“Être dans les tribunes à Aix-la-Chapelle et voir Laura Kraut en piste, en sachant tout le travail accompli en amont, est un sentiment incroyable”, Margo Thomas (1/2)
Depuis sept ans, Margo Thomas partage le quotidien de Laura Kraut, onzième cavalière du classement mondial Longines en juillet. Dans l’ombre des performances de l’Américaine, cette groom passionnée est un élément clé du succès de l’amazone. Pour Studforlife, elle revient sur son parcours, les exigences de son métier, sa relation avec les chevaux, sa complicité avec Laura Kraut et la préparation des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.
Quel a été votre parcours jusqu’à devenir groom ?
Je ne viens absolument pas d’une famille de cavaliers. J’ai grandi à Bâton Rouge, en Louisiane, et, enfant, j’étais simplement passionnée par les animaux. Aux États-Unis, je participais aux camps des Girl Scouts (des colonies de vacances éducatives du mouvement des Girl Scouts, axées sur les activités de plein air, le développement personnel et le leadership, ndlr), et je trouvais toujours un moyen d’aller voir les chevaux qui s’y trouvaient ! Le vrai déclic est arrivé vers mes onze ans, lors d’un camp de poneys. À partir de là, je suis devenue complètement passionnée par l’équitation. J’ai commencé les compétitions en hunter et en jumping, avant de me tourner vers le concours complet. J’ai ensuite suivi des études équestres au Virginia Intermont College, avec des cours de gestion des chevaux, des écuries, d’enseignement et d’anatomie équine. Après mon diplôme, je suis devenue étudiante salariée en concours complet, c’est-à-dire que j’étais déjà la groom d’une cavalière, avec laquelle je travaillais tout en participant moi-même à des épreuves avec mon cheval. Puis, j’ai évolué progressivement vers le métier de groom en saut d’obstacles au début de ma vingtaine.

Passionnée par les animaux lorsqu'elle était enfant, Margo Thomas est devenue la groom des montures de l'une des meilleures cavalières du monde. © Sportfot
“La compétition me manque parfois, mais j’ai aujourd’hui la chance de monter des chevaux que je n’aurais probablement jamais pu avoir en compétition en tant que cavalière de complet”
Vous espériez d’abord devenir cavalière professionnelle de concours complet. Pourquoi avez-vous abandonné votre projet ?
Après l'université, lorsque j’étais étudiante salariée, je travaillais pour Jennifer Simmons. Un jour, elle m’a annoncé qu’elle arrêtait sa carrière, car elle ne pensait pas avoir l’énergie de repartir à la recherche de nouveaux sponsors. Cela a été un véritable déclic pour moi. Je me suis demandé : “Qu’est-ce que ce sera pour moi dans vingt ans ?” On peut travailler dur, aimer profondément ses chevaux et malgré tout ne pas réussir à construire la carrière dont on rêve. Peut-être que j’aurais réussi, mais cette réflexion m’a fait comprendre que ce n’était pas la voie que je voulais suivre. J’ai donc vendu mon cheval et je me suis tournée vers le métier de groom en saut d’obstacles. Au départ, c’était simplement une opportunité qui s’est présentée, mais j’ai rapidement adoré ce mode de vie. Dès ma première année, j’ai voyagé sur de grands concours comme Wellington ou Spruce Meadows, et cela fait maintenant plus de dix ans que je suis groom.
Avez-vous déjà regretté cette décision ?
Non, jamais. La compétition me manque parfois, mais j’ai aujourd’hui la chance de monter les chevaux de Laura, des chevaux magnifiques que je n’aurais probablement jamais pu avoir en compétition en tant que cavalière de complet. J’aime énormément le travail sur le plat et le fait de construire une relation avec eux. Je monte encore beaucoup, ce qui me permet de garder ce lien avec l’équitation et d’être compétitive d’une autre manière, sans la pression d’être moi-même en piste. Bien sûr, j’aimerais avoir un cheval à moi un jour, mais j’aime vraiment ce que je fais et je suis heureuse d’avoir choisi ce chemin.

