À Dublin, les États-Unis soufflent la victoire à l’Irlande
S’il y a bien une Coupe des nations que les Irlandais veulent gagner, c’est la leur. À Dublin, les hommes de Jessica Kürten ont touché au but, mais se sont finalement inclinés face aux Américains, en très grande forme dans cette épreuve collective. Karl Cook et Caracole de la Roque ainsi que Paris Sellon et Chad Blue PS ont bouclé un double zéro chacun, tandis que Natalie Dean, aux rênes de son merveilleux Été de la Mûre, alias Mr Boombastic, et Laura Kraut, associée à son olympique Baloutinue, ont chacune enregistré un parcours parfait et un autre à quatre points. De quoi garder le score de l’équipe vierge, là où leurs dauphins ont craqué en toute fin de compétition. La Suisse, quant à elle, s’est frayé une place sur le podium.
À domicile, les Irlandais ont échoué à remporter la très convoitée Aga Khan, vendredi 7 août. Temps fort collectif du CSIO 5* de Dublin, la Coupe des nations a filé entre les mains des impeccables Américains, qui ont fait la course côte à côte avec leurs homologues de l’île d’Emeraude jusqu’au dernier moment. Mais voilà : Cian O’Connor et Kentucky TN, qui n’avaient pas le droit à l’erreur après le parcours à quatre points de Shane Sweetnam et son jeune Coriaan van Klapscheut en seconde manche, ont commis la faute de trop. Non-partant dans l’acte initial en raison du score parfait de son collectif, le duo était le dernier à se présenter en piste. Autant dire que la pression, face à un public aussi aguerri et exigeant que celui de Dublin, était à son comble. Dès le début de parcours, le fils de Verdi TN a produit des sauts parfois immensément hauts, pour ne pas dire exagérés, celui sur la rivière ayant même fait vrombir un murmure dans les tribunes. Encouragé à augmenter son tempo en seconde moitié de parcours par des sifflements de son clan, Cian O’Connor a finalement flanché dans le milieu du triple numéro dix, antépénultième difficulté du jour. En même temps que la barre a rebondi au sol et que les locaux ont poussé un cri mêlé de tristesse et de désespoir, les Étatsuniens, eux, se sont parés de leurs plus beaux sourires et ont levé les bras au ciel.

Au terme d'une épreuve disputée, les Etats-Unis se sont imposés dans la Coupe des nations de Dublin. © Sportfot
Il faut dire que le quatuor de Robert Ridland a été à l’origine de quelques-uns des plus beaux parcours de l’après-midi. Les deux sans-faute signés des mains de maîtres des ouvreurs Karl Cook et Caracole de la Roque ont donné le ton et montré la voie à suivre. Impeccables, les deux complices manqueront à l’appel lors des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, dans quelques jours. De quoi donner des regrets au sélectionneur ? Seul l’avenir le dira, mais leur performance avait la classe. Au moins autant que les deux parcours de Natalie Dean et le fabuleux Été de la Mûre, alias Mr Boombastic. En totale harmonie, le binôme, formé depuis à peine un an, a bien concédé quatre points en deuxième manche, mais cette faute restera anecdotique, non seulement en raison du scénario du jour, mais aussi et surtout grâce à l’impression laissée sur la piste. Le propre frère d’Enjoy de la Mûre, pépite de l’élevage de Béatrice Drigeard Desgarniers, sera bien du voyage en Allemagne, mais en qualité de réserviste… à moins que les plans ne changent d’ici là. Quoi qu’il arrive, tous deux sont sur une pente ascendante qui ne semble pas connaître de point final.

Natalie Dean et son fabuleux Eté de la Mûre, alias Mr Boombastic, ont livré deux démonstrations. © Sportfot
Paris Sellon et Chad Blue PS ont plus que tenu leur rang, en apportant deux scores vierges à la fiche de résultat, pour leur première apparition commune à ce niveau. Si leurs passages en piste ont parfois semblé un peu poussifs, le fils de Chacco-Blue et petit-fils de Sandro Boy s’est montré impérial et brillant. Vu aux championnats d’Europe de La Corogne sous la selle d’Alexa Staïs, le charismatique étalon noir de onze ans n’a rejoint son amazone actuelle qu’en début d’année. De quoi laisser croire que le meilleur reste encore à venir pour ces deux-là, déjà victorieux du Grand Prix du CSIO 3* de Bedizzole en mai et cinquièmes de celui du CSI 4* de Harthill le mois dernier.

