L’Allemagne fait régner un goût de perfection à Aix-la-Chapelle et décroche son premier sacre collectif depuis 2011 !
L’Allemagne n’avait plus remporté le moindre titre en grand championnat depuis 2011 et son succès madrilène aux championnats d’Europe. Un an plus tôt, la Mannschaft avait glané sa dernière médaille d’or collective lors d’une échéance mondiale, à Lexington. Le retour au sommet de l’escouade d’Otto Becker ne pouvait pas mieux tomber qu’ici, à Aix-la-Chapelle, temple sacré qui fait vibrer les sports équestres comme aucun autre lieu au monde. Au-delà de tous les superlatifs, les Germaniques ont dominé la compétition sans partage, avec une maîtrise inégalée. Face à eux, Belges et Britanniques se sont inclinés avec respect, pour savourer leurs breloques d’argent et de bronze. Côté individuel, la finale de dimanche s'annonce tout aussi épique, avec, pour l'heure, deux leaders ex aequo !
Et si, finalement, la perfection existait ? Dans leur vie, les quarante mille spectateurs présents autour de la piste principale d’Aix-la-Chapelle, vendredi 21 août 2026, ne revivront sans doute jamais un tel moment. Pour la finale par équipe des championnats du monde, tous les ingrédients, assaisonnement compris, étaient réunis pour vivre un moment d’histoire, d’anthologie. Le type de journée, d’épreuve, qui marque le sport éternellement. Entre un grondement de tonnerre et un autre venu des tribunes, des gouttes de pluie et des éclairs, des fautes et des sans-faute, l’Allemagne est restée insubmersible, debout face à la tempête, sans jamais souffrir des vagues qui ont fait chavirer les bateaux de ses voisins.
Vingt ans après, face à un public toujours plus extraordinaire, Marcus Ehning est remonté sur un podium à Aix-la-Chapelle. Cette fois sur la plus haute marche du podium. Le Centaure était accompagné de Daniel Deusser et de Sophie Hinners et Richard Vogel, tête d’affiche de la nouvelle génération germanique. Ce soir, dans la nuit allemande, accompagnés des fabuleux Coolio 42, Otello de Guldenboom, Iron Dames*Singclair et United Touch S, les locaux ont signé quatre des douze sans-faute aux obstacles de la soirée. Une performance XXL, complètement démentielle et renversante, qui a permis à la Mannschaft de sceller son sort très rapidement.

Le podium par équipe des championnats du monde d'Aix-la-Chapelle a été quelque peu humide ! © Mélina Massias
Marcus Ehning met ses coéquipiers sur orbite
Après le passage des couples engagés en individuel, Marcus Ehning et Coolio 42 ont lancé idéalement leurs coéquipiers, en déroulant une partition impeccable. Si celle-ci fut bien entrecoupée de quelques frayeurs, comme sur la rivière, abordée sur une foulée décroissante et très courte, ou encore sur la dernière combinaison du parcours puis le vertical suivant, qui intervenait après un demi-tour à main droite, l’osmose du couple a fait toute la différence. Semblant touchés par la grâce, les deux complices étaient sur une autre planète et simplement intouchables.

Marcus Ehning a montré toute sa reconnaissance envers Coolio 42 après un nouveau parcours parfait. © Mélina Massias
Sophie Hinners et son fils de Singular LS La Silla ont, à leur tour, effacé toutes les difficultés du jour, pour conclure leur parcours avec un point de temps dépassé. Après la Chasse, où les écarts étaient infimes entre les différents collectifs, ajouter une unité à son compteur aurait pu paraître fatal. Seulement, vendredi soir, la donne était bien différente. Parfait chef d’orchestre, le si souvent décrié Frank Rothenberger, dont la nomination pour officier lors de cette échéance a été remise en question par divers observateurs, a fait taire tous ses détracteurs en offrant un spectacle de très, très haut vol. Cela a ainsi permis à l’Allemagne, de ne pas pâtir du score de Sophie Hinners et Singclair.

