“Freda a toujours fait partie de la famille et nous n’avons jamais envisagé l’avenir sans elle”, Julie Davey (2/2)
Après Luke Dee et Gangster WW à Bâle en 2025, Julie Davey et LT Holst Freda ont pris le relais pour porter haut le drapeau néo-zélandais en finale Longines de la Coupe du monde. Dix-neuvième, la paire, méconnue du grand public lors de son premier parcours, s’est imposée comme la belle surprise de cette échéance texane. En tête de leur ligue, les deux complices, qui se connaissent depuis dix ans, ont vécu à Fort Worth le rendez-vous le plus important de leur carrière. Une belle façon pour Julie Davey de célébrer son cinquantième anniversaire et pour sa fille de Colman de révéler tout son talent. Disposant de qualités indéniables, le duo, qui n’avait jamais quitté l’Océanie avant le début de l’année, pourrait bien continuer à faire parler de lui dans les mois à venir. Rencontre.
La première partie de cet article est à (re)lire ici.
Dans ses écuries, sises à Clive, une petite ville de l’île du Nord du pays des Kiwis, Julie Davey a mis en place un système “très simple”. La structure accueille entre cinq et six chevaux, mais aucun groom. “Mon époux est maréchal-ferrant : je m’occupe des chevaux à la maison et lui pare et ferre ceux de ses clients. Je donne aussi des cours et nous avons notre propre camion. Nous partons le jeudi en compétition et sommes de retour le dimanche”, détaille-t-elle. “Nous n’avons pas vraiment d’autre passion que les chevaux. Tout ce que nous faisons tourne autour d’eux. Nous sommes assez portés sur l’agriculture et avons des moutons à la maison. J’ai aussi un Jack Russel, que je promène chaque jour dans les montages. Nous vivons tout près de l’océan, à vingt minutes, et nous y emmenons les chevaux très souvent. Lorsque nous étions à la maison, Freda allait à la plage chaque semaine pour galoper. Nous sommes des gens d’extérieur, pas franchement des citadins !”

Si elle a reçu l'aide d'une groom à Fort Worth, Julie Davey s'occupe d'ordinaire seule de ses chevaux dans ses écuries néo-zélandaises. © Sportfot
Freda, une rencontre pour tout changer
Si Julie Davey a planté le drapeau kiwi au Texas il y a quelques semaines, c’est en partie grâce à sa merveilleuse LT Holst Freda. La grise est le fruit du mariage entre Colman et LT Holst Andrea, qui a elle-même remporté le classement général de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande… un an avant sa fille, lors de la saison 2023-2024 ! Freda représente la Stamm 2067 du Holstein, une lignée à l’origine, entre autres, de Contodo, alias HH Conrad de Hus, brillant partenaire de Grégory Wathelet, gagnant du Grand Prix 5* de Chantilly en 2015 et surtout vice-champion d’Europe à Aix-la-Chapelle la même année, ou encore de l’étalon Canturano I. Petite-fille de Casall, Freda, douze ans, partage sa vie avec son amazone depuis… dix ans !
“Nous avons acheté Freda lorsqu’elle avait deux ans. Je n’ai pas pu l’essayer lorsque nous sommes allés la voir ; elle était débourrée, mais n’était pas au travail. Ce jour-là, nous avons vu sauter trois chevaux en liberté, et nous l’avons choisie elle. Je l’ai prise parce qu’elle était la plus petite et la plus jolie des trois !”, s’amuse la Néo-Zélandaise. “Dès le départ, nous l’avons absolument adorée. Elle a toujours fait partie de la famille et nous n’avons jamais envisagé l’avenir avec elle. Elle est la seule jument dont nous n’avons pas imaginé nous séparer. Je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs, car, à ce stade, nous n’avions pas fait grand-chose avec elle ! Mais nous l’avons toujours vu ainsi : comme la jument d’une vie. Et voilà jusqu’où cela nous a menés ! Freda compte vraiment énormément pour nous. Nous avons quasiment partagé toute sa vie et avons tout fait avec elle.”

Freda et Julie Davey ont déjà partagé dix ans de vie commune. © Collection privée
Jeune, Freda se montre assez intimidée par les autres chevaux et quelque peu bouillonnante. “Elle n’était pas le genre de cheval à trotter calmement, rênes longues”, glisse sa cavalière de toujours. “Elle a toujours sauté de façon très démonstrative et fait le maximum pour franchir chaque obstacle qui se dressait face à elle.” Dès ses quatre ans, la grise est sacrée championne de sa génération en Nouvelle-Zélande. Une première confirmation, qui en a précédé bien d’autres. “Comme j’ai eu la chance de monter quelques chevaux de bon niveau par le passé, j’ai très vite su que Freda était la meilleure complice que j’aie jamais eue. J’en étais certaine. Mais on ne sait jamais combien un cheval est doué tant qu’il n’a pas confirmé en compétition. Nos récents voyages nous ont permis de le découvrir !”, loue la femme de cheval de cinquante ans.
Quant à savoir quelle est la plus grande qualité de sa chère complice, la réponse est rapide, limpide : “son état d’esprit”. Et de développer : “C’est une jument adorable. Elle n’a jamais poussé de cri comme peuvent le faire certaines juments, ni jamais essayé de botter et on ne sait pas quand elle est en chaleur ou non. Pour une jument, elle n’est vraiment pas commune. Elle est unique. Elle ressemble davantage à un hongre dans son comportement, en encore mieux ! J’ai eu beaucoup de juments dans ma carrière, mais jamais une comme elle.”

