“Depuis que je suis enfant, monter à Aix-la-Chapelle est un rêve”, Fernando Martinez Sommer
Amoureux des chevaux avant de l’être du sport, Fernando Martinez Sommer ne s’éloigne jamais de ses valeurs. Véritable homme de cheval, le Mexicain continue de tracer son chemin avec discrétion et réussite. Parti du rien, le porte-drapeau des écuries Marwood, basées à Nuenen, aux Pays-Bas, va concrétiser son rêve de fouler l’herbe mythique d’Aix-la-Chapelle, dans quelques jours, à l’occasion des championnats du monde de saut d’obstacles. À l’heure où son équipe nationale semble plus forte que jamais, le sympathique père de famille ne s’empêche pas de rêver. Dans cette aventure qu’il se languit de vivre, il sera accompagné par son cher Joep, qu’il connaît et côtoie quotidiennement depuis sept ans. Une belle revanche pour ce très régulier fils de Tangelo van de Zuuthoeve qui a bien failli succomber à un terrible virus il y a quelques années.
Comment vous sentez-vous à l’approche des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle ?
Depuis que je suis enfant, monter à Aix-la-Chapelle est un rêve pour moi, et il s’apprête à devenir réalité. Avoir la chance de fouler cette piste n’est pas donnée à tout le monde. Le faire à l’occasion des championnats du monde est d’autant plus unique ! La dernière fois que la ville a accueilli une telle échéance, c’était il y a vingt ans. Les championnats du monde sont le sommet de notre sport et un rendez-vous extrêmement important, et le fait qu’ils soient combinés avec un lieu aussi mythique ne fait qu’accroître leur valeur. Je suis donc très, très impatient ! Les chevaux de l’équipe mexicaine se sentent très bien et nous espérons vivre une bonne semaine là-bas.
Êtes-vous déjà venu à Aix-la-Chapelle en tant que spectateur ?
Oui, il y a très, très longtemps. Je devais avoir dix-huit ou dix-neuf ans et, après avoir terminé mon cursus scolaire, j’ai pris un billet pour visiter l’Europe. Evidemment, je devais passer par Aix-la-Chapelle, que je n’avais pu voir qu’à la télévision jusqu’alors. C’était incroyable de découvrir ce lieu pour la première fois en vrai. Là-bas, on a des frissons ! J’y suis retourné une fois il y a cinq ou six ans, puis je me suis dit que je ne reviendrais pas avant de monter moi-même sur cette piste ! (rires) Le fait que je revienne cette année est donc bon signe !

Grâce à Joep, Fernando Martinez Sommer va vivre son rêve de fouler la mythique herbe d'Aix-la-Chapelle lors des championnats du monde de saut d'obstacles. © Sportfot
“L’éclosion de Joep intervient un peu tardivement car il a frôlé la mort”
Comment se porte Joep (Tangelo van de Zuuthoeve x Kojak), qui vous accompagnera dans cette aventure ?
Il se sent très bien ! Il est à mes côtés depuis qu’il a cinq ans. Il en a aujourd’hui douze, donc nous nous connaissons bien. Il a réalisé deux bonnes saisons, cette année ainsi que l’an dernier, où il a découvert le très haut niveau. L’éclosion de Joep intervient un peu tardivement car il a connu plusieurs coups d’arrêt dans sa carrière, qui l’ont contraint au repos pendant près d’un an. Un jour, lors d’un concours en Espagne, il a été touché par un virus. Il a frôlé la mort et passé de nombreux jours avec une fièvre importante. Le garder en vie a demandé beaucoup d’efforts. Une fois qu’il a été tiré d’affaire, il a fallu du temps pour qu’il retrouve son intégrité physique, qu’il reconstruise ses muscles, etc. Il a donc sauté ses premiers gros parcours à dix ans, à partir de la seconde moitié de l’année 2024. Il n’a fait que quelques épreuves à ce niveau, avant de commencer les choses plus sérieuses l’an dernier. Il a participé à la Coupe des nations de Rome en mai et a disputé plusieurs Grands Prix du Longines Global Champions Tour (se classant notamment cinquième à Vienne fin 2025 et Madrid au printemps 2026, ndlr). Il est vraiment en pleine forme et j’ai un feeling fantastique avec lui ! Je peux pleinement lui faire confiance. Il a un super mental, des moyens et il est respectueux. C’est très spécial de l’avoir à mes côtés. On souhaite tous avoir des chevaux capables d’évoluer au plus haut niveau sans se mettre dans le rouge, et c’est le cas de Joep. J’ai vraiment eu la sensation qu’il pouvait évoluer à ce niveau sans concéder trop d’efforts ces derniers mois. Cela me donne beaucoup de sérénité. Joep dégage une forme de paix intérieure, dans le sens où il n’est jamais stressé, peu importe les compétitions auxquelles il participe. En piste, c’est comme s’il galopait à la maison. Et lorsqu’il la quitte, il est toujours super détendu. C’est vraiment génial, car cela veut dire que le sport ne lui coûte pas trop.
