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Le Mexique plante son drapeau au centre de la place de Sienne avec la manière

Soixante-dix-huit ans plus tard, le Mexique a de nouveau mis la main sur la Coupe des nations de Rome !
Sport vendredi 29 mai 2026 Mélina Massias

En 1948, le Mexique avait non seulement remporté la Coupe des nations de Rome, mais aussi les Jeux olympiques de Londres, en individuel et par équipe. Pour la première fois depuis soixante-dix-huit ans, Carlos Hank Guerreiro, Patricio Pasquel, Andres Azcarraga et Fernando Martinez Sommer ont imité leurs prédécesseurs en s’imposant sur la place de Sienne. S’il n’y aura pas de Jeux olympiques en 2026, ce triomphe, acquis avec la manière, pourrait-il être un présage avant les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle ? Les Allemands, deuxièmes en Italie après un barrage face à leurs bourreaux du jour, feront tout pour prendre leur revanche cet été et les priver d’or, de même que bien d’autres nations, dont la Grande-Bretagne, troisième de cette première grande épreuve collective de l’année sur le sol européen.

Le Mexique n’avait plus remporté la Coupe des nations de Rome depuis… 1948 ! Dans l’impulsion de Mark Laskin, qui avait précédemment officié pour le Canada, Carlos Hank Guerreiro, Patricio Pasquel, Andres Azcarraga et Fernando Martinez Sommer ont vécu une après-midi de rêve sur la place de Sienne, vendredi 29 mai. Remarquables en première manche, les quatre cavaliers ont conclu cette première mi-temps largement en tête des opérations, après avoir enregistré quatre scores parfaits sur quatre possibles ! Il faut dire que Joukov du Val du Geer, alias H5*Shaq Attack, Chakkalou PS, Contendros 2 et Joep ont sorti le grand jeu, de même que leurs binômes bipèdes. 

Quelle joie dans le clan mexicain après le barrage parfait de Patricio Pasquel et son Chakkalou PS ! © Sportfot

Sur cette entame, les quatre paires ont semblé effacer les difficultés comme si celles-ci n’étaient qu’une formalité, tandis que les autres équipes, elles, tâtonnaient davantage. De fait, vingt-cinq pourcents des clear rounds de l’acte initial sont revenus au Mexique. La France, qui misait pourtant sur des couples en bonne forme, et la Suède, dont la composition était tout à fait honorable, n’ont même pas passé le cut de la seconde manche. Côté Tricolore, Nikka vd Bisschop et Eleven de Riverland ont quitté la piste avec une faute sous les selles de Nina Mallevaey et Nicolas Sers, tandis que Forban de Béliard a échappé huit points avec Marie Demonte et Crooner Tame douze aux rênes de Mégane Moissonnier. Pour les Scandinaves, la prestation sans fausse note de Linda Heed et Crack Blue, qui, à quinze ans, témoigne d’une expérience internationale presque inexistante et découvrait ce niveau d’épreuve (!), n’a pas suffi à arrêter l’hémorragie. Wilma, passée d’Hellström à McMahon depuis qu’elle a dit “oui” à l’Irlandais Eoin McMahon il y a quelques jours, a concédé une petite faute sur sa chère Cicci BJN, tandis qu’Angelie Von Essen a vécu une journée bien maussade. Dès la courbe menant au numéro 3, son Voila DK, pourtant doté d’un potentiel non négligeable, a trébuché. Contrainte de faire une volte, son amazone a ensuite peiné à retrouver la pleine confiance de son sensible frère utérin de… H&M*All In de Vinck, qui a concédé plusieurs fautes. Enfin, Peder Fredricson et Alcapone des Carmille ont semblé avoir perdu l’état de grâce qui les animait l’été dernier et n’ont pu éviter trois fautes.

Un barrage pour en découdre

En deuxième manche, le Mexique a dû faire usage de son drop score pour effacer les douze points d’Andres Azcarraga et son vétéran Contendros 2, dix-neuf ans ! Pourtant impeccable en première manche, le trois-quarts frère de… Codex One a flanché. Juste avant lui, Patricio Pasquel et son très plaisant fils de Chacco Lover, alias Diablo Blanco, avaient craqué sur la palanque qui défendait le douzième et dernier saut du tracé pensé par Uliano Vezzani et ses équipes. Encore à flot grâce à la prestation parfaite de l’impressionnant gris de Carlos Hank Guerreiro qui n’est autre qu’un frère utérin d’Égérie du Val du Geer, toute bonne partenaire de Camille Condé-Ferreira, la victoire était encore possible au moment de l’ultime rotation du jour. Pour cela, il fallait que Fernando Martinez Sommer et Joep réitèrent leur première copie. Mission accomplie pour le sympathique Mexicain, qui évoluait sous les yeux de sa famille et a sécurisé la place au barrage de son escouade.

