, même lorsque nos performances n’ont pas été à la hauteur. Il nous a aidés à progresser, à apprendre de nos erreurs. Otto est toujours là quand on a besoin de lui. Tout ce qu’il a fait pour nous a payé lors des championnats d’Europe de La Corogne. Dans les Coupes des nations, je suis très souvent le dernier cavalier à prendre le départ. Cela m’a appris à gérer la pression et j’en ai ressenti les bénéfices lors de mon dernier parcours individuel aux Européens. Un sans-faute et je décrochais l’or, une faute et je quittais le podium. Dans ces moments-là, il y a beaucoup d’enjeux. J’ai eu l’impression qu’Otto savait que ce moment arriverait un jour et qu’il nous y a, en quelque sorte, préparés. J’éprouve beaucoup de reconnaissance à son égard pour les succès que j’ai connus. 

Otto Becker a joué un rôle capital dans l'éclosion de Richard Vogel. © Sportfot

Trois semaines après les championnats du monde, Calgary accueillera la prochaine étape du Grand Chelem Rolex, qui pourrait vous permettre de devenir le deuxième cavalier de l’histoire, après Scott Brash, à réaliser l’exploit de remporter trois étapes consécutives sur ce circuit. Quel est votre plan pour cette échéance et comment allez-vous jongler entre celle-ci et les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle ?

Nous avons conscience que ces deux événements majeurs sont proches l’un de l’autre. Cela étant dit, United n’a pas été beaucoup sollicité sur la première moitié de l’année. Le CSI 5* d’Aix-la-Chapelle n’était que son troisième concours de l’année, faisant de La Baule sa quatrième sortie internationale de 2026 ! Il prendra part à une compétition supplémentaire avant les championnats du monde, ce qui portera son total de participations en CSI à six. Nous aurons alors déjà dépassé la première moitié de l’année. United comptera beaucoup moins de sorties que la grande majorité des chevaux qui iront à Aix cet été. Trois semaines après ce rendez-vous, il prendra l’avion pour Spruce Meadows et vivra une période un peu plus intense, mais je ne pense pas que cela lui posera un problème. Ce n’est pas l’idéal de lui imposer un tel rythme toute l’année, mais je n’ai aucun doute quant à sa capacité à très bien vivre cela une fois dans l’année, de façon exceptionnelle. Je suis confiant sur ce point. L’an dernier, il avait sauté à Aix-la-Chapelle deux semaines avant les championnats d’Europe et était encore en pleine forme à La Corogne.

Après les championnats du monde, United Touch S prendra l'avion pour rejoindre Calgary et tenter de permettre à son cavalier de faire le Grand Chelem. © Sportfot

Vous n’avez donc jamais envisagé la possibilité de faire l’impasse sur l’une ou l’autre de ces deux compétitions majeures ?

Non. Nous devons toujours écouter nos chevaux et ajuster nos ambitions en fonction de leur état de forme, mais je suis convaincu par notre plan A. Dans l’état actuel des choses et sous réserve que United se sente au mieux, il participera aux championnats du monde et à l’étape du Grand Chelem Rolex de Calgary. Toutefois, nous avons la chance de compter sur un super piquet de chevaux en ce moment. Nous essayons de les garder au meilleur de leur forme et si quelque chose venait à mal se passer, ou si United ne se sentait pas à cent pour cent, une autre monture pourrait prendre le relais à Calgary.



“Être un showman n’est pas inné pour moi”

Vous avez remporté à trois reprises la finale du circuit national réservé aux cavaliers de moins de vingt-cinq ans à Aix-la-Chapelle, mais vous avez découvert son label 5* pour la première fois en 2023. En trois ans de temps, vous êtes devenu le chouchou du public. Comment l’expliquez-vous et que cela représente-t-il pour vous ?