Le génial bai brun s'est classé cinquième de ses deux derniers Grands Prix 5*, à Vienne et Madrid, et a signé un double zéro salvateur dans la Coupe des nations du CSIO 5* de Rome en mai. © Sportfot
Joep a été très régulier à 1,60m ces derniers temps !
Oui. Il est très intelligent et pas du tout stressé, comme je l’ai dit. Cela lui permet de garder la tête froide sur les parcours et d’être en mesure de réfléchir entre chaque saut. Ces qualités le rendent vraiment spécial ! J’espère que nous allons pouvoir continuer sur notre bonne lancée, car on sait que le sport est fait de hauts et de bas. Quoi qu’il arrive, je suis très heureux que Joep ait montré autant de régularité à ce niveau.
Comment avez-vous croisé sa route ?
Je l’ai trouvé aux Pays-Bas, lorsqu’il était tout jeune. Je venais juste d’arriver en Europe avec des clients pour disputer quelques concours. Je voulais trouver quelques jeunes chevaux pour moi et je suis allé chez Alan Waldman. Il y avait au moins une centaine de jeunes chevaux sur place ! J’ai essayé Joep car je l’avais vu lors de son premier concours, à Valkenswaard (sous la selle de Conan Wright, ndlr). Son coup de saut, pour un cheval de cinq ans, laissait présager un certain potentiel ! On voyait déjà qu’il était talentueux. Alors, je l’ai ramené avec moi à la maison ! En règle générale, je déniche tous mes chevaux lorsqu’ils ont quatre ou cinq ans, puis je m’attache à les faire progresser. C’est l’une des seules façons d’atteindre le haut niveau car le sport est devenu extrêmement coûteux. Pour tomber sur la perle rare, il faut soit l’acheter une fortune, soit la trouver très jeune.
À l'exception d'un concours, Joep a effectué l'intégralité de sa carrière internationale sous la selle de Fernando Martinez Sommer. © Sportfot
“Le fait que le Mexique puisse désormais concourir et non plus seulement participer à de beaux événements en Europe est génial !”
Les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle marqueront votre première apparition en championnat depuis les Jeux équestres mondiaux de Tryon, en 2018. Que représente le fait de retrouver votre sélection nationale, d’autant plus dans une période aussi faste pour votre nation ?
C’est très spécial ! Représenter son pays est unique. Le fait d’être originaire du Mexique et de jouer à égalité avec les meilleures équipes d’Europe veut dire beaucoup pour nous. Nous avons longtemps été loin, non seulement géographiquement mais aussi en termes de culture équestre. Au Mexique, le sport était différent. La façon dont notre pays s’est développé d’un point de vue sportif est incroyable. Il y a désormais des concours extraordinaires organisés là-bas, avec un très bon niveau général. Certains des meilleurs chefs de piste viennent au Mexique et les lieux qui accueillent les compétitions sont vraiment particuliers. Tout cela est très positif ! Le fait que nous puissions désormais concourir et non plus seulement participer à de beaux événements en Europe est génial ! Tout est aujourd’hui très sérieux. La Fédération a fait un travail fantastique en ce sens, et la présence de notre chef d’équipe, Mark Laskin, fait une grande différence. Il a grandement fait progresser notre sélection et est là où il faut, quand il le faut. Il peut ainsi établir le bon programme pour chaque couple, pour les faire progresser, ce qui permet de donner les meilleures chances à chaque cheval. C’est super ! On voit également de plus en plus de représentants mexicains sur la scène internationale, tout autour du globe, toute l’année, à un bon niveau. C’est une autre très bon signe pour notre pays et notre équipe. Cela signifie aussi que nous avons plus de chance de réussir une belle performance collective, car tout le monde a mérité sa place grâce à ses résultats. Voir le Mexique grandir de cette manière et emprunter la bonne voie est fantastique !