© Sportfot

Carlos Hank Guerreira et Fernando Martinez Sommer ont enregistré, aux rênes de Joukov du Val du Geer et Joep, deux des cinq doubles zéro de cette Coupe des nations. © Sportfot

En effet, avec quatre points au total de sa deuxième manche, l’équipe de Mark Laskin a terminé à égalité avec l’Allemagne, qui a enregistré trois clear rounds en seconde manche. Malgré les doubles zéro de Sophie Hinners et la démonstrative Iron Dames*Combella RR et de Jörne Sprehe sur Toys, Otto Becker a désigné Richard Vogel et Gangster Montdesir pour prendre le départ de cet ultime duel. Fraîchement vainqueur du Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle, le Germanique avait cette fois sellé Gangster Montdesir. Sanctionné par huit points en première manche, le Selle Français venait de rectifier le tir. Déroulant son troisième parcours de l’après-midi dans un tempo d’enfer, le jeune bai semblait avoir course gagnée… avant de renverser le dernier vertical dressé sur son chemin ! Patricio Pasquel et Chakkalou PS, qui défendaient les couleurs du Mexique, ont saisi l’opportunité qui se présentait à eux. Nettement moins rapides, tous deux ont rallié l’arrivée sans faute, offrant la victoire à leur clan. Il y a soixante-dix-huit ans, lorsque le drapeau vert, blanc et rouge avait flotté pour la dernière fois au-dessus de la place de Sienne, la suite avait été couronnée de succès pour celui-ci, avec une médaille d’or collective et deux individuelles, d’or et d’argent… aux Jeux olympiques de Londres. Serait-ce là un présage avant les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle ? Il serait bien présomptueux de l’affirmer, mais le Mexique a en tout cas marqué des points et pourrait créer la surprise cet été en Allemagne. 

Extrêmement rapides au barrage, Richard Vogel et Gangster Montdesir ont été vaincus par l'ultime vertical du tracé raccourci proposé par le maestro Uliano Vezzani. © Sportfot



Des enseignements enrichissants

Côté Mannschaft, Christian Ahlmann a livré une prestation assez solide sur le jeune et prometteur Applebridge Tag, un fils d’Aganix du Seigneur. Une bonne occasion de prendre la température pour l’avenir. Avec une équipe intéressante, mêlant à la fois une touche d’expérience et de fraîcheur, Di Lampard a aussi pris de bonnes informations à Rome. La Grande-Bretagne, troisième, a montré de belles choses, à l’instar des deux parcours (4+0) de Jessica Mendoza et le très sérieux Guidam Sohn The Second, alias Summerhouse, frère utérin de son autre star, In The Air. Sujet à des épisodes de coliques, le puissant bai a fait forte impression sur la place de Sienne, laissant apparaître le potentiel d’un cheval de grand rendez-vous. Dans un style plus atypique et parfois même acrobatique, voire questionnable, Adrian Whiteway et Chacco Volo ont réussi un double zéro, confirmant le bilan positif de leur première grande saison au plus haut niveau. Avec un sans-faute et une prestation entachée d’une faute, les deux Jack, Whitaker et JL, ont prouvé une fois de plus qu’ils font bien la paire. Doté de vrais moyens, le gris continuera assurément à faire parler de lui, d’autant que son cavalier se reforge un piquet intéressant, avec, aussi, la surprenante Izarra des Dames. Même si la seconde manche fut plus difficile pour eux, Joseph Stockdale et Ebanking, qui ont remporté un Grand Prix 5* en début d’année, se sont accrochés pour en terminer avec quatre puis douze points.