Si elle a renoncé à sa propre carrière de compétitrice, la native de Louisiane ne regrette pas son choix et côtoie aujourd'hui quelques uns des meilleurs chevaux de la planète. © Sportfot
Pourriez-vous expliquer plus en détail comment votre carrière de groom a commencé ?
Après avoir travaillé pour Jenn Simmons, j’ai rejoint une écurie à Upperville, en Virginie, avant d’intégrer celle de Norman et Nick Dello Joio à Wellington. J’ai ensuite passé deux ans auprès de Sharn Wordley. Comme sa femme venait aussi du concours complet, mon expérience dans les deux disciplines était un véritable atout. Après une année en freelance, notamment auprès d’un jeune cavalier américain, j’ai rejoint Daniel Bluman. C’est à ses côtés que j’ai découvert l’Europe pour la première fois en tant que groom.
“L’essentiel du métier s’apprend au contact des autres grooms”
Qu’est-ce qui vous a attirée vers la profession de groom ?
Ce n’est pas un métier que j’avais prévu de faire au départ. Je suis simplement tombée dedans au fil des opportunités. Ce que j’aime vraiment, c’est le contact direct avec les chevaux. J’ai déjà géré des écuries, mais je préfère être sur le terrain, passer du temps avec eux, observer leurs jambes chaque jour et être au plus près de leurs besoins. J’aime aussi le fait de voir le résultat de tout ce travail lorsque les chevaux réussissent en compétition. Cela fait plusieurs années que je suis chez Laura et j’ai vu certains chevaux arriver à six ou sept ans avant de disputer aujourd’hui leurs premiers Grands Prix 5*. C’est extrêmement gratifiant. Même si j’apprécie les moments à la maison, être dans les tribunes à Aix-la-Chapelle et voir Laura en piste, en sachant tout le travail accompli en amont, reste un sentiment incroyable.
Confu occupe une place particulière dans le cœur de la soigneuse. © Sportfot
Avez-vous reçu une formation formelle en tant que groom ou avez-vous développé vos compétences sur le tas ?
J’ai principalement appris sur le terrain. À l’université, j’ai tout de même acquis une bonne base grâce aux cours pratiques avec les chevaux. L’établissement comptait environ quatre-vingt-dix chevaux. Nous devions notamment les présenter parfaitement soignés, avec un matériel impeccable. Mais l’essentiel s’apprend au contact des autres grooms. Chacun a ses propres méthodes, ses habitudes, et on construit progressivement sa propre façon de travailler. On échange des astuces, on découvre de nouveaux produits, de nouvelles techniques… C’est comme ça qu’on développe sa propre boîte à outils de groom.
Comment êtes-vous arrivée dans l’équipe de Laura Kraut ?
Quand mon contrat avec Daniel Bluman s’est terminé, je suis allée à Hickstead pour rendre visite à des amis pendant la Coupe des nations. C’est là que j’ai échangé avec Laura et son groom de l’époque au sujet d’une éventuelle collaboration. J’ai commencé à travailler avec elle environ un mois plus tard. Cela fait maintenant presque sept ans que je fais partie de son équipe.
Depuis bientôt sept ans, Laura Kraut peut compter sur Margo Thomas avec confiance et sérénité. © Sharon Vandeput / Hippo Foto
“Aujourd’hui, avec Laura, nous fonctionnons presque instinctivement”
Aujourd’hui, quel est votre rôle auprès de Laura Kraut ?
Je suis groom de concours pour Laura, aux côtés de mon collègue Alex Tyler-Morris. Nous nous partageons le travail à parts égales : nous montons tous les deux les chevaux, nous nous occupons de leurs soins et nous nous répartissons les différents concours. Comme nous ne sommes pas toujours sur les mêmes événements, notamment l’été où le calendrier est très dense, nous communiquons en permanence pour assurer un suivi précis de chaque cheval. Si Alex a changé une embouchure, des protections ou adapté un détail dans la préparation d’un cheval, je dois le savoir avant de le récupérer, et inversement. Nous travaillons vraiment en binôme afin d’assurer la continuité des soins et de la préparation des chevaux tout au long de la saison.