Comment je l’explique ? Je ne sais pas vraiment. Je pense que mon exceptionnel partenaire, United, joue beaucoup là-dedans. Pour le reste, il faudrait plutôt demander directement au public ! (rires) J’essaye d’être très ouvert et transparent. Lorsque les choses ne se passent pas comme espéré, je suis tout à fait enclin à en parler. Je crois qu’il est normal, autant pour les chevaux que pour les cavaliers, d’avoir des jours sans. On doit l’accepter, car cela fait partie du jeu. À l’inverse, quand tout va bien, cela me rend très heureux, voire un peu ému. Peut-être que cela touche les gens. Et puis, je reste un être humain comme un autre. Mais je pense vraiment que la clef se nomme United Touch. J’ai le sentiment qu’il rassemble les gens, qu’il leur donne envie de le regarder, de le suivre. Il est très spécial et incomparable aux autres chevaux. Lorsqu’il entre en piste, tout le monde sait qui il est, même les personnes qui ne s’intéressent pas particulièrement au saut d’obstacles. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne l’aime pas, ne le trouve pas splendide ou n’estime pas que sa technique de saut est exceptionnelle !

Le numéro deux mondial s'est créé un sacré fan club en l'espace de quatre saisons. © Sportfot

Vous donnez l’impression d’être un showman et vous n’hésitez pas à interagir avec le public dès que vous en avez l’occasion, notamment lors de vos tours d’honneur. Est-ce un rôle que vous appréciez ? Comment en êtes-vous arrivé à être aussi proche des spectateurs, quel que soit le pays dans lequel vous concourez ?

Mon but n’est pas d’être un showman, ou, du moins, ce n’est pas inné pour moi. Je suis plutôt assez timide. En gagnant en notoriété, et en étant de plus en plus observé par le public, j’ai accepté ce rôle. Ce n’était pas ce que je préférais au début et j’étais beaucoup plus réservé il y a encore quelques années. Mais je trouve cela primordial de rendre aux spectateurs ce qu’ils nous donnent. C’est une tâche qui nous incombe, à nous, cavaliers. Le public joue un rôle majeur quand nous sommes en compétition. C’est grâce à eux que nous évoluons dans une super ambiance, en particulier à Aix-la-Chapelle. Les organisateurs de ce concours nous offrent des conditions proches de la perfection, que ce soit au niveau des sols ou des écuries, et répondent à tous nos besoins, mais ce qui rend cet événement si magique et unique, c’est son public. Si nous montions à Aix-la-Chapelle sans spectateur, ce ne serait plus le même concours. Nous n’aurions pas ce dernier élan de motivation venu des tribunes. C’est important pour moi d’inclure le public dans mes réussites et de lui témoigner ma reconnaissance en interagissant avec lui.

Peu importe la piste sur laquelle il se trouve, Richard Vogel sait charmer le public, qui ne boude jamais son plaisir ! © Mélina Massias

“À Paris, nous avons vécu l’une de nos pires contre-performances à l’un des moments les plus importants de notre carrière”

Vous n’avez participé à aucun championnat lors de vos années Juniors et Jeunes cavaliers et avez vécu votre premier grand rendez-vous à l’occasion des Jeux olympiques de Paris, en 2024, où l’Allemagne, de même que United Touch S et vous, faisaient partie des favoris dans la course aux médailles. Finalement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu pour vous et vous êtes rentré bredouille. Comment avez-vous vécu ce moment et qu’avez-vous fait pour surmonter ce revers ?

