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“J’aime à penser que mes chevaux apprécient de m’avoir comme cavalière”, Natalie Dean (1/2)

Natalie Dean aime tisser des relations sincères avec ses complices.
Interviews jeudi 9 juillet 2026 Mélina Massias

Sous les couleurs des Etats-Unis, Natalie Dean prend du galon. À vingt-sept ans, la Californienne s’impose de plus en plus sur le devant de la scène. Il faut dire que, malgré la vente de l’excellente Chadora Lady PS à Scott Brash en 2024, l’amazone s’est constitué un piquet de chevaux de très grand calibre. La saison dernière, elle a ainsi accueilli les fabuleux Eté de la Mûre, alias Mr Boombastic et propre frère d’Enjoy de la Mûre, et Pedro van de Barlebuis, devenus, en quelques mois, ses deux montures de tête. Passée par le hunter, celle qui a toujours été attirée par les chevaux sans pour autant que sa famille soit issue de la sphère équestre se donne les moyens de ses ambitions. Rêvant de représenter son pays dans un grand championnat dans les années avenir, Natalie Dean, entraînée par Jos Lansink et épaulée par son petit-ami, Gavin Harley, revient sur son parcours, évoque ses complices à quatre jambes et donne aussi son avis sur divers sujets, dont la place des femmes au sommet du saut d’obstacles mondial. Interview.

Comment avez-vous mis le pied à l’étrier pour la première fois ?

Ma famille n’est pas issue du milieu équestre ; je suis le seul membre de ma famille à être intéressée par les chevaux, même si ma maman m’a toujours énormément soutenue et qu’elle adore le sport aujourd’hui. J’ai donc commencé à monter à cheval un peu plus tard que la plupart de mes pairs je pense. J’avais onze ans lorsque j’ai vraiment débuté l’équitation. J’avais monté des poneys lors d’une colonie de vacances quelques années plus tôt et j’ai supplié mes parents de prendre des cours de façon régulière. Ils ont enfin accepté lorsque j’ai eu onze ans et tout s’est ensuite enchaîné. 

Quel est votre premier souvenir lié aux chevaux ?

Je pense qu’il s’agit de mes premières expériences à poney en colonie de vacances. Après cela, je suis tombée amoureuse des animaux que sont les chevaux. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous faisons tous ce sport : l’amour des chevaux. Il faut aussi un petit grain de folie, et je l’ai assurément ! 

Maintenant que vous évoluez au plus haut niveau, comment gardez-vous à l’esprit cet amour sincère pour les chevaux qui vous a poussée à suivre cette voie ? Lorsqu’on pratique un sport de façon aussi intense et avec autant d’enjeux, il peut être facile de perdre cela de vue…

Oui, c’est certain. Je pense qu’il faut toujours veiller à prendre du plaisir et s’amuser. Je pense que c’est dans ces conditions que l’on monte le mieux ! Et les chevaux le ressentent aussi. Lorsqu’on se met trop de pression, à nous et à eux, ils ne restent pas indifférents. À l’inverse, lorsqu’on est détendu, qu’on leur fait confiance et qu’on est connecté à eux, tout se déroule beaucoup mieux. Dans le même temps, j’essaye toujours de passer beaucoup de temps avec eux à pied, aux écuries. À la maison, je les emmène régulièrement se promener en forêt ; cela est une bonne manière de se souvenir de pourquoi on aime les chevaux et de se rappeler de profiter des moments simples à leurs côtés.

Natalie Dean et Mr Boombastic, alias Eté de la Mûre, le propre frère d'Enjoy de la Mûre, ont trouvé une vraie alchimie en l'espace de quelques mois. © Mélina Massias

“Je suis très chanceuse que mes parents aient été un soutien sans faille pour moi”

Lorsque vos parents vous ont permis de prendre des cours de façon régulière, rêviez-vous d’atteindre le haut niveau ?

Je pense qu’à ce moment-là, j’ignorais complètement l’existence du haut niveau ! Je prenais un cours une fois par semaine, seulement parce que j’aimais les chevaux. Je n’ai débuté la compétition que quelques années plus tard. Lorsque j’ai eu seize ans, j’ai commencé à me dire que c’était véritablement ce que je voulais faire de ma vie. J’ai commencé à gravir les échelons en saut d’obstacles, jusqu’à participer aux championnats américains réservés aux Jeunes Cavaliers. À partir de là, j’ai réalisé que j’avais une chance de faire carrière en tant que cavalière. Je suis très chanceuse que mes parents aient été un soutien sans faille pour moi. Sans eux, je ne pourrais pas faire tout cela. Lorsqu’ils le peuvent, surtout aux Etats-Unis, ils viennent me voir en compétition. Et, quoi qu’il arrive, ma maman regarde toutes mes vidéos ! 

Quelles ont été les personnes les plus influentes durant votre jeunesse ?