Jessica Mendoza et Guidam Sohn The Second ont marqué des points à Rome. © Sportfot

Derrière, l’Italie a aussi fait bonne figure. Sur ses terres, Giulia Martinengo Marquet a composé avec la fougue retrouvée de son géniale Delta del’Isle, qui a laissé deux barres à terre mais à retrouver les ressorts qui font sa force. Giacomo Casadei et Giampiero Garofalo ont, eux, été impressionnants de maîtrise en seconde manche, aux rênes de Marbella du Chabli et Querido van’t Ruytershof pour boucler leurs prestations sur un score vierge, après avoir échappé une faute chacun dans l’acte initial. Emanuele Camilli, lui, n’a pu réitérer son sans-faute, mais son Chacareno PS n’est pas passé inaperçu.

Nouvelle prestation remarquable pour Marbella du Chabli et Giacomo Casadei. © Sportfot

Pour la Belgique, cinquième, Pieter Weinberg retiendra sûrement le sans-faute en première manche d’Emilie Conter et Portobella van de Fruitkorf et celui en seconde de Thibeau Spits et Impress van’t Kattenheye, sanctionnés d’une malheureuse touchette lors du premier acte de cette Coupe des nations. Presque trop en confiance, le duo continue pourtant d’être clairement au-dessus du lot. Difficile donc d’imaginer ne pas les voir cet été à Aix-la-Chapelle tant leur présence semble indispensable chez les Diables Rouges ! Après avoir fait découvrir le stade de la Soers à Ermitage Kalone la semaine passée, Gilles Thomas avait cette fois sellé son espoir de neuf ans Happy Landais. L’étalon Selle Français Originel, issu de la même famille maternelle qu’une certaine Une Étoile Landaise, a engrangé une belle expérience, malgré une et trois fautes. Son demi-frère par le père, Gadget Mouche, était aussi de la partie avec Nicola Philippaerts. Il accuse douze puis quatre points. Un beau clin d’œil tout de même à Andiamo Semilly, dont la production commence à faire ses preuves sur les plus belles pistes du monde.

Thibeau Spits et Impress-K van't Kattenheye étaient en promenade à Rome cette après-midi. © Sportfot

Tabasco de Toxandria méconnaissable 

Si les parcours de l’ouvreur du Brésil seront à oublier, les Auriverdes ont tout même comptabilisé trois sans-faute. Ils furent l’oeuvre de leurs trois autres couples : Yuri Mansur et le puissant Elano de Laubry, neveu des bons Mega Special et Omonza DC, Rodrigo Pessoa et Prins van’t Eigenlo, récemment aux honneurs à Monterrey, ainsi que Stephan de Freitas Barcha et son Selle Français Originel Dinozo Un Prince*Imperio Egipcio. Le pilote a conclu son second parcours le poing serré dans les airs, après deux performances réussies (4+0) de son petit bai, qui ne cesse de montrer l’étendue de ses capacités.

Toujours aussi généreux, le petit Dinozo Un Prince n'en finit plus de se distinguer. © Sportfot

Les Etats-Unis s’en tirent avec seulement deux clear rounds sur huit possibles, à mettre au crédit de Marilyn Little et sa géniale La Contessa ainsi que de Laura Kraut et Dorado 212, toutefois apparu bien moins à l’aise en seconde manche. Callie Schott, elle, est passée au travers, concédant huit puis vingt-deux points après avoir abordé le triple avec un cruel manque d’impulsion et mis en difficulté son généreux Garant. Enfin, l’Irlande, huitième, achève cette Coupe des nations sur une impression bien peu agréable venue des parcours de Tabasco de Toxandria. Si extraordinaire sous la selle de Kendra Claricia Brinkop, le délicat et sensible bai peine encore parfois à retrouver la sérénité et la souveraineté qu’il affichait autrefois. Dans cette épreuve, il a d’abord produit des sauts presque irréels, bondissant extrêmement haut et basculant ses postérieurs de façon peu naturelle dans les airs, avant de sembler gêné par les efforts concédés. Presque méconnaissable à certains moments, il a accusé une faute en première manche, puis deux, dont une franchement inhabituelle, en seconde. Si les scores ne sont pas alarmants en soit, la manière l’est davantage. Le jury du concours a visionné a posteriori le premier parcours du bai et de son cavalier, Tom Wachman, mais n’a pas jugé bon d’agir…

Les résultats complets.

Photo à la Une : Soixante-dix-huit ans plus tard, le Mexique a de nouveau mis la main sur la Coupe des nations de Rome ! © Sportfot