Les Jeux olympiques de Paris ont été un immense échec. Mais les déboires font partie de notre sport. Nous quittons la piste en n’étant pas pleinement satisfait de notre prestation bien plus souvent que l’inverse. À Paris, nous avons vécu l’une de nos pires contre-performances à l’un des moments les plus importants de notre carrière. Il s’agissait de notre premier championnat et je nous pensais en bonne forme. Nous avions établi un bon programme à long terme. En amont, tout semblait bien fonctionner et nous avons abordé cette échéance avec de la confiance. Nous savions déjà combien United était incroyable, et cela m’a donné beaucoup d’assurance, même s’il s’agissait de mon premier championnat. Et puis, nous ne nous sommes même pas qualifiés pour la finale individuelle et n’avons pas remporté de médaille par équipe non plus… C’était non seulement ce que nous espérions, pour nous, cavaliers, pour notre chef d’équipe, mais aussi ce que toute une nation attendait de nous… Il est probablement encore plus difficile d’échouer dans un championnat car on a le sentiment de laisser tomber tout son pays. Et lorsque l’on représente l’Allemagne, c’est d’autant plus difficile. Nous disposons d’un réservoir de très bons cavaliers très fourni. On se demande forcément si les couples réservistes, qui n’ont pas eu la chance de disputer la compétition, n’auraient pas fait mieux. À Paris, il est clair que nous ne nous sommes pas montrés au niveau qui aurait dû être le nôtre. Échouer lors d’un championnat ou d’une Coupe des nations est bien pire que de le faire individuellement. Mais, encore une fois, cela fait partie de notre sport. Nous devons composer avec nos erreurs et essayer de faire mieux les fois suivantes. L’expérience de Paris a été une très, très grande source de motivation pour nos prochains championnats, qui sont arrivés juste un an après, aux Européens de La Corogne. Et cette fois, je crois que rien n’aurait pu mieux se dérouler pour nous ! 

Après les Jeux olympiques de Paris, Richard Vogel et United Touch S ont su rebondir lors des Européens de La Corogne, où ils ont décroché deux médailles : le bronze par équipe et l'or en individuel. © Dirk Caremans / Hippo Foto

“Avant United Touch S, je n’avais jamais vu un cheval avec autant de puissance, d’énergie, de moyens et d’amplitude !”

Quelle a été votre impression lorsque vous avez rencontré United Touch S pour la première fois ?

La première fois que je l’ai rencontré, il était monté par Sophie Hinners. Il est arrivé dans nos écuries dans le but de devenir son cheval de concours. Nous montons dans la même écurie et nous nous entraînons ensemble, ce qui nous permet de beaucoup nous entraider. J’étais à pied et je la regardais évoluer avec ce cheval. J’ai été très impressionné. Je n’avais jamais vu un cheval avec autant de puissance, d’énergie, de moyens et d’amplitude ! Même sur le plus petit obstacle qui soit, on pouvait déjà voir toute l’étendue de ses moyens colossaux. Je me suis aussi très vite rendu compte que Sophie avait du mal à contenir toute cette énergie tout en le rendant un peu plus rapide et efficace dans son galop et sa technique de saut. Lorsqu’il était plus jeune, United sautait parfois trop haut et perdait beaucoup de temps en l’air, que ce soit sur les obstacles ou dans son galop, où son temps de projection était très long. Si on regarde une vidéo de lui entre ses cinq et neuf ans, on peut facilement constater combien non seulement sa façon de sauter mais aussi son galop ont évolué et changé. Avant même que Sophie ne fasse ses premiers concours avec United, dès la semaine de son arrivée aux écuries, j’ai commencé à le monter à la maison. Je l’ai adoré dès les premières foulées sur son dos. En accord avec Sophie, nous avons appelé son éleveur et propriétaire, Julius-Peter Sinnack, et lui avons suggéré que je prenne les rênes de United. Julius-Peter aimait énormément l’équitation de Sophie et souhaitait qu’elle soit la cavalière de son cheval, mais il s’est montré très ouvert et cela a marqué le début de notre partenariat !

Eleveur et propriétaire de United Touch S, Julius-Peter Sinnack vit une belle aventure aux côtés du cavalier allemand. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Quelles relations entretenez-vous avec Julius-Peter Sinnack ?

Nous avons une très, très bonne relation. Il nous accorde toute sa confiance, non seulement à Felicia et à moi, mais aussi à toute l’équipe qui nous entoure. D’une certaine façon, il nous donne le sentiment que United nous appartient. Il n’est pas le genre de propriétaire à nous imposer un plan ni à nous dire quoi faire. Il nous laisse beaucoup de liberté dans notre gestion. Bien sûr, nous l’incluons dans toutes nos réflexions et nous nous assurons qu’il soit en accord avec nos décisions, mais il nous fait confiance. Julius est aussi un vrai homme de cheval. Assez souvent, je lui demande conseil. Et parfois, il en fait de même avec nous ! Notre relation fonctionne vraiment dans les deux sens. Il lui arrive de nous confier des jeunes chevaux pendant une semaine afin d’avoir notre avis à leur égard. Et nous n’avons pas seulement United ; nous avons d’autres chevaux qui lui appartiennent au sein des écuries et sommes même co-propriétaires d’un cheval ensemble. Il y a une bonne dynamique entre nous. 

