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“Dans vingt ans, j’aimerais simplement que les gens retiennent que les chevaux ont toujours été ma priorité”, Margo Thomas (2/2)

Aux côtés de Laura Kraut et ses montures, Margo Thomas parcourt le monde et vit les plus beaux concours de la planète.
Interviews vendredi 17 juillet 2026 Camille Pineau

Depuis sept ans, Margo Thomas partage le quotidien de Laura Kraut, onzième cavalière du classement mondial Longines en juillet. Dans l’ombre des performances de l’Américaine, cette groom passionnée est un élément clé du succès de l’amazone. Pour Studforlife, elle revient sur son parcours, les exigences de son métier, sa relation avec les chevaux, sa complicité avec Laura Kraut et la préparation des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.

La première partie de cet article est à (re)lire ici.

Comment vous assurez-vous que les chevaux se sentent bien pendant les compétitions ?

Au-delà des soins quotidiens essentiels comme un box propre, une routine adaptée, etc, j’essaie toujours de leur offrir des moments où ils peuvent simplement être des chevaux. Dès que c’est possible, je les emmène brouter. Entre grooms, on dit souvent que nos concours préférés sont ceux où les chevaux ont accès à de vrais espaces verts. Leur permettre de passer quinze ou vingt minutes dehors, de brouter ou même de se rouler dans l’herbe, est très important. On leur demande finalement de travailler une heure par jour, alors je trouve essentiel que le reste du temps ne soit pas uniquement passé dans un box fermé. Ce sont des animaux qui ont besoin d’air, de mouvement et de pouvoir exprimer leurs comportements naturels. C’est vraiment au cœur de ma philosophie de soins.

Comme nombre de grooms, Margo Thomas accorde beaucoup d'importance au fait de permettre à ses chevaux d'exprimer leurs comportements naturels. © Sportfot

Y a-t-il un souvenir marquant de ces grands moments que vous pourriez nous raconter ?

Il y en a beaucoup, évidemment. Les médailles olympiques restent des moments inoubliables, tout comme la victoire dans le Grand Prix de Dublin l’année dernière. Nous étions les avant-derniers à passer et, quand l’épreuve s’est terminée, nous avons réalisé que nous avions gagné (en signant l’unique sans-faute grâce à Bisquetta Sqalls Estate, Bisquet Balou van de Mispelaere x Takashi van Berkenbroeck, ndlr). C’était assez incroyable. Mais l’un des souvenirs qui me touche le plus reste celui avec Confu (Contact Me x Cambridge 8). C’était un cheval très spécial pour moi, presque mon meilleur ami. Il y a quelques années, il a été gravement malade, avec une pleurésie, et nous pensions vraiment le perdre. Au lieu d’aller à Genève, j’ai dû l’emmener en clinique quelques jours avant le concours. Le voir revenir, reprendre la compétition et gagner un Grand Prix 4* quelques mois plus tard, c’était une émotion incroyable. Ce sont ces moments qui marquent vraiment. Après avoir passé autant de temps avec un cheval, à travailler pour lui et à prendre soin de lui au quotidien, voir tout ce travail se concrétiser sur une piste est quelque chose de très spécial. Comme voir Baloutinue réaliser trois parcours sans faute à Aix-la-Chapelle ou Dorado 212 (Tailormade Diarado's Boy x Chacco-Blue) performer aux Jeux panaméricains. Ce sont des souvenirs qui restent.

Bisquetta Sqalls Estate, qui participera aux Mondiaux d'Aix-la-Chapelle en août, a remporté le Grand Prix Rolex de Dublin l'été dernier. © Sportfot

“Chaque cheval a sa propre personnalité et c’est justement ce qui rend ce métier passionnant”

Il y a bientôt les championnats du monde, avez-vous déjà commencé à penser à cet objectif ? Comment préparez-vous cet événement ?