Sophie Hinners et Singclair n'ont écopé que d'un point, qui n'a pas, certes, pas pénalisé leur équipe, mais les a fait reculer de quelques places au classement individuel. © Mélina Massias
Dans une tension insoutenable, Daniel Deusser et Otello de Guldenboom sont venus achever le travail. Presque insolent de précision, le pilote des écuries Stephex a délivré les tribunes qui ont exulté, et presque occulté le dénouement de la compétition, pourtant absolument passionnant et plein d’enjeu, notamment celui d’une qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles. Dans ce tourbillon de suspense, un homme a surgi comme s’il entrait dans son jardin : Richard Vogel. Large sourire glué au visage dès les premières foulées de galop de United Touch S sur l’herbe sacrée de la Mecque des sports équestres, le numéro deux mondial a pris le temps de savourer, de profiter, et de régaler le public. Avec deux points de temps à son compteur, il a posé la cerise sur le gâteau déjà généreusement garni et savouré par une nation tout entière.

Daniel Deusser a scellé le sort de la Mannschaft et exulté en sortie de piste, les bras lever au ciel. © Mélina Massias
L’Allemagne en passe de doubler la mise ?
“Richard a bien profité et pris son temps pour ce parcours !”, s’est amusé Otto Becker, indéboulonnable chef d’équipe allemand, qui jouera ce soir Dans les yeux d’Emilie pour fêter ce titre collectif, son premier depuis les Européens de Madrid en 2011. “Je n’ai pas de mots pour cette équipe. Je suis très fier de ce que mes cavaliers ont fait ces dernières semaines et ces derniers jours, en particulier aujourd’hui. Cela veut dire beaucoup pour moi, d’autant plus compte tenu de la manière dont ils se sont imposés. Gagner à la maison, à Aix-la-Chapelle, n’a pas de prix. Lorsque je vois le public rester sous la pluie, et tout le monde être uni dans ce succès, c’est vraiment unique. Je suis extrêmement heureux que nous ayons pu offrir cette performance au stade.” Comme quoi, l’ancien pilote de Cento n’avait pas besoin des services des champions olympiques Christian Kukuk et Checker 47.

Richard Vogel n'a pu s'empêcher d'afficher un grand sourire avant de prendre le départ de son parcours sur United Touch S. © Mélina Massias
Grâce à leur soirée hors du temps, les Allemands se dessinent aussi comme les grands favoris aux médailles individuelles. Et si les trois breloques qui seront remises dimanche leur revenaient ? Cela n’est pas impossible puisqu’Otello de Guldenboom est en tête ex aequo avec Dynamix de Bélhème, Coolio 42 en embuscade en quatrième position, et Singclair, juste derrière lui, au cinquième rang. Il restera avant ça une journée de repos, une nouvelle inspection vétérinaire et, surtout, deux parcours à avaler.
La Belgique et la Grande-Bretagne sautent sur le podium et s’envolent vers LA
Au final, l’Allemagne s’est imposée avec plus de sept points d’avance sur ses dauphins… les Belges ! Troisième après la première manche de cette finale par équipe, les Diables Rouges ont tenu le choc. Mal engagés après les prestations à huit et quatre points signées par Nicola Philippaerts et Pieter Devos, associés à Katanga v/h Dingeshof et Casual DV, les hommes de Pieter Weinberg ont surgi dans l’obscurité grâce aux remarquables parcours de Thibeau Spits puis Abdel Saïd sur les impériaux Impress-K van’t Kattenheye et Wathnan*Quaker Brimbelles. Résultat : l’argent, une qualification olympique et une joie intense. “L’Allemagne était presque intouchable ce soir”, a glissé Thibeau Spits, champion d’Europe à La Corogne un an plus tôt. Unanime, le clan belge s’est dit ravi de sa performance, et encore plus de l’ambiance inégalée et inégalable qui a régné sur Aix-la-Chapelle, sous vent et marrées, jusqu’à plus de 23 heures, avec des gradins encore pleins à craquer. Côté individuel, dimanche, les Belges ne pourront compter “que” sur leurs deux leaders du soir, respectivement quinze et sixième.

