Ben Maher et Enjeu de Grisien relèvent leur plus beau défi à Spruce Meadows
Blessé à l’épaule après sa chute dans la Coupe des nations la veille avec Catelly, Ben Maher s’est relevé pour remporter le plus beau Grand Prix de sa carrière, à Spruce Meadows. Aux rênes du pétillant et bouillonnant Selle Français Enjeu de Grisien, né chez Clémentine Wacquiez, le Britannique a remporté le premier Majeur de sa carrière, au terme d’un scénario que seul Calgary peut offrir. Plus rapide que tout le monde, le duo a tenu à distance Lillie Keenan et son fabuleux Fasther, seize ans, ainsi que Steve Guerdat, à nouveau troisième, cette fois aux rênes du très en forme Albführen’s*Iashin Sitte.
Scott Brash restera, jusqu’en mars prochain au moins, le seul cavalier de l’histoire à avoir réussi le Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles. Onze ans après cet exploit, personne, pas même la paire formée par Richard Vogel et United Touch S, n’est parvenu à imiter l’Ecossais, qui avait triomphé coup sur coup à Genève, Aix-la-Chapelle et Calgary aux rênes du crackissime Hello*Sanctos van het Gravenhof. Remporter un Majeur n’est déjà pas donné à n’importe qui, mais réussir la passe de trois, consécutivement, semble plus que jamais une prouesse extraterrestre. Piégés par deux fois dans les diaboliques combinaisons disposées sur l’herbe canadienne par Leopoldo Palcios et son équipe, en sortie du double de verticaux sur bidets dans la seconde manche puis sur l’élément b d’un autre double, d’oxers cette fois, au barrage, les champions d’Europe individuels et du monde par équipe en titre se sont inclinés en ce dimanche 13 septembre, laissant Ben Maher et Enjeu de Grisien entamer un nouveau cycle sur cette série convoitée et sans doute la plus prestigieuse du calendrier de saut d’obstacles.
Ben Maher et Enjeu de Grisien à l’heure du salut
Fin juin, à Rotterdam, Ben Maher mettait fin à plus de neuf cents jours de disette en remportant, enfin, un nouveau Grand Prix 5*, deux ans et demi après sa dernière victoire à ce niveau, acquise en décembre 2023, à Londres. À ce moment-là, le Britannique était aux rênes d’un certain Enjeu de Grisien, alors âgé de neuf ans. Diablement talentueux, le bai a pourtant donné du fil à retordre à celles et ceux qui ont croisé son chemin. Décrit comme un volcan par Delphine Huyse, qui l’a repéré et acquis avec son époux Patrick lorsqu’il n’avait que six mois dans les prés de Clémentine Wacquiez, sa co-naisseuse aux côtés d’Adrian Kell, le petit-fils d’Andiamo a bien failli contraindre Ben Maher à rendre les armes, faute d’une communication adéquate. “Au départ, je trouvais Enjeu très difficile. Il n’aimait pas du tout ce que je faisais sur son dos. Bien que conscient de son talent, j’ai failli reconnaître que j’étais incapable de le monter et le confier à quelqu’un d’autre. Un jour, j’ai décidé de le monter de façon opposée à ce que je lui proposais jusqu’alors. C’est là qu’il a commencé à réussir des sans-faute, gagner en confiance et s’améliorer”, confiait-il ainsi dans un excellent entretien accordé à GRANDPRIX en 2024. Alors que le fils de Toulon révélait l’étendue de son talent, Point Break et Dallas Vegas Batilly lui ont, en quelque sorte, fait de l’ombre, avant que tous deux ne soient écartés du très haut niveau après l’été 2025. Le fils de Toulon a alors retrouvé la lumière qu’il méritait, enchaîné les bons parcours, jusqu’à la consécration, une victoire dans l’un des Grands Prix les plus difficiles de la planète, celui de Calgary. Jamais Ben Maher n’avait accroché cette épreuve à son palmarès, pas plus qu’un autre Majeur du Grand Chelem Rolex, aussi surprenant cela puisse-t-il paraître. Pudique et réservé, l’actuel numéro six mondial a presque semblé sous le choc en voyant sa dernière adversaire, Lillie Keenan, couper les cellules avec quarante-cinq centièmes de retard. S’il a connu de merveilleuses victoires dans sa carrière, dont trois titres de champion olympique, et monté des chevaux d’exception, de Cella van’t Roosakker à Triple X en passant par Faltic HB et l’inoubliable Explosion W, Ben Maher a sans doute conquis au Canada son plus beau succès solo, hors grand championnat. L’heure de la délivrance, l’heure du salut.