Vous montez plusieurs produits de United Touch S, à l’image d’Uppsala JPS (mère par Con Cento S) ou encore United Call JPS (mère par Singulord Joter). Retrouvez-vous des similitudes avec leur père ?

Oui, beaucoup ! Ils ont tous une grande foulée et beaucoup de sang. Ils montrent aussi de bons moyens et partagent le même tempérament que leur père ; ils ont cette envie de faire du sport et sont des vrais chevaux de concours. Ils aiment sauter. Ils ont cela en commun. En revanche, en termes de taille, nous avons un peu de tout. Beaucoup des produits de United ne sont pas si grands que cela. United Call, qui a huit ans, est très grand, mais ce n’est pas forcément le cas des autres. Mais même les plus petits ont de l’amplitude, de super moyens et un excellent caractère. 

Le numéro deux mondial monte plusieurs produits de sa star United Touch S, à l'image d'Uppsala JPS. © Sportfot



“Dans le fond, je crois que c’est une chance de se construire sans trop s’appuyer sur l’argent”

Vous venez d’une famille tout ce qu’il y a de plus normal et êtes la preuve que l’on peut atteindre le très haut niveau sans forcément venir d’un milieu extrêmement aisé financièrement. Quels seraient vos conseils à destination de jeunes cavaliers ambitieux, qui n’ont pas forcément ni des moyens démesurés ni des liens privilégiés dans la sphère équestre ?

Je ne viens peut-être pas d’un milieu extrêmement riche, mais j’ai eu la chance de naître dans une famille investie dans le monde équestre. J’ai toujours été entouré par les chevaux. Même s’ils n’avaient pas vraiment de liens avec le très haut niveau, ma maman était une cavalière très passionnée et mon grand-père a toujours fait de l’élevage. Les chevaux sont donc ancrés dans mon ADN ! Lorsque j’ai grandi, ma famille n’a jamais eu la possibilité d’acheter des chevaux onéreux pour accompagner ma progression. Mais ce n’est pas une nécessité. Au contraire : j’ai souvent le sentiment que le fait que d’autres personnes puissent s’offrir des chevaux à un certain prix est utilisé comme une excuse. Évidemment, il est plus facile de gagner avec une excellente monture, mais il est aussi possible de dénicher de très bons chevaux, dans des budgets plus abordables, parce qu’ils sont jugés difficiles ou bien parce que personne ne perçoit vraiment leur potentiel ou leur talent. Dans le fond, je crois que c’est une chance de se construire sans trop s’appuyer sur l’argent. Par exemple, j’ai dû apprendre à composer avec tout type de chevaux dès mon plus jeune âge. Je devais m’adapter à ceux que j’avais sous la selle plutôt que m’atteler à chercher ceux qui pourraient me correspondre le mieux. J’ai donc dû faire en sorte de rendre mon équitation et ma façon de monter malléable et adaptable. Je me suis toujours demandé : Comment faire progresser ce cheval ? Comment monter celui-là au mieux ? 

C’est lorsqu’on est jeune que l’on apprend le plus. Or, certains cavaliers ont parfois la possibilité d’acheter le cheval idéal, qui leur convient à merveille. Ils n’ont alors pas vraiment l’opportunité de s’exercer avec des montures aux fonctionnements différents. Le risque est ensuite de rester dans un seul schéma et de chercher à acheter le même type de cheval. En suivant cette voie-là, je pense que l’on ne peut jamais être un cavalier aussi complet qu’on l’aurait été en étant obligé de monter tout type de chevaux. Je n’ai jamais vécu mon parcours comme un handicap pour ma carrière, ni pensé que les autres avaient un avantage sur moi. C’est même presque l’inverse ! Je n’ai peut-être pas connu le succès d’autres jeunes de mon âge, ni disputé de championnats Junior ou Jeune cavalier, mais, à un niveau moindre, j’ai appris davantage que d’autres, qui avaient un ou deux chevaux taillés sur mesure. 