L'équipe mexicaine de saut d'obstacles aura de sérieux atouts à faire valoir à Aix-la-Chapelle. © Sportfot
D’ailleurs, beaucoup d’observateurs imaginent volontiers le Mexique très bien figurer à Aix-la-Chapelle, voire décrocher une médaille. Selon vous, quelles sont les plus grandes forces de votre escouade ?
Nous avons de très bons cavaliers et chevaux. Nous nourrissons de grands rêves, comme à chaque Coupe des nations ou championnat. Nous croyons toujours en nous, ce qui est une bonne chose. Ensuite, bien sûr, cela dépendra si la semaine tourne en notre faveur ou non. Ce sont les lois du sport. Sans oublier que les chevaux sont des êtres vivants. On ne peut donc jamais prédire comment les choses vont se dérouler. Ce que je peux dire pour l’instant, c’est que les indicateurs pointent dans la bonne direction ! Nous avons vécu une bonne préparation, le travail a été fait et il ne nous reste plus qu’à profiter et à donner le meilleur de nous-mêmes ! Nous verrons bien ce qui en découle.
Joep et vous faisiez partie de l’équipe victorieuse de la Coupe des nations de Rome, en mai dernier. Qu’a représenté cet exploit mexicain à vos yeux ?
C’était l’un des moments les plus marquants de ma carrière ! Rome est un endroit historique, où le Mexique ne s’était plus imposé depuis 1948 ! Réussir une telle performance avec mes coéquipiers était incroyable. Cela a mis en lumière tout le travail que nous avons effectué et montré que nous étions en forme. Cela nous conforte dans le fait que nous pouvons continuer sur cette voie et obtenir des résultats comme celui-ci plus souvent. C’était un moment très émouvant.

Le Mexique a décroché une victoire historique sur la place de Sienne. © Sportfot
“J’ai l’impression que l’on enseigne souvent l’étape B avant la A en équitation”
Il y a quatre ans, dans les colonnes des Studforlife, vous disiez être à environ soixante pour cent de votre potentiel en tant que cavalier. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Être ici, en Europe, m’a beaucoup appris. Ces quatre dernières années, j’ai grandement progressé. J’ai eu la chance d’intégrer l’équipe des Lions de Prague sur le circuit de la Global Champions Ligue, ce qui m’a énormément apporté. Cela m’a permis d’être entouré de cavaliers desquels j’ai pu apprendre et avec qui j’ai pu échanger. Au fil du temps, je me suis rapproché de ces pilotes. Je peux discuter avec eux, partager mes doutes, etc. C’est très enrichissant. Ces quatre ou cinq dernières années ont fait de moi un meilleur cavalier, c’est certain. Je suis dans une bien meilleure position que celle qui était la mienne la première semaine où je suis arrivé ici. À cette époque, je ne savais pas à quoi m’attendre et je n’avais aucune idée de ce à quoi allait ressembler mon avenir. Maintenant, je sais que je suis à la bonne place, au bon niveau. J’ai aussi découvert les parties plus difficiles du sport. La compétition est toujours très disputée en Europe. Il faut apprendre à composer avec les bons résultats comme avec les mauvais, et savoir surmonter ces derniers. Je pense que j’ai beaucoup grandi ces dernières années, mais je ne saurais pas dire à quel pourcentage j’en suis aujourd’hui ! (rires) Je doute encore beaucoup. Peut-être que je suis au maximum de mes capacités et que je vis mes plus belles heures, ou peut-être que j’en ai encore un peu sous la pédale. J’espère plutôt être dans le second cas !
Depuis son arrivée en Europe, le sympathique Mexicain a connu une belle progression et continue d'apprendre chaque jour. © Sportfot
Que pourriez-vous dire sur votre système et la philosophie qui vous anime avec vos chevaux aux personnes qui ne vous connaissent pas très bien ?