S’il n’est pas irréprochable, pas plus que ses homologues ni que tout être humain, Ben Maher est de la trempe des champions. Il est de ceux qui savent se relever, peu importe la chute. Des chutes, il en a pourtant connu tout au long de sa carrière, au sens figuré comme au sens propre. La dernière en date a d’ailleurs eu lieu pas plus tard que samedi, à la veille de ce Grand Prix. Alors qu’il pouvait permettre à sa nation de grimper sur le podium d’une éreintante Coupe des nations, et boucler un double zéro par la même occasion, le Britannique est tombé dès le numéro un, après avoir panaché dans la barre de spa avec Catelly. Une cascade impressionnante, qui n’a pas été sans conséquence. Blessé à l’épaule droite, Ben Maher n’a rien laissé paraître en selle, se montrant aussi imperturbable qu’à son habitude, mais a été trahi par sa position antalgique à pied et quelques grimaces, amplifiées par les accolades et autres félicitations parfois musclées de ses camarades. Décidément, l’Anglais joue de malchance, lui qui avait déjà dû disputer la finale de la Coupe du monde de Bâle avec une fracture au pied…
Un scénario que seul Calgary peut offrir
À Calgary peut-être plus qu’ailleurs, les parcours sont difficiles, parfois trop, comme ce fut le cas dans la Coupe des nations samedi. Aidé par des couples sans doute plus affûtés, le Grand Prix a heureusement tenu toutes ses promesses et plus encore. Un brin abracadabrantesque, le scénario a eu de quoi faire vibrer spectateurs et téléspectateurs. De la chute de Jörne Sprehe, bien partie pour signer un nouveau parcours parcours avec son merveilleux et bien généreux Toys, en passant par la faute tellement rageante de Thibeau Spits et Impress-K van’t Kattenheye, une fois de plus sur le dernier et alors qu’ils déroulaient jusqu’alors le plus beau parcours de l’après-midi, en passant par le formidable clear round de Katie Laurie et Django II, comme dans leur jardin à Spruce Meadows, les émotions ont joué les montagnes russes dans l’acte initial. Au final, la paire néo-zélandaise a été imitée par six autres duos, qualifiés d’office pour la seconde manche, et rejoint par quatre couples ayant concédé une faute sur leur premier parcours ainsi que par Nayel Nassar et le démonstratif ESI Ali, seulement pénalisés d’un point de temps.
Sur ce nouveau tracé, à peine réduit et tout aussi impressionnant, seuls deux couples sont parvenus à rentrer à bon port sans alourdir leur score : Steve Guerdat et Albführen’s*Iashin Sitte et Ben Maher et Enjeu de Grisien. Et puis, tour à tour, les clear rounds de l’acte initial ont cédé, aucun ne parvenant à conserver un score vierge, tant et si bien qu’un barrage s’est dessiné et décidé entre tous les couples ayant cumulé quatre points au total des deux manches.
Accompagné par McLain Ward en entrée de piste, le champion du monde en titre a ouvert la voie de cet ultime affrontement, avec une prestation d’une fluidité et d’une facilité déconcertantes sur son fils de Bamako de Muze. Mais leur temps, fixé à 42’’25, a été abaissé dès le passage du binôme suivant, formé par… Ben Maher et Enjeu de Grisien. En coupant la ligne d’arrivée en 41’’40, le duo franco-britannique a pris les commandes et ne les a plus jamais quittées. De quoi faire regretter encore davantage à Steve Guerdat la maudite touchette qui a fait vaciller la barre qui défendait l’ultime saut du tracé initial, seule ombre au tableau de son Grand Prix.
