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“Lorsque je suis arrivé en Europe, je me mettais beaucoup plus de pression qu’aujourd’hui”, Luke Dee (2/2)

Le 31 mai dernier, le Néo-Zélandais Luke Dee et son Gangster WW ont remporté leur premier Grand Prix en Europe, lors du CSI 3* de Kessel.
Interviews lundi 20 juillet 2026 Mélina Massias

Luke Dee n’a perdu ni son accent, ni sa culture kiwi. Mi-juillet, tongs vissées aux pieds pour arpenter les allées de Chantilly Classic entre deux épreuves, le Néo-Zélandais s’est volontiers prêté à l’exercice de l’interview. L’occasion de revenir sur son parcours, débuté dans le monde des courses puis marqué par un premier passage en Europe qui l’a notamment mené dans les écuries de Cian O’Connor il y a une dizaine d’années, sur ses ambitions actuelles, son complice Gangster WW, acquis il y a quatre ans dans l’objectif bien précis de disputer les championnats du monde, l’influence des cadors Laura Kraut, Nick Skelton et Emile Hendrix, catalyseurs de sa progression fulgurante ces derniers mois ou encore sur le soutien des siens, qui, à l’autre bout de la planète, donnent de la voix à l’aube de la grande aventure qui l’attend à Aix-la-Chapelle. Deuxième du Grand Prix du CSIO 5* de Rotterdam en juin, vainqueur de celui du CSI 3* de Kessel un mois plus tôt, Luke Dee, trente-deux ans et trois-cent-quatrième mondial avec un seul cheval de tête, abordera cette échéance avec ambition et confiance, et pourra compter sur l’expérience acquise lors de la finale de la Coupe du monde de Bâle, au printemps 2025. Entretien.

La première partie de cet entretien est à (re)lire ici.

Êtes-vous déjà allé à Aix-la-Chapelle en tant que spectateur ? Si oui, comment avez-vous vécu cette expérience ?

Oui, on m’a déjà invité à y assister. C’était incroyable. C’est évidemment un concours incomparable aux autres. L’ambiance est impressionnante, électrique, et la piste est absolument incroyable. Le simple fait d’aller à Aix-la-Chapelle et de regarder la compétition donne des frissons. 

Luke Dee a découvert l'antre d'Aix-la-Chapelle à pied, avant d'en faire de même à cheval, d'ici quelques semaines. © Mélina Massias

“Ce que réalise LT Holst Freda est très bénéfique pour l’élevage néo-zélandais”

La merveilleuse LT Holst Freda (Colman x Casall), qui pourrait aussi être présente à Aix-la-Chapelle le mois prochain, sous la selle du Britannique Harry Charles, ne défend peut-être plus directement les couleurs kiwis, mais elle est née chez Ewen Mackintosh, en Nouvelle-Zélande. Que représentent ses performances pour votre pays et pour l’élevage là-bas ?

Je crois que tout le monde est très fier de ce que Freda et Julie (Davey, ndlr) ont accompli lorsqu’elles étaient en Europe (les deux complices ont notamment brillé lors de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth, terminant dix-neuvièmes, ndlr). Et tout le monde au pays est aussi incroyablement fier de ce que Freda offre maintenant à Harry. C’est vraiment motivant pour les éleveurs néo-zélandais. Tout le monde est ravi de voir ce qu’elle réalise et je pense que c’est quelque chose de très bénéfique pour l’élevage néo-zélandais. Cela met notre élevage en lumière.

Où êtes-vous installé actuellement ?

Nous sommes installés aux côtés de Laura Kraut et Nick Skelton, à Travers Horse Facilities, près de Peelbergen, aux Pays-Bas. Nous y avons posé nos valises en décembre et tout est fantastique ! Lorsque je suis arrivé, Laura et Nick étaient encore aux Etats-Unis. J’ai alors bénéficié de l’aide précieuse d’Emile Hendrix. Il a joué un rôle capital dans mon entraînement et mes progrès en Europe. Emile, Laura et Nick forment un vrai trio de mentors pour moi. J’ai une chance immense de pouvoir compter sur eux.

Le champion olympique Nick Skelton est un soutien précieux pour le Néo-Zélandais. © Mélina Massias

Qu’avez-vous appris d’eux ? Y’a-t-il quelque chose qui vous a marqué en particulier ?

