Jordania Semilly et Argentina de Kreisker mènent la danse à Chantilly Classic
En foulant l’herbe de Chantilly tout au long de la semaine, Jordania Semilly, Argentina de Kreisker et leurs dauphins ont pris une expérience précieuse et certainement salvatrice pour la suite de leurs carrières respectives. Associées à Clément Fortin et Humaid Abdulla Khalifa Al Muhairi, ces deux juments nées en France, et représentant le stud-book Selle Français pour la cadette et Zangersheide pour l’aînée, ont dominé le Grand Prix réservé à leur classe d’âge, samedi matin. Coup de projecteur sur leurs prestations, leurs origines et celles de leurs meilleurs conscrits.
À Chantilly, la Jordanie et l’Argentine se sont invitées en haut de tableau. Ou plutôt Jordania et Argentina se sont invitées en haut de tableau. Samedi 11 juillet, dans les finales réservées respectivement aux chevaux de sept et huit ans, les partenaires de Clément Fortin et Humaid Abdulla Khalifa Al Muhairi ont brillé grâce à deux doubles sans-faute supersoniques. Toutes deux nées en France, sous les affixes Semilly et de Kreisker, elles ont mis en lumière les élevages connus et reconnus des familles Levallois et Ansquer.
“Jordania a de gros moyens. Elle est très respectueuse et fait partie des meilleurs chevaux de sa génération depuis déjà deux saisons. Elle n’a quasiment rien loupé et s’est déjà imposée hier sur la grande piste ! Je pense qu’il s’agit d’une jument taillée pour le grand sport”, a loué Clément Fortin en sortie de piste. Fille d’Ekano DKS, l’une des stars montantes du catalogue du haras de Semilly, la baie est une petite-fille du KWPN et chef de race Heartbreaker. Sa mère, Zarina Velvet, qui a vu le jour chez la famille Nijhof, a également donné Extravaganza Semilly (Jarnac), lauréate du Grand Prix 4* de Live Oak en 2025 sous la selle de l’Irlandais Christian Coyle et vue jusqu’à 1,60m. Sa souche, qui ne semble, a priori, pas être la plus fournie, est en réalité celle des étalons Robin I et Robin II. Sur la piste de Chantilly, Jordania Semilly a vécu une semaine de rêve, se montrant impeccable et imbattable, sans montrer l’once d’un effort. Clément Fortin, lui, peut savourer de compter sur un groupe de chevaux de sept ans de talent, dans lequel figure également le champion de France des mâles de six ans 2025, Johnny Semilly, irréprochable vendredi à 1,35m et auteur d’un parcours à quatre points en finale samedi à 1,40m, mais aussi les intéressants Jacaranda Semilly et Jour J Semilly, un frère utérin de l’étalon Kilimandjaro Semilly.

Vendredi devant les grandes écuries, et samedi devant le château de Chantilly, Jordania Semilly s'est montrée impériale. © Mélina Massias
À la deuxième place de cette épreuve réservée à la génération 2019, SS Oceania a fait sensation. Sous la selle d’Omar Abdul Al Marzooqi, l’agile alezane s’est montrée sous son meilleur jour et n’a accusé que soixante-cinq centièmes de retard sur la première place. Pour son pilote, cette pépite issue de l’élevage maison des écuries Al Shira’aa, sponsor de Chantilly Classic, est une star en devenir ! “Elle est incroyable ! C’est une jument pour le grand sport, je suis cent pour cent convaincu qu’elle sautera des Grands Prix”, assure le jeune homme à l’équitation impeccable sans sourciller. “Pour la suite, nous allons simplement la laisser grandir et attendre de voir ce que le futur lui réserve.” En sortie de piste, cette fille d’Aganix du Seigneur et petite-fille du sous-coté Colman a pour le moins attiré les regards et fait parler d’elle. En plus de ses qualités évidentes, la représentante du stud-book KWPN présente des collatéraux, et un en particulier, très compétitifs dans son papier. Sa grand-mère, Valina (Hearbtreaker), est en effet à l’origine d’une certaine Nice van’t Zorgvliet (Emerald van’t Ruyterhsof), classée en Grands Prix 5* avec Christian Kukuk et Nadja Peter Steiner.

