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“Je crois que nous avons tout mis en place pour que cette réussite soit la plus pérenne possible”, Gaëtan Joliat (2/3)

Just Special VK a accompagné Gaëtan Joliat de belle manière dans la Coupe des nations de La Baule le week-end dernier.
Interviews mardi 16 juin 2026 Mélina Massias

Simple. Voilà le mot qui revient le plus lorsque Gaëtan Joliat, pas encore vingt et un ans, évoque son système, sa méthode et sa vision des choses. Rencontré à l’ombre d’un arbre ornant les alentours du terrain d’honneur du Grand Parquet, quelques minutes avant la reconnaissance du Grand Prix 5* de Fontainebleau en avril, le jeune prodige jurassien s’est livré avec candeur et spontanéité. De ses débuts dans son canton natal, sous l’œil bienveillant de sa maman, à ses premiers pas sur la scène internationale, jusqu’à s’imposer comme la valeur montante du clan suisse ces derniers mois, le garçon n’a pas vraiment changé, gardant la tête froide et les deux pieds bien sur terre. Entraîné de longue date par Thomas Balsiger, qui lui a permis de faire le grand saut et de vivre de sa passion après des expériences infructueuses dans divers domaines qui ne le passionnaient pas, l’actuel cent-cinquante-septième mondial pourrait bien vivre ses premiers grands championnats Sénior dès cet été, à Aix-la-Chapelle. Installé au sein des écuries Les Verdets de la famille de Coulon depuis octobre 2024, Gaëtan Joliat a pris son temps, en toute simplicité, pour faire couple avec ses nouveaux partenaires. Une stratégie, devenue le leitmotiv de sa progression, aujourd’hui largement récompensée. Premier des trois épisodes de cet entretien.

La première partie de cette interview est à (re)lire ici.

Comment vous sentez-vous au sein de l’équipe suisse ? Vous êtes-vous senti bien accueilli lors de vos premiers pas en Grands Prix 5* ? Avez-vous reçu des conseils de vos compatriotes ?

Nous avons la chance de ne pas être excessivement nombreux dans l’équipe, notamment par rapport à des nations comme la France dont l’effectif est complètement différent. En Suisse, tout le monde s’entend très bien. J’ai été accepté très facilement et tout le monde m’a un peu pris sous son aile, que ce soit pour aborder les reconnaissances, m’inviter aux soirées ou partager de bons moments au restaurant. Je me sens très bien et parfaitement à l’aise avec tout le monde. Je dois dire que j’aime bien avoir le rôle du petit nouveau ! C’est cool, et les résultats suivent, ce qui ne gâche rien !

Votre arrivée au sommet a été très rapide. Nourrissez-vous une forme de crainte à l’idée que cela s’essouffle ou êtes-vous, au contraire, serein et confiant pour l’avenir ?

Je ne dirais pas que je suis serein, mais, même si cela est allé vite, je sais que les fondations sont solides. Nous n’avons pas dit oui à toutes les occasions de participer à de belles épreuves qui se sont présentées à nous. Je crois qu’avec notre système et le coach que j’ai, nous avons tout mis en place pour que cette réussite soit la plus pérenne possible. Il nous arrive de sacrifier certaines épreuves et concours pour ne pas griller les étapes. Il y aura forcément des phases plus dures que d’autres, mais je ne crois pas que ce que nous avons construit puisse s’effondrer totalement par la suite. Ce que nous avons mis en place me semble être solide. Certes, j’ai de bons chevaux, mais il n’y a pas que cela qui compte. Nous verrons ce que la suite nous réserve, mais je ne suis pas dans la crainte. Et s’il le faut, je travaillerai encore plus !

“J’ai à cœur de bien faire mon travail et de pouvoir brosser et m’occuper de chaque cheval sur lequel je m’assois”

Comment fonctionne votre système au sein des écuries Les Verdets ?

