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Avec la crack Dynamix de Bélhème, Steve Guerdat envoûte Aix-la-Chapelle et décroche le seul titre individuel qui lui manquait

Après le toit de l’Europe, Dynamix de Bélhème a conquis celui du monde à Aix-la-Chapelle.
AIX 2026 dimanche 23 août 2026 Mélina Massias

Champion olympique, vainqueur de la finale de la Coupe du monde, champion d’Europe et désormais champion du monde. Le palmarès individuel de Steve Guerdat en grands championnats est complet et, pour la première fois, un cavalier de saut d’obstacles a remporté les quatre rendez-vous majeurs de son sport. Une prouesse qui ne doit rien au hasard et beaucoup à Dynamix de Bélhème, qui a permis à son cavalier de conquérir deux de ces quatre titres. À Aix-la-Chapelle, où son nom reste inlassablement absent du mur des vainqueurs, le Suisse et sa Selle Français se sont montrés intouchables de bout en bout, bouclant cinq parcours parfaits. Derrière eux, Thibeau Spits, juché sur Impress-K van’t Kattenheye et Harry Charles, associé à LT Holst Freda, une jument qu’il ne monte que depuis le mois de mai, se sont couverts d’argent et de bronze au mérite d’un double sans-faute salvateur lors de la finale individuelle.

Steve Guerdat avait-il besoin d’un titre de champion du monde individuel pour être considéré comme une légende ? Absolument pas. L’obtention de cette nouvelle médaille d’or, la seule qui manquait encore à son palmarès individuel déjà XXL, ne fait qu’accroître son statut dans le saut d’obstacles mondial. Aux yeux du Suisse et de son entourage, des naisseurs de Dynamix de Bélhème, Laure et Frédéric Aimez, et des plus de quarante mille spectateurs présents à Aix-la-Chapelle, ce dimanche 23 août restera gravé à tout jamais. Véritable Mecque des sports équestres, l’intransigeante et exigeante piste de la Soers a enfin couronné Steve Guerdat. Éperdument fan de ce lieu mythique, iconique, comparable et semblable à aucun autre, le Jurassien s’est enfin offert les honneurs. Champion olympique à Londres en 2012 avec Nino des Buissonnets, lauréat de la finale de la Coupe du monde de saut d’obstacles à trois reprises, en 2015, 2016 et 2018 aux rênes de Paille de la Roque, Corbinian et Alamo, champion d’Europe à Milan en 2023 avec Dynamix de Bélhème, et désormais champion du monde 2026 à Aix-la-Chapelle avec sa même fille de Snaïke de Blondel : Steve Guerdat est sur sa propre planète.

Steve Guerdat a profité de ce tour d'honneur pas comme les autres avec Dynamix de Bélhème. © Mélina Massias

Victime de problèmes de dos qui l’ont contraint à passer une grande partie de l’année 2025 loin de sa selle et ont bien failli lui coûter la suite de sa carrière, le multimédaillé ne peut que savourer ce nouveau succès. Le champion du monde sait aussi ce que représente une telle réussite, pour lui, et pour toute son équipe, qu’il aurait aimé pouvoir faire monter sur la plus haute marche du podium à ses côtés. Depuis quelques mois, celui qui est d’ordinaire si pudique fend peu à peu le masque. Dans le Derby de La Baule, d’abord, son sourire a parlé pour lui. Bis repetita à Dinard, dans la même épreuve. Ici, sur cette piste qui lui avait jusqu’alors résisté, Steve Guerdat a levé les bras au ciel, envoyé un cœur au public avec ses mains, versé quelques larmes et surtout montré à tous sa jument, de la trempe de celles que l’on croise rarement dans une vie de cavalier. Homme de championnats et d’échéances par excellence, l’Helvète semble en mission cette saison pour enfin conquérir les rendez-vous qui manquent à sa collection et qui comptent à ses yeux. Après le Grand Prix de Dublin il y a quelques jours, et cette médaille d’or à Aix-la-Chapelle, la liste n’est plus très longue. Mais il l’a dit : sa motivation à poursuivre son œuvre n’en sera jamais moins grande. 

