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“Aujourd’hui, Picobello van’t Roosakker et moi ne faisons plus qu’un”, Jason Smith

Fort de son expérience printanière à Aix-la-Chapelle, Jason Smith est prêt à en découdre aux Mondiaux avec son pégase Picobello van’t Roosakker.
AIX 2026 vendredi 14 août 2026 Mélina Massias

S’il a grandi en Ecosse, Jason Smith est plus suisse que jamais. Le sympathique cavalier n’est plus qu’à quelques jours de l’objectif d’une carrière : les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Toujours très enthousiaste lorsqu’il s’agit d’évoquer son crackissime Picobello van’t Roosakker, catalyseur de son ascension éclair, le trentenaire s’est volontiers prêté à l’exercice des questions-réponses à quelques jours du coup d’envoi de l’échéance la plus attendue de l’année. Son gris a achevé sa préparation de façon optimale, en bouclant deux sans-faute à Samorin, après avoir réussi une excellente saison pour le clan helvète. De quoi aborder le rendez-vous quadriennal sous les meilleurs auspices. Riche d’une première expérience au cœur du parc de la Soers en mai dernier, le porte-drapeau des écuries Silver Moon n’attend qu’une chose : retrouver ses coéquipiers et montrer de quoi lui et son étalon sont capables ! Objectif ? Une médaille collective… et plus si affinités.

Comment vous sentez-vous à quelques jours du coup d’envoi des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle ? Comment se porte votre fabuleux Picobello van’t Roosakker (Kassander van’t Roosakker x Canabis) ?

L’échéance arrive extrêmement vite maintenant ! En tant qu’équipe, nous nous sentons merveilleusement bien. Picobello est en pleine forme ! Je commence doucement à ressentir un peu de nervosité car nous approchons des choses sérieuses, mais j’ai un très bon feeling.

Avez-vous changé ou ajusté des éléments dans la routine de Picobello avec ces championnats du monde ?

Ne rien changer a, en fait, été l’un des aspects les plus difficiles de notre préparation ! Ce que nous faisons au quotidien a tellement bien fonctionné ces derniers mois que j’ai vraiment essayé de rester calme et de conserver les habitudes de Picobello. Le plus important pour moi est qu’il reste aussi heureux que possible.

Cinquièmes du Grand Prix Rolex de Genève en décembre, doubles sans-faute dans les Coupes des nations de Saint-Gall et Falsterbo, auteurs d'un parcours puis d'un barrage parfaits dans l'étape de la Ligue des nations de Rotterdam et sixièmes du Grand Prix associé, Jason Smith et Picobello van't Roosakker ont plus que répondu présent ces derniers mois. © Sportfot

“Picobello a vraiment trouvé sa place au plus haut niveau et je crois que c’est ce qui m’émerveille le plus”

Le chemin que vous avez parcouru avec Picobello depuis vos débuts ensemble en 2024 est simplement bluffant. Quel regard portez-vous sur cette progression et parvenez-vous à réaliser ce que vous avez accompli ensemble ?

Cette aventure est incroyable. Il y a deux ans, lorsque j’ai pris les rênes de Picobello, son talent et sa capacité à sauter de telles épreuves ne faisaient aucun doute. La façon dont notre entente et notre couple a grandi est ce qu’il y a de plus extraordinaire. Cette saison, je crois que l’on a pu constater que nous formions une vraie équipe, lui et moi. Je pense que c’est ce qui a le plus changé ces deux dernières années. Aujourd’hui, lorsque nous entrons en piste, nous ne faisons plus qu’un. Nous nous comprenons complètement. Picobello a vraiment trouvé sa place au plus haut niveau et je crois que c’est ce qui m’émerveille le plus.

Il y a deux ans, nul doute que vous espériez en arriver là, mais vous y attendiez-vous ?

