“Peu importe à quelle échéance je participerai cet été : je suis prêt à montrer ce que je vaux”, Gaëtan Joliat (3/3)
Simple. Voilà le mot qui revient le plus lorsque Gaëtan Joliat, pas encore vingt et un ans, évoque son système, sa méthode et sa vision des choses. Rencontré à l’ombre d’un arbre ornant les alentours du terrain d’honneur du Grand Parquet, quelques minutes avant la reconnaissance du Grand Prix 5* de Fontainebleau en avril, le jeune prodige jurassien s’est livré avec candeur et spontanéité. De ses débuts dans son canton natal, sous l’œil bienveillant de sa maman, à ses premiers pas sur la scène internationale, jusqu’à s’imposer comme la valeur montante du clan suisse ces derniers mois, le garçon n’a pas vraiment changé, gardant la tête froide et les deux pieds bien sur terre. Entraîné de longue date par Thomas Balsiger, qui lui a permis de faire le grand saut et de vivre de sa passion après des expériences infructueuses dans divers domaines qui ne le passionnaient pas, l’actuel cent-cinquante-septième mondial pourrait bien vivre ses premiers grands championnats Sénior dès cet été, à Aix-la-Chapelle. Installé au sein des écuries Les Verdets de la famille de Coulon depuis octobre 2024, Gaëtan Joliat a pris son temps, en toute simplicité, pour faire couple avec ses nouveaux partenaires. Une stratégie, devenue le leitmotiv de sa progression, aujourd’hui largement récompensée. Premier des trois épisodes de cet entretien.
La première partie de cette interview est à (re)lire ici.
La deuxième partie de cette interview est à (re)lire ici.
Cet été, auront lieu les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Vous voir intégrer l’équipe suisse lors de ce rendez-vous ne serait pas une immense surprise. Ressentez-vous une pression supplémentaire à l’idée que votre premier grand championnat puisse avoir lieu dans un cadre aussi mythique ?
Non, je ne crois pas. En revanche, le fait qu’ils se déroulent à Aix-la-Chapelle les rendent encore plus spéciaux à mes yeux, d’autant que l’on ne sait pas quand un prochain championnat aura lieu là-bas… Je ne veux pas faire mon Steve Guerdat, mais je trouve beaucoup plus beau de voir un tel rendez-vous à Aix-la-Chapelle qu’à Fort Worth, où la finale de la Coupe du monde n’a pas attiré grand monde, même s’il y a eu du très beau sport ! L’ambiance et l’atmosphère sont incomparables. Même si je ne suis pas retenu dans l’équipe pour Aix-la-Chapelle, j’aimerais bien assister à ces Mondiaux en tant que spectateur afin de profiter de la ferveur de cet événement. Je pense que ce sera magique ! Rien que l’idée de regarder ces championnats me transcende en tant que cavalier. Cette année, il y a aussi les championnats d’Europe Jeunes cavaliers et je me dis que j’ai le temps d’intégrer l’élite plus tard. Cela peut aussi changer. J’entends beaucoup dire que j’ai ma place au sein de l’équipe première, mais je ne vais pas l’affirmer moi-même pour l’instant. Je préfère me concentrer sur les événements 5* auxquels je participe et voir ce qui sera le mieux pour mes chevaux et moi en fonction de notre état de forme. Je suis prêt à accepter de ne pas aller à Aix-la-Chapelle pour prendre le temps et disputer mes derniers Européens Jeunes cavaliers, et inversement : je suis aussi prêt à sacrifier ma dernière année de Jeune cavalier pour aller à Aix-la-Chapelle, à la condition que tous les feux soient au vert. Quoi qu’il en soit, notre décision sera réfléchie. Nous n’en avons pas encore trop parlé avec mon coach, l’équipe des écuries et notre sélectionneur. C’est encore assez vague et un peu loin à ce stade (entretien réalisé le 26 avril, ndlr). D’un autre côté, ce n’est peut-être pas plus mal, car cela ne me met pas trop de pression ! Tout le monde en parle, et j’écoute ce qui se dit à mon égard, mais pour l’instant, je préfère ne pas trop m’exprimer à ce sujet. Je crois que je ne sais même pas vraiment ce que j’en pense moi-même ! On verra où cela nous mène dans les prochaines semaines.