Paris Sellon et Chad Blue PS ont signé un double sans-faute salvateur pour le Stars and Stripes. © Sportfot
Enfin, après s’être fait piéger sur l’entrée du délicat triple numéro 10, Laura Kraut a rectifié le tir de belle manière sur son fidèle Baloutinue, en pleine forme du haut de ses seize ans et après avoir été écarté des pistes internationales entre juillet 2025 et mai 2026. En bouclant ce clear round plein de maîtrise, la paire a maintenu la pression sur les Irlandais et fini par les faire craquer.

Comme toujours ou presque, Laura Kraut et Baloutinue ont rendu deux très bonnes copies. © Sportfot
Rageante quatrième place pour l’Allemagne
Pourtant, sous le ciel bleu de Dublin, tout semblait sourire aux hommes de Jessica Kürten, l’air très concentré derrière ses lunettes vertes aux verres teintés. Les frères Daniel et Jordan Coyle ont mis la machine en route en claquant chacun deux parcours parfaits. Le premier montait son phœnix Farrel VDL, qui ne cesse de surprendre son monde. Après avoir été mis à la retraite en raison d’une blessure, le fils de Cardento a signé un retour improbable fin 2023, après trois ans d’absence ! À seize ans, il semble aujourd’hui meilleur que jamais, et l’a prouvé par ses deux parcours du jour, pour son grand retour en Europe, où il n’avait plus mis un sabot depuis… 2018. Surtout, le bai au cœur plus grand que lui n’avait jamais disputé une épreuve d’un tel niveau sur le Vieux Continent. Malheureusement, cette très belle histoire ne se conclura pas, cette fois du moins, par une victoire dans l’Aga Khan.

Quelle histoire pour Farrel VDL, dans la forme de sa vie depuis quelques mois. © Sportfot
Jordan Coyle, lui, avait sellé son excellent et très fiable Chaccolino pour honorer sa première sélection dans l’épreuve par équipe de l’Officiel d’Irlande. Cette première cape, tous deux l’ont honorée, avec un double zéro. Idéalement lancée, donc, la nation hôte a connu son premier coup d’arrêt lors du second parcours de Shane Sweetnam. Son Coriaan van Klapscheut a fait chuter la barre qui défendait l’anodin vertical numéro 9 sur son passage, avant que Cian O’Connor ne faute à son tour. Suivant les lois du sport, la victoire a donc filé outre-Atlantique… où les frères Coyle et Shane Sweetnam passent une majeure partie de leur vie !

Jordan Coyle n'est pas près d'oublier sa première sélection dans la Coupe des nations de Dublin ! © Sportfot
Portée par un Steve Guerdat métronomique sur son attachant Albführen’s*Iashin Sitte, qui semble se plaire à évoluer sans martingale, la Suisse est troisième. Au-delà des deux partitions sans fausse note de ses leaders, l’escouade de Peter van der Waaij a enregistré deux bons parcours de Barbara Schnieper et Canice (4+0), très bondissante sur l’herbe irlandaise, tandis qu’il n’a pas manqué grand-chose à Janika Sprunger et Orelie (0+8), qui signait son grand retour à ce niveau après avoir souffert de problèmes neurologiques. La fille d’Emerald van’t Ruytershof, encore en phase de reprise au plus haut niveau, touche au but et donnera, à n’en pas douter, le sourire à sa cavalière, qui a un temps cru ne jamais la retrouver en piste. Romain Duguet et Hunger Games du Champ du Bois n’ont pas démérité non plus, avec huit puis quatre points au compteur.

Pour la Suisse, Steve Guerdat et Iashin Sitte ont signé la meilleure performance de l'après-midi. © Sportfot
Quatrième, l’Allemagne pourra s’en vouloir. Ses deux parcours à huit points encaissés en première manche ont pesé lourd, trop lourd. En effet, André Thieme et Daniel Deusser, associés à Paule S et Pepita van’t Meulenhof, ne sont pas parvenus à rallier l’arrivée avec un score vierge. Rageant lorsqu’on connaît les qualités de ces deux couples et d’autant plus en sachant que la Mannschaft n’a pas alourdi son score en seconde mi-temps. André Thieme est, en effet, parvenu à rectifier le tir et René Dittmer ainsi que Jörne Sprehe ont doublé leur sans-faute sur un Cody 139 comme un poisson dans l’eau à ce niveau bien que parfois un peu trop démonstratif dans son geste des postérieurs et sur le surprenant Toys, qui a toutefois subi quelques reprises peu agréables intentées par sa cavalière. Le fils de Toulon, propulsé cheval de tête en l’absence de Hot Easy, qui repris la compétition en mai après six mois d’absence, fait bien plus qu’assurer l’intérim et semble étendre encore son potentiel à douze ans. Daniel Deusser n’ayant plus d’influence sur le résultat final, a préféré ne pas repartir dans le deuxième acte, sa sensible complice n’étant de toute façon pas apparue aussi à l’aise que d’habitude dans le premier.

