“LT Holst Freda est l’être le plus chanceux que la terre ait connu”, Ewen Macintosh (3/3)
Après les Jeux olympiques de Paris, Harry Charles, fraîchement médaillé d’or par équipe, a traversé une période de transition délicate. Passée la joie d’atteindre le Graal, le jeune homme a vu certains de ses meilleurs atouts être vendus ou bien partir à la retraite. Dans le creux de la vague, et en pleine reconstruction d’un piquet à la hauteur de son talent, le Britannique a croisé la route d’une certaine LT Holst Freda au printemps 2026. Une rencontre inéluctable, qui a débouché sur une double médaille de bronze, cet été aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. De sa naissance en Nouvelle-Zélande dans les prés d’Ewen Macintosh, à ses débuts sous la selle de Julie Davey, qui l’a guidée jusqu’à son premier championnat, en avril lors de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth, avant de la laisser voler de ses propres ailes, la fille de Colman et petite-fille de Casall a toujours été entourée d’amour. Aujourd’hui, Freda, jument de douze ans à l’intelligence exceptionnelle, a trouvé sa maison pour la vie, où elle sera choyée comme la reine qu’elle est pendant de très, très longues années.
La première partie de ce portrait est à (re)lire ici.
La deuxième partie de ce portrait est à (re)lire ici.
Après un début de championnat en demi-teinte à Aix-la-Chapelle, en tout bon champion qu’il est, Harry Charles se ressaisit. Et pas à moitié. Vendredi soir, sous les lumières d’Aix-la-Chapelle, une configuration inconnue de sa chère LT Holst Freda, le Britannique livre une copie parfaite. Un soulagement pour son équipe, qui parvient à s’offrir le bronze et le ticket qu’elle convoitait tant pour les Jeux olympiques de Los Angeles. À ce succès collectif, s’ajoute un bonus individuel : la paire est qualifiée, in extremis, pour la finale individuelle. Elle est la vingt-troisième et avant-dernière repêchée. Heureux de pouvoir vivre ce moment sur cette piste qu’il affectionne tant, le jeune homme ne croit toutefois pas grandement en ses chances de médaille individuelle. Dans un élan de folie, il interroge l’intelligence artificielle, par l’intermédiaire de Chat GPT. La réponse ? Ses chances de podium sont “peu probables, mais pas impossibles”. Dans les faits, une telle remontada n’a jamais été enregistrée dans l’histoire moderne des championnats du monde de jumping.
“Le vendredi, Freda était très bien, mais j’ai trouvé qu’elle avait encore mieux sauté dimanche. Lors de la finale par équipe, je me suis remis les idées en place. J’ai mieux monté, mais j’ai surtout été fier de mon équitation lors de la finale individuelle. Je pense que c’étaient deux de mes meilleurs parcours, avec ceux des Jeux olympiques de Paris”, avoue le Britannique. “Plus les épreuves devenaient difficiles, plus Freda se bonifiait. Notre tout dernier parcours a été sensationnel à mes yeux. En faisant la reconnaissance de la seconde manche, la perspective d’une médaille a commencé à me traverser l’esprit, car je savais qu’il y aurait peu de sans-faute. C’était l’un des parcours les plus hauts et difficiles que j’ai jamais vus. Frank (Rothenberger, chef de piste et d’orchestre de ces merveilleux championnats, ndlr) a d’ailleurs dit que c’était le plus gros parcours qu’il ait construit. Il avait une telle pression sur les épaules… À la fin de la semaine, il était extrêmement ému. Avec cent cinquante partants lors de la Chasse, sa tâche était ardue, sans oublier que le rectangle de dressage occupait une partie de la piste. Je n’ose pas imaginer le poids qui reposait sur ses épaules. J’ai trouvé qu’il avait fait un travail absolument parfait. Il mériterait d’avoir lui aussi sa médaille, et beaucoup plus de reconnaissance.”