Maintenant que nous savons que nous sommes sélectionnés dans l’équipe américaine, nous sommes évidemment très enthousiastes. La préparation commence déjà, notamment sur des détails auxquels on pense plusieurs semaines à l’avance, comme le calendrier de ferrure, les rendez-vous avec le kiné ou le chiropracteur, afin que tout soit parfaitement organisé avant l’échéance. Nous n’avons pas encore tout planifié, mais le fait que les championnats du monde se déroulent à Aix-la-Chapelle est un vrai avantage pour nous. Le site est proche de nos écuries, donc la logistique est beaucoup plus simple. Il reste beaucoup de petits détails à anticiper, mais c’est justement notre rôle de penser à tout en amont.

Vous répétez souvent que l’observation est l’une des qualités les plus importantes d’un groom. Qu’observez-vous en priorité lorsque vous arrivez aux écuries le matin ?

Je suis généralement l’une des premières à arriver aux écuries le matin, donc la première chose que je regarde, c’est leur attitude générale. Est-ce qu’ils sont réveillés, est-ce qu’ils ont envie de manger, est-ce que tout le monde semble aller bien ? On remarque rapidement quand quelque chose est différent. Ensuite, je porte beaucoup d’attention à leurs jambes. On les touche, on vérifie leurs membres avant de les mettre au marcheur ou au paddock, puis on reste attentif aux petits détails tout au long de la journée, notamment au moment du pansage. Un petit gonflement, une petite blessure ou un changement de comportement peuvent nous donner des informations importantes. Mais les premières choses que je regarde restent toujours leur expression et leurs jambes.

L'Américaine accorde beaucoup d'importance aux détails. © Sportfot

Comment apprenez-vous à connaître un nouveau cheval qui arrive dans l’écurie ?

Évidemment, quand un nouveau cheval arrive, on ne l’emmène pas directement en concours. On commence par passer du temps avec lui à la maison, à observer son comportement au box, sa façon d’être manipulé, mais aussi ses réactions pendant le pansage. On apprend à connaître ses habitudes, ses sensibilités, sa personnalité. En passant du temps avec lui au quotidien, en touchant ses jambes et en étant attentif aux petits détails, on découvre progressivement ce dont il a besoin et la meilleure manière de s’en occuper. On apprend surtout à connaître les chevaux en concours. On passe davantage de temps en tête-à-tête avec eux, que ce soit en les faisant brouter ou simplement en étant à leurs côtés. Mais les chevaux évoluent aussi avec le temps. Certains changent lorsqu’ils prennent confiance, d’autres développent de nouvelles habitudes en fonction de leurs expériences. Baloutinue, par exemple, s’est, un jour, fait peur en sortant de piste et il est devenu plus sensible aux autres chevaux, alors que ce n’était pas du tout dans son caractère avant. C’est donc un apprentissage permanent. 

Au fil des années et de son expérience de groom, Margo Thomas a croisé la route de nombreux chevaux. © Sportfot



“Baloutinue adore les câlins, notamment qu’on lui gratte le front”

Est-ce qu’il y a un cheval qui vous a particulièrement marquée dans votre carrière ?

Confu a évidemment occupé une place très particulière pour moi, mais aujourd’hui, j’ai aussi des relations très fortes avec Baloutinue et Bisquetta. Chaque cheval a sa propre personnalité et c’est justement ce qui rend ce métier passionnant. Bisquetta, par exemple, a un caractère bien affirmé. Elle n’accorde pas facilement sa confiance, donc la gagner est quelque chose de très gratifiant. Avec Baloutinue, c’est différent ; il a une présence forte. Je le connais tellement bien que je sais immédiatement ce qu’il pense ou ce qu’il attend de moi. Mais je ne suis pas censée avoir de favoris, car je les aime tous beaucoup… Nous avons vraiment un groupe de chevaux extraordinaires, qui sont tous très attachants.

L'attachant Confu occupe une place particulière dans le cœur de la soigneuse. © Sportfot

Comment décririez-vous la personnalité de Baloutinue à quelqu’un qui ne le connaît pas ?

Baloutinue est un cheval extrêmement gentil et très attachant. Il adore les câlins, notamment qu’on lui gratte le front, et il n’hésite pas à venir chercher de l’attention quand on s’occupe de son box. Il aime vraiment son travail et le saut, mais il apprécie aussi les journées plus simples au paddock. Il adore aussi se rouler ! C’est un cheval très expressif, il sait montrer ce qu’il aime ou ce qu’il n’aime pas, mais il n’est jamais méchant. Il a simplement une vraie personnalité.

