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Gaëtan Joliat, la simplicité en leitmotiv (1/3)

Engagé au CSIO 5* de La Baule cette semaine, Gaëtan Joliat a frappé d’entrée en remportant l’épreuve d’ouverture aux rênes de Scarlina de Tiji.
Interviews vendredi 12 juin 2026 Mélina Massias

Simple. Voilà le mot qui revient le plus lorsque Gaëtan Joliat, pas encore vingt et un ans, évoque son système, sa méthode et sa vision des choses. Rencontré à l’ombre d’un arbre ornant les alentours du terrain d’honneur du Grand Parquet, quelques minutes avant la reconnaissance du Grand Prix 5* de Fontainebleau en avril, le jeune prodige jurassien s’est livré avec candeur et spontanéité. De ses débuts dans son canton natal, sous l’œil bienveillant de sa maman, à ses premiers pas sur la scène internationale, jusqu’à s’imposer comme la valeur montante du clan suisse ces derniers mois, le garçon n’a pas vraiment changé, gardant la tête froide et les deux pieds bien sur terre. Entraîné de longue date par Thomas Balsiger, qui lui a permis de faire le grand saut et de vivre de sa passion après des expériences infructueuses dans divers domaines qui ne le passionnaient pas, l’actuel cent cinquante-septième mondial pourrait bien vivre ses premiers grands championnats Sénior dès cet été, à Aix-la-Chapelle. Installé au sein des écuries Les Verdets de la famille de Coulon depuis octobre 2024, Gaëtan Joliat a pris son temps, en toute simplicité, pour faire couple avec ses nouveaux partenaires. Une stratégie, devenue le leitmotiv de sa progression, aujourd’hui largement récompensée. Premier des trois épisodes de cet entretien.

Quel a été votre parcours ? D’où vous vient votre passion pour les chevaux et l’équitation ?

Je suis né en Suisse, dans un petit canton d’où est aussi originaire Steve Guerdat : le Jura. Mes parents, qui sont aussi impliqués dans le milieu équestre, possèdent une écurie privée à la maison, où ma sœur montait à cheval. À deux minutes de chez nous, se trouve un manège (l’équivalent d’un centre équestre en France, ndlr), où je passais mes après-midis. J’ai toujours baigné dans les chevaux et c’est ainsi que tout a commencé. J’ai passé ma licence, qui correspond au Galop 7 en France, participé à des petits concours, et deux ou trois personnes ont décelé un potentiel chez moi. Grâce à cela, j’ai pu partir un peu plus loin que mon canton pour m’entraîner et continuer ma progression, jusqu’à rencontrer Thomas Balsiger, le papa de Bryan. Il m’a proposé d’effectuer un stage dans sa structure lorsque j’avais quinze ans et nous ne nous sommes plus jamais quittés depuis ! J’ai travaillé trois ans au sein de ses écuries afin de valider un diplôme professionnel appelé CFC (Certificat fédéral de capacité), évidemment en lien avec le milieu équestre. Durant cette formation, j’ai occupé tous les postes ; j’ai donné des leçons à des petits enfants débutants, à des adultes expérimentés, j’ai monté des jeunes chevaux, etc. C’était très formateur. J’ai vingt ans, mais j’ai déjà vu pas mal de choses. J’ai quitté ma maison à quinze ans et cela m’a aussi endurci. Je vivais avec la famille Balsiger, ce qui m’a permis de ne pas être perdu. 

Thomas m’a ensuite conseillé d’ouvrir mes horizons et de découvrir de nouveaux systèmes une fois mon diplôme en poche. Je suis alors parti chez Grégoire Oberson, à La Chesnaye, près de Deauville. J’ai passé six semaines là-bas, jusqu’à recevoir un coup de fil d’Olivier de Coulon, fin 2024, qui m’a proposé une place au sein de ses écuries. Je n’ai pas trop réfléchi : se voir offrir une telle opportunité, à mon âge et en Suisse, n’est pas donné à tout le monde ! Et je ne regrette pas mon choix. Tout se passe bien et je suis assez fier de ce que j’ai accompli jusqu’à présent. Je ne pense pas avoir volé ma place. J’ai acquis les bases et connu un peu toutes les facettes du métier. Aujourd’hui, je me sens épanoui. 

Quelle est la relation de vos parents aux chevaux ? Exercent-ils une profession en lien avec leur passion ?