Abdel Saïd et Quaker Brimbelles ont assuré l'argent à la Belgique. © Mélina Massias
“J’aimerais que tous les championnats du monde se déroulent à Aix-la-Chapelle”, a, quant à lui, lancé Harry Charles, entraînant une proposition de rendez-vous mi-sérieuse mi-humoristique dans quatre ans de la part de l’organisation. Quoi qu’il en soit, le Britannique a enfin pu visiter la salle de conférence de presse, un lieu qu’il rêvait de voir en vrai depuis longtemps. Cette fois, il y est venu pour une belle raison : une médaille. En effet, le collectif britannique, après moults rebondissements, est parvenu à arracher une place sur le podium. Une récompense méritée compte tenu de la qualité des chevaux alignés par Di Lampard. Point Break, plus en course que jamais pour l’individuel avec Ben Maher et toujours d’une régularité irréprochable, a lancé les hostilités, suivi par Lt Holst Freda, qui a enfin décroché le clear round qu’elle méritait tant sur cette piste. Harry Charles a offert à sa grise une monte absolument parfaite et livré une copie d’école, savoureuse et délicieuse, à consommer sans modération. Si les raisons de se réjouir de cette performance sont nombreuses, les motifs de frustration le sont presque tout autant. Avec quelques semaines d’association supplémentaires, qu’auraient pu faire ces deux-là ? Leur talent, individuel et commun, semble tel qu’un titre solo aurait été tout sauf improbable. Seulement, avant d’aborder ces Mondiaux, Harry Charles et sa fille de Colman n’avaient pris le départ que d’une seule épreuve à 1,60m, la Ligue des nations de Rotterdam, qu’ils avaient bouclé avec… un triple sans-faute. À douze ans, la grise semble à l’aube de ses plus belles heures sportives. Dimanche, elle pourra tenter sa chance dans la finale individuelle, mais part, sauf cataclysme, de trop loin pour prétendre au podium. À charge de revanche.

Harry Charles et LT Holst Freda semblent tous simplement sortis tout droit d'un rêve. © Mélina Massias
En tête après la deuxième manche du championnat, Scott Brash et Keswichtime HV, alias Hello Mango, ont flanché… en mettant à terre le numéro 1, fatal à bien d’autres de leurs homologues. Si l’Ecossais a évoqué de nombreuses raisons, dont celles, particulières, de détente, avec un échauffement en manège ouvert sur sable avant de retrouver l’herbe pour les sauts finaux, la sentence a été la même : quatre points et une perte d’avance considérable pour ses chances en solo. Avant la paire, celle formée par Adrian Whiteway et Chacco Volo avait frôlé l’accident, en déroulant un parcours pour le moins chaotique, l’atypique fils de Chacco-Blue semblant accuser le coup, tant dans la difficulté que dans la répétition des efforts.
Qualifications olympiques acquises pour l’Italie, la Suisse, l’Irlande et la France
Pour les Etats-Unis, la catastrophe a été évitée, mais la médaille aussi… Quatrièmes, Laura Kraut, Katherine A. Dinan, Lillie Keenan et McLain Ward ont passé une soirée difficile sur le plan collectif. Ouvreuse, Laura Kraut n’a pu éviter une faute de Baloutinue, tandis que son homologue, l’amazone d’Out of the Blue SCF, a concédé une lourde faute à la sortie du triple numéro 5 avant de lever la main, contraignant ses coéquipiers à ne pas flancher. Lillie Keenan, en délicatesse au paddock avec Fasther, a quitté la piste avec huit points, dont quatre sur le numéro 1, avant que son mentor, McLain Ward, ne vienne prendre sa revanche aux rênes de High Star Hero, en livrant un très bon zéro, après avoir manqué de réussite les deux derniers jours.

