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“D’ici un an, je pense que Fornett d’Emeraude sera mon meilleur cheval”, Natalie Dean (2/2)

Natalie Dean reconnaît avoir un faible pour le Selle Français Fornett d’Emeraude, qu’elle destine à de grandes choses.
Interviews vendredi 10 juillet 2026 Mélina Massias

Sous les couleurs des Etats-Unis, Natalie Dean prend du galon. À vingt-sept ans, la Californienne s’impose de plus en plus sur le devant de la scène. Il faut dire que, malgré la vente de l’excellente Chadora Lady PS à Scott Brash en 2024, l’amazone s’est constitué un piquet de chevaux de très grand calibre. La saison dernière, elle a ainsi accueilli les fabuleux Eté de la Mûre, alias Mr Boombastic et propre frère d’Enjoy de la Mûre, et Pedro van de Barlebuis, devenus, en quelques mois, ses deux montures de tête. Passée par le hunter, celle qui a toujours été attirée par les chevaux sans pour autant que sa famille soit issue de la sphère équestre se donne les moyens de ses ambitions. Rêvant de représenter son pays dans un grand championnat dans les années avenir, Natalie Dean, entraînée par Jos Lansink et épaulée par son petit-ami, Gavin Harley, revient sur son parcours, évoque ses complices à quatre jambes et donne aussi son avis sur divers sujets, dont la place des femmes au sommet du saut d’obstacles mondial. Interview.

La première partie de cet entretien est à (re)lire ici.

En dehors d’Acota M, Pedro van de Barlebuis (Echo van’t Spieveld x Ohio van de Padenborre) et Été de la Mûre, alias Mr Boombastic (Vigo Cécé x Sable Rose, alias Calvados) sont vos deux chevaux de tête en ce moment. Tout d’abord, quelle est l’histoire de Pedro ? Comment l’avez-vous rencontré ?

Jos Lansink l’avait à l’œil depuis un moment et nous a vivement recommandé de prêter attention à lui. Il pensait qu’il pouvait s’agir d’un bon cheval pour moi. Nous sommes parvenus à trouver un accord avec ses anciens propriétaires pour l’acheter. Je n’ai pas Pedro depuis très longtempsmais il est incroyable ! Il m’a rejointe en août dernier et nous continuons à faire connaissance, mais il a déjà sauté des épreuves importantes, comme les Ligues des nations d’Abou Dabi (0) et Ocala (0). Nous avons hâte de voir ce que le futur lui réserve !

Quelles sont ses principales qualités ?

Il a beaucoup de personnalité ! Aux écuries, il est très drôle. Il est assez imbu de lui-même, mais c’est ce qui le rend si courageux en piste. Il n’est pas forcément le plus démonstratif, pas le genre de cheval à faire étalage de ses moyens, mais lorsqu’il en a besoin, il sait s’en servir et a tout ce qu’il faut ! C’est un très bon copain.

Cette année, le tout bon Pedro van de Berlebuis s'est montré très régulier, notamment dans les épreuves par équipe. © Sportfot

Vous semblez avoir fait couple très rapidement avec Été de la Mûre, alias Mr Boombastic, dont vous avez pris les rênes à la fin de l’été dernier !

Oui, il a vraiment progressé ! Il était monté par Denis Lynch précédemment et mon conjoint, Gavin Harley, l’a déniché pour moi. Il a intégré mon piquet à peu près en même temps que Pedro, en août dernier. Nous avons pris davantage de temps avec lui et il s’est vraiment révélé cet hiver, au cours duquel il a enregistré des doubles sans-faute dans de nombreux Grands Prix. Nous sommes vraiment impatients de continuer cette aventure à ses côtés. Il ne fait que se bonifier à mesure que l’on se découvre l’un et l’autre. J’ai dû apprendre à le connaître, et inversement, il a aussi dû apprendre à me connaître. Désormais, j’ai le sentiment que nous sommes de plus en plus en phase. Vivement la suite de l’été !

“Mr Boombastic a dépassé ce qu’on pouvait imaginer”

Vous attendiez-vous à ce qu’il atteigne ce niveau, qui plus est avec autant de régularité ?