Les remarquables Roy van Beek et Cavoiro - H, déjà à l’œuvre la veille dans la Coupe des nations, se sont appliqués pour boucler un parcours parfait. Une stratégie différente de leurs deux prédécesseurs, mais payante. Avec plus de six secondes de retard sur la tête, le Belge et son fils de Casallco décroche une excellente quatrième place, qu’ils pourront chérir à sa juste valeur.
Si Katie Laurie rêvait sans doute de réitérer la performance qui fut la sienne début juin dans ce même écrin, une barre mise à terre en début de barrage a repoussé son cher Django II au sixième rang final. Pas de quoi rougir pour autant, tant ces deux là se sont montrés plus qu’au niveau face à quelques-uns des meilleurs couples du moment.
Le temps s’est ensuite arrêté, ou presque, pour laisser Richard Vogel et United Touch S œuvrer. Toujours aussi surnaturel, l’étalon de quatorze ans était concentré, à son affaire et bondissant. Mais cette sortie de double d’oxers a roulé à terre à son passage. Envolés les espoirs de Grand Chelem, envolé le bonus d’un million d’euros promis à qui réussira à remporter trois Majeurs consécutifs. Certes, leur cinquième place finale est décevante compte tenu de leur stature d’extraterrestres du saut d’obstacles, d’autant plus après des Mondiaux ratés en individuel, mais elle n’enlève rien à leur qualité et leur talent. Et ces deux-là n’ont sûrement pas dit leur dernier mot. Ne seraient-ils pas inspirés de prendre leur revanche à Genève, où ils ont déjà brillé en 2023 après un barrage entré dans les annales, pour se lancer à nouveau à la conquête du Grand Chelem ? Toutes les projections sont permises.
Avant que Ben Maher ne serre les dents pour encaisser les accolades de ses camarades parfois un peu trop franches pour sa clavicule douloureuse, Lillie Keenan se voyait offrir une deuxième chance d’écrire son histoire. Une deuxième, car l’Américaine aurait pu plier le match dès le second acte du Grand Prix. En effet, à ce stade, si elle avait signé un sans-faute avec son merveilleux Fasther, né chez la famille Moerings, productrice de cracks par excellence, l’amazone aurait empêché la tenue d’un barrage et remporté le plus beau succès de sa carrière. Mais son alezan et elle ont été battus sur la sortie du double d’oxers. De retour en piste pour un troisième parcours, les deux complices ont tenté leur chance avec envie et détermination, donnant tout pour aborder le dernier oxer et franchir les cellules le plus rapidement possible… mais quarante-cinq centièmes de trop les ont relégués en deuxième position. Alors qu’elle caressait son fils de Vigo d’Arsouilles vers la sortie de piste, Lillie Keenan ne pouvait pas feindre sa déception et son amertume. Pour elle, sans doute, mais aussi assurément pour son complice qui, à seize ans, n’aura peut-être plus de telles opportunités. Victime de deux blessures l’ayant éloigné des pistes de compétition de trop longs mois, le petit-fils de Farmer semble être dans une forme olympique depuis la saison dernière, mais court toujours après la grande victoire qui manque tant à son étagère. Peut-être sera-t-il inspiré par un autre phœnix, du nom de Vitiki, pour continuer de briller pendant encore au moins deux ans. Quoi qu’il en soit, cette deuxième place, dans un Grand Prix aussi exigeant et convoité, vaut (presque) tout l’or du monde.
Photo à la Une : Enjeu de Grisien a permis à Ben Maher de remporter son tout premier Majeur. © Ashley Neuhof / Rolex Grand Slam