Pour mon père, il s’agit avant tout d’une passion. Il a toujours aimé faire du tracteur, nettoyer les boxes, entretenir nos infrastructures et s’occuper des chevaux à la maison. Ma maman était davantage impliquée dans le milieu, puisqu’elle a notamment travaillé pour Philippe Guerdat ! Comme nous venons du même canton, et qu’il n’est pas très grand, nous connaissons bien la famille Guerdat. Ma maman a de très bonnes bases et elle montait aussi très bien à cheval, même si elle n’a pas poussé sa carrière de cavalière au niveau professionnel. Elle m’a beaucoup aidé. Jusqu’à mes treize ou quatorze ans, je n’ai pas monté une seule fois sans qu’elle ait un œil sur moi. Cela n’a pas toujours été simple, mais je lui dois beaucoup. Elle m’a enseigné les bons fondamentaux dès le départ. Aujourd’hui, dès qu’elle le peut, elle m’accompagne en concours, que ce soit pour voir sauter un cheval de six ans à 8 heures du matin ou pour un Grand Prix 5*. 

Avez-vous été surpris en recevant l’appel d’Olivier de Coulon, peu avant l’automne 2024 ?

Oui, je ne m’y attendais pas du tout ! Cela a été une bonne surprise ! Lorsqu’il m’a formulé sa proposition, j’en ai discuté avec mon coach, Thomas, d’autant plus que Bryan avait été le cavalier des écuries Les Verdets par le passé. Je voulais être certain que mon choix ne poserait pas de problème à Bryan, qui est un très bon ami. Lorsque tous deux m’ont confirmé que les feux étaient au vert, j’ai sauté sur l’occasion. Je ne sais pas si j’aurais une telle proposition une deuxième fois dans ma carrière !



“Tout ce que je sais aujourd’hui, c’est un peu grâce à lui”

Dans les colonnes de Swiss Equestrian, vous avez expliqué que vos parents n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de vous voir devenir cavalier professionnel. Comment êtes-vous parvenu à les rassurer à ce sujet ?

Mes parents m’ont toujours dit : “tu obtiens un diplôme, puis tu feras ce que tu veux dans les chevaux si tu en as toujours envie”. Lors de ma semaine de stage chez Thomas, il m’a dit qu’il aurait une place pour moi en apprentissage à la rentrée. J’en ai parlé à mes parents, qui n’étaient pas très emballés. Ils m’ont suggéré d’intégrer une école de commerce ou de passer un diplôme sans lien avec les chevaux. J’ai suivi des stages, en tant que polymécanicien, dans des bureaux et dans plein de domaines, mais rien ne me plaisait. Après trois mois, je n’avais pas changé d’avis par rapport aux chevaux et à la proposition de Thomas. Mon père a fini par me dire que cela ne servait à rien d'avoir un travail alimentaire qui ne me rendrait pas heureux. Finalement, nous sommes arrivés à une sorte de compromis puisqu’après trois ans de formation avec Thomas, j’ai quand même obtenu un diplôme. Cela m’offre un certain filet de sécurité, notamment par rapport aux assurances ou en cas de problème. Aujourd’hui, tout le monde est très content de la situation ! Je dois dire que j’ai aussi eu la chance d’être bien encadré pour en arriver ici.

Qu’avez-vous appris de Thomas Balsiger ?

J’ai appris beaucoup de choses ! Tout ce que je sais aujourd’hui, c’est un peu grâce à lui. Nous avons un système très simple, que ce soit avec les jeunes chevaux ou avec ceux qui évoluent au niveau 5*. Aux premiers, nous n'imposons pas une charge de travail conséquente et nous ne sautons pas beaucoup. Nous préférons répéter les gammes, tout en gardant un cadre assez strict ; les choses simples doivent être bien faites. Et cette philosophie se transpose aussi aux chevaux d’âge. Nous travaillons davantage sur le plat, en incluant des petits sauts au besoin, mais nous n’enchaînons jamais des hauteurs importantes à la maison. Aux côtés de Thomas, j’apprends la rigueur, que ce soit dans le travail quotidien des chevaux ou dans ma vie de tous les jours. Cela a beaucoup d’importance. Thomas est quelqu’un de très naturel ; s’il a envie de dire quelque chose, il le dit. Il a du caractère, et il ne le cache pas, mais il est toujours bienveillant et cherche toujours à nous faire progresser. Il peut parfois insister, mais toujours à raison. Je le considère un peu comme un deuxième papa car j’ai toujours passé beaucoup de temps avec lui. Nous avons une belle relation.