Est-ce que votre façon de travailler a évolué depuis que vous avez commencé avec Laura Kraut ?
Oui, beaucoup. À mon arrivée, une excellente responsable d’écurie, présente auprès de Laura depuis une dizaine d’années, m’a énormément aidée à comprendre son fonctionnement, ainsi que les besoins et les habitudes de chaque cheval. Son expérience m’a été très précieuse. Par la suite, notre organisation a évolué, notamment lorsque les écuries ont été transférées d’Angleterre aux Pays-Bas il y a cinq ans. Les chevaux changent aussi, ce qui nous pousse à adapter en permanence les soins et les méthodes de travail. L’arrivée d’Alex Tyler Morris, ancien groom de Harrie Smolders pendant dix ans, m’a également beaucoup apporté. J’ai intégré certaines de ses habitudes à ma propre routine. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans ce métier : on apprend constamment des autres. Sur les concours, les grooms échangent énormément, observent les méthodes de chacun et s’inspirent mutuellement. J’essaie toujours de trouver de nouvelles façons d’améliorer le bien-être de mes chevaux.

Ici en compagnie de Tessa Falanga, qui veille sur les stars de Karl Cook, Margo Thomas sait l'importance d'échanger et de partager avec ses collègues. © Sportfot
“Notre rôle est aussi d’être le porte-parole de nos chevaux et de veiller à leur bien-être”
Quelle relation entretenez-vous avec Laura Kraut aujourd’hui ?
J’entretiens une excellente relation avec Laura. Après presque sept ans à ses côtés, nous connaissons parfaitement nos habitudes de travail respectives. Je sais ce dont elle a besoin, notamment dans les moments importants. Par exemple, avant une Coupe des nations, je suis toujours au paddock très en avance, car je sais que c’est une échéance qui lui tient particulièrement à cœur. Nous communiquons énormément. Avant de prendre une initiative, que ce soit pour longer un cheval ou modifier un détail dans sa préparation, je valide toujours avec elle. Au fil des années, une vraie relation de confiance s’est installée. Aujourd’hui, nous fonctionnons presque instinctivement, ce qui rend notre organisation très fluide en concours.
Vous avez connu les Jeux olympiques, les Coupes des nations et les Grands Prix les plus importants. Quelles sont vos principales responsabilités en tant que groom dans ces moments importants ?
Les championnats sont très différents des concours classiques, car on n'emmène qu’un seul cheval. Toute notre attention est donc concentrée sur lui pour qu’il arrive dans les meilleures conditions le jour J. Le plus important est de ne pas tout changer parce que l’événement est exceptionnel. Si le cheval est arrivé jusque-là, c’est que le programme fonctionne. On garde donc les mêmes habitudes, les mêmes soins, la même alimentation. Il ne faut surtout pas vouloir en faire trop. En revanche, comme le cheval a son groom que pour lui et que toute l’attention est portée sur lui, il faut être encore plus attentif à son état mental. Aux Jeux de Paris, je me souviens être entrée dans le box de Baloutinue (Balou du Rouet x Landor S) et avoir compris qu’il avait simplement besoin qu’on le laisse tranquille. Il y avait énormément d’agitation autour de lui, et, parfois, le meilleur service qu’on puisse lui rendre est de prendre du recul. Notre rôle est aussi d’être leur porte-parole et de veiller à leur bien-être. Que ce soit aux Jeux olympiques, à Aix-la-Chapelle ou sur un concours de niveau 2*, on garde finalement la même approche : chaque cheval est un individu avec ses propres besoins.
En 2021, aux Jeux de Tokyo, Margo Thomas accompagnait déjà Baloutinue vers une médaille d'argent par équipe. © Stefan Lafrentz / Hippo Foto
La seconde partie de cette interview sera disponible vendredi sur Studforlife.com…
Photo à la Une : Parmi les chevaux dont Margo Thomas a le bonheur de s'occuper, se trouve le génial Baloutinue. © Sportfot











