“Le cadre d’Aix-la-Chapelle donne un écho encore supérieur aux championnats du monde”, Emeric George
Comme lors des Jeux olympiques de Paris 2024 et de la finale de la Coupe du monde de Bâle au printemps 2025, Emeric George se meut dans le rôle de consultant et prête son expertise à Studforlife. Tout au long des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, le Tricolore décryptera les enjeux et les enseignements de la compétition. Dans ce premier épisode, il évoque l’importance de la qualification olympique, le rôle capital que jouera le chef de piste, Frank Rothenberger, et se jette à l’eau avec un premier pronostic pour les six médailles qui seront décernées en jumping !
La qualification olympique
“Le fait qu’ils se déroulent à Aix-la-Chapelle ajoute évidemment une saveur supplémentaire à ces championnats du monde. C’est indiscutable. Au-delà du titre de champion du monde, que toutes les nations brigueront, le premier enjeu sera de sécuriser une qualification olympique. C’est en tout cas ce qui ressort de la bouche de tous les sélectionneurs, et ce non seulement en saut d’obstacles mais aussi en dressage et en concours complet, dont les épreuves se sont disputées la semaine dernière. Aix-la-Chapelle constitue le premier rendez-vous pré-olympique sur la route de Los Angeles 2028 et la première occasion de décrocher son ticket pour la Californie. Les médailles restent évidemment dans le viseur des équipes favorites, mais il y a un autre objectif à remplir avant. Cela n’est pas surprenant, dans la mesure où les Jeux olympiques sont essentiels pour toutes les fédérations. Cela crée une dynamique durant quatre ans et représente le point d’orgue de notre sport. Les Mondiaux vont faire basculer les collectifs dans un nouveau cycle ; la route vers Los Angeles débute cette semaine à Aix-la-Chapelle. Il faut prendre le bon wagon dès maintenant afin de ne plus avoir de pression quant à sa qualification.
On l’a vu avec le dressage et le concours complet : ces championnats du monde sont très bien organisés. On a assisté à un spectacle formidable. Toutes les infrastructures sont bien pensées. Ce terrain mythique d’Aix-la-Chapelle ajoute de l’attrait à ces championnats du monde, qui accueillent trente et une équipes en saut d’obstacles.”
Le scénario sera-t-il influencé par la quête d’un ticket pour Los Angeles ?
“Sur le papier, on pourrait penser que les enjeux donnent lieu à des stratégies plus défensives de la part des cavaliers. Frank Rothenberger est un chef de piste avec une immense expérience, capable de proposer des parcours qui sortent de la norme et détonnent un peu. Il a sa patte, que l’on connaît, mais il lui arrive de proposer des épreuves particulièrement délicates. Bien malin, donc, celui qui pourra dire à quoi les tracés vont ressembler ! Le scénario n’est pas écrit d’avance et il y aura du suspense. Par exemple, on ne sait pas comment sera utilisé le double de bidets, ni les rivières, etc. C’est ce qui fait tout le sel des championnats. À l’avance, difficile de prédire le déroulé de ces Mondiaux.”
Les parcours
“Aix-la-Chapelle est un terrain tellement immense que la présence du carré de dressage, de 60m x 20m, en son centre, ne me semble pas déterminante. Le chef de piste, Frank Rothenberger, va toutefois faire face à un exercice délicat. Il aura un sacré travail pour trouver le juste équilibre dans ses parcours compte tenu du nombre colossal de couples au départ. Le niveau sera assez hétérogène, même si les équipes moins expérimentées progressent d'année en année et sont désormais beaucoup plus présentes en Europe, voire aux États-Unis, pour se préparer. Frank Rothenberger devra néanmoins proposer une épreuve suffisamment sélective, sans mettre les couples moins aguerris en difficulté.
À Aix-la-Chapelle, le matériel utilisé est assez massif. Il correspond à la taille de la piste ; mettre des obstacles de 2,5 mètres de front ne serait pas cohérent. La surface ajoute une difficulté supplémentaire, même si les équipes se sont préparées en conséquence. Tous les cavaliers du championnat n’ont pas la même expérience des grandes pistes en herbe. Et Aix-la-Chapelle a un caractère hors norme. Au moins quarante mille spectateurs sont attendus ! Le public est beaucoup plus nombreux et fervent que dans la plupart des autres lieux. C’est incomparable avec les deux dernières éditions des championnats du monde.
Je ne pense pas que l’on puisse réellement se préparer à l’atmosphère qui règne à Aix-la-Chapelle. L’expérience va donc d’autant plus compter. Certaines nations ont davantage l’habitude d’Aix-la-Chapelle et auront peut-être un coup d’avance sur les autres. Plus on s’écarte de la norme, plus il y a des déséquilibres. Cela étant, il n’y a rien à regretter. Avoir un championnat du monde sur cette piste est formidable. Le cadre d’Aix-la-Chapelle lui donne un écho encore supérieur !”