En mai, le Jurassien a découvert Aix-la-Chapelle en prenant part aux épreuves intermédiaires du CSI 5*, de la même manière qu'un certain Jason Smith, qui devrait être du rendez-vous estival. © Tiffany Van Halle
“Je pense être prêt à supporter plus ou moins n’importe quelle atmosphère ou pression”
Si vous veniez à disputer ces fameux Mondiaux, qu’est-ce que vos expériences en championnats, que ce soit chez les Jeunes ou bien au niveau national, pourraient vous apporter ?
Avec les Coupes des nations, les championnats et la pression, le circuit Jeunes est très formateur. Je suis toujours quatrième lorsque je dispute des épreuves collectives chez les Jeunes car tout le monde dit que je tiens bien la pression, et c’est vrai ! Normalement, je garde la tête assez froide. Je pense être prêt à supporter plus ou moins n’importe quelle atmosphère ou pression. Si je dispute les championnats d’Europe Jeunes cavaliers cette année, j’en aurais, car tout le monde va m’attendre au tournant. J’ai de bons chevaux, j’obtiens des résultats au niveau 5* ; je n’aurais donc pas le droit à l’erreur. Peu importe à quelle échéance je participerai cet été : je suis prêt à montrer ce que je vaux. Cela ne me fait pas peur. Je suis aligné avec moi-même et je suis aussi très bien entouré.
Dans un entretien accordé à Swiss Equestrian, vous disiez faire votre maximum pour garder un rythme de travail tenable. À quel point est-ce important pour vous, surtout dans un contexte où le calendrier international est de plus en plus rempli ? Comment parvenez-vous à trouver le bon équilibre entre la pratique de votre sport, votre volonté de progresser encore et encore et un rythme de vie sain ?
Tout d’abord, j’ai la chance d’être entouré d’une équipe fournie, qui travaille à la maison et me permet de prendre du temps pour moi. Je monte principalement le matin, ce qui m’offre la possibilité de me reposer les après-midis ou de me consacrer à autre chose. Comme nous ne faisons que des choses simples, je n’ai pas trop de stress à la maison. Je fais une chose après l’autre et tout me semble naturel. Si je ressens le besoin de partir une semaine en vacances, c’est tout à fait possible en fonction du planning des concours. Pour l’instant, j’ai un bon équilibre - simple -, que j’espère pouvoir conserver, même si j’ai très envie d’être en concours !

Avec Chelsea, ici en image, et Just Special VK, Gaëtan Joliat dispose de deux sérieuses cartouches pour le haut niveau et les échéances à venir. © Tiffany Van Halle
“Je n’ai pas vraiment à faire attention à ce que je fais ou montre ; je n’ai rien besoin de cacher”
Vous incarnez la jeune génération et avec elle l’espoir de voir une équitation meilleure émerger. Selon vous, quel rôle les gens de votre âge ont-ils à jouer dans toutes les questions liées au bien-être animal et à la bientraitance des chevaux, notamment à haut niveau ?
Je pense qu’il est important de bien se comporter et de garder la simplicité en ligne de mire. Pour notre génération, il me semble aussi primordial de regarder et d’apprendre le plus possible ce qui se passe en concours, notamment sur les paddocks. Lorsque je ne prends pas part à une épreuve, j’observe les détentes des autres cavaliers. C’est toujours enrichissant ! Mes meilleurs amis, avec qui je passe toutes mes semaines, voient que je reste simple. Sinon, je dirais qu’il faut aussi faire attention à ses réseaux sociaux. C’est quelque chose auquel je prête plus d’attention maintenant que j’ai un peu plus de notoriété. Je n’ai pas le sentiment d’être un modèle. En revanche, je m’inspire beaucoup des autres.
Dans tout ce que je fais, je recherche la simplicité. Alors, je n’ai pas vraiment à faire attention à ce que je fais ou montre ; je n’ai rien besoin de cacher. J’ai encore du mal à mettre des mots là-dessus, mais je le ressens ainsi. Je ne me dis jamais que je dois faire attention à ce que vont penser les autres de telle ou telle action, je sais que tout ce que je fais est plus qu’acceptable.