En résumé, ne pas bénéficier d’un soutien financier conséquent n’est pas un obstacle. Si l’argent joue un rôle important dans l’accès au très haut niveau, c’est nettement moins le cas lorsqu’on débute. Je pense qu’il est plus important de s’entourer des bonnes personnes et d’être conseillé par de vrais Hommes de chevaux, qui sont en mesure d’expliquer les choses et nous guider dans la bonne direction avec chaque monture, peu importe ses spécificités. C’est ainsi que l’on apprend le plus. Ensuite, si l’on est travailleur, on finit toujours par avoir des opportunités. Dans cet univers, comme dans beaucoup d’autres, le travail mène plus loin que le talent. Le travail surclasse toujours le talent quand celui-ci ne s’accompagne pas d’une vraie motivation.

L'adaptation a été la clef des jeunes années de Richard Vogel et cela lui est encore bénéfique aujourd'hui. © Sportfot

“Au cours de toute ma vie, je suis parti en vacances deux fois, pendant trois jours !”

Comme beaucoup d’autres cavaliers, on imagine que vous avez mis le pied à l’étrier en premier lieu en raison de votre amour pour les chevaux. Comment vous assurez-vous de ne pas perdre de vue ce fondamental alors même que le très haut niveau implique des enjeux financiers et de résultats gigantesques ?

L’amour des chevaux est la base de tout ce que nous faisons chaque jour. Je pense qu’il est impossible de le perdre de vue. Tout est construit sur ce socle. On pense aux chevaux vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Au cours de toute ma vie, je suis parti en vacances deux fois, pendant trois jours ! Et même dans ces moments-là, lorsqu’on ne monte pas, on pense aux chevaux. À la maison, je monte tous les jours des chevaux très différents, car nous avons beaucoup de jeunes. Et comme comme pour n’importe quel autre sport, pour atteindre le haut niveau, il faut le pratiquer. Il faut transpirer, s’entraîner, travailler. Nous ne devons pas non plus oublier que nous avons des chevaux qui ont été élevés pour cela ; tous nos chevaux aiment le sport. Comparons cela aux chiens : si l’on a un Border Collie, qui a besoin de beaucoup se dépenser et de parcourir peut-être dix à vingt kilomètres par jour, il ne sera pas heureux et épanoui s’il passe la journée couché dans un bureau aux côtés de son maître et ne profite que d’une ou deux courtes balades par jour. Ce n’est pas souhaitable pour ce type de chien. En revanche, s’il peut vivre une vie plus sportive, qui colle davantage à ses besoins et ce pourquoi il est élevé, il se sentira bien. À l’inverse, d’autres races de chien collent davantage à des modes de vie plus sédentaires et ces derniers seront très heureux de passer la journée au travail avec leurs maîtres. Nos chevaux sont pensés depuis de nombreuses générations pour le saut d’obstacles, pour le sport. Et peu importe leur niveau, qu’ils sautent 1,20 ou 1,60m, ils aiment ce qu’ils font. Il faut ensuite s’adapter à chaque individu. Certains sont contents d’aller en concours toutes les semaines, là où d’autres préfèrent rester à la maison et sortir une fois tous les deux mois. Par exemple, United ne m’accompagne pas souvent en compétition, tandis que d’autres de mes chevaux sortent une fois toutes les deux semaines et se sentent bien avec ce rythme. Cela dépend vraiment de chacun, de leur âge et d’où ils en sont dans leur carrière. Quoi qu’il en soit, je crois qu’il n’est pas difficile de garder en tête l’amour des chevaux, des animaux et de ce qu’on fait. C’est la base de tout.

"L'amour des chevaux est la base de ce que nous faisons chaque jour", assure Richard Vogel. © Sportfot

La troisième partie de cette interview sera disponible prochainement sur Studforlife.com…

Photo à la Une : À chaque saut de United Touch S, le temps semble comme suspendu. © Dirk Caremans / Hippo Foto