Je suis employé à cent pour cent par la famille de Coulon, qui est mon unique propriétaire. Je passe toute la semaine avec elle aux écuries, où nous avons une bonne dizaine de chevaux. Nous avons une très bonne équipe, que ce soit en termes de grooms, de cavaliers, ou de personnel pour entretenir les boxes et les paddocks par exemple. Grâce à toutes ces personnes, je peux me concentrer pleinement sur mes chevaux et sur la compétition. Je monte entre trois et quatre chevaux par jour, jamais plus. Je les prépare moi-même à la maison, je prends le temps de les seller, de leur faire les soins, etc. C’est vraiment quelque chose que j’aime bien. En revanche, je n’apprécie pas de monter dix chevaux à la chaîne par jour ! Cela ne m’intéresse pas. J’ai à cœur de bien faire mon travail et de pouvoir brosser et m’occuper de chaque cheval sur lequel je m’assois. Je crois que cela permet de créer un lien, qui peut ensuite se révéler bénéfique en piste, notamment avec les juments et les étalons. Thomas (Balsiger, ndlr) vient une à deux fois par semaine pour m’entraîner. Pour le reste, Olivier de Coulon gère les écuries et me suit sur tous les concours. C’est d’ailleurs lui qui conduit le camion à chaque déplacement ! Sa fille, Sarah, est la stable manager. Elle gère tout l’aspect administratif. Avec mon patron et mon coach, nous essayons d’établir le meilleur planning de concours possible. Pour le reste, je peux partir en compétition du mercredi au dimanche sans me faire de tracas. Je sais que tout est parfaitement sous contrôle à la maison. J’ai de la chance d’être employé dans ces conditions. À chaque déplacement, je suis serein car je sais que tout est géré comme il se doit. En résumé, je pense que notre système est très simple. Tous nos chevaux vont au paddock, en balade, et nous ne travaillons pas énormément en carrière. Et tous les employés œuvrent dans le même but et sont alignés sur la même philosophie, ce qui est très agréable. 



Dans votre jeune carrière, avez-vous déjà traversé de grandes remises en question, qui vous auraient amené à changer des choses dans votre manière de fonctionner ?

Non, pas à ce point. Comme nous faisons des choses simples, lorsqu’on traverse une période un peu moins faste, on ne dit pas que l’on doit tout changer. Au contraire ; si quelque chose ne va pas, on se rapproche encore davantage de l’essentiel et de la simplicité, tout en continuant à travailler. Je me fais assez confiance là-dessus et je sais aussi ce qu’est la loi du sport. Parfois, ça ne va pas. C’est comme ça. Il faut relativiser. 

Quid de vos deux chevaux de tête, Just Special VK (Falaise de Muze x Toulon) et Chelsea (Chellano Alpha x Cicero van Paemel), qui semblent assez différents ?

Just a un cœur énorme. Au tout début, lorsque la famille de Coulon l’a achetée, je ne pense pas qu’elle était destinée à évoluer à ce niveau ! Mais elle a tellement de cœur qu’elle l’a fait. Je me suis très vite entendu avec cette jument. Elle représente vraiment le type de cheval que j’aime : bouillonnant avec du sang. Le premier jour d’un concours, sur un parcours à 1,45m, elle est chaude, joueuse et ne saute pas forcément de façon spectaculaire. En revanche, lorsqu’on la pionte pour une épreuve plus importante, elle se transforme ! Elle sait quand les épreuves comptent et revêtent de l’enjeu. Au quotidien, elle est simplement fantastique. On peut aller partout en forêt avec elle. Elle est très gentille et facile, avec son petit caractère de jument quand même. C’est un plaisir de monter et de côtoyer cette jument.

Chelsea, lui, c’est un peu l’inverse. Il a un fort caractère et il faut parfois le prendre avec des pincettes. Il faut aller dans son sens, mais une fois qu’il nous fait confiance, il donne tout ce qu’il a. Il a des moyens et du respect. Cette deuxième qualité est peut-être aussi son défaut, car il est tellement sensible que le moindre petit grain de sable dans la machine peut tout dérégler. Lorsque tout ne se passe pas parfaitement comme prévu, terminer un parcours peut devenir difficile. C’est pour cela que nous ne lui imposons pas de sauter les épreuves majeures chaque semaine. Il alterne entre les hauteurs et nous l’engageons parfois sur des parcours moins difficiles. J’ai la chance d’avoir deux très bons chevaux pour me tirer vers le haut. Ce sont deux chevaux de caractère, deux vrais personnages et c’est aussi ce qui fait leur force.

“Prendre mon temps est tout aussi bénéfique pour moi que pour mes chevaux”

Vous pouvez aussi compter sur Fabregas S (Nevados S x Regiel), qui a connu une belle évolution ces derniers mois et terminait notamment deuxième du Grand Prix Jeunes cavaliers du CSIO de Compiègne en avril. Comment jugez-vous son potentiel et qu’attendez-vous de lui pour la suite ?

