Deuxième des épreuves reines des CSI 5*-W de Vérone et Londres en 2024, puis de celles des CSI 5* de Londres en 2025 et de Windsor il y un mois, et également à cette même place lors de la finale de la Coupe du monde de Bâle au printemps 2025, Point Break a enfin remporté le premier Grand Prix 5* de sa carrière. À l’occasion du temps fort individuel du CSIO de Rotterdam, l’étalon SWB de douze ans a mis tout le monde d’accord grâce à un barrage impeccable et très rapide réalisé sous l’impulsion de son cavalier, Ben Maher. Ensemble, le duo a fait retentir l’hymne britannique pour la première fois depuis 1995 dans cette épreuve, dont le trio de tête a été complété par les émergents Luke Dee et Gangster WW ainsi que par les spectaculaires Willem Greve et Grandorado*TN.
Modèle, style, technique, talent. Point Break est sans doute l’un des chevaux les plus idolâtrés du saut d’obstacles mondial. Découvert par le grand public en 2023, année au cours de laquelle il a franchi ses premiers Grands Prix 5*, le bai à la large liste blanche a rapidement confirmé tout son potentiel. Dès la saison suivante, son cavalier l’avait destiné aux Jeux olympiques de Paris, avant de lui préférer, à la dernière minute et à la surprise quasi-générale, la Selle Français Dallas Vegas Batilly, pour le résultat que l’on sait. Aujourd’hui âgé de douze ans, le SWB, né dans le centre équestre d’Anders Lagergreen, qui fut aussi son formateur, a enfin remporté son premier Grand Prix 5*, dimanche 21 juin, dans le cadre du CSIO de Rotterdam. Si ses performances passées, dont une deuxième position lors de la finale Longines de la Coupe du monde de Bâle au printemps 2025, et quatre autres deuxièmes places dans les épreuves reines de CSI 5* avaient suffi à confirmer l’étendue de son potentiel, l’étalon aux rares descendants n’avait pas encore véritablement transformé l’essai. Surtout, il s’était fait discret ces derniers mois. Victime d’un mauvais parcours au CSI 5* de Vienne en septembre dernier, Point Break avait dû renoncer, quelques jours plus tard, au CSIO 5* de Barcelone après seulement un parcours à 1,45m. Brièvement aperçu à Stockholm dans les épreuves intermédiaires d’un CSI 4* en novembre, le petit-fils de Balou du Rouet est ensuite resté dans l’ombre jusqu’en mai 2026, où il s’est octroyé… une deuxième place dans le Grand Prix Rolex de Windsor. Cette fois, il a fait encore mieux, dans un barrage hautement disputé !

Ben Maher et Point Break ont remporté leur plus belle victoire à Rotterdam. © Tiffany Van Halle
“Il y avait beaucoup de bons cavaliers aujourd’hui. Point Break a eu une longue pause en début d’année. Il en avait besoin. Cette année, il n’a toujours pas renversé la moindre barre ! Il est revenu directement à Windsor, où il a terminé deuxième du Grand Prix. À Aix-la-Chapelle, il était mon deuxième cheval et ici, il était incroyable en première manche. Il y avait beaucoup de chevaux très rapides au barrage et le mien ne s’est pas vraiment déroulé comme prévu. Je comptais faire une foulée de plus dans la ligne en milieu de tracé, et j’ai encore des flashbacks de ma décision ! Heureusement, j’y ai cru et je n’ai pas regardé en arrière. Point Break n’a pas la plus grande amplitude du monde et, parfois, elle se raccourcit encore davantage avec la vitesse tant il est respectueux et athlétique. Il est à mes côtés depuis qu’il a six ans, donc nous nous connaissons bien. Nous avons grandi ensemble et, finalement, il faut parfois prendre de tels risques pour remporter des épreuves comme celle-ci. Cela faisait longtemps que mon équipe et mes chevaux n’avaient pas célébré une telle victoire. Elle a beaucoup de sens pour nous et nous fait du bien !”, a commenté le numéro quatre mondial, qui est le premier cavalier à faire retentir l’hymne britannique depuis 1995 et le succès de Michael Whitaker et Everest.