LT Holst Freda, Harry Charles et Georgia Ellwood ont conquis la troisième marche du podium des championnats du monde d'Aix-la-Chapelle en août. © Mélina Massias
“Être sur le podium avec Eve a été l’un des moments les plus marquants de mes championnats du monde”, Harry Charles
En franchissant pour la cinquième et dernière fois une ligne d’arrivée à Aix-la-Chapelle, Harry Charles n’a eu d’autre choix que de lâcher ses rênes et d’enlacer des deux mains sa Freda, le sourire jusqu’aux oreilles. Après seulement trois mois d’association, la grise, inconnue du grand public avant le début de l’année, l’a mené à sa première médaille individuelle. Une médaille de bronze, mais au goût d’or. “Monter pour la première fois sur le podium individuel d’un grand championnat, qui plus est à Aix-la-Chapelle, est incroyablement spécial. Lorsqu’on est dans ses années Jeunes, les championnats d’Europe sont toujours un grand moment. On regarde les médaillés individuels et on se dit que cela doit être un sentiment dingue. Et puis, quand on arrive en Sénior, le niveau est totalement différent. Les chevaux qui ont décroché des médailles individuelles aux Mondiaux sont fabuleux. Je pense par exemple à DSP Alice, Bianca, Clooney, King Edward, Beauville, Quel Homme, etc. Cela souligne à quel point il faut être bon pour faire partie de ce cercle très sélect. Je crois qu’il n’y avait pas de meilleur endroit pour moi pour décrocher ma première médaille individuelle. Elle vaut autant que de l’or à mes yeux, parce que je ne m’attendais pas à en avoir une. Si j’avais remporté l’or, je me sentirais exactement comme maintenant”, sourit l’actuel numéro quinze mondial.

Une caresse bien méritée pour la fantastique Freda, rênes longues au milieu du stade la Soers. © Mélina Massias
Et, dans le tourbillon d’émotions qui l’a emporté à Aix, il y en a une qu’Harry Charles a savourée plus que les autres. “Être sur le podium avec Eve était un moment vraiment spécial. J’espère que nous pourrons le montrer à nos enfants un jour. Cet instant a été l’un des plus marquants de mon championnat”, exulte-t-il. “Sans Eve, rien de tout cela ne serait possible. Elle n’avait pas à me laisser monter Freda. Son geste a été d’une gentillesse extraordinaire. Je suis extrêmement reconnaissant qu’elle m’ait offert cette opportunité, avec une jument aussi spéciale.”

Eve Jobs et Harry Charles ont partagé un moment hors du temps le 23 août dernier. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Le résultat de la paire et son équipe a non seulement couronné une histoire comme on n’en fait plus, ou presque, mais a aussi été le triomphe d’une équitation juste et réfléchie. Tout au long de la semaine, au paddock, Harry Charles et LT Holst Freda ont offert des moments presque hors du temps. En mors simple, sans rênes allemandes ni autre artifice, dans une harmonie totale, le Britannique et son onirique partenaire ont rappelé que ce sport pouvait aussi se pratiquer dans le respect, la simplicité et le respect.

Quelle chance de voir évoluer Harry Charles et Freda sur le plat, en toute simplicité. © Mélina Massias
“Je suis très fier de ce que j’ai réussi à faire”, Ewen Macintosh
Si LT Holst Freda a connu une telle réussite, en si peu de temps, c’est aussi grâce au parcours qui a été le sien depuis sa naissance. Chaque personne ayant croisé son chemin l’a profondément aimée, chérie et respectée. “Toute l’histoire de Freda a été faite de chance. Julie et Andrew l’ont achetée lorsqu’elle avait deux ans et demi, pour une somme importante pour eux à l’époque, et ont tout fait avec elle, jusqu’à sa vente. Julie a fait un travail absolument fantastique, jusqu’à la finale de la Coupe du monde. Elle et Andrew ont aimé Freda ; ils la considéraient comme une personne. Je crois que j’ai instillé du potentiel en Freda en la faisant naître, et Julie et Andrew l’ont transformé en réalité”, dépeint Ewen Macintosch. “Aujourd’hui, je crois qu’Harry et sa famille aiment Freda tout autant que Julie et Andrew. Cette jument est l’être le plus chanceux que la terre ait connu !”

Cette grise au talent incomparable a quelque chose d'envoûtant. © Mélina Massias
Au cours de sa carrière, l’éleveur néo-zélandais aura fait naître une soixantaine de poulains. “C’est une estimation. Je n’étais pas très bon pour tenir un registre d’élevage. D’ailleurs, j’espérais que vous ne me poseriez pas cette question !”, s’amuse-t-il. Il y a un peu plus d’un an, Ewen a décidé de mettre un terme à son activité. Une décision prise sans regret. “J’ai aujourd’hui soixante-cinq ans. L’élevage est quelque chose de très compliqué, mais j’ai vécu de super moments. Ma famille et mes proches m’ont beaucoup soutenu, mais ne partageaient pas mon intérêt pour cette activité. Et c’est très bien ainsi. J’ai sans doute perdu de l’argent chaque année en faisant naître des chevaux, mais je n’ai aucun regret. Être un éleveur dit commercial est très difficile, d’autant plus en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, les coûts ont, en plus, doublé. Je ne regrette pas du tout mon choix. Mes juments ont rejoint de bonnes personnes, jeunes, qui montent aussi à cheval. J’ai encore des parts dans quelques chevaux, avec de bons amis, et cela suffit à mon bonheur”, complète-t-il.