Je ne sais pas encore s’il sautera un Grand Prix 5* ou non (le gris était bien parti pour le faire à Saint-Gall, début juin, mais a malheureusement été éliminé après deux refus sur le mur numéro 7, ndlr), mais il a envie de bien faire ! Fabregas est un étalon. Il est gentil et je me sens bien sur son dos. Pour l’instant, il fait plutôt partie de mon deuxième piquet de chevaux, au sein duquel il est l’un des leaders. Au niveau 2 et 3*, c’est lui qui saute les Grands Prix. Il a effectué un ou deux parcours à 1,55m l’an passé, et s’est très bien comporté. Nous ne pensions pas qu’il sauterait ces épreuves, mais, en raison de diverses circonstances, nous avons fini par l’engager à ce niveau. Il a montré de très belles choses et semble être en forme cette année. L’idée serait qu’il m’accompagne dans certains CSI 5* en fonction de mon planning de compétition, afin qu’il continue de prendre de l’expérience. Je suis en tout cas très positif à son égard et je crois qu’il a les capacités pour aider mes autres montures à haut niveau !



Parmi vos jeunes espoirs, lesquels vous semblent montrer le potentiel d’atteindre un jour le niveau 5* ?

J’ai un super étalon alezan de dix ans, Qupido H (Cicero van Paemel x Baloubet du Rouet). Il a des moyens illimités ! Il faut encore que nous continuions à nous comprendre l’un et l’autre et que j’arrive à lui donner un cadre, afin qu’il garde son énergie pour la piste et qu’il ne se dissipe pas trop. Le jour où nous ferons vraiment couple, je pense que ce sera quelque chose de magique ! Je compte aussi sur Scarlina, qui est revenue de blessure après un an de convalescence. Nous apprenons à nous connaître gentiment. À Fontainebleau, elle a signé un bon sans-faute dans l’épreuve à 1,55m, qu’elle a sauté comme s’il y avait quinze centimètres de moins ! Nous allons tout faire pour être le plus juste possible avec elle. Je pense qu’elle va aussi beaucoup m’aider.

À la maison, j’ai aussi quelques jeunes chevaux, dont deux juments de six et sept ans qui sont encore assez vertes. Je les monte principalement sur des épreuves nationales, avec parfois quelques apparitions internationales, mais nous n’exagérons pas les choses avec elles. Nous les laissons mûrir à leur rythme et travaillons gentiment, en les engageant dans des épreuves qui leur correspondent. J’ai aussi Keep Cool, un fils d’Emerald van’t Ruytershof (et de Ubisca Cool, par U Chin van Schuttershof, faisant de lui le propre frère de Laps Cool, vice-champion de France des sept ans en 2024 et vu jusqu’à 1,50m avec Paul Delforge, ndlr) âgé de dix ans. Il est un peu spécial à la maison mais dispose de super moyens. J’ai vraiment un piquet très complet ; derrière mes chevaux de tête, j’ai un bon groupe qui prend de l’expérience et a le potentiel pour prendre la relève de Chelsea et Just dans quelques années. Cette situation m’octroie le droit de prendre le temps avec ces montures d’avenir, afin de ne pas leur brûler les ailes en allant trop vite. Ces chevaux, dont certains ont neuf ou dix ans, pourraient très bien faire plus, mais nous préférons prendre le temps de solidifier les bases et de tisser une vraie relation avec eux. Cela rend les choses plus faciles sur le long terme.

À vos yeux, quels sont les plus grands bénéfices au fait de pouvoir prendre le temps d’amener vos chevaux progressivement dans le grand bain ? Cela doit être un sacré avantage de ne pas se sentir obligé d’obtenir des résultats coûte que coûte ou de devoir griller des étapes…

Je pense qu’il peut être aisé d’avoir envie d’aller vite. Et cela peut fonctionner sur quelques concours, mais c’est moins certain à long terme. Je n’ai pas quarante ans ni l’expérience d’un Julien Epaillard, qui a remporté le championnat de France avec un hongre de neuf ans. Je trouve d’ailleurs sa performance fabuleuse ! Mais avec mon niveau actuel, et compte tenu de mon âge, prendre mon temps est tout aussi bénéfique pour moi que pour mes chevaux. J’ai encore énormément à apprendre. Je commets encore des petites erreurs à 1,50, 1,60m. Alors former mes chevaux à 1,40, 1,45m me permet aussi d’engranger de l’expérience en étant en concours chaque week-end. Avancer pas à pas et donner du temps à chaque cheval est aussi la philosophie des écuries Les Verdets. Jusqu’à présent, cela a fonctionné avec tout le monde ! Chaque cheval que l’on a attendu a fini par nous le rendre et nous avons finalement gagné du temps. Je ne changerai ce fonctionnement pour rien au monde. 

La troisième et dernière partie de cet article sera disponible jeudi sur Studforlife.com…

Photo à la Une : Just Special VK a accompagné Gaëtan Joliat de belle manière dans la Coupe des nations de La Baule le week-end dernier. © Mélina Massias