Jennifer Kallam a supervisé mes débuts en centre équestre. Elle a été mon entraîneur et j’ai évolué à ses côtés au niveau inférieur. J’ai appris comment prendre soin et m’occuper des chevaux avec elle. J’ai ensuite intégré une écurie d’obstacles baptisée Willow Tree Farm et gérée par Butch, Lu et Guy Thomas. Ils ont véritablement lancé ma carrière en jumping et je leur dois énormément. 

Aujourd’hui, avec qui vous entraînez-vous ?

Je travaille avec Jos Lansink ainsi qu’avec mon compagnon, Gavin Harley. Nous gérons notre propre système ensemble, donc Gavin m’aide au quotidien. Je prends des leçons environ une fois par semaine avec Jos, qui vient aussi parfois nous aider en compétition.

Natalie Dean peut s'appuyer sur les conseils et le soutien de son petit ami, l'Irlandais Gavin Harley. © Sportfot

“J’espère que nous finirons par avoir des spectateurs plus enthousiastes et investis outre-Atlantique”

Comment décririez-vous votre philosophie avec les chevaux, la manière dont vous travaillez avec eux ?

Je crois que je suis très agréable et sympathique avec eux. J’aime vraiment les chevaux, et je les gâte probablement un peu trop ! (rires) Mais j’aime à penser qu’ils apprécient m’avoir comme cavalière. C’est très chouette d’arriver aux écuries et d’entendre ses chevaux hennir ! C’est sûrement parce qu’ils veulent des friandises, mais je me dis qu’ils sont contents de me voir !

La Californienne ne cache pas les espoirs qu'elle fonde en Fornett d'Emeraude, l'un des Selle Français qui composent son piquet ! © Sportfot

Comment fonctionne votre système ? Comment trouvez-vous le bon équilibre entre la compétition, le commerce, etc ?

Il nous arrive parfois de vendre quelques chevaux, effectivement, mais notre but est surtout de concourir au plus haut niveau. De fait, nous essayons de former nos montures dans le but de les engager dans de très belles épreuves. C’est notre objectif. Nous avons également des chevaux plus jeunes, qui restent souvent toute l’année en Europe. Cela est trop onéreux de les garder à nos côtés aux Etats-Unis, où nous privilégions les montures prêtes à évoluer sur la scène internationale. Nous essayons au maximum, et en fonction de nos possibilités, de conserver nos meilleurs chevaux.

Où êtes-vous installée, tant aux Etats-Unis qu’en Europe ?

Je passe l’hiver à Wellington, en Floride, et l’été à Valkenswaard, aux Pays-Bas.

Proposez-vous également vos services en tant que coach à d’autres cavaliers ?

Non, je n’entraîne personne. Mon conjoint le fait de temps en temps, mais nous essayons vraiment de nous concentrer sur le sport et nos propres carrières cette année. Nous sommes en tout cas totalement ouverts à développer cet aspect de notre métier dans le futur !

Pour l'heure, Natalie Dean, cinquante-septième mondiale, donne la priorité au sport et à sa carrière. © Mélina Massias



À vos yeux, quelles sont les différences majeures dans la culture américaine et européenne, que ce soit dans la sphère équestre ou dans la vie de tous les jours ?

En concours, on sent que le public est nettement plus impliqué en Europe qu’il ne l’est aux Etats-Unis. J’espère que nous finirons par avoir des spectateurs plus enthousiastes et investis outre-Atlantique. À Wellington, par exemple, les tribunes ne sont remplies que le samedi soir (moment auquel se déroule traditionnellement les Grands Prix, ndlr). Ici, à La Baule, le public donne tous les jours une ambiance extraordinaire au concours ! Je trouve que les CSIO européens sont les plus beaux concours du monde, même si j’ai un petit faible pour Wellington, où je me sens à la maison. Les épreuves disputées en nocturne les samedis soir sont vraiment spéciales. 

"Les CSIO européens sont les plus beaux concours du monde", estime l'amazone de vingt-sept ans. © Mélina Massias

Qu’est-ce qui pourrait être mis en place pour attirer davantage de monde lors des autres journées de compétition à Wellington ?

Je ne sais pas trop ce que les organisateurs pourraient faire… Ils pourraient peut-être s’inspirer d’événements comme celui de La Baule, où l’entrée est gratuite. Cela pourrait encourager davantage de personnes à venir assister aux compétitions.

Avez-vous déjà songé à vous installer en Europe à plein temps ?

Non, car j’adore passer mes hivers en Floride. J’ai une écurie là-bas, donc je crois que j’y retournerai toujours. Malgré tout, je prends beaucoup de plaisir à venir en Europe pour l’été. 

“Lorsqu’on est sur son dos, Chadora Lady donne le sentiment d’être une vraie machine !”

Vous avez défendu les couleurs du Stars and Stripes pour la première fois dans une Coupe des nations 5* en septembre 2021, à Calgary. Qu’est-ce que cela a changé pour vous et votre carrière ?