Quel retour au sommet pour Dynamix de Bélhème, qui a bien failli manquer son rendez-vous à Aix-la-Chapelle ! © Mélina Massias

Une finale et un podium de rêve

Désirés de longue date, ces championnats du monde ont tenu leurs promesses jusqu’au bout. Le chef d’orchestre, Frank Rothenberger, a délivré, tel un virtuose, une partition sans fausse note, absolument parfaite, de bout en bout. Après trois premières journées de compétition parfaitement dosées, l’Allemand a proposé deux nouveaux parcours à la hauteur de l’enjeu. Dynamix de Bélhème, sur la plus haute marche du podium ce soir, est la seule, parmi les cent quarante-cinq engagés initiaux, à être venue à bout de ces Mondiaux sans mettre la moindre barre à tête. Derrière elle, Impress-K van’t Kattenheye et LT Holst Freda, qui ont offert l’argent et le bronze au Belge Thibeau Spits et au Britannique Harry Charles, ont réalisé les deux seuls autres doubles zéro de cette finale individuelle. Ce matin, avant qu’ils ne foulent l’herbe du stade principal, ils pointaient respectivement en quinze et vingt-troisième position ! Autant dire que les rebondissements n’ont pas manqué.

Difficile de rêver meilleur podium pour ces championnats du monde hors du commun. © Mélina Massias

À 14h20, les hostilités ont été lancées par Imma Roquet Autonell, rescapée de dernière minute avec sa jument maison Irivola del Masset en raison du forfait d’Ibrahim Hani Bisharat et Lesther. Dans la lignée du reste de son championnat, la paire a rendu une excellente copie, seulement entachée de cinq points, dont quatre… sur le numéro un. Au-delà du score, c’est la manière qui a marqué les esprits. La paire s’est montrée plus qu’à la hauteur de l’enjeu et semble promise au meilleur dans les mois et années à venir. Cette expérience en poche, rien ne semble désormais hors de leur portée. 

Imma Roquet Autonell pourra être fière de son échéance mondiale. © Mélina Massias

Troisième à entrer en piste, Harry Charles s’est baladé une première fois, franchissant les difficultés du jour comme s’il sautait des des cavalettis dans sa carrière. À Fort Worth, LT Holst Freda avait déjà prouvé toute sa valeur avec sa propriétaire d’alors et cavalière de toujours, Julie Davey. Cette semaine, la grise s’est propulsée dans une autre galaxie. Son aisance et ses qualités, couplées à une impression de facilité subjuguante, lui donnent presque un air irréel. Peut-être la fille de Colman est-elle l’incarnation sur terre d’une licorne mêlée à un pégase… 

Harry Charles a probablement trouvé en LT Holst Freda la meilleure jument de sa carrière. © Mélina Massias

Ensuite, les fautes se sont enchaînées. Sans gravité, disséminées un peu partout, notamment sur l’historique double de bidets, que chevaux et cavaliers franchissaient pour la première fois de la semaine, sur la rivière, ou encore sur le dernier vertical, dont la barre supérieure était hissée à son plus haut sommet. Entre ces coups du sort, il a fallu compter sur le passage de Nina Mallevaey pour assister à un nouveau clear round. Très inspirée sur Dynastie de Beaufour, la jeune Française a assumé son statut de leader du clan français et opéré une belle remontée dans cette première manche. Juste après elle, le stade la Soers s’est tu. Complètement. Dans un silence assourdissant, Richard Vogel et United Touch S, acclamés lors de leur entrée en leur qualité de champions du monde par équipe, ont rapidement fait déchanter leurs fans. Alors que l’étalon sautait de manière exceptionnelle, son cavalier a commis une nouvelle erreur de pilotage, la deuxième de la semaine si l’on fait fi de ses deux points de temps concédés lors de la finale collective. Cette fois, le numéro deux mondial a abordé le mur aux couleurs de l’événement, lui aussi déployé pour la première fois par Frank Rothenberger, après une courbe beaucoup trop serrée et audacieuse. Résultat ? Un refus. Clair, net et fort inhabituel pour ne pas dire inédit. Le duo a survolé le reste du parcours, mais le mal était déjà fait. 

Huitièmes, Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour n'étaient pas loin du but. © Mélina Massias



L’autre déconvenue la plus marquante de cet acte initial est intervenue un peu plus tard, en fin de startlist. Ben Maher et Point Break, grands prétendants à une médaille, sont passés au travers. Alors qu’il abordait la rivière, le Britannique a fortement sollicité son étalon, lui assénant deux secs coups de cravache. Généreux, le fils d’Action Breaker a franchi la rivière, mais a fait payer son pilote sur le saut suivant, un vertical dominé par une palanque en forme de vague. Le message était clair : non. Chances de médaille envolées, le numéro cinq mondial est sorti par la petite porte. 