Point Break a survolé le Grand Prix du CSIO 5* de Rotterdam. © Tiffany Van Halle
Luke Dee, l’heure de la révélation ?
En 2025, au sein de la Halle Saint Jacques, lorsque Ben Maher et Point Break s’inclinaient face à Julien Epaillard et Donatello d’Auge, Luke Dee et Gangster WW, alors âgé de seulement neuf ans, faisaient leurs premiers pas au plus haut niveau. Depuis, le Néo-Zélandais et son athlétique partenaire ont pris de l’expérience et gagné en maturité. Toujours aussi spectaculaire lorsqu’il franchit les rivières, et très agile sur tous les autres obstacles, ce fils du génial Lucky Won van het Bevrydthof, alias Grand Slam VDL, a bien failli créer la surprise du jour à Rotterdam. Lancés à toute vitesse au barrage, lui et son cavalier, qui pointe à la trois-cent-trente-sixième place du classement mondial Longines de juin, ont arrêté le chronomètre en 43’’14, contre 42’’98 pour les lauréats du jour. Leur second parcours était tellement impressionnant qu’il a donné quelques sueurs froides à Ben Maher, qui attendait le dénouement en bord de piste. S’ils ne se sont finalement pas imposés, Luke Dee et son hongre, petit-fils de Kannan et arrière-petit-fils de Catoki, célèbreront sans doute ce résultat comme s’il s’agissait d’une victoire. Au départ de plusieurs belles épreuves 5* cotées à 1,60m ces derniers mois, et déjà deuxièmes du Grand Prix secondaire d’Amsterdam en janvier, tous deux se sont aussi et surtout illustrés au niveau 3* cette saison, terminant deuxièmes du Grand Prix de Herning en mars, troisièmes de celui de Hagen en avril avant de s’imposer dans celui de Kessel fin mai. Serait-ce l’heure de la révélation pour ce duo ? En tout cas, ce CSIO 5* de Rotterdam a fait la part belle aux Kiwis, LT Holst Freda, jument née en Nouvelle-Zélande, chez Ewen McIntosh, et menée par Julie Davey jusqu’au dix-neuvième rang de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth au printemps, ayant illuminé la Ligue des nations de vendredi sous la selle de Harry Charles !

À l'image de son père, Gangster WW se fait remarquer lorsqu'il saute une rivière ! © Tiffany Van Halle
De sérieux clients au barrage
Les performances de Ben Maher et Point Break ainsi que de Luke Dee et Gangster WW prennent encore plus de sens en regardant la liste des barragistes. Quelques couples très expérimentés et des cavaliers particulièrement redoutables face au chronomètre ont, en effet, réussi à déjouer tous les pièges disposés par Bart Vonck dans l’acte initial de ce Grand Prix. Un temps en tête en 43’’97, Willem Greve et Grandorado*TN en étaient. Fabuleux de bout en bout, le fils d’Eldorado vd Zeshoek a été un peu juste pour l’emporter, mais a confirmé sa très bonne forme après une épreuve collective honorable vendredi (0+4). Aérien, le bai de quatorze ans semblait voler à Rotterdam et son double sans-faute a procuré beaucoup de joie à son cavalier, le doigt pointé vers le ciel en coupant la ligne d’arrivée. Sans doute le vingt-troisième meilleur cavalier du monde a-t-il là sécurisé sa place pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.

