“Isidore de Chalusse a coché toutes les cases qu’il pouvait cocher cette année !”, McKayla Langmeier (2/2)
En à peine deux ans, McKayla Langmeier a bondi du deux-cent-cinquante-neuvième au soixante-seizième rang du classement mondial. Après avoir excellé dans ses années Juniors et Jeunes Cavaliers, notamment en equitation, l’amazone originaire du Connecticut confirme l’étendue de son talent sur la scène internationale et au plus haut niveau. Très attachée à tout savoir sur ses chevaux, la cavalière de vingt-six ans, qui a grandi au sein des écuries familiales, a fait des débuts remarqués sous la bannière étoilée des Etats-Unis au niveau 5*. Retenue par Robert Ridland à Gassin, elle se présente cette semaine à Barcelone, avec l’ambition d’aider son équipe à grimper sur le podium de la finale de la Ligue des nations Longines. Pour ce faire, elle misera sur le très intelligent Riesling van de Gaathoeve, déjà classé au plus haut niveau à neuf ans seulement. Et en plus de son étalon BWP, McKayla Langmeier peut aussi compter sur l’ultra prometteur Selle Français Isidore de Chalusse. À huit ans, le petit-fils de Fragance de Chalusse s’est déjà classé en Grands Prix 4* et a fait ses débuts en Grand Prix 5* ! De quoi annoncer une suite de carrière radieuse à l’Américaine.
Le premier épisode de cet article est à (re)lire ici.
Si Linda Langmeier a été la principale coach de sa fille durant sa jeunesse, cette dernière a aussi reçu les précieux conseils de Missy Clark et son époux John Brennan, dont l’influence fut aussi bénéfique à des cavaliers tels Darragh Kenny, Eve Jobs, Charlotte Jacobs, Michael Hughes ou encore Sam Walker, ainsi que ceux de Katie Monahan-Prudent, championne du monde par équipe en 1986 et notamment mentor de l’olympique Reed Kessler. Depuis deux ans, McKayla Langmeier bénéficie de l’expertise d’un certain McLain Ward. Et force est de constater que la science du multi-médaillé américain a eu l’effet d’un catalyseur sur sa carrière. “McLain est très simple et direct dans ses conseils”, analyse la cavalière de vingt-six ans. “Sa principale recommandation est de faire confiance au processus. Ce sur quoi il a le plus travaillé avec moi est ma position et mon sang-froid en piste. C’est assez cocasse pour quelqu’un qui a pratiqué l’equitation pendant tant d’années !”

Pour son premier CSIO 5* en terres espagnoles, McKayla Langmeier peut compter sur son excellent Riesling van de Gaathoeve. © Sportfot
Deux-cent-cinquante-neuvième mondiale en décembre 2024, l’amazone a connu une ascension fulgurante, pour atteindre le soixante-seizième rang en septembre 2026. “Je savais que j’obtenais de bons résultats cette année, mais je ne m’attendais pas à ce que mon rang au classement mondial bondisse de la sorte !”, lâche la principale intéressée. Une reconnaissance qui récompense sa régularité, sa progression, mais aussi tout le travail collectif fourni au quotidien. Partie prenante de l’entreprise familiale, dont les deux principales activités sont le coaching de clients et la commercialisation de quelques chevaux chaque année, McKayla dispose de son propre système, qui lui permet de se concentrer pleinement sur sa carrière et le haut niveau. “L’équipe qui s’occupe de mes chevaux est assez nouvelle, mais nombre des personnes qui m’entourent au quotidien sont à mes côtés depuis longtemps. C’est notamment le cas de ma vétérinaire, qui veille sur mes chevaux depuis que j’ai dix ans ! Les membres de mon équipe sont tous de grands soutiens et atteindre le haut niveau était aussi leur objectif”, apprécie l’Américaine, qui prend aussi plaisir à dispenser ses conseils à quelques élèves qui concourent jusqu’à 1,30m. “J’aime les aider. C’est chouette de les accompagner !”, glisse-t-elle.