Photo de famille entre LT Holst Francis, Freda, Andrea et Elizabeth, lorsque toutes quatre étaient en Nouvelle-Zélande ! © Collection privée
Son plaisir, le Kiwi le tire aussi, bien entendu, des immenses performances de sa chère LT Holst Freda… et peut-être bientôt de celles de ses neveux et nièces ! LT Holst Elizabeth (Clinton I), a eu deux pouliches, LT Holst Diamond Queen (Emerald van’t Ruytershof) et LT Holst Big Star Lizzie (What A Quickstar R, alias Big Star), tout comme LT Holst Francis, la propre soeur de Freda. Elle est ainsi à l’origine de LT Holst Emer (Emerald van’t Ruytershof), née en 2020, et LT Holst New Year (Halifax van het Kluizebos), d’un an sa cadette. D’après Ewen, ses jeunes pépites sont intéressantes, en particulier Emer, qui évolue avec “un jeune couple” qui se montre “très enthousiaste” à son égard. Et si rien ne le destinait vraiment à faire naître une telle crack, l’éleveur néo-zélandais a adopté une philosophie simple : “Je vois la vie ainsi : si quelqu’un arrive à faire quelque chose, alors, en dehors de courir le cent mètres en moins de dix secondes, je peux aussi le faire. En Allemagne, un homme de cheval m’a un jour donné le meilleur conseil de ma vie. Il m’a dit : ‘Ewen, fais de ton mieux et espère avoir beaucoup de chance’. En faisant de son mieux, on attire la chance. Je suis très fier de ce que j’ai réussi à faire, et je suis très content pour toutes les personnes qui m’ont aidé et pour les fans néo-zélandais. Freda a fait réaliser au monde entier qu’il y avait un endroit sur terre appelé Nouvelle-Zélande.”

LT Holst Elizabeth, sœur utérine de LT Holst Freda, évolue désormais jusqu'à 1,30m avec Chiara van der Linden. © Sportfot
En attendant l’avènement des dernières perles à porter l’affixe LT Holst, le meilleur reste à venir pour Freda. “D’ici un an, je pense qu’elle aura encore un peu changé. Elle apprend encore à me connaître. Son seul micro défaut réside dans le fait qu’elle préfère sauter légèrement sur la gauche. Dans six mois, je pense que cela aura disparu ; et ce n’est qu’un détail”, constate Harry Charles. “Je pense que notre connexion va encore se perfectionner, même si après une telle entrée en matière, il est difficile de faire mieux ! Freda me donne tellement confiance en moi. Durant les mondiaux, je ne me suis jamais dit que cela ne faisait que trois mois que nous nous connaissions. J’avais l’impression que nous formions un couple depuis longtemps.” Et d’ajouter : “Une grande part du mérite revient au passé de Freda en Nouvelle-Zélande. Les chevaux ne sont pas en verre, contrairement à ce que certains tendent à croire. Si on les traite avec ce point de vue, ils finissent par se casser. Freda est, en quelque sorte, tout terrain. Elle est rustique. Elle a grandi dans les montagnes, vécu dans des terrains variés, etc. Le lundi après les Mondiaux, notre vétérinaire ne pouvait pas croire qu’elle venait de disputer un championnat et de boucler cinq parcours ! Elle est très solide, tant physiquement que mentalement.”
Grâce à sa jeunesse passée en Nouvelle-Zélande, Freda a acquis une rusticité précieuse. © Mélina Massias
Une intelligence hors-norme et une étrange passion pour… les chevaux gris
Les qualités de Freda semblent sans limite, si bien que les lister paraît impossible. Sa sagacité hors norme est sans doute celle qui semble la plus caractéristique. “Je savais que l’atmosphère d’Aix-la-Chapelle ne la dérangerait pas, car elle est très intelligente. Je crois qu’elle savait exactement ce qui se passait et de quelle occasion il s’agissait. Elle peut être un peu interrogative la première fois qu’elle arrive dans un nouveau lieu, mais elle se calme et s’habitue à son environnement rapidement. Ensuite, elle est comme chez elle partout. Elle ne se comporte pas différemment à la maison qu’en concours, ce qui est incroyable. Il y a tant de chevaux qui sont des cracks chez eux et qui n’arrivent pas à montrer leur talent en compétition… Son mental, sa nature, sont vraiment ce qui la distingue. Elle se bat sans montrer le moindre effort ; les gros obstacles semblent presque faciles avec elle. C’est le sentiment que j’ai sur son dos. Elle est capable de créer énormément de puissance en un claquement de doigt. Elle donne toujours le sentiment d’être très relâchée, mais lorsqu’on a besoin d’elle, elle se réveille et met à profit tout son sang”, loue Harry.