Honnêtement, nous n’avions pas autant d’attentes avec lui ! Il a dépassé ce qu’on pouvait imaginer ! Il a une façon bien à lui de sauter, mais il est très respectueux et a beaucoup de moyens. Il a vraiment envie de bien faire.

Sous la selle de l'Américaine, le Selle Français Eté de la Mûre, alias Mr Boombastic explose et révèle tout son talent. © Sportfot

Été est le propre frère d’Enjoy de la Mûre, que monte Omar Abdul Al Marzooqi. Ont-ils des points communs ? 

Je ne dirais pas qu’ils sont similaires dans leur fonctionnement, mais tous deux sont de très bons chevaux. Cela prouve bien à quel point leur origine est formidable !

Suivez-vous les performances des fratries de vos montures ?

Parfois. Je sais que Kyle Timm a quelques jeunes chevaux issus de la même origine que Mr Boombastic (le Canadien monte notamment le prometteur Jones de la Mûre, sept ans, un frère utérin d’Enjoy et Été par Qlassic Bois Margot, et a signé quelques apparitions ces deux dernières saisons aux rênes de Kipling de la Mûre, six ans, un rare fils d’Enjoy de la Mûre, ndlr). Kyle dit que les chevaux de cette souche ont tous une très bonne tête et qu’ils ont tous envie de bien faire.

Voyez-vous en Pedro van de Barlebuis et Été de la Mûre, alias Mr Boombastic, des potentiels chevaux de championnat ?

Assurément ! Mr. Boombastic adore l’herbe. Il a véritablement fait un bond ces derniers temps. Pedro aussi me semble avoir ce potentiel en lui, mais il est un peu plus à l’aise sur le sable. Ce sont deux types de chevaux différents, mais ils pourraient tous les deux courir des championnats ! Les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle sont un objectif, mais le contingent américain est très fort. Il y a une petite chance, que nous allons saisir, en essayant de faire nos preuves encore quelques fois ! (Finalement, Natalie Dean et Mr. Boombastic n’ont pas été retenus dans le quintette de Robert Ridland, ndlr)

L'amazone ne le cache pas : elle rêve de disputer un grand championnat dans les années à venir. © Mélina Massias



“J’espère vraiment pouvoir représenter les Etats-Unis lors d’un championnat”

Quel est votre objectif sportif principal ?

Mon objectif principal est évidemment de disputer des championnats, que ce soit lors des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, des Jeux olympiques de Los Angeles ou un autre rendez-vous majeur ! J’espère vraiment pouvoir représenter les Etats-Unis lors d’un championnat. 

Selon vous, quelles sont les plus grandes forces de l’équipe américaine ?

Je pense que l’un de nos plus grands atouts repose sur notre organisation ! Lizzie Chesson et Robert Ridland forment une super équipe. Tout est toujours très bien organisé et planifié : on sait exactement comment se rendre à tel ou tel concours, quels sont les horaires à avoir en tête, etc. On n’a pas besoin de s’inquiéter de tout cela ! Nous avons également un excellent fond de financement grâce à l’USET (l’équipe équestre des États-Unis, une fondation offrant un soutien financier aux cavaliers d’élite américains, ndlr), ce qui est, je crois, très différent par rapport à beaucoup d’autres pays. La camaraderie qui règne entre tous les cavaliers de l’équipe est aussi l’une de nos forces : porter la veste rouge de notre pays a vraiment un sens pour nous. Nous essayons tous de nous montrer sous notre meilleur jour lorsque nous avons l’occasion de représenter les Etats-Unis. C’est très spécial !

Natalie Dean loue notamment l'organisation et l'esprit d'équipe du clan américain. © Sportfot

“Je pense que la France produit de super chevaux”

Quid de Fornett d’Émeraude (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky x L’Arc de Triomphe), frère utérin de l’étalon Herald d’Emeraude (Emerald van’t Ruytershof), actuellement sous la selle de Grégory Wathelet ?