Pouvoir porter la veste rouge des Etats-Unis et faire partie de l’équipe américaine a changé beaucoup de choses. À cette époque, je montais Chance Ste Hermelle (Calvaro x Hemmingway), une jument incroyable qui m’a emmenée sur les plus belles pistes du monde. Disputer ma première Coupe des nations à Calgary était un peu intimidant, mais Chance m’a portée et je lui dois beaucoup. Je pense que représenter les Etats-Unis est un objectif pour tous les cavaliers américains !

Chance Ste Hermelle a permis à Natalie Dean de représenter pour la première fois les Etats-Unis dans une Coupe des nations de niveau 5* en 2021. © Sportfot

Vous êtes également titulaire d’un diplôme universitaire. Qu’avez-vous étudié ?

J’ai étudié le marketing. Je ne peux pas dire que j’utilise beaucoup ces connaissances, sauf peut-être pour vendre des chevaux ! (rires) C’était important pour mes parents et pour ma famille que j’obtienne un diplôme et je suis reconnaissante de l’avoir fait. Dans de nombreux cas, les gens pensent qu’il faut aller vite et se dédier pleinement à l’équitation dès le plus jeune âge, mais ce sport nous permet d’avoir des carrières très longues. Certains cavaliers continuent d’évoluer à haut niveau à plus de soixante ans ! Alors il faut parfois se souvenir que ce n'est pas grave si l'on met un peu plus de temps que d'autres à atteindre ses objectifs. Il faut se faire confiance.

Vous êtes l’ancienne cavalière de Hello*Chadora Lady PS (Chacco-Blue x Nintender), qui brille aujourd’hui sous la selle de Scott Brash. Nourrissez-vous des regrets quant au fait de l’avoir vendue ?

Beaucoup de gens me posent cette question, à laquelle la réponse est non. Je ne regrette pas du tout ma décision. Chadora et Scott forment le couple parfait et cela me rend super heureuse ! Cette jument méritait tout le succès qu’elle rencontre aujourd’hui. Je trouve cela génial qu’elle ait croisé la route de quelqu’un comme Scott, qui a été en mesure de révéler tout son talent au plus haut niveau.

Avant de briller sous la selle de Scott Brash, la bouillonnante Hello*Chadora Lady PS était montée par l'Américaine. © Sportfot

Lorsqu’elle a quitté vos écuries, vous attendiez-vous à ce qu’elle obtienne de tels résultats ?

Complètement ! Chadora est incroyablement talentueuse ! Elle est aussi très, très chaude. Scott fait un travail fantastique dans la façon dont il parvient à la canaliser. Lorsqu’on est sur son dos, Chadora donne le sentiment d’être une vraie machine !

“J’espère avoir des poulains d’Acota M quand elle en aura terminé avec le sport”

Votre piquet actuel est composé de très bonnes juments, et vous en avez croisé d’autres tout aussi excellentes, à l’image de Chance Ste Hermelle, aujourd’hui retraitée, ou encore Chadora Lady PS. Faites-vous de l’élevage ou avez-vous envisagé cette possibilité ?

Chance est actuellement gestante de Chaudfontaine JL (Chacco-Blue x Nabab de Rêve, frère utérin d’Epleasure van’t Heike, ndlr), et nous sommes impatients d’accueillir, si tout se passe bien, son poulain l’an prochain ! J’ai une autre jument à la retraite, Cocolina (Conthargos x Papillon Rouge), qui se consacre à l’élevage, tandis que Chacco’s Goldy (Chacco-Blue x Landgold), m’a aussi déjà donné trois poulains, âgés de trois, deux et un ans. Donc nous faisons un peu d’élevage. C’est intéressant et nous verrons où cela nous mène. Je n’y connais pas grand-chose en la matière, donc je fais confiance aux personnes qui me conseillent. C’est très plaisant et peut-être que nous écrirons de belles histoires dans les années à venir. 

Natalie Dean a déjà plusieurs produits de son ancienne complice Chacco's Goldy. © Sportfot

Faites-vous seulement naître des poulains à partir de vos juments retraitées ou avez-vous aussi recours au transfert d’embryon pour vos complices encore en pleines carrières sportives ?

Non, je préfère laisser mes juments se concentrer sur le sport. Une fois à la retraite, elles peuvent encore embrasser cette carrière de poulinière. J’espère par exemple avoir des poulains d’Acota M (Toulon x Quattro B, une sœur utérine de Lord Pezi Junior, ndlr), une jument incroyable, quand elle en aura terminé avec le sport, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Lorsqu'elle en aura terminé avec le sport, la toute bonne Acota M pour s'atteler à transmettre sa génétique. © Sportfot

La seconde partie de cette interview sera disponible dans les prochains jours sur Studforlife.com…

Photo à la Une : Natalie Dean aime tisser des relations sincères avec ses complices. © Sportfot