Après ce saut très, très extravagant sur la spa, Point Break a reçu deux coups de cravache pour franchir la rivière, avant d'asséner un refus sur l'obstacle suivant. © Mélina Massias

Profitant des fautes concédées par le haut de tableau, à commencer celles des Allemands Daniel Deusser, Sophie Hinners et Marcus Ehning, associés à Otello de Guldenboom, Singclair et Coolio 42, qui ont reculé, les surprenants Roberto Teran Tafur et Piergiorgio Bucci, associés à Dez’ Ooktoff, dix-huit printemps, et Hantano, se sont hissés sur le podium provisoire. Seuls Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème leur barraient alors la route vers l’or. Si l’Italien a vécu une saison 2026 exceptionnelle, la plus belle de sa carrière, avec, entre autres, trois victoires en Grands Prix 5* à Mexico, Rome et La Baule, et qu’il est un habitué des plus belles pistes du monde, son homologue colombien était moins, pour ne pas dire pas du tout, attendu à ce niveau. Avec son fidèle fils de Colandro, il a bien signé quelques performances et autres coups d’éclat outre-Atlantique, sans aucune victoire en Grand Prix 5*, mais il n’avait jamais brillé en championnat, ni lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2021, ni lors des Mondiaux de Herning un an plus tard. Mais cette fois les planètes semblaient alignées… au moins avant l’ultime étape de ces Mondiaux.

Dez' Ooktoff est la sensation de cette finale individuelle. © Mélina Massias

La dernière manche rebat encore les cartes

Douze heureux élus ont pu profiter d’une dernière grande bouffée d’Aix-la-Chapelle. Premiers repêchés, Scott Brash et Keswichtime HV, alias Hello Mango, ont frôlé le pire. La grise, qui semblait particulièrement en forme à en croire sa qualité de saut lors de ces deux derniers parcours, a mal abordé le triple numéro 9. Déstabilisé sur l’élément b, l’Ecossais n’a eu d’autre choix que la chute… amorcée juste avant la prise d’appel de sa complice pour franchir la sortie. Courageuse et volontaire, la fille d’Untouchable 27 a sauté le vertical qui se trouvait devant en elle en même temps que son cavalier rejoignait le sol. Resté allongé de longues secondes, laissant craindre le pire à son entourage, Scott Brash a finalement rapidement repris ses esprits et quitté la piste en marchant, sa KWPN, elle, semblant indemne physiquement. 

Sacrée frayeur pour Scott Brash et Keswichtime HV, alias Hello Mango. © Mélina Massias

Comme pour consoler le clan britannique, LT Holst Freda a répété sa première prestation, rentrant sans pénalité et avec une nouvelle démonstration en poche. À ce stade, la fille de Colman, élevée en Nouvelle-Zélande par Ewen Mackintosh, sur place pour l’occasion, occupait le dixième rang du classement provisoire. Et puis Wathnan*Quaker Brimbelles, excellentissime partenaire d’Abdel Saïd, n’a pas eu le courage d’aller au bout de son aventure. Le bai, pourtant remarquable tout au long de la compétition, s’est arrêté une première fois sur l’entrée du difficile double numéro 5. Pour sa seconde tentative, il a bien franchi le premier élément, mais pas le deuxième, entraînant son élimination. Cruel tant le fils de Quicksilver St Simeon a une nouvelle fois prouvé sa solidité et son talent dans ce championnat, après une première réussie au Texas sur ce format de compétition.

Abdel Saïd et Quaker Brimbelles ont achevé leur championnat avec un goût amer. © Mélina Massias

Nina Mallevaey avait les cartes en mains pour poursuivre sa belle opération et, pourquoi pas, offrir une médaille à la France. Malheureusement, la Nordiste, expatriée aux Etats-Unis une grande partie de l’année et encadrée par l’Allemande Héléna Stormanns, a fait les frais du numéro quatre. Pour ses deuxièmes grands championnats, elle termine à une honorable huitième place et signe la meilleure performance de sa nation. De quoi espérer de belles choses pour les années à venir.

À son tour, Sophie Hinners a vu ses rêves individuels s’envoler. Clairement loin de sa souveraineté habituelle, Singclair a accusé le coup et les efforts consentis ces derniers jours. En ajoutant neuf points à son compteur, le petit bai d’ordinaire si bondissant et démonstratif est neuvième. S’il y a sans doute une part de déception du côté de sa cavalière, elle pourra non seulement se consoler grâce à sa médaille d’or collective acquise vendredi, mais aussi en se souvenant de sa régularité en championnat : en trois tentatives, elle a toujours terminé au sein du Top 10 en solo.