La très agile et très talentueuse SS Oceania a attiré de nombreux regards ce week-end à Chantilly. © Mélina Massias
En bouclant leur double zéro en 37’’12, Joli Cœur du Cèdre et Jeasy de la Mûre partagent le troisième rang ! Le premier, étalon Selle Français Originel en pleine ascension, fils de Dollar dela Pierre et d’une certaine Dubaï du Cèdre (Baloubet du Rouet), ne cesse de progresser sous la selle de Margaux Rocuet. “Depuis le début, je trouve que Joli Cœur a d’énormes similitudes avec sa maman, Dubaï. Lorsqu’on met des photos d’eux poulains, ce sont des sosies, des jumeaux !”, sourit la Bretonne, évidemment ravie de son complice, dont elle a pris les rênes au printemps 2025. “Aujourd’hui, Joli Cœur n’est plus un bébé. Il est un peu plus souple dans son corps que sa mère et il a plus d’ouverture de rein que sa mère au même âge. Son côté entier ressort aussi de temps en temps : il aime bien jouer. Je trouve également que Joli Cœur est plus marqué par Baloubet que sa maman ne pouvait l’être. Je pense qu’il va tout sauter ! Il a une telle confiance en lui, une telle assurance, que ça en est assez déstabilisant ! L’an dernier, les obstacles ne l’intéressaient pas du tout, car ils étaient trop petits pour lui. Là, cela commence à l’interpeller davantage. Hier, il a sauté de façon magnifique, mais il a commis une petite faute. Pour lui, on a juste galopé dans un grand jardin avec quelques barres au milieu, mais il n’était pas plus impressionné que ça par la chose ! Son mental m’impressionne énormément.” Le jeune étalon marchera-t-il dans les traces de son illustre mère ? Réponse dans quelques années !

Quelle montée en puissance pour Joli Coeur du Cèdre et Margaux Rocuet ! © Mélina Massias
Jeasy de la Mûre, quant à lui, a une nouvelle fois fait honneur à l’élevage de Béatrice Drigeard-Desgarniers. Décidément très en vogue, l’affixe ligérien brille de toutes parts. Si l’on savait déjà que la production de Carmen, la mère des propres frères Eté et Enjoy de la Mûre, était remarquable, c’est cette fois une autre lignée qui sort du lot et confirme tout le talent de la sympathique éleveuse, qui travaille en famille, aux côtés de sa fille, Adeline Morel… première cavalière du complice de Janika Sprunger en compétition ! Le bai est un rare fils d’Easy Star de Talma, spécialiste des Derbys sous la selle de Steve Guerdat et d’Urcane de la Mûre, par Flipper d’Elle. Jeasy de la Mûre est un neveu d’Amant de la Mûre, qui excelle notamment dans les épreuves de puissance et autres Six Barres aux côtés de Johann Poisson. Sa troisième mère, Bastille d’Amigny est également la grand-mère d’Eole Cyclamen, champion d’Europe Junior par équipe en 2024 à Kronenberg.

Jeasy de la Mûre donne le sourire à Janika Sprunger et sans doute aussi à toutes les personnes qui l'ont vu grandir, notamment dans la Loire ! © Mélina Massias
La suite du classement est complétée par les cinq autres barragistes : June Dor (By Cera d’Ick x Zandor), Newton de Baudemont (Faut-Il des 7 Vallons x Kashmir van’t Schuttershof) et Jalisco JPC (Glasgow van het Merelsnest x Carthago), frère utérin de l’étalon Brantzau, sanctionnés d’une fautes avec Alix Ragot, Arnaud Gaublomme et Alexis Deroubaix, Jivago du Tyl (Catoki x Chacco-Blue), un frère utérin de la géniale Hatlantika (Best of Iscla) auteur d’un second parcours à huit points aux rênes de Marc Dilasser, ainsi que Bigumana (What A Quickstar R, alias Big Star x Cumano), qui a quitté la piste avec trois fautes sous la selle d’Hicham Chani.