Brillante outre-Atlantique depuis ses débuts, l'Américaine confirme son excellente progression. © Sportfot
Deux chevaux hors norme
Des bases solides, une progression maîtrisée et réfléchie, un entourage de qualité, un talent indéniable, mais surtout deux chevaux d’exception. Voilà, peu ou prou, la recette qui a propulsé McKayla sous le feu des projecteurs. Si la jeune garde américaine a montré des choses intéressantes dernièrement, la percée de la native du Connecticut semble peut-être la plus pérenne de toutes. Avec Riesling van de Gaathoeve (Iron Man van de Padenborre x Diamant de Semilly), neuf ans, et Isidore de Chalusse (Clarimo x Vigo d’Arsouilles), huit ans, la success story semble n’en être qu’à son préambule. Le premier, superbe étalon à la robe ébène issu de la souche d’Ohio van de Padenborre et frère utérin de Las Vegas van de Padenborre, monté jusqu’à 1,60m par Marie Demonte, est déjà titulaire de plus de 200.000 € de gains cette saison et surtout de deux classements en autant de tentatives en Grand Prix 5*. Huitième à Lexington en avril avec seulement un point de temps au compteur, puis septième à Bridgehampton en août après un parcours à quatre points, l’étalon a également occupé le deuxième rang de trois Grands Prix 4*, à Wellington, Devon et Old Salem, au mérite d’autant de doubles zéro, sans oublier ses deux très bonnes copies dans la Ligue des nations Longines de Gassin mi-septembre.
À neuf ans, Riesling van de Gaathoeve fait honneur à son regretté père. © Agence Ecary
Le plus fou dans l’histoire ? Riesling van de Gaathoeve a rejoint son actuelle cavalière il y a moins d’un an. “Pour être honnête, lorsque j’ai pris les rênes de Riesling en décembre, je ne m’attendais pas à ce que nous confrontions à de telles épreuves cette année !”, révèle McKayla. “À son arrivée, l’idée était simplement de lui faire découvrir le niveau 5* cette année. Il a dépassé toutes nos attentes cette saison. Il a rendu possibles des choses pour lesquelles je pensais devoir attendre davantage. C’est une superstar. Il est tellement courageux en piste et sûrement l’un des chevaux les plus intelligents que j’ai eu le plaisir de monter. On n’a pas besoin de lui demander les choses deux fois : il comprend tout de suite.” Formé par Pieter Kenis en Belgique, de ses quatre à ses huit ans, le puissant BWP, huitième du Mondial des chevaux de sept ans en 2024 à Lanaken, a ensuite traversé l’Atlantique pour rejoindre Shane Sweetnam début 2025. L’Irlandais n’aura finalement profité de cette pépite que quelques mois, avant de passer le relais à son homologue états-unienne.
Quant à Isidore de Chalusse, petit-fils de la matrone Fragance de Chalusse, ses performances et son potentiel semblent tout aussi démentiels. À seulement huit ans, le gris, né au cœur de l’élevage berrichon réputé et éprouvé de Solange Plasson et initié à la compétition par Guillaume Foutrier, affole les compteurs. “Je pense qu’il a fait plus à huit ans que n’importe quel autre cheval de son âge !”, s’étonne à demi-mot sa chanceuse cavalière, qui l’a déniché au sein des écuries de Jérôme Guéry, courant 2025. “Isidore est une surprise totale. Lorsque je l’ai essayé, je n’avais aucune idée de ce que cela allait donner. Et, lui aussi se révèle être une vraie superstar ! Il fait les choses avec une élégance et un calme assez uniques. Aux écuries, c’est un cheval extrêmement drôle. Même si je ne crois pas vraiment à ces choses-là, j’ai parfois l’impression qu’il est la réincarnation d’un chien ! Il se comporte en tout cas plus comme un chien qu’un cheval ! (rires) Tout ce qu’il peut jeter hors de son box, il le jette. C’est un vrai personnage.”
À huit ans, Isidore de Chalusse crève déjà l'écran. © Sportfot
Là encore, la progression du Selle Français semble irréelle, onirique même. Cette année, il a entamé sa saison internationale par une épreuve à 1,35m, puis a rapidement sauté ses premiers Grands Prix 2 et 3*. En mai, à Old Salem, pour sa première apparition sur un parcours annoncé à 1,55m, Isidore de Chalusse bouclait un double zéro, pour occuper le troisième rang du temps fort de ce CSI 3*. Vingt jours plus tard, à Devon, il se classait dans son premier Grand Prix 4*, avant de récidiver début juin, à Upperville. Après une prise d’expérience salvatrice à Calgary durant l’été, le fils de Clarimo a repris son excellente série, ajoutant à son tableau de chasse une troisième place dans le Grand Prix 3* de Saugerties début août, une quatrième dans l’épreuve reine du CSI 4* d’Ottawa mi-août, avant de faire ses débuts en Grand Prix 5* à Rockwood, début septembre, où il n’a poussé qu’une barre à terre. À le voir évoluer en piste, avec un équipement des plus simples, Isidore de Chalusse donne l’impression d’avoir affronté ce niveau toute sa vie. “Lorsqu’il entre en piste, il pense qu’il peut tout faire. Et c’est aussi le sentiment qu’il me procure. Je ne me dis jamais qu’il va être un peu vert ou qu’un obstacle sera trop haut pour lui. Avec lui, on sait que tout ira bien et qu’il est plus qu’en mesure de sauter n’importe quel parcours”, savoure McKayla. Désormais, le gris a largement gagné le droit de profiter de son paddock. “Il a coché toutes les cases qu’il pouvait cocher cette année ! Je veux lui accorder du repos. Il reprendra la compétition durant l’hiver”, annonce sa cavalière, qui pourra se concentrer sur ses autres montures, dont Lilesta GE (Amant M, alias Arezzo VDL x Quidam de Revel), dix ans, passée sous sa selle cet été, ainsi que les deux jeunes représentants du cru 2018, Jivaro NC (Jenson van’t Meulenhof x Bamako de Muze), dont la grand-mère maternelle, Lhasa, est aussi celle du regretté et brillant El Torreo de Muze, et Sans Doute de Wulf Selection (Extra x Dream d’Hedge), une nièce de Full House Ter Linden, classé à 1,60m avec Grégory Wathelet.