La simplicité est sans doute la plus grande quête de Gaëtan Joliat. © Mélina Massias
Selon vous, par quoi passe le fait de garantir le bien-être de vos chevaux ? Que faites-vous pour répondre à leurs besoins fondamentaux, qui ne sont pas franchement simples à combler sur les terrains de concours, et leur garantir une vraie vie de cheval ?
Nous avons la chance d’avoir une forêt à côté de nos écuries. J’essaye de faire en sorte que mes chevaux y aillent deux à trois fois par semaine. Ils travaillent deux à trois fois par semaine en carrière, mais je crois que la priorité reste leur mental. De plus, avec les expériences qui s’offrent à nous sur de très beaux concours, mes chevaux vont avoir encore moins besoin de travailler à la maison. Le tout est qu’il conserve leur mental et une bonne condition physique, que j’entretiens principalement en extérieur. Ils vont également au paddock et, même si nous nous occupons beaucoup d’eux, nous les laissons vivre le plus naturellement possible. Il arrive qu’ils aient un peu froid, ou un peu chaud, qu’ils aient des mouches, etc. Ils restent des chevaux. Je crois que notre fonctionnement leur correspond bien puisqu’ils sont aussi contents d’aller travailler en carrière que d’aller se balader en forêt. En variant leur travail, j’espère les garder motivés le plus longtemps possible !
Les trois besoins fondamentaux d’un cheval sont l’accès à du fourrage en illimité, les contacts avec ses congénères et l’accès à la liberté. Comment arrive-t-on à concilier cela avec le fait de les emmener en concours plusieurs week-ends par mois ?
Il faut s’occuper de nos chevaux car ils ont l’habitude d’être chouchoutés. À la maison, nous avons une équipe suffisamment étoffée pour distribuer du foin trois, quatre ou cinq fois par jour s’il le faut. De cette manière, ils font ce qu’ils veulent avec leur fourrage. Lorsqu’ils ont envie de sortir, ils nous le montrent. Ils ont tous leur routine, à laquelle nous essayons de coller au mieux en fonction de leurs préférences. Certains sortent plutôt le matin, tandis que d’autres sortent plutôt le soir. De mon côté, j’essaye de varier leur travail et de ne pas répéter les mêmes schémas chaque jour. Il nous arrive parfois d’aller en forêt avant de travailler dans la carrière, ou à l’inverse, de terminer nos séances par une sortie en extérieur. Nous nous adaptons vraiment à eux. Surtout, ce qui me parait le plus important, c’est que je ne m’acharne jamais lorsque quelque chose ne va pas. J’abandonne ce que j’avais prévu de faire, pour y revenir le lendemain sans pression. Je ne souhaite pas user mes chevaux jusqu’au bout. J’accepte que quand ça ne va pas, ça ne va pas. C’est comme ça !

"Même si nous nous occupons beaucoup de nos chevaux, nous les laissons vivre le plus naturellement possible", avance le Suisse. © Sportfot
“J’aime assister à des matches de hockey en Suisse, aller à la pêche, jouer au tennis ou au hockey”
Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de personnes très pertinentes prennent la parole pour défendre les intérêts des chevaux. Ces personnes là n’évoluent pas nécessairement à haut niveau, mais n’y a-t-il pas des choses à apprendre et à retenir de leurs interventions, afin de faire avancer l’équitation dans le bon sens ? Vous intéressez-vous à ce genre de publications ?
Comme un jeune, je suis tout le temps sur mon téléphone, je ne peux pas dire le contraire ! (rires) Je ne lis pas beaucoup ce qui se dit sur les réseaux sociaux, à l’exception de deux ou trois phrases marquantes, mais je ne prends pas exemple sur ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Je préfère regarder les cavaliers et leurs chevaux à l’entraînement. D’ailleurs, lorsqu’on me demande si j’ai un cavalier modèle, je ne peux pas répondre. J’aime telle et telle chose chez Steve Guerdat, ça chez Martin Fuchs, etc. Je n’ai pas un seul modèle, d’autant plus que mon physique ne ressemble à celui d’aucun autre cavalier. Alors, j’essaie de piocher des informations un peu partout. Sur les réseaux sociaux, je regarde en diagonale certaines choses, mais je ne m’attarde pas sur les critiques…
En dehors des chevaux, avez-vous d’autres passions, d’autres activités auxquelles vous aimez vous adonner ?
Quand j’ai le temps, j’aime bien sortir avec des copains. On ne va jamais en boîte ; on préfère aller à la pêche, au karting, faire des apéros chez les uns et chez les autres, etc. Sinon, je n’ai pas vraiment un hobby particulier. J’aime assister à des matches de hockey en Suisse, aller à la pêche, jouer au tennis ou au hockey, mais seulement comme un loisir ! Je prends surtout du plaisir à passer du bon temps avec mes amis, ma copine ou mes parents. Cela me permet de me sortir un peu des chevaux et de voir autre chose. Quand j’ai envie de faire quelque chose et de m’amuser, je le fais ! Je trouve un ou deux copains pour m’accompagner et nous allons rigoler ensemble !

À vingt ans, le disciple de Thomas Balsiger fait souffler un vent de fraîcheur sur le clan helvète. © Mélina Massias
Photo à la Une : Chelsea et Gaëtan Joliat étaient au rendez-vous dans la Ligue des nations Longines de Rotterdam. © Tiffany Van Halle