Honnêtement, non. Bien sûr, je l’espérais, car, comme je l’ai dit, en accueillant Picobello, je savais que j’avais un cheval avec le potentiel d’atteindre ce niveau. C’était dans un coin de ma tête. Je savais qu’il y aurait les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, qui sont le rêve de tout cavalier, mais lors de notre première année ensemble, je ne pensais pas que tout irait aussi vite. L’an dernier, j’ai participé à mes premières Coupes des nations 5*, et pris mes marques à ce niveau. Et puis, nous avons commencé à parler des championnats d’Europe de La Corogne. À ce moment-là, j’ai commencé à croire que nous avions une chance d’aller à Aix-la-Chapelle. Alors, j’ai tiré un trait sur les Européens, car je sentais qu’avec un tout petit peu plus de temps, nous serions fins prêts pour un championnat. Ces douze derniers mois, j’ai vraiment travaillé avec l’objectif d’Aix-la-Chapelle en ligne de mire. Le fait que tout se soit déroulé comme nous le souhaitions, et que l’échéance soit enfin là, juste devant nous, est incroyable.

L'été dernier, Jason Smith a préféré faire l'impasse sur les Européens de La Corogne pour préserver son fabuleux gris. © Sportfot

Cela a-t-il été difficile de renoncer aux championnats d’Europe l’an dernier et de prendre le temps nécessaire à emmener Picobello vers le sommet de son sport dans les meilleures conditions ?

Oui, assurément. En tant que cavalier, rester patient, attendre et économiser Picobello a été très difficile. J’aurais adoré participer aux championnats d’Europe l’an dernier, mais je crois que j’ai pris la bonne décision. J’étais conscient de la qualité de Picobello et j’ai vraiment veillé à ne pas griller les étapes. C’est ce qui m’a permis de garder les pieds sur terre.

“Je crois que nous pouvons aborder ce rendez-vous avec de vraies ambitions”

Avec les résultats que vous avez obtenus tous les deux depuis le CHI de Genève en décembre dernier, vous serez attendus au tournant à Aix-la-Chapelle. Comment vivez-vous cela ? Ressentez-vous une pression supplémentaire ?

Oui, je pense que nous avons plus de pression que lors de nos dernières sorties majeures. Nos résultats ont effectivement été assez dingues cette année. Picobello a été extrêmement régulier en termes de sans-faute à haut niveau. On s’attend donc de plus en plus à ce que nous signions des parcours parfaits. Aborder un championnat en position d’outsider est plus simple : on y va pour l’expérience et tout le reste est du bonus. L’état de forme que nous avons affiché cette saison et le fait de savoir que nous sommes en mesure de boucler des sans-faute à Aix-la-Chapelle me font nécessairement ressentir un peu plus de pression. Mais je crois qu’elle est très positive, car tout cela me donne aussi beaucoup de confiance ! Nous n’allons pas à Aix-la-Chapelle pour nous entraîner ; nous y allons pour faire des sans-faute. Nous espérons décrocher une médaille par équipe et il y a des objectifs que nous aimerions atteindre. Bien sûr, cela reste un championnat et tout peut arriver, mais avec notre forme actuelle et le feeling que nous avons en tant qu’équipe, je crois que nous pouvons aborder ce rendez-vous avec de vraies ambitions.

Jason Smith et Picobello van't Roosakker compteront parmi les favoris aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle. © Dirk Caremans / Hippo Foto



Avec l’éclosion de Picobello, votre statut a complètement changé au sein de l’équipe suisse. Quel regard portez-vous sur cette évolution et comment vous sentez-vous auprès de vos coéquipiers ?

Notre état d’esprit collectif est très bon. Nous formons un très chouette groupe et nous nous connaissons tous très bien. Dès mes débuts au sein de l’équipe, je me suis senti parfaitement accepté. Tout le monde m’a mis à l’aise. Je devais bien sûr encore gagner en expérience, mais je n’ai jamais eu le sentiment que l’on me demandait d’en faire plus que ce dont j’étais capable. Désormais, je peux rendre ce qu’on m’a donné, ce qui est très agréable. Je suis capable d’apporter des résultats à l’équipe lorsque nous sommes sous pression, et cela me permet de me sentir encore plus à l’aise. J’aime faire partie de cette équipe de façon significative et que ma présence ait du sens. 

“L’expérience de Martin Fuchs et Steve Guerdat nous apporte une base très solide”

Comment jugez-vous les forces du collectif helvète pour ces championnats du monde ?