Cody 139 confirme ses progrès et sa stature de sortie en sortie. © Sportfot
À soixante et onze ans, John Whitaker est toujours là
En milieu de classement, la Grande-Bretagne et la Belgique se suivent. Venus en voisins, les Britanniques étaient partis sur de bonnes bases, notamment grâce aux deux parcours à un point de Robert Whitaker et Equine America*Vermento, récents vainqueurs du Grand Prix du CSIO 5* de Hickstead, et de leur père et éleveur, John Whitaker, associé à son vétéran mais toujours vaillant Equine America*Unick du Francport, un Selle Français de… dix-sept printemps ! Malheureusement, le premier a essuyé un refus sur une mauvaise distance en deuxième manche, pour quitter la piste avec treize unités au compteur, tandis que le second, qui n’avait plus disputé de Coupe des nations depuis juillet 2024 et la victoire des siens dans l’Officiel de Grande-Bretagne, a mis une barre à terre. Une prestation bien plus qu’honorable pour cette légende vivante de soixante et onze printemps.

Les vétérans John Whitaker et Unick du Francport ont brillé en Irlande. © Sportfot
Matthew Sampson et Tim Gredley s’en sortent aussi avec de bonnes copies. Aux rênes de son prometteur Un Secretto, le premier a signé un sans-faute avant de quitter la piste avec quatre points, tandis que le second, aux rênes de son fidèle et si régulier Medoc de Toxandria, a suivi le chemin inverse, lâchant d’abord une faute, avant de rectifier sa prestation en seconde manche. Les Belges, eux, ont compté trois clear rounds : celui de Jérôme Guéry et son fabuleux Quito de Mariposa, qui semble se bonifier à chaque sortie, d’abord, puis ceux de Jos Verlooy et son revenant Nixon van’t Meulenhof et d’Olivier Philippaerts en deuxième manche, qui présentait le très plaisant Hipster V.

Jérôme Guéry et Quito de Mariposa ont été les auteurs de l'une des plus belles prestations de la Coupe des nations de Dublin. © Sportfot
Septièmes, les Pays-Bas n’étaient pas à la fête, mais auront quand même des motifs de satisfaction, leur équipe étant composée de couples qui font leurs armes à ce niveau. Roel Holthuizan et Carlson W 3 (5+8), Lisa Nooren-Garofalo et Scuderia 1918*Grand Prix (0+8), Arne van Heel et Keaton*HV (8+0) ainsi que Roelof Bril et son génial Iberico (5+1) repartent avec les félicitations et une bonne prise d’expérience.

Après s'être démarqués en début d'année, Roelof Bril et son produit maison Iberico n'ont pas volé leur place à Dublin et se sont montrés à la hauteur. © Sportfot
Dernière et seule nation à ne pas avoir été récompensée financièrement, la France a vécu une nouvelle journée compliquée, marquée par un score lourd et inhabituel pour Charlotte Léoni et Vivolenska. En première manche, et après une première barre mise à terre à l’entrée du double numéro 5, la paire s’est complètement déréglée après un mauvais saut sur la rivière. Victime d’un refus en sortie de triple, les deux complices ont repris leurs esprits pour boucler leur parcours, mais n’ont pu éviter de se voir infliger trente-six points de pénalité. Dommage tant ces deux-là affichaient une belle forme ces dernières semaines. Lors de leur second passage en piste, elles ont préféré abandonner après un refus sur la rivière. Kevin Staut et Féline de Hus*HDC, derniers à partir, n’ont pu sauver la maison bleue. Le Tricolore a d’ailleurs essuyé un refus qui l’a presque propulsé au sol sur un vertical sur bidet en première manche, pour un total de treize points, ramené à quatre pour sa deuxième tentative. Olivier Robert et Iglesias DV étaient bien partis avec une faute, mais en ont commis trois ensuite, tandis que Nicolas Sers a été le meilleur représentant de l’équipe, bouclant un premier parcours parfait avant d’effleurer l’avant-dernier vertical de la seconde manche sur son cher Eleven de Riverland, visiblement très à l’aise sur la piste de Dublin. De quoi apporter une dose de motivation supplémentaire à la paire en vue du Grand Prix Rolex de dimanche.

Eleven de Riverland a déroulé deux beaux tours en Irlande. © Sportfot
Photo à la Une : Caracole de la Roque était l'une des deux Selle Français dans l'équipe américaine victorieuse à Dublin. © Rolex Series - Sportof