Les favoris au podium collectif
“Lorsqu’on regarde la liste des engagés, on s’aperçoit que l’on change de cycle. Évidemment, certains chevaux ayant participé aux Jeux olympiques de Paris 2024 sont encore de la partie, mais il y a malgré tout beaucoup de nouveaux couples, y compris au sein des nations favorites. En ce qui concerne la France, seul un duo médaillé à Versailles est encore là ! Julien Epaillard et Kevin Staut (qui sera réserviste, ndlr) sont aussi présents, mais avec de nouveaux chevaux. Quant à la Grande-Bretagne, je trouve qu’elle dispose d’une équipe extrêmement séduisante sur le papier, mais composée de nouvelles montures (Keswichtime HV, alias Hello Mango, la jument de Scott Brash, Jack JL, le partenaire de Jack Whitaker et Chacco Volo, complice d’Adrian Whiteway, n’ayant participé à aucun championnat dans leur carrière, tandis que LT Holst Freda a rejoint Harry Charles il y a à peine quelques mois et que Point Break n’a jamais pris part à une échéance collective de cette ampleur avec Ben Maher, ndlr).
Concernant les favoris, je citerais en premier lieu l’Allemagne, qui présente une équipe de rêve (composée de Daniel Deusser et Otello de Guldenboom, Marcus Ehning et Coolio 42, Sophie Hinners et Iron Dames*Singclair ainsi que Richard Vogel et United Touch S, ndlr). Otto Becker aurait même potentiellement pu en composer une voire deux de plus tant l’effectif germanique a de la profondeur. Mais il faudra que la Mannschaft soit sur le podium, de préférence sur la plus haute marche de celui-ci, avec cette sélection-là. C’est ce qu’attendra le public. Pour moi, l’Allemagne est la grande favorite à domicile.
Derrière, les jeux sont assez ouverts. L’Irlande présente des individualités très fortes et remporte souvent de beaux succès en Coupes des nations, mais peine à transformer l’essai en grands championnats. Elle devra réussir une vraie performance d’équipe, qui est attendue depuis plusieurs années maintenant (depuis son titre européen acquis en 2017, ndlr). Jessica Kürten (la nouvelle cheffe d’équipe de l’île d’Emeraude, ndlr) a une immense expérience et semble très investie. Nous verrons ce qu’elle parvient à apporter à ce collectif. La Grande-Bretagne et la Suisse peuvent aussi tirer leur épingle du jeu. Je trouve que les Helvètes proposent une très, très belle équipe, avec leurs deux piliers, Steve Guerdat et Martin Fuchs (qui miseront respectivement sur Dynamix de Bélhème et Conner*Jei, ndlr). Jason Smith et Picobello van’t Roosakker forment un couple très intéressant, et Gaëtan Joliat (qui sellera Chelsea, ndlr) est un excellent cavalier. Mais il est aussi très jeune. Reste donc à savoir si ces deux duos tiendront le choc de leur premier grand championnat. Je n’oublie évidemment pas la France, qui a une très belle carte à jouer. Je crois qu’il y a matière à être optimiste. Edouard Coupérie aligne l’équipe victorieuse de la Coupe des nations de La Baule (Antoine Ermann et Floyd des Prés, Julien Epaillard et Fringan de Vesquerie, Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour ainsi qu’Olivier Perreau et GL Events*Dorai d’Aiguilly, ndlr). Lors de ce succès collectif, la France avait tenu tête à l’Allemagne, ce qui est assez significatif et symbolique. Après l’Officiel de France, il y a eu une gestion précautionneuse des chevaux de la part du staff fédéral. Leurs efforts ont été dosés, tout en les gardant en activité. Il y a eu de la prudence et une gestion raisonnée jusqu’à aujourd’hui. Si tout s’est bien déroulé lors de la préparation, il y a vraiment quelque chose à aller chercher.
Dans le désordre, mon tiercé pour les médailles par équipe est le suivant : l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.”
Une première médaille individuelle pour Nina Mallevaey ?
“En individuel, je penche pour Steve Guerdat. Il court après un grand succès à Aix-la-Chapelle depuis longtemps et il mériterait d’obtenir une médaille ici. Je pense en tout cas qu’il s’est parfaitement préparé pour. Richard Vogel et United Touch S, qui ont remporté le Grand Prix sur cette piste en mai et qui y sont toujours extrêmement performant, sont incontournables, même s’il y aura une attente colossale autour d’eux. Enfin, j’imagine aussi Nina Mallevaey monter sur le podium. À Aix-la-Chapelle, Dynastie de Beaufour et elle ont toujours été brillantes !”
Retrouvez la prochaine analyse d’Emeric George samedi, après la finale par équipe !
Photo à la Une : Emeric George imagine Nina Mallevaey monter sur le podium individuel des championnats du monde d'Aix-la-Chapelle avec Dynastie de Beaufour. © Mélina Massias