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À Barcelone, l’Allemagne conclut la saison de la Ligue des nations en apothéose, devant une très solide équipe brésilienne

Comme aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle, les champions du monde par équipe Marcus Ehning et Coolio 42 ont parfaitement lancé leurs coéquipiers pour s'offrir une nouvelle victoire collective.
Sport dimanche 4 octobre 2026 Mélina Massias

La finale de la Ligue des nations Longines a offert un spectacle captivant. À Barcelone, l’Allemagne et le Brésil se sont affrontés en duel, dans un barrage au bout du suspense, qui a finalement récompensé le premier des deux pays. Avec trois de ses quatre cavaliers sacrés champions du monde cet été à Aix-la-Chapelle, Otto Becker a parachevé une saison extérieure d’exception. Marcus Ehning, Sophie Hinners, Jörne Sprehe et Richard Vogel, associés à Coolio 42, Iron Dames*My Prins van Dorperheide, Toys et Cloudio ont tenu tête à Rodrigo Pessoa, João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima, Pedro Junqueira Muylaert et Stephan de Freitas Barcha, aux rênes de leurs excellents Nielsdaka van de Rhamdia Hoeve, alias Major Tom, Cashpaid J&F, Gemme Villers et Chevaux*Primavera Montana*Imperio Egipcio. La Belgique, elle aussi en grande forme ces derniers mois, complète le podium.

À la consultation de la liste de départ de la finale de la Ligue des nations Longines (LLN) de Barcelone, l’Allemagne apparaissait comme la grande favorite. Le Brésil et la Belgique, forts de bons résultats ces derniers mois et d’un très bel état de forme de ses couples, n’étaient pas loin derrière. Au final des deux manches de ce temps fort collectif de l’Officiel d’Espagne et d’un barrage au sommet, la Mannschaft, championne du monde en titre, a tenu son rang. Pourtant, il s’en est fallu de peu, très peu, pour qu’elle soit battue par les Auriverdes ! Bien qu’accessible, en attestent les neuf doubles sans-faute de l’après-midi, le tracé imaginé par Santiago Varela et ses équipes a débouché sur un scénario rêvé, dimanche 4 octobre.

L'Allemagne s'est une nouvelle fois montrée hégémonique, comme lors des championnats du monde d'Aix-la-Chapelle cet été ou encore de la Coupe des nations de Calgary le mois dernier. © Leanjo de Koster / FEI

À l’issue de la première manche, l’Allemagne a logiquement viré en tête, après avoir enregistré trois sans-faute. Celui de Marcus Ehning et Coolio 42 a parfaitement lancé le quatuor d’Otto Becker. Sur une surface et dans une ambiance bien différentes, le duo a déroulé un remake des inoubliables Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Souverains, le Centaure et son fils de Casalito semblaient sur une autre planète en première manche. En seconde, une légère fébrilité est venue rappeler celle de la finale par équipe au cœur du stade de la Soers, mais la confiance qui règne entre les deux complices a fait la différence et leur a permis de rallier l’arrivée sans encombre. Jörne Sprehe et son si plaisant Toys, qui ne cesse de se bonifier du haut de ses douze ans, leur ont emboîté le pas, imitant leur performance dans les Coupes des nations de Rome et Dublin un peu plus tôt cette année. Dans l’acte initial, Sophie Hinners et son prince Iron Dames*My Prins van Dorperheide ont poussé à terre le milieu de triple, l’une des difficultés majeures de l’après-midi, et se sont donc mis en retrait pour la seconde moitié de la compétition. Richard Vogel et Cloudio, meilleur cheval de la saison sur le circuit de la LLN, avaient alors la lourde tâche de sceller le résultat de l’Allemagne. Sans-faute lors de leur premier passage en piste, le numéro un mondial et son très démonstratif gris devaient impérativement réitérer leur prestation pour éviter un barrage. Mais l’oxer numéro neuf est tombé à leur passage ! Tenant bon pour la fin de parcours, le couple a évité le pire, avant de s’élancer à nouveau, cette fois pour un barrage en duel face à Rodrigo Pessoa et son merveilleux Nielsdaka van de Rhamdia Hoeve, alias Major Tom.

Marcus Ehning et Coolio 42 semblent plus que jamais en osmose. © Leanjo de Koster / FEI

Richard Vogel et Cloudio ont offert la victoire aux leurs en réalisant un sans-faute au barrage. © Leanjo de Koster / FEI