Le Britannique n'a de cesse de souligner l'intelligence de sa jument de douze ans. © Mélina Massias
Côté personnalité, comme chacun l’aura remarqué, la petite-fille de Casall est extrêmement attachante. C’est bien simple, en quelques mois, peu sont celles et ceux qui ne sont pas tombés follement amoureux d’elle. “Freda est évidemment adorable. Elle a un petit côté coquin, mais il est assez minime. Lorsque je l’emmène brouter, si elle veut aller dans une direction particulière, elle ira”, s’amuse Georgia Ellwood, sa groom. “Finalement, c’est un peu elle qui me promène ! (rires) Mais cela ne va guère plus loin. Elle est particulièrement intelligente et, à mes yeux, elle a tout ce qu’on cherche chez un cheval dont on doit s’occuper. Elle est facile, très respectueuse de l’humain. D’une certaine manière, elle est autonome.” La Britannique a aussi remarqué une petite manie aquatique chez sa star. “Elle est assez marrante quand je lui donne un seau d’eau. Elle trempe sa tête dedans et s’assure que je reçoive, moi aussi, de l’eau !”, rigole-t-elle. “Lorsque je la douche, elle essaye également d’attraper l’eau avec sa bouche. C’est très mignon. Elle est assez joueuse, mais toujours avec gentillesse. J’ai beaucoup de chance de l’avoir.”
Freda n'a pas mis longtemps à conquérir le cœur de sa groom, Georgia Ellwood. © Collection privée
La belle a aussi un faible pour… les gris, tant et si bien que son cavalier a dû calquer son emploi du temps sur celui de Scott Brash et Keswichtime HV, alias Hello Mango, lors des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. “Freda adore les chevaux gris. À Aix, elle était très attachée à Hello Mango. Je devais la monter en même temps qu’elle, car elle ne se sentait pas bien lorsqu’elle quittait les écuries sans elle. À la maison, son meilleur ami est Fighting Phil. Elle l’aime beaucoup !”, sourit Harry Charles, qui ne peut que se réjouir d’avoir celle qui est peut-être son âme sœur équine à ses côtés. “L’avoir aux écuries est incroyable. Elle vient directement nous voir et connaît parfaitement son nom. Elle est tellement intelligente…”

La pépite d'Harry Charles a un faible pour les autres chevaux gris, auxquels elle semble s'attacher très rapidement. © Mélina Massias
Sans doute pour le plus grand bonheur de Julie Davey, Freda se voit offrir une vie grand luxe, version cheval évidemment ! À la question de savoir à quoi ressemble le quotidien de la crack lorsqu’elle n’est pas en compétition, la réponse est simple : “oh, elle profite du pré”. “Elle aime être dehors à côté de Phil”, détaille Harry. “Nous essayons de passer autant de temps que possible en Angleterre, où nous avons beaucoup de terrains à notre disposition, puisque nos voisins sont agriculteurs. Ils nous laissent très gentiment profiter de leurs prés pour promener les chevaux. Nous aimerions qu’ils vivent à l’année dehors, mais acquérir les surfaces nécessaires n’est pas vraiment possible… En plus, les champs deviennent vite humides et gras l’hiver, ce qui présente un risque pour les chevaux. Mais je crois que nous gérons très bien nos prairies. Nous avons aussi la possibilité de louer huit hectares à dix minutes de chez nous. Lorsque nos chevaux ont des périodes de repos plus longues, ils peuvent alors aller dans un grand pré, dans un groupe de vingt ou trente chevaux. En Angleterre, les terrains sont, en plus, vallonnés, ce que j’apprécie tout particulièrement.”