Il y a tant de choses que j’ai apprises grâce à eux ! Je ne sais pas vraiment par où commencer, ni si quelque chose sort du lot en particulier ! Leur soutien a été sans limite. Ils ont été derrière moi, derrière Gangster et derrière notre couple dès le départ. Le fait de travailler à leurs côtés à tous les trois m’a apporté beaucoup de confiance et m’a conforté dans le fait que je suis à ma place. Ils célèbrent mes réussites avec moi, et, lorsque tout ne se passe pas comme prévu, nous en tirons les enseignements nécessaires pour apprendre de ces moments-là. Même si nous ne rencontrons jamais de difficulté majeure, nous repartons au travail et veillons à corriger les moindres petites erreurs aussi vite que possible afin de continuer de progresser. 

“Il y a beaucoup de pression à aller en concours avec une seule monture”

Comment fonctionne votre système actuel ? Votre piquet s’est étoffé ces dernières semaines, mais Gangster WW a longtemps été votre unique cheval. Comment avez-vous réussi à composer avec cela ?

Effectivement, pendant un moment, je n’ai eu que Gangster. J’ai été incroyablement chanceux qu’il s’agisse d’un très bon cheval ! Il y a beaucoup de pression à aller en concours avec une seule monture. Il faut évidemment obtenir sa qualification pour le Grand Prix, et on a qu’un cheval pour y parvenir. Ce cheval doit alors sauter beaucoup plus que ceux des autres cavaliers, qui en ont, pour la plupart, plusieurs pour affronter les épreuves qualificatives. Avec un seul cheval, on a forcément beaucoup plus de temps libre en concours. Ajouté à cela la préparation en amont, centré sur ce seul complice, cela donne un terrain favorable à l’accumulation de la pression. On veut faire de son mieux et obtenir de bons résultats, ce qui n’est pas toujours le cas. Lorsque je suis arrivé en Europe, je me mettais beaucoup plus de pression qu’aujourd’hui. D’ailleurs, cela se ressentait sur mes performances, qui étaient moins bonnes et obtenues avec moins d’aisance qu’aujourd’hui. Mon approche a changé ; j’essaye de nous mettre moins de pression, à Gangster et moi. Tout ne se passe pas toujours comme on l’espère, mais c’est le propre du sport. Depuis que je me suis débarrassé de cet aspect-là, notre confiance a grandi et je trouve que les bons résultats ont été plus faciles à récolter. 

Depuis plusieurs mois, Luke Dee s'est délesté d'une bonne dose de pression, pour le meilleur ! © Dirk Caremans / Hippo Foto

Je suis très reconnaissant de pouvoir désormais monter des chevaux qui appartiennent à Laura et Nick. J’ai notamment sous ma selle Ballinaguilkey Specialstar (What A Quickstar R, alias Big Star x Damiro B), un hongre de huit ans qui saute 1,45m, ainsi que Stardom (What A Quick Star R, alias Big Star x Eldorado vd Zeshoek, élevé par Nick Skelton himself et sans-faute dans les deux premières épreuves réservées à sa classe d’âge à Chantilly, ndlr), qui a sept ans. Mon plan est de pouvoir rester en Europe, d’agrandir mon équipe, d’obtenir le soutien de nouveaux propriétaires, pour avoir plus de chevaux. Même si j’œuvre déjà dans ce but, je vais vraiment me concentrer sur ce point après les championnats du monde.

Le tout bon Stardom, sept ans, a montré de belles choses à Chantilly. © Mélina Massias



“De mes sept à mes dix-huit ans, chaque week-end nous partions en concours en famille, dans notre camion, avec nos poneys”

Le rugby est nettement plus populaire que l’équitation en Nouvelle-Zélande. Comment êtes-vous tombé dans les chevaux ?

J’ai joué au rugby lorsque j’étais à l’école, mais je n’ai jamais été très bon… J’étais beaucoup trop petit, mais j’ai quand même essayé ! (rires) Lorsque j’étais plus jeune, mes parents étaient entraîneurs de chevaux de course. J’ai donc toujours côtoyé ces animaux. Avec mes deux cadets, nous avons commencé à monter à poney très tôt et nous allions en concours. J’ai commencé la compétition lorsque j’avais sept ans. Jusqu’à mes dix-huit ans, chaque week-end nous partions en concours tous ensemble, dans notre camion, avec nos poneys. Cela a été une très chouette façon de passer notre enfance et notre adolescence. Nous nous sommes beaucoup amusés. 