Je pense que nous avons une équipe très forte. L’expérience de Martin Fuchs et Steve Guerdat nous apporte une base très solide. Lorsqu’on participe à un championnat avec deux cavaliers de leur trempe, il y a déjà une certaine pression en moins ! Gaëtan Joliat est très jeune (il vient de fêter son vingt et unième anniversaire, ndlr), mais il a réussi une saison fantastique. Il a obtenu de nombreux bons résultats à ce niveau. Ce sera aussi mon premier championnat de ce calibre ; je n’ai pas autant d’expérience que Martin et Steve, mais avec les résultats que j’ai obtenus au cours des dix-huit derniers mois, je me sens extrêmement à l’aise à ce niveau. Je pense que nous avons tous les quatre prouvé que nous étions prêts pour relever ce défi !

L'équipe suisse vise une médaille collective à Aix-la-Chapelle. © Rolex Series

Vous avez pris part aux championnats d’Europe Juniors et Jeunes Cavaliers il y a quelques années. Ces expériences peuvent-elles vous servir pour les championnats du monde ?

Sans aucun doute ! C’était il y a un bon petit moment maintenant, et cela me fait me sentir vieux ! (rires) Toujours est-il qu’avoir cette expérience va beaucoup m’aider, car j’ai une idée générale de ce qui m’attend. Je sais dans quelle situation on se retrouve lorsqu’on dispute un championnat, notamment mentalement, et comment cela se déroule ; ce ne sera pas une première. Mais en comparaison, un Mondial à Aix-la-Chapelle sera extrêmement différent de ce que j’ai connu par le passé. Les championnats du monde en eux-mêmes sont possiblement le plus grand rendez-vous de notre sport et le fait qu’ils se jouent à Aix-la-Chapelle ne fait qu’augmenter leur importance ! Cela va être immense. 

“Lorsque je suis entré en piste pour la première fois à Aix-la-Chapelle, je me suis dit ‘wow’”

Vous avez foulé la piste d’Aix-la-Chapelle pour la première fois cette année. Comment avez-vous vécu cette expérience et quels enseignements en avez-vous tiré ?

J’étais extrêmement heureux de pouvoir sauter à Aix-la-Chapelle cette année ! Trouver une comparaison à ce concours est impossible. Lorsque je suis entré en piste pour la première fois, pour la warm up du premier jour, je me suis dit “wow”. J’étais complètement submergé à l’idée de pouvoir monter dans ce lieu. Avoir pu sauter quelques parcours là-bas, et évacuer une forme de pression, va m’être très bénéfique pour les Mondiaux. Découvrir Aix-la-Chapelle à l’occasion d’un championnat n’est pas ce qu’il y a de plus souhaitable. Je pense que cela rend la tâche des couples beaucoup difficile. Il n’y a vraiment aucun mot pour qualifier ce lieu. L’ambiance et le sentiment que procure Aix-la-Chapelle sont uniques. Après avoir fait mes premiers pas là-bas, je sais désormais à quoi m’attendre.

En mai, Jason Smith et Picobello van't Roosakker ont eu l'opportunité de prendre leurs marques à Aix-la-Chapelle, en participant aux épreuves intermédiaires du CSI 5*. © Sportfot

À quoi ont ressemblé les derniers jours de Picobello avant le grand moment ?

Il m’a accompagné au CSI 3* de Samorin la semaine dernière, où il a sauté deux parcours : un à 1,40m jeudi et un à 1,50m vendredi. L’idée était juste de le garder dans le rythme et en forme. C’était notre dernière préparation avant Aix-la-Chapelle. Il a ensuite passé une semaine calme à la maison, pour reprendre de la fraîcheur et maintenir son mental au beau fixe. Nous nous mettrons en route pour Aix-la-Chapelle dimanche.

Que représente Picobello pour vous ?

Pour moi, Picobello vient d’une autre planète. Monter à ce niveau est le rêve de tout cavalier. Avoir un cheval comme Picobello, avec de telles capacités, a complètement changé mon statut de cavalier. Il me fait tellement grandir et progresser ! Sans lui, je n’aurais eu aucune chance de faire ce que je fais actuellement. Je suis extrêmement reconnaissant de la chance qui m’est donnée d’avoir Picobello dans ma vie. Il m’a complètement changé en tant que cavalier. Il est irréel ! 

Le meilleur reste à venir pour le fils de Kassander van't Roosakker tout droit venu d'une autre planète ! © Sportfot

Photo à la Une : Fort de son expérience printanière à Aix-la-Chapelle, Jason Smith est prêt à en découdre aux Mondiaux avec son pégase Picobello van’t Roosakker. © Sportfot