Fornett est un cheval très spécial ! Il est sûrement celui qui hennit le plus quand il me voit aux écuries, alors qu’il peut se montrer un peu grincheux au quotidien. C’est vraiment chouette de savoir qu’il m’appelle comme ça ; cela me donne l’impression d’être spéciale ! J’ai vraiment un faible pour ce cheval. D’ici un an, je pense qu’il sera mon meilleur cheval. Je fonde de grands espoirs en lui. Il est super respectueux et tellement intelligent ! Cela implique une certaine pression, mais je crois énormément en ce cheval. 

Frère utérin du prometteur Herald d'Emeraude, Fornett d'Emeraud semble destiner à briller au plus haut sommet du saut d'obstacles dans les mois et années à venir ! © Sportfot

Vous montez plusieurs chevaux Selle Français, à l’instar d’Eté de la Mûre et Fornett d’Émeraude, mais aussi de Dotcom d’Authuit (Diamant de Semilly x Quidam de Revel). Présentent-ils des points communs dans leur fonctionnement ou sont-ils des chevaux comme les autres, indépendamment de leur stud-book d’appartenance ?

J’aime mes chevaux français ! (rires) Je crois qu’ils se battent vraiment pour leurs cavaliers en piste. En tout cas, c’est le cas de ceux que je monte. Je pense que la France produit de super chevaux et j’ai beaucoup de chance d’avoir ceux que j’ai dans mon piquet !

Vous avez également récemment pris les rênes d’Holidays de Riverland (L’Arc de Triomphe x Kannan), ancien partenaire de Nicolas Layec. Après avoir ravi une victoire dès votre première sortie internationale ensemble, quelles sont vos ambitions pour lui ?

Holidays est un super petit cheval, qui est rapide. Je pense qu’à terme il sera sûrement vendu, mais c’est un chouette partenaire. 

Depuis plusieurs saisons, Natalie Dean compte aussi Dotcom d'Authuit, un autre Selle Français, dans ses rangs ! © Sportfot

Êtes-vous propriétaire de tous vos chevaux ou avez-vous également des sponsors ou des propriétaires ?

Oui, je suis propriétaire de tous mes chevaux. Je suis donc très chanceuse !

“Beezie Madden et Laura Kraut ont réussi tout ce que je rêve d’accomplir dans ma carrière”

Beezie Madden fait partie de vos idoles. Que vous inspire-t-elle ?

Beezie Madden, Laura Kraut, McLain Ward et Kent Farrington sont un peu les idoles de tout Américain ! Ils sont extrêmement talentueux. Pour ma part, je dirais que Beezie et Laura sont les deux que j’admire le plus, d’autant plus en tant que femmes dans le sport. Elles ont réussi tout ce que je rêve d’accomplir dans ma carrière. Elles sont deux grandes inspirations pour moi. La longévité de leurs carrières respectives, le tout avec de nombreux chevaux très différents, est aussi remarquable. Il y a beaucoup de cavaliers qui rencontrent un crack dans leur vie, mais ont finalement une carrière relativement courte. Être capable de monter n’importe quel type de cheval et performer au plus haut niveau pendant des années est la preuve de la qualité d’un cavalier. 

Vous êtes-vous déjà entraînée avec l’une ou l’autre de ces deux légendes vivantes ?

Non.

La cinquante-septième mondiale est ici entourée de deux de ses idoles : Laura Kraut et McLain Ward. © Sportfot



Lorsqu’on regarde le Top 100 du classement mondial Longines établi par la Fédération équestre internationale (FEI), la plupart des femmes qui y figurent viennent d’Amérique du Nord. Avez-vous une explication à cela ? Est-ce dû à la mentalité américaine, au sein de laquelle faire affaire avec des femmes est peut-être plus naturel que dans la culture européenne ?

Je pense que c’est probablement une partie de l’explication, oui. Mais je dirais aussi qu’en Amérique, il y a beaucoup plus de concours avec davantage de dotation, notamment au niveau 3 et 4*. Les Grands Prix sont ainsi labellisés B au lieu de C au niveau du classement mondial (et rapportent ainsi plus de points, ndlr). Par exemple, un Grand Prix 2* serait de classe C plutôt que D, avec trente engagés contre soixante en Europe. Donc, d’une certaine façon, il est peut-être plus accessible d’obtenir des points pour le classement mondial en Amérique. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut venir en Europe pour voir et vivre le grand sport. Wellington est un environnement très compétitif, où beaucoup d’Européens viennent en hiver. Mais en été, il faut passer quelques mois en Europe pour faire ses preuves et se confronter aux meilleurs. 