Freda profite chaque jour de sorties en extérieur et d'herbe bien verte, un élément qui tenait à cœur à son ancienne cavalière et propriétaire, Julie Davey. © Collection privée
“Savoir que Freda va passer le reste de sa vie avec nous est inestimable”, Harry Charles
Alors qu’Harry Charles se faisait une joie de découvrir sa complice plus en détail sur de beaux Grands Prix, et notamment lors de celui de Genève, en décembre, il devra finalement patienter encore davantage qu’il l’avait planifié. Victime d’une impressionnante chute à Oliva, le Britannique a d’ores et déjà annoncé la fin de sa saison. “Je sais combien il est rare de croiser la route d’un tel cheval. La dernière chose que je veux faire est de trop lui en demander”, plante le jeune homme, toujours d’une justesse déconcertante dans ses réflexions du haut de ses vingt-sept ans. “J’aimerais que nous soyons comme Roberto Terran Tafur et Dez’Ooktoff dans quelques années. Je crois que nous pouvons tous apprendre de ce que ce couple à monter à Aix-la-Chapelle. Présenter un cheval de dix-huit ans dans un tel état de forme après cinq parcours est remarquable. Je souhaite la même fraîcheur et la même envie à mes chevaux lorsqu’ils auront dix-huit ans.” À plus long terme, l’objectif est clair : les Jeux olympiques de Los Angeles. Dans la quête de cet objectif, la grise ne fera pas étape aux Européens l’été prochain. Le Britannique préfère la préserver. “J’ai beaucoup échangé avec Nick Skelton, et il m’a dit que pour Big Star (né What A Quickstar R et sacré champion olympique individuel en 2016, ndlr), il avait commencé à établir son plan quatre ans avant Rio. Dans le cas de Freda, je pense que disputer un championnat l’année avant les Jeux n’est pas une bonne option. J’aimerais beaucoup aller à Waregem moi-même, mais avec une autre monture. Les Jeux olympiques sont l’apogée de notre sport, et, quand on a un cheval du talent de Freda, on se doit de le respecter en lui donnant les meilleures chances de décrocher un titre majeur”, développe l’intéressé, qui peut légitimement rêver du plus beau métal.

Pour Freda, le cap est déjà mis vers Los Angeles. © Mélina Massias
D’ici là, la route est encore longue, mais difficile de l’imaginer sinueuse, tant Harry Charles et LT Holst Freda semblent faits pour être ensemble, tels deux pièces de puzzle. Alors, si les aficionados sont tombés un à un sous le charme de l’irréprochable grise, que dire du Britannique et de sa groom, Georgia Ellwood ? “Il n’y a pas un cheval d’Harry que je n’aime pas. Ils sont tous incroyables, mais je dois bien reconnaître que j’ai un faible pour Freda… Romeo a toujours été mon numéro un, et il l’est toujours, mais Freda fait partie de mes favoris, même si je déteste l’avouer”, confesse la seconde.
Quant à son cavalier, il viendrait presque à manquer de mot pour exprimer tout son amour envers sa grise. “J’ai eu beaucoup d’excellents chevaux, et tous étaient uniques, mais avec Freda, il y a eu ce lien immédiat”, lâche-t-il. “J’ai vécu une période très difficile après les Jeux olympiques. La plupart des gens ne le comprendront peut-être pas, et je ne m’attends pas à ce que ce soit le cas, car après un titre de champion olympique, on se dit qu’il n’y a pas mieux. Je pensais d’ailleurs que j’aurais plus d’opportunités avec des propriétaires, mais cela a été tout l’inverse. J’ai perdu Romeo, Balou du Reventon, Aralyn Blue. Les occasions se sont faites de plus en plus rares, et j’ai eu du mal à rebondir. Sherlock a été incroyable l’an dernier et m’a permis de me maintenir à flot, mais il l’a fait pratiquement seul, avec l’aide de Casquo Blue. Je me sens si reconnaissant d’avoir non seulement rencontré cette superstar qu’est Freda, mais plus encore que ce soit arrivé à ce moment-là. J’en venais à me demander si je retrouverais un jour un cheval de la trempe de Romeo ou si je ressentirais à nouveau les sensations que m’a procuré Balou pendant les dix-huit mois que nous avons partagés. Le feeling que j’avais avec lui était incomparable. Freda est tout pour moi. Elle comprend tout ce que je lui demande comme aucun autre cheval. Je crois qu’elle sait exactement comment je me sens lorsque je suis sur son dos. Tout fait sens avec elle. C’est un véritable rêve. Savoir qu’elle va passer le reste de sa vie avec nous est inestimable. C’est un sentiment très spécial pour moi. Je n’ai pas à m’inquiéter : même lorsqu’elle profitera de sa très longue retraite, nous pourrons toujours la voir chaque jour. Lorsqu’Eve et moi aurons des enfants, s’ils veulent monter à cheval, Freda prendra soin d’eux. Elle sera sûrement assez âgée d’ici là, mais je l’imagine déjà les promener sur son dos dans les prés. C’est ce que j’espère vivre à ses côtés.”

Comme pour Julie Davey, Freda est une vraie jument de famille aux yeux d'Harry Charles. © Collection privée
Photo à la Une : Entre Harry Charles et LT Holst Freda, la connexion a été immédiate. © Mélina Massias