Le Brésil au sommet de son art

Avant que les dauphins de Jessica Mendoza et In The Air dans le Grand Prix de vendredi n’affrontent le tracé raccourci, l’escouade brésilienne toute entière a aligné des performances de premier ordre. Stephan de Freitas Barcha, aux rênes de sa géniale Chevaux*Primavera Montana*Imperio Egipcio, a claqué deux parcours parfaits, tout comme João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima et un Cashpaid J&F aux allures de pégase. À quinze ans, le propre frère de Cordial n’a peut-être jamais autant brillé. Révélé par Nathan Budd, puis vendu à Karl Cook, le bai est longtemps resté dans l’ombre, avant de retrouver la lumière à son retour en Belgique, il y a trois ans. Convalescent quelques mois en 2024, puis concentré sur ses devoirs d’étalon une partie de l’année 2026, le petit-fils de Chicago au passage de queue inimitable semble vivre une seconde jeunesse. Connu de tous, et doté d’un potentiel hors norme, le Holsteiner n’a finalement guère disputé que… six épreuves à 1,60m dans toute sa carrière, la finale de la LLN étant sa septième apparition à ce niveau ! Déjà double zéro à Gassin, le fils de Casall a livré deux nouvelles démonstrations, sous la selle du talentueux João Victor Castro, qui a vécu là l'un des plus beaux moments de sa carrière, sous les yeux de celui qu'il considère comme un grand-père, le légendaire Nelson Pessoa. En première manche, Pedro Junqueira Muylaert et Rodrigo Pessoa, quant à eux, ont cruellement manqué de chance. Le premier, écarté du second acte avec la toute bonne Gemme Villers, a concédé une faute sur la rivière, tandis que son homologue a poussé à terre l’oxer… numéro 1 ! Et, décidément pas verni, le champion olympique de 2004 a reproduit peu ou prou la même erreur au barrage. Alors que son crack Major Tom est au sommet de son art, Rodrigo Pessoa a tenté le tout pour le tout pour le reste de son ultime parcours du week-end et arrêté le temps en 39’’48. 

Quel moment hors du temps pour João Victor Castro, débarqué en Europe avec sa grand-mère lorsqu'il n'avait que quinze ans, et son exceptionnel Cashpaid J&F ! © Sportfot

Décidément, Rodrigo Pessoa et Major Tom ont joué de malchance cette semaine à Barcelone. © Leanjo de Koster / FEI

Richard Vogel et Cloudio n’avaient alors pas le droit à l’erreur. Tous deux sont partis dans un train soutenu, ont serré leurs courbes… et très franchement effleuré le premier plan de l’ultime oxer, qui a tremblé mais est resté dans ses taquets. Moins rapide en 40’’85, le duo a tout de même offert la victoire à son clan au bout du suspense. Décidément hégémonique, l’Allemagne d’Otto Becker reste sur son nuage. 

La joie du clan germanique. © Sportfot



Les Belges jouent de malchance

Au départ avec des couples expérimentés et fiables, la Belgique avait de belles cartes à jouer. Mais la malchance s’est invitée à la fête. En première manche, Roy van Beek et Cavoiro - H, pourtant particulièrement à leur avantage, ont été les seuls à mettre une barre à terre. Cela étant, la troupe de Peter Weinberg a totalisé un point, en raison des cinquante-sept centièmes de retard affichés par Abdel Saïd et une Wathnan*Bonne Amie des grands jours. Un point qui a coûté une place au barrage aux Mousquetaires Rouges. Ces derniers auraient même pu s’emparer de la coupe sans passer par un ultime affrontement. En effet, Emilie Conter et sa Portobella van de Fruiktorf, étincelantes ces dernières semaines, n’ont pu éviter de concéder une faute en seconde manche, sur l’intransigeant milieu du triple, portant le total final des Belges à cinq unités, contre quatre pour l’Allemagne et le Brésil. Rageant, frustrant même, mais bien loin d’entacher les performances des uns et des autres. Pieter Devos et Primo DV ont, de leur côté, arraché deux clear rounds, malgré quelques passages peu académiques. Le vainqueur du Grand Prix Rolex de Dinard, officiellement reconnu comme étant le fils de l'alezan Vigo d’Arsouilles mais portant une robe grise qu’aucun de ses ascendants maternels ne possède, comme l’a repéré Lionel Saivres, à la tête de l’affixe d’Argent et collaborateur de L’Eperon, a donné son cœur à son cavalier et éleveur et largement contribué à la troisième place de la Belgique.

Primo DV et Pieter Devos ont réussi à enregistrer un double sans-faute pour la Belgique. © Sportfot

Avec deux fautes de trop, les Etats-Unis terminent au pied du podium. Pourtant, Robert Ridland aura de vrais motifs de satisfaction. D’abord, ses leaders Laura Kraut et McLain Ward ont survolé leurs parcours avec un Très Bien particulièrement démonstratif, parfois à l’excès, et un Jordan Molga M somptueux d’aisance, en particulier en première manche. Alors qu’il n’a disputé que deux Grands Prix 5* depuis juillet 2025, l’ancien partenaire de Nicolas Delmotte n’a peut-être jamais sauté avec autant de marge et de domination. Pendant que Kristen Vanderveen et Uno 56, alias Bull Run’s Jireh, ultra compétitif toute la saison, en particulier jusqu’à 1,55m, ont enregistré cinq points, McKayla Langmeier a montré de très belles choses sur son prometteur Riesling van de Gaathoeve, neuf ans. Battus sur la rivière pour quelques centimètres en première manche, où l’amazone de vingt-six et son fils d’Iron Man van de Padenborre ont été particulièrement à leur avantage, bondissants et en totale maîtrise, ils ont mis deux barres à terre en seconde. L’étalon bai brun a d’abord à peine frôlé la sortie du double numéro 5, avant d’être battu sur le vertical 10. Peut-être un brin émoussé par la répétition des efforts, Riesling van de Gaathoeve n’est franchement pas loin du compte et il faudra garder un œil tout particulier sur lui et sa cavalière dans les prochains mois.