McLain Ward et High Star Hero ont sorti un sans-faute dans la deuxième manche de la finale de la Coupe du monde, mais cela n'a pas suffi pour les Etats-Unis. © Mélina Massias
La vaillante équipe italienne, elle aussi réduite à trois après l’abandon prématuré d’Emanuele Camilli sur Chacareno PS, termine à une très honorable cinquième place. Elle a notamment pu compter sur le sans-faute poussif mais salvateur de Piergiorgio Bucci et Hantano, septièmes en individuel. Qualifiés pour les Jeux olympiques, les Transalpins devancent la Suisse, qui termine sixième. Une performance un brin décevante sur le papier, mais tellement encourageante en pratique, avec la confirmation du talent de Jason Smith et Picobello van’t Roosakker, par deux fois piégés sur le numéro 1 et par le temps jeudi et vendredi, et l’équitation si pertinente et intelligente de Gaëtan Joliat, qui a composé au mieux avec Chelsea. Sans oublier les piliers de l’escouade : Martin Fuchs, peu en réussite avec un Conner*Jei très haut au-dessus des obstacles, et Steve Guerdat, toujours impeccable sur Dynamix de Bélhème et nouveau leader du classement provisoire individuel. Si le Suisse rêve évidemment d’enfin lever les bras à Aix-la-Chapelle, où il n’a jamais remporté le traditionnel Grand Prix, sa superbe Selle Français semble accuser un peu le coup et n’avait pas son brillant habituel ce soir.

Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème sont en tête du classement individuel, à égalité avec Daniel Deusser et Otello de Guldenboom. © Mélina Massias
Septième malgré le forfait de Darragh Kenny et Eddy Blue en début de journée, l’Irlande décroche in extremis sa qualification olympique, mais ne remplit pas les objectifs espérés. Même constat pour la France, qui sombre au huitième rang et frôle la catastrophe, à une barre des Danois, eux aussi réduits à trois après l’abandon de Zascha Nygaard et Com On*Drako de Maugré, qui en termine enfin de son championnat cauchemardesque, où sa qualité de saut semblait bien plus artificielle que d’ordinaire. Quant à la Suède, qui avait opéré une belle remontée jeudi, elle s’est complètement effondrée, terminant non seulement derrière le Danemark, mais surtout avec un total de plus de soixante-quatre points, dont cinquante-cinq enregistrés aujourd’hui après les deux fautes d’Henrik von Eckermann et O’Neill van’t Eigenlo, les quatre de Wilma McMahon et Cicci BJN et les trente et un points des méconnaissables Peder Fredricson et Alcapone des Carmille… Petronella Andersson et Odina van Klapscheut avaient, elles, jeté l’éponge avant le terme de leur parcours.
Côté individuel, la première bonne nouvelle de la soirée est venue du forfait de Dubaï du Cèdre, alias Diriyah, qui n’a pas eu à retourner une nouvelle fois en piste. En revanche, ce n’est malheureusement pas passé pour les merveilleux Bas Moerings et Ipsthar et Fernando Martinez Sommer et Joep. Sous réserve que leur journée de repos de samedi se déroule sans encombre, Roberto Teran Tafur et son vétéran Dez’ Ooktoff, les surprenants Ibrahim Hani Bisharat et Lesther, l’Espagnol Armando Trapote et son attachant Tornado VS ou encore les somptueux Omar Abdul Aziz Al Marzooqi et Enjoy de la Mûre pourront poursuivre leur aventure, comme les vingt et un autres meilleurs duos. Deux barres séparent les deux extrémités de la startlist, tandis que dix binômes se tiennent en moins de quatre points. De quoi garantir un final en apothéose, pour le championnat d’une vie.

Enjoy de la Mûre a signé une nouvelle démonstration et fait étalage de sa classe pour se qualifier pour la finale individuelle des championnats du monde ! © Mélina Massias
Les résultats complets.
Le classement individuel complet individuel.
Photo à la Une : Insubmersible, l’Allemagne a triomphé sans partage à Aix-la-Chapelle, offrant un moment d’histoire fabuleux au sport. © Mélina Massias
Les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle sont à vivre sur Clipmyhorse.tv.