À quatre ans, la petite-fille de Casall, a remporté le championnat national réservé aux chevaux de quatre ans ! © Collection privée
Clin d’œil texan à Colman
Dotée d’excellentes origines, et débordant de qualités, Freda n’a pas encore engendré de descendance. Sa propriétaire et cavalière n’a jamais souhaité lui imposer de transfert d’embryon en même temps que sa carrière sous la selle. “Je n’aime pas faire cela aux juments. J’ai toujours dit que j’aurais tout le temps d’avoir des poulains de Freda lorsque sa carrière sportive serait terminée. Tant qu’elle concourt, je veux la laisser tranquille”, justifie Julie Davey. Jusqu’à présent, ce choix a été des plus judicieux et a mené Freda jusqu’à Fort Worth, où elle a croisé… une de ses demi-sœurs, Tulara Wat Colblensky, venue représenter l’Australie sous la selle de Jamie Winning-Kermond. “Fut un temps où Colman était assez populaire en Australie et en Nouvelle-Zélande, car nous avons eu pas mal de ses produits, mais aucun aussi intéressant que Freda ou Colblensky si je suis tout à fait honnête. Certains étaient parfois trop chauds. Il a été croisé avec nos juments néo-zélandaises, qui sont différentes de celles auxquelles il a été marié en Europe. Je pense que le fait que Freda et Colblensky soient des filles de Colman est surtout une coïncidence”, souligne l’amazone.

Styliste, puissante, respectueuse et attachante, LT Holst Freda a fait honneur à son père, Colman, mais aussi au travail de son éleveur et de sa cavalière, début avril au Texas. © Sportfot
Selon le classement Hippomundo des étalons par pourcentage de produits Black Type, soit ayant sauté 1,45m et plus, depuis 2015, Colman figure au quatre-vingt-treizième rang et se classe devant des sires tels que Vigo d’Arsouilles, Balou du Rouet, Mylord Carthago, Tangelo vd Zuuthoeve, Kannan, Clinton ou encore Contendro I. S’il est aujourd’hui moins populaire que certains d’entre eux, le fils de Carthago et petit-fils de Lord n’en avait pas moins de précieux atouts à transmettre, qui ont fait le bonheur de Gerrit Nieberg avec Contagio, Philipp Weishaupt avec LB Convall, Robert Whitaker avec Catwalk et font aujourd’hui celui de Julie Davey et sa fabuleuse Freda.
Rendez-vous à Aix-la-Chapelle ?
Après cette expérience plus que positive à Fort Worth, la Néo-Zélandaise se donne le droit de poursuivre le rêve encore quelque temps. Après un début d’année éprouvant, sa complice va profiter de “deux semaines tranquilles”, pour se rafraîchir physiquement et mentalement, avant de repartir de plus belle. Car pour l’heure, pas de retour au pays prévu ! “Ramener un cheval en Nouvelle-Zélande est extrêmement onéreux. Le voyage en avion doit coûter autour de 70.000 dollars. Et rentrer à la maison est plus compliqué pour eux que l’inverse. Comme nous n’avons aucune maladie équine dans notre pays, les chevaux n’ont pas vraiment besoin de rester en quarantaine lorsqu’ils arrivent en Europe. En revanche, ils doivent en observer une longue de huit semaines à leur retour à la maison, ce qui est très lourd pour eux”, explique Julie Davey.

Julie Davey et Freda vont prolonger leur séjour européen. © Sportfot
La suite ? La paire ne bouderait pas son plaisir de l’écrire à Aix-la-Chapelle, aux championnats du monde, en août. “Une chose après l’autre”, tempère toutefois la Kiwi, qui n’a pas (encore) le réservoir de certains de ses homologues. “À la maison, nous avons de bons chevaux en formation, dont une jument qui a les mêmes origines que Freda. Elle lui ressemble un peu, et a la même robe qu’elle au même âge ! Comme je forme tous mes chevaux de A à Z, tout dépend du prix auquel ils sont vendus. Nous les achetons jeunes, car ils sont moins chers. Nous avons donc des jeunes intéressants, mais aucun au niveau de Freda”, poursuit-elle. “Si cela est possible et que nous sommes en position de le faire, j’aimerais beaucoup revenir en Europe l’an prochain, après avoir disputé le circuit de la Coupe du monde à la maison. Je ne pense pas que nous pourrons rester ici pendant un an, jusqu’à la prochaine finale de la Coupe du monde en raison du coût que cela représente… Et peut-être qu’un autre de nos chevaux pourra obtenir de bons résultats d’ici là, rendant plus facile de faire le déplacement avec deux montures, tout en étant mieux préparée par rapport à tout ce qu’un tel voyage implique.” Qu’importe la suite, Julie Davey et sa LT Holst Freda ont déjà planté le drapeau néo-zélandais dans le cœur des aficionados.

La paire néo-zélandaise a déjà vécu un rêve à Fort Worth, mais ne compte pas en rester là ! © Sportfot
Photo à la Une : Julie Davey a acheté sa belle LT Holst Freda alors qu'elle n'avait que deux ans et l'a menée jusqu'à la finale de la Coupe du monde de Fort Worth, au début du mois d'avril ! © Sportfot