En prenant le relais de Bryan Balsiger et Pius Schwizer, avez-vous ressenti une période d’adaptation de la part des chevaux des écuries Les Verdets ? 

Je crois que cela n’a pas été si compliqué, puisque nous avons pris du temps. Certains chevaux étaient convalescents et nous les avons remis en forme gentiment, à l’image de Scarlina (de Tiji, Hunter’s Scendro x Kannan, arrière-petite-fille de Carlina, douzième des Jeux olympiques de Londres en 2012 et trois fois dans le Top 6 en finale de la Coupe du monde avec Pius Schwizer, ndlr). Nous n’avons pas commencé sur des hauteurs très importantes. Mes premiers parcours avec les chevaux de tête devaient être sur des barres à 1,35 ou 1,40m. Compte tenu de mon jeune âge, cela m’a aussi aidé de commencer sur de plus petits parcours. Je crois que les chevaux se sont assez vite adaptés à mon équitation, et inversement. Je pense que ce passage de relais aurait été plus difficile si nous nous étions directement lancés en 5* d’entrée ! Finalement, en prenant le temps, tout s’est fait naturellement et facilement.



“Je me rends compte du chemin parcouru, mais je reste très humble et loin de moi l’idée de dire que je suis meilleur qu’un autre !”

En 2023, vous évoluiez jusqu’à 1,45m sur la scène internationale. Aujourd’hui, vous vous classez en Grands Prix 5*. Quel regard portez-vous sur votre progression, assez impressionnante et opérée en seulement trois ans ?

Il y a trois ans, je concourrais beaucoup au niveau 2 et 3*. J’avais disputé un ou deux Grands Prix, puis plus rien. J’ai ensuite disputé mon premier CSIO 4* pour la finale du circuit de la Fédération équestre européenne des Coupes des nations en fin d’année dernière, et j’ai goûté aux CSI 5* de façon de plus en plus régulière ces derniers mois. En un an et demi, je suis passé d’1,45 à 1,60m, ce qui est juste dingue ! Désormais, le plus dur est de rester à ce niveau ! Mon ascension a été très rapide et tout s’est toujours très bien déroulé. Maintenant, lorsque les choses vont un peu moins bien, c’est plus difficile à encaisser, car cela me fait me poser beaucoup de questions. Pour relativiser, je dois regarder un peu en arrière ; cela me permet de constater le chemin parcouru. Surtout, il est normal de ne pas toujours être performant. Cela fait partie de la vie de cavalier et me donne envie de travailler encore davantage pour gagner en constance et me stabiliser à ce niveau.

Parvenez-vous à réaliser l’ampleur de vos accomplissements ou tout cela vous semble-t-il encore un peu irréel ?

Lorsque je participe à de beaux concours, comme ici à Fontainebleau, je commence un peu à m’en rendre compte, oui ! Je n’aime pas en jouer, mais il est vrai que certains cavaliers disent que ce que je fais est super… Je me rends compte du chemin parcouru, mais je reste très humble et loin de moi l’idée de dire que je suis meilleur qu’un autre ! Mes copains, avec qui j’ai suivi le circuit Junior puis Jeune cavalier, viennent souvent me voir, faire la fête ou monter sur les mêmes concours. Alors, même si tout cela commence à prendre de l’ampleur et que je reçois pas mal d’éloges, je ne m’enflamme pas outre mesure. 

Se retrouver, à vingt ans, sur la même liste de départ d’un Grand Prix ou d’une Coupe des nations que ses idoles, notamment suisses, doit être assez fou, non ?

À vrai dire, je n’y pense pas énormément. Ce qui me marque le plus, ce sont les moments en dehors de la piste, à l’hôtel, lors des entraînements ou dans les boxes. Partager des semaines avec ces cavaliers-là, faire des choses spéciales, me marque davantage que de monter les mêmes épreuves qu’eux. Cela me motive aussi beaucoup ! Passer du temps à leurs côtés est très enrichissant. Même si je reste assez discret, j’écoute attentivement tout ce qu’ils peuvent dire !

La deuxième partie de cette interview sera disponible mardi prochain sur Studforlife.com…

Photo à la Une : Engagé au CSIO 5* de La Baule cette semaine, Gaëtan Joliat a frappé d’entrée en remportant l’épreuve d’ouverture aux rênes de Scarlina de Tiji. © Tiffany Van Halle