Avez-vous toujours su que vous vouliez faire carrière dans le monde équestre ?

Oui, je l’ai toujours souhaité. Lorsque j’ai quitté l’école, je suis venu en Europe. J’ai passé du temps entre ici et les Etats-Unis pour monter à cheval, comme le font, j’imagine, la plupart des jeunes gens qui ont envie de devenir cavaliers professionnels. Je suis ensuite rentré en Nouvelle-Zélande lorsque j’avais vingt-cinq ans, et j’ai un peu levé le pied sur l’équitation, pendant un an ou deux. Plus récemment, j’ai eu de belles opportunités, qui se sont concrétisées avec ce voyage ici, en Europe ! J’espère avoir un avenir ici et parvenir à donner vie à mes ambitions. 

Il y a une dizaine d'années, Luke Dee a passé plusieurs mois aux Etats-Unis et en Irlande. © Sportfot

Vous avez également travaillé dans un haras de Pur-Sang en Nouvelle-Zélande, au sein duquel vous avez supervisé les poulinages et veillé quotidiennement sur les poulinières et les jeunes chevaux, ce qui n’est pas commun pour un cavalier de haut niveau…

Oui. Cela n’a duré qu’une courte période de temps. C’était quelque chose de différent. Évidemment, compte tenu de ma culture familiale, j’ai un lien avec les Pur-Sangs. C’était une bonne expérience et j’ai beaucoup appris là-bas. 

Vous intéressez-vous à l’élevage ?

Je n’ai pas l’ambition d’élever moi-même des chevaux de sport, mais je m’intéresse beaucoup à l’élevage au sens large du terme. Plutôt que de les faire naître, je préfère acheter des chevaux qui ont déjà quelques années ! 

Avant de briller au plus haut niveau, le trentenaire a œuvré dans un haras de Pur-Sang, en Nouvelle-Zélande ! © Sportfot 

“Notre pays nous manque forcément, à ma fiancée et à moi, mais nous adorons être en Europe”

La Nouvelle-Zélande vous manque-t-elle ? Avez-vous l’occasion d’y retourner de temps en temps ?

Jusqu’à il y a quelques mois, nous faisions des allers et retours très régulièrement. Ma fille de quatre ans, née d’une précédente union, vit là-bas avec sa maman. J’essaye donc d’aller la voir aussi souvent que possible, mais cela a été plus compliqué récemment, puisque nous sommes dans la dernière ligne droite avant les championnats du monde. Notre pays nous manque forcément, à ma fiancée et à moi, mais nous adorons être ici et côtoyer le sport qui se joue en Europe. Nous aimons beaucoup les gens et l’endroit où nous vivons, aux Pays-Bas. Les opportunités sportives et de carrière que nous avons ici sont géniales. Mais, évidemment, ma famille et mes amis restés en Nouvelle-Zélande me manquent. Mes parents vont faire le déplacement pour les championnats du monde avec ma fille. Cela va être très chouette de pouvoir les voir et partager ce moment avec eux. Après les Mondiaux, nous rentrerons peut-être un peu à la maison aussi.

Après les championnats du monde, Luke Dee, ici aux rênes de Ballinaguilkey Specialstar, envisage de retourner se ressourcer sur ses terres, au pays des Kiwis. © Mélina Massias

En dehors des chevaux, qu’aimez-vous faire de votre temps libre ?

C’est une bonne question ! Je suis assez sociable. J’aime bien passer du bon temps avec ma famille et mes amis, surtout lorsque je suis en Nouvelle-Zélande. À la maison, j’aime bien m’évader et découvrir de nouveaux endroits. Ici, nous apprécions tout particulièrement découvrir de nouvelles villes et explorer les environs. Nous essayons de visiter les endroits par lesquels nous passons. Nous détesterions devoir rentrer en Nouvelle-Zélande en regrettant de ne pas avoir apprécier davantage ce que la vie nous offre ici. Alors, dès que nous avons un jour de repos, nous en profitons au maximum.

Luke Dee et Gangster WW ont déjà mis le cap sur Aix-la-Chapelle et ses championnats du monde, dont les épreuves de saut d'obstacles se joueront du 17 au 23 août prochains. © Mélina Massias

Photo à la Une : Le 31 mai dernier, le Néo-Zélandais Luke Dee et son Gangster WW ont remporté leur premier Grand Prix en Europe, lors du CSI 3* de Kessel. © Sportfot