Willem Greve et Grandorado étaient en forme olympique dans le Grand Prix de l'Officiel des Pays-Bas ! © Tiffany Van Halle
Avant le passage de Luke Dee et Gangster WW, qui ont scellé les résultats de ce Grand Prix, Martin Fuchs espérait bien figurer sur le podium avec son Selle Français Fortjump du Beaumenil, qui arrive dans la cour des grands depuis quelques semaines. Protégé de François-Xavier Frenoy, qui l’a fait naître en Ille-et-Vilaine voilà onze ans, le fils de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, a semblé surpris par la cadence imprimée par son pilote au barrage et a, de fait, perdu quelques précieux centièmes en sautant encore plus haut. Pour autant, et compte tenu de son expérience limitée, le bai, formé par Arnaud Bourdois de ses cinq à ses huit ans, a signé une sacrée performance, qui devrait logiquement en appeler d’autres. Une chose est sûre, en s’offrant ce hongre en fin d’été dernier, Martin Fuchs a vu juste.
En observant la liste des onze barragistes du jour, Richard Vogel faisait sûrement office de favori à la victoire. Toujours extrêmement rapide et efficace, l’Allemand avait sellé Cloudio, déjà impeccable dans l’acte un de la Ligue des nations deux jours plus tôt. Extrêmement démonstratif, le gris, qui a considérablement amélioré sa technique des antérieurs depuis quelques mois, a survolé le premier parcours. Au barrage, ce mâle par Casall semblait fuser vers un temps canon mais s’est finalement arrêté en 44’’20 pour se ranger en cinquième position. Devant lui, Fortjump du Beaumenil a enregistré un chronomètre de 44’’04, tandis que les ouvreurs de cette finale, Jason Smith et Picobello van’t Roosakker, en balade à Rotterdam, ont coupé les cellules en 44’’41. Ces deux-là, une nouvelle fois remarquables, sont chez eux au plus haut niveau. Vivement les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle !

Que le saut d'obstacles parait facile quand on regarde Jason Smith et Picobello van't Roosakker ! © Tiffany Van Halle
Nina Mallevaey et Destine To Be tout près de l’exploit
Le dernier double zéro de ce Grand Prix, achevé en 55’’77, soit avec près de treize (!) secondes de retard sur la tête, a été l’œuvre de Katherine A. Dinan et sa Out of the Blue SCF. L’Américaine a sans doute pris la bonne décision pour sa grise, toujours aussi généreuse et prête à lui pardonner ses erreurs, après avoir commis une très grosse faute à Saint-Gall il y a deux semaines. Elles terminent septièmes, devant… Nina Mallevaey. La Française comptait sur sa nouvelle étoile, Destine To Be, lauréat du Grand Prix du CSIO 3* de Deauville au début du mois. Le fils de Diamant de Semilly confirme une fois de plus tout son potentiel en obtenant un troisième classement pour son… troisième Grand Prix 5* ! Et le bai n’a sans doute jamais été aussi proche de la victoire. En effet, son chronomètre, fixé à 42’’42, était le plus rapide de l’après-midi. De bon augure pour l’avenir !

Nina Mallevaey et Destine To Be ont signé le barrage le plus rapide, mais la victoire leur a échappé en raison d'une faute. © Tiffany Van Halle
Comme Nina Mallevaey et son complice, Rodrigo Pessoa et Federico Fernandez ont chacun lâché quatre points avec Nielsdaka van de Rhamdiahoeve, alias Major Tom, de retour à la compétition et pas loin d’être à son meilleur niveau, et Barachiel d’Ouilly, alias Romeo, remarquable en première manche. Onzième, Mathijs van Asten n’a pu éviter deux fautes au barrage sur Cassina Dior, plus vue à ce niveau depuis mars 2025.
Vainqueurs sortants, Karl Cook et Caracole de la Roque ont, eux, mis deux obstacles à terre et n’ont, de fait, pas accéder au barrage. Pas plus que Jeanne Sadran, qui, peu à son affaire, a quitté la piste avec douze points sur Dexter de Kerglenn, tout comme Marlon Modolo Zanotelli et Ilex, que l’on a connu plus brillant mais qui a tout de même montré de bonnes choses pour son premier Grand Prix 5* en plus d’un an et son premier tout court avec son cavalier brésilien, les très en forme René Dittmer et Cody 139 ou encore les aguerris Yuri Mansur et Vitiki.
Photo à la Une : Point Break a pris son envol à Rotterdam. © Tiffany Van Halle