En première manche, McLain Ward et Jordan Molga M ont offert une véritable leçon d'équitation aux spectateurs en déroulant un parcours d'école. © Sportfot

L’Italie se réveille… trop tard

Sur le papier, l’Italie avait aussi de belles cartes à défendre, avec trois des quatre couples qui l’avaient menée au cinquième rang des derniers championnats du monde. Seulement, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Giulia Martinengo Marquet et Emanuele Camilli ont chacun mis une barre à terre, Giampiero Garofalo deux, et Piergiorgio Bucci a été contraint à l’abandon après un parcours peu caractéristique d’Hantano. Sanctionné sur la sortie de double, le bai, quatrième des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle en août, a ensuite refusé de franchir la palanque. Après avoir franchi l’obstacle, le vainqueur du Grand Prix Rolex de La Baule, pas franchement dans son assiette, s’est fortement défendu devant la rivière et son cavalier a préféré en rester là. Coup dur pour les Transalpins, qui figuraient en fin de tableau à la pause. Et puis, Delta del’Isle, Chacareno PS et Querido van’t Ruytershof ont tous corrigé leurs premiers parcours, alignant trois sans-faute pour permettre à la Squadra Azura de se hisser au cinquième rang. Remarquable remontada, malheureusement trop tardive pour prétendre à un podium. Comme en Allemagne, l’Italie est cinquième.

Voir évoluer Giulia Martinengo Marquet et son Selle Français Delta del'Isle est toujours aussi plaisant tant ces deux là proposent des prestations naturelles et rafraîchissantes. © Sportfot

Tenante du titre, la Grande-Bretagne a baissé les armes, largement pénalisée par la contre-performance à seize points de Jack Whitaker et Jack JL, malheureusement habitué à alterner le meilleur et le pire… Tim Gredley et Scott Brash ont bien tenté de sauver l’honneur par deux parcours parfaits en seconde manche sur Medoc de Toxandria et Keswichtime HV, alias Hello Mango, mais cela n’a pas suffi. Si la grise du numéro trois mondial a péché, elle aussi, sur le milieu du triple en fin de première manche, elle a montré qu’elle était de retour en forme après sa frayeur lors de la finale individuelle des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. 

Après une chute impressionnante en finale individuelle à Aix-la-Chapelle, Scott Brash a retrouvé sa fille d'Untouchable 27 en pleine possession de ses moyens au plus haut niveau. © Sportfot

Septième, l’Irlande a pu compter sur le double zéro de Cian O’Connor et Chatolinue PS, mais a accumulé trop de parcours à quatre points et aucun autre sans-faute. Quant à la France, elle a soufflé le bon et le mauvais. Le bon avec les deux superbes parcours de Julien Epaillard et un Le Coultre de Muze métamorphosé (4+0), sans doute en train d’écrire les plus belles pages de sa carrière à quinze ans, ainsi qu’avec la bonne performance d’Olivier Perreau et GL Events*Dorai d’Aiguilly (0+4), et le mauvais avec les douze points de Kevin Staut et Exquis RB et la désillusion vécue par Antoine Ermann et Floyd des Prés dans l’acte initial, rappelant malheureusement celle connue dans le Grand Prix de La Baule en juin puis lors des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle en août. Le fils de Vigo Cécé s’est arrêté devant le double, après une reprise presque à peine perceptible de son cavalier… Résultat : dix-huit points au compteur. Un score d’autant plus frustrant que le duo s’est ensuite payé le luxe de dérouler une véritable balade de santé en seconde manche en dominant son parcours de la tête et des épaules.  Si la France s’est imposée dans les épreuves collectives d’Abou Dabi, La Baule et Gassin cette saison, sa prestation à Barcelone, couplée à ces échecs à Rome, Saint-Gall et Rotterdam, où elle était restée aux portes de la seconde manche, rappelle que son réservoir de couples, et notamment de chevaux, n’est pas (encore) à la hauteur de celui d’autres nations.

Après une incompréhension en première manche, Antoine Ermann et Floyd des Prés se sont littéralement baladé sur leur second parcours. © Sportfot

Enfin, à domicile, l’Espagne termine bonne dernière, malgré le double zéro de Julio Arias Cueva, ancien cavalier du génial Jarnac, et son généreux Selle Français Filou du Manoir.

Franchement pas à son affaire, l'Espagne a tout de même compté sur le double sans-faute de Julio Arias Cueva et Filou du Manoir. © Sportfot

Les résultats complets.

Photo à la Une : Comme aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle, les champions du monde par équipe Marcus Ehning et Coolio 42 ont parfaitement lancé leurs coéquipiers pour s'offrir une nouvelle victoire collective. © Sportfot

Les épreuves du CSIO 5* de Barcelone sont à (re)voir sur Clipmyhorse.tv.