Dans les effectifs des centres équestres, la gent féminine est souvent majoritaire. La tendance s’inverse drastiquement à haut niveau. Comment l’expliquer ?

Je n’ai pas d’explications à apporter tout simplement parce que je pense que les femmes peuvent tout aussi bien performer que les hommes ! J’espère que nous verrons de plus en plus de représentantes féminines dans le Top 30 et même le Top 10 mondial et que nous deviendrons tous de plus en plus égaux. Pour l’heure, il est vrai que le haut du classement mondial est rempli d’hommes. Je ne sais pas si cela est lié au fait qu’ils ont plus facilement accès à des sponsors et des propriétaires… J’espère que nous rétablirons l’équilibre dans les prochaines années. Nina Mallevaey est aujourd’hui la meilleure cavalière du monde. Elle connaît une carrière incroyable ! La famille Rein est un soutien exceptionnel pour elle. Avec un peu de chance, d’autres femmes auront à leur tour ce genre d’opportunités, en particulier des femmes aussi talentueuses qu’elle, qui peuvent atteindre les sommets. C’est cool à voir !

Natalie Dean a porté les couleurs de l'écurie Iron Dames. © Sportfot

Certaines actions pourraient-elles être mises en place pour soutenir davantage les femmes dans ce milieu ?

Oui. J’ai fait partie de l’équipe Iron Dames ces deux dernières saisons. Deborah Mayer a vraiment essayé de promouvoir les femmes dans le sport. De plus en plus d’initiatives similaires voient le jour et c’est très spécial pour les femmes ! 

“J’ai beaucoup travaillé sur mon mental et mon état d’esprit, afin de pouvoir lâcher prise après mes parcours”

Par le passé, vous avez confié à quel point un mauvais parcours pouvait vous affecter, si bien que vous disiez être dépassée par la situation. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Avez-vous travaillé sur cela ?

Bien sûr ! J’ai beaucoup travaillé sur mon mental et mon état d’esprit, afin de pouvoir lâcher prise après mes parcours et me concentrer sur ce que je peux améliorer. Cette année, j’ai intégré l’équipe de The Equestrian Mind Academy (TEMA). J’ai donc entamé une collaboration avec Annette Paterakis et ce groupe a déjà eu des effets fantastiques pour moi ! On reçoit beaucoup de soutien. Nous sommes une trentaine de cavaliers et nous nous retrouvons pour une réunion par visio tous les quinze jours. C’est vraiment unique. Tout le monde suit les résultats de tout le monde. Cela m’a beaucoup aidée mentalement, mais aussi à rester plus neutre dans mes émotions, sans passer par des pics très hauts ou très bas en fonction de mes résultats. Je pense qu’il est important de rester neutre et de se concentrer sur le fait de donner le meilleur de soi en piste !

Avec l'expérience, la Californienne a appris à gérer ses émotions, à relativiser et à toujours donner le meilleur d'elle-même ! © Mélina Massias

En dehors des chevaux, avez-vous d’autres centres d’intérêt ?

Les chevaux représentent évidemment une grande partie de ma vie, mais j’apprécie vraiment faire du Pilates, surtout lorsque je suis en Floride. J’aime aussi voyager et voir le monde, ce que nous sommes très chanceux de pouvoir faire grâce aux chevaux ; les concours nous permettent de nous rendre dans tant de chouettes endroits ! Pendant les compétitions, il est parfois difficile de trouver le temps d’aller visiter les villes qui nous accueillent, mais j’essaye de faire un effort pour explorer davantage les lieux par lesquels je passe !

Grâce à son sport, cette férue de voyages et de découvertes sillonne quelques unes des plus belles villes du monde chaque week-end. © Sportfot

Photo à la Une : Natalie Dean reconnaît avoir un faible pour le Selle Français Fornett d’Emeraude, qu’elle destine à de grandes choses. © Sportfot