Sophie Hinners et Singclair ont accusé le coup lors de leurs deux derniers parcours et ne sont pas apparus à leur niveau habituel. © Mélina Massias

Son coéquipier et compatriote, Marcus Ehning, tenait peut-être la chance de sa vie. Malheureux en première manche, où la perte d’un fer a faussé sa distance sur la palanque qui suivant la rivière et qui est malheureusement tombée à terre, le Centaure n’a pu éviter une nouvelle pénalité de quatre points dans l’ultime acte de ce championnat, renversant l’entrée du délicat double 5… Tellement frustrant et dommage pour lui comme pour Coolio 42, et pour la beauté de l’équitation et du sport. Le roi restera, pour encore au moins une année, sans couronne individuelle en grand championnat extérieur… Une anomalie si gigantesque qu’elle paraît presque fictive. Heureusement, l’Allemand a conquis par trois fois la finale de la Coupe du monde. Il serait bien inspiré d’ajouter un nouveau trophée à son palmarès dans les mois à venir, pour devenir le seul quadruple lauréat de ce sommet hivernal.

Opportunité ratée en individuel pour Marcus Ehning et son si en forme Coolio 42 ! © Mélina Massias



Impress-K van’t Kattenheye et LT Holst Freda : l’exceptionnel comme norme

En bouclant une nouvelle démonstration, Thibeau Spits et Impress-K van’t Kattenheye, aperçus un peu plus tôt dans la journée en train d’enchaîner les changements de pieds au paddock comme si de rien n’était, ont réalisé une belle opération et sont restés en tête… jusqu’au passage de Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème. Si la faute du jeune Diable Rouge jeudi, en toute fin de parcours, reste regrettable, il n’aurait, quoi qu’il en soit, pas pu accéder à mieux que l’argent. Car devant lui, ses concurrents ont craqué un à un. 

Thibeau Spits et Impress-K van't Kattenheye étaient dans leur élément cette semaine en Allemagne. © Mélina Massias

Daniel Deusser a d’abord entendu son Otello de Guldenboom tutoyer une grande majorité des obstacles dressés sur son chemin. Pourtant, tous sont restés en place… jusqu’au dernier ! Dans un cri d’effroi, le public d’Aix-la-Chapelle a compris : ses cavaliers ne décrocheraient pas de nouvelle médaille. S’il restait, statistiquement, un infime espoir pour le bronze, cette perspective a rapidement été effacée. Malgré une faute chacun, Roberto Terran Tafur et Piergiorgio Bucci sont ainsi restés devant le cavalier des écuries Stephex, mais ont quitté le podium. Ils terminent cinq et quatrième, des places aussi honorables que frustrantes.

Piergiorgio Bucci devra se satisfaire d'une médaille en chocolat pour cette fois. © Mélina Massias

Quant à Steve Guerdat, dernier à tenter sa chance, il n’a pas laissé de place au hasard ou à l’approximation, deux entités qu’il n’a jamais côtoyées. Si sa complice semblait moins dominatrice que d’ordinaire vendredi soir lors de la finale par équipe, son éclat naturel a redoublé de vigueur aujourd’hui, pour conclure son aventure en apothéose. Il y a trois mois, pourtant, la Selle Français ne faisait plus partie des plans de son cavalier. Après un début de saison perturbé, entre mauvaises conditions au Sunshine Tour et légère blessure contractée au pré, Steve Guerdat avait perdu tout espoir d’avoir sa championne au sommet de son art le moment venu. Et pourtant, la suite lui a donné tort. Dans un timing plus que serré, sa pépite a redéployé ses ailes. Deux sorties en CSI 3* à Bedizzole puis Wuustwezel, dans un quasi anonymat, puis une apparition au CSIO 5* de Falsterbo marquée par un double zéro et une victoire collective dans la Coupe des nations, avant un dernier galop de travail dans le label 3* du Jumping international de Dinard et l’héritière de Soudaine du Montet était prête à renverser le monde. Encore une fois, Dynamix de Bélhème l’a fait, avec l’art et la manière, offrant un nouveau moment de gloire à ses éleveurs, récompensés plus concrètement d’un chèque de 10.000 euros remis par Next Gen Breeders, et un nouveau succès à l’accent (selle) français à Steve Guerdat.

Ce soir, Steve Guerdat a crié son bonheur. © Mélina Massias

Le classement final complet.

Photo à la Une : Après le toit de l’Europe, Dynamix de Bélhème a conquis celui du monde à Aix-la-Chapelle. © Mélina Massias

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