J’ai lancé ma carrière de cavalier par amour des chevaux. J’aime et prends beaucoup de plaisir à vivre à leurs côtés, à travailler quotidiennement avec eux. C’est pour cette raison que je souhaitais être entouré de chevaux dans ma vie. Pour moi, l’aspect sportif est secondaire. J’aime bien sûr le sport, mais j’aime encore davantage les chevaux. Je prends donc la compétition comme un bonus, et j’essaye de faire en sorte que ce ne soit pas l’essence centrale de la vie de mes chevaux. Il me tient à cœur qu’ils puissent profiter de leur vie, que j’essaye de rendre la plus naturelle possible. En parallèle, j’établis un programme qui convient à chacun. Je veille à ne pas leur imposer trop de sorties en concours. De cette façon, ils continuent de trouver cela amusant d’aller en piste ! Après un week-end de concours, ils peuvent mettre tout cela derrière eux et profiter de leur vie, avant de retrouver la compétition deux ou trois semaines plus tard. Mes chevaux n’enchaînent jamais plus de de deux semaines de concours d’affilée. Je n’ai pas envie de sentir que j’ai atteint leur limite ou qu’ils sont démotivés. Pratiquer la compétition sans empiéter sur la vie de cheval qu’ils méritent a aussi été un apprentissage. Ce sont eux les athlètes, mais ils n’ont pas choisi de l’être ! Pour être un athlète, humain ou équin, il faut se donner à 200 %, mais demander cela à un cheval est difficile… Alors j’essaye de ne prendre qu’une petite heure de leur vie par jour pour pratiquer le sport. Je garde toujours à l’esprit les valeurs qui nous poussent à commencer à monter à cheval, ces moments où on n’avait qu’une envie : être auprès des chevaux sans imaginer atteindre le haut niveau.
J’ai l’impression que l’on enseigne souvent l’étape B avant la A en équitation. Nous devrions d’abord apprendre ce qu’est un cheval : comment vit-il ? que mange-t-il ? à quoi doit ressembler son quotidien ? comment doit-on s’occuper de lui ? comment pense-t-il ? quel est son instinct ? etc. Monter à cheval devrait venir dans un second temps, après avoir acquis toutes ces connaissances. La plupart du temps, on apprend d’abord à monter à cheval, alors que le reste est ce qu’il y a de plus important. C’est ce qui nous guide à respecter nos chevaux, à respecter leurs besoins, à appréhender leurs réactions et à les comprendre eux, en tant qu’êtres vivants. Cela permet ensuite d’interpréter correctement leurs émotions et leurs comportements en piste, de former un meilleur couple et d’éviter d’être frustré parce qu’on ne comprend pas pourquoi ils réagissent de telle ou telle manière.
"Je garde toujours à l’esprit les valeurs qui nous poussent à commencer à monter à cheval, ces moments où on n’avait qu’une envie : être auprès des chevaux sans imaginer atteindre le haut niveau", scande le Mexicain. © Sportfot
“Je n’ai pas envie de manquer les moments importants de la vie de mes filles”
Votre épouse, Mariel, et vous êtes les heureux parents de deux petites filles, Olivia et Elisa. Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie ? Ressentez-vous une motivation supplémentaire pour performer à Aix-la-Chapelle pour elles ?
Cela a changé beaucoup de choses ! Tout parent dirait la même chose. La parentalité apporte une nouvelle vision de la vie, aide à comprendre ce qui est vraiment important et donne envie de donner le meilleur de soi-même. Lorsque quelque chose se passe mal, on relativise plus facilement. Avec les enfants, on a des choses plus importantes auxquelles penser et qui nous permettent de rester motivé, peu importe nos résultats. C’est une motivation supplémentaire pour progresser, oublier la frustration et ne pas se laisser submerger par les concours et les résultats. Devenir père m’a beaucoup aidé à mettre les choses en perspective et à accorder la bonne importance à chaque chose. Le sport de haut niveau est très intense. Beaucoup des meilleurs mondiaux sont en compétition presque chaque semaine, tout au long de l’année. La paternité m’a poussé à me poser les bonnes questions : combien de concours dois-je faire ? quel serait le bon équilibre ? comment pratiquer le saut d’obstacles de la meilleure manière sans rater les moments importants de notre vie de famille ? Pour l’instant, nos filles sont jeunes, mais plus le temps va passer, plus il y aura des choses importantes pour elles, que ce soit un événement avec l’école ou dans les activités sportives ou de loisir qu’elles pratiqueront plus tard. Je n’ai pas envie de manquer ces instants si précieux. Assurément, mes filles sont un moteur supplémentaire pour continuer à travailler et garder la tête haute et la bonne mentalité en tant que cavalier.
La parentalité a permis à Fernando Martinez Sommer d'adopter un nouveau regard sur la vie et son sport. © Sportfot
Photo à la Une : Avec Joep, Fernando Martinez Sommer va vivre son deuxième grand championnat avec le Mexique et fouler pour la première fois l’herbe mythique d’Aix-la-Chapelle. © Sportfot