"Il fait les choses avec une élégance et un calme assez uniques", dit McKayla Langmeier au sujet de son Selle Français. © Sportfot
Quant à Riesling van de Gaathoeve, après son épopée catalane, il disputera quelques étapes de la Major League Showjumping et prendra la direction de la Californie, pour courir, en novembre, le CSI 5*-W d’Arcadia, étape de la ligue Longines nord-américaine de la Coupe du monde. L’objectif ? Une qualification pour la finale du circuit hivernal porté par la Fédération équestre internationale, qui se jouera du 24 au 28 mars à Göteborg, en Suède.
L’avenir en lettres d’or
Pour garder un œil sur la suite de la progression de McKayla Langmeier, qui semble bien partie pour durer, pas la peine de chercher son nom dans la barre de recherche d’Instragram. Pourtant prisé des cavalières et cavaliers, en particulier de celles et ceux qui incarnent la nouvelle génération, le réseau social a été délaissé par l’Américaine. “Je passais beaucoup de temps sur Instagram, mais mon compte a été piraté. Les hackers s’en sont servis et ont fait des posts. Cela a été un vrai cauchemar. Depuis, je n’en ai pas recréé un, et je me sers à peine de mon compte privé”, révèle la jeune femme, plutôt du genre discret, amatrice de musique et de tennis, sport dans lequel ses faveurs vont vers Jannik Sinner, vainqueur de cinq tournois du Grand Chelem et premier joueur italien à avoir occupé le rang de numéro un mondial.

L'actuelle soixante-seizième mondiale lors de la finale de la Coupe du monde de Bâle, en 2025. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Avide de “savoir tout ce qui est possible de savoir” sur ses chevaux, dont elle aime connaître la routine, de leurs rations au déroulement précis de chacune de leurs journées en passant par les moindres détails de leurs rendez-vous avec le vétérinaire ou le maréchal-ferrant, McKayla Langmeier ne pourrait pas être dans une spirale plus positive. À vingt-six ans, l’étoile montante du Stars and Stripes impose son nom avec quiétude et assurance, lui promettant un avenir radieux, entouré de montures d’exception. Dans deux ans, lors des Jeux olympiques de Los Angeles, qui devraient assurément figurer parmi ses objectifs majeurs, Riesling van de Gaathoeve et Isidore de Chalusse auront soufflé leur onze et dixième bougie. L’âge d’or pour affronter une telle échéance. Et, d’ici là, d’autres cracks auront sûrement densifié les rangs de l’amazone américaine.

McKayla Langmeier : un nom à retenir. © Sportfot
Photo à la Une : À huit ans, le Selle Français Isidore de Chalusse affole les compteurs. © Sportfot