Quels sont les soins auxquels vous accordez le plus d’importance au quotidien ? Et pourquoi ?

J’accorde beaucoup d’importance au pansage, notamment au fait de bien étriller mes chevaux. Ce n’est pas seulement une question de propreté, c’est aussi un moment où l’on apprend à connaître leurs corps. En passant l’étrille, on peut sentir une tension musculaire, une zone sensible ou simplement remarquer un changement. C’est un rituel auquel je tiens particulièrement, notamment avant de les seller ou de partir marcher en main en concours. Cela me permet de vérifier leurs jambes, leur état général et de m’assurer qu’il n’y a rien d’inhabituel après la journée précédente.

Margo Thomas, qui fêtera son trente-septième anniversaire à Aix-la-Chapelle, décrit Baloutinue comme un cheval "très expressif" et doté d'une "vraie personnalité". © Sharon Vandeput / Hippo Foto

Comment adaptez-vous les soins entre un cheval qui enchaîne les Grands Prix et un plus jeune cheval ?

Avec Alex, nous partageons une philosophie assez similaire : nous n’aimons pas en faire trop lorsque ce n’est pas nécessaire, car il faut toujours garder une marge d’action. Les soins doivent être adaptés au travail demandé au cheval. Pour un cheval qui saute des épreuves à 1,45m ou 1,50m, nous sommes évidemment beaucoup plus attentifs aux membres, avec davantage de soins préventifs. Pour les jeunes chevaux, nous restons plus simples. Ils n’ont pas forcément besoin des mêmes protections ou soins après chaque séance. Ce n’est pas une question de moins bien s’en occuper, mais plutôt de respecter leur évolution et de leur laisser le temps de se construire avant d’intensifier les soins.

“Même des choses simples, comme prévoir un repas par jour sur les concours, font une vraie différence et sont très appréciées”

Si vous pouviez changer une chose concernant la reconnaissance de la profession de groom, qu’est-ce que ce serait et pourquoi ?

Je trouve que les choses évoluent dans le bon sens. Les concours prennent de plus en plus en compte les besoins des grooms et proposent parfois des récompenses spécifiques et c’est très apprécié. Après, je pense qu’il faut encore mieux penser les cadeaux qui nous sont destinés. On reçoit souvent des produits pour chevaux, mais nos cavaliers fournissent déjà tout le nécessaire. Ce n’est donc pas toujours un vrai cadeau pour un groom. Si l’on veut vraiment nous faire plaisir, un t-shirt, une récompense financière ou un prix pensé pour nous serait beaucoup plus adapté. Même des choses simples, comme prévoir un repas par jour sur les concours, font une vraie différence et sont très appréciées.

"Je trouve que les choses évoluent dans le bon sens" pour les grooms, assure Margo Thomas. © Sportfot

Qu’aimeriez-vous transmettre aux jeunes qui rêvent d’exercer ce métier ?

Je leur dirais avant tout d’apprendre de tout le monde. Chaque groom a sa propre expérience, ses propres méthodes, et il y a toujours quelque chose à découvrir. Il faut aussi essayer de créer des liens avec les autres grooms. On passe notre temps dans des environnements différents, avec de nouvelles personnes chaque semaine, et ces rencontres sont une vraie source d’apprentissage. Garder le sourire, être ouvert et faire bonne impression est important, car on ne cesse jamais d’apprendre dans ce métier.

Quand vous regarderez votre carrière dans vingt ans, qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de votre travail ?

J’aimerais simplement que les gens retiennent que les chevaux ont toujours été ma priorité. C’est vraiment le cœur de ce métier : faire passer leur bien-être avant tout. J’espère que c’est ce qui ressortira de mon parcours et de la manière dont j’ai pris soin d’eux.

Pour la groom de Laura Kraut, faire passer le bien-être des chevaux dont elle a la garde est primordial. © Sportfot

Photo à la Une : Aux côtés de Laura Kraut et ses montures, Margo Thomas parcourt le monde et vit les plus beaux concours de la planète. © Sportfot