Jivago du Tyl, frère utérin d'une certaine Hatlantika, n'est pas parvenu à boucler un double zéro aujourd'hui. © Mélina Massias
Très en forme lors de ses deux précédentes épreuves, Stardom (What A Quickstar R, alias Big Star x Eldorado vd Zeshoek) a cette fois concédé deux fautes dans le triple sous la selle de Luke Dee. Très grand, le bai, issu de l’élevage personnel de Nick Skelton, doit encore gagner en maturité pour dompter son corps et son amplitude. Le brillant Conquest 2 RS (Chacfly PS x Stakkatol) a quant à lui été éliminé en raison d’une erreur de parcours et après avoir mis trois barres à terre sous la selle d’Edward Levy, qui n’a pu éviter une faute avec son autre complice du jour, le démonstratif Jalisco de Coquerie (Candy de Nantuel x Helios de la Cour).

Malheureux lors de la finale samedi, Conquest 2 RS a pourtant fait sensation vendredi ! © Mélina Massias
Une nièce du champion olympique Big Star en haut de l’affiche
Lauréate de la seconde qualificative des championnats du monde de Lanaken à sept ans l’an dernier, Argentina de Kreisker a confirmé toute son efficacité devant les grandes écuries de Chantilly. Associée à Humaid Abdulla Khalifa Al Muhairi, qui la monte depuis début 2024, la Zangersheide a réjoui tout le clan émirati samedi matin. “Argentina a remporté les championnats nationaux aux Emirats à six et sept ans. C’est une superstar !”, a lancé le discret cavalier des écuries Al Shira’aa, sponsor titre de l’édition 2026 de Chantilly Classic. “Elle a de vraies qualités ; j’espère qu’elle sautera les épreuves supérieures avec autant de facilité et qu’elle s’y imposera également. Remporter cette épreuve représente beaucoup pour moi, car notre écurie sponsorise ce concours, qui est, de fait, très important pour nous.” 
Pour Argentina de Kreisker, bon sang ne saurait mentir ! © Mélina Massias
Selon Horsetelex, la mère d’Argentina de Kreisker compte pas moins de vingt-huit produits, dont le surprenant étalon Léopard des Joanins (L’Arc de Triomphe), qui franchit cap après cap aux rênes d’Olivier Perreau, mais aussi Krack des Joanins (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky), qui a sauté jusqu’en Grand Prix 3*. Il faut dire que cette génétique a de quoi attirer la convoitise, puisque Jolanda, leur deuxième mère, a donné un certain What A Quick Star R, alias Big Star, sacré champion olympique à Rio en 2016 sous la selle du Britannique Nick Skelton. Partie en début de barrage, la baie n’a laissé personne la rattraper, pas même l’excellent et métronome Itoki de Riverland*GFE.
Sous la selle de François-Xavier Boudant, l’étalon de huit ans par Candy de Nantuel et Dirka de Riverland (Action Breaker) confirme, sortie après sortie, inlassablement. Frère utérin du très intéressant Katoki de Riverland (Catoki), et issu de la souche du Château, le protégé du Groupe France Elevage qui a vu le jour chez Mickaël Varliaud a livré deux excellentes copies et coupé la ligne d’arrivée en 38’’08, soit avec sept centièmes de trop pour s’imposer !

Pas de surprise avec Itoki de Riverland, toujours au rendez-vous et deuxième du Grand Prix réservé aux chevaux de huit ans. © Mélina Massias
Avec plus de deux secondes de retard sur le duo de tête, Iquikan de Fromecs s’est arrêtée en troisième position. La Selle Français a stoppé la montre en 41’’16 sous la selle de la Suissesse Barbara Schnieper. Il s’agit d’une fille de Kannan et petit-fils de Quickly de Kreisker, un croisement imaginé dans les Vosges, au sein de l’élevage de Liliane et Martin Fromer. Issue d’une lignée basse westphalienne, la baie de huit ans partage notamment sa génétique avec CSIO Bel, bondissant petit alezan brûlé qui a fait le bonheur de Jennifer Hochstaedter et continue de faire celui de la Britannique Sophie Evans.

Barbara Schnieper prend la troisième place avec sa petite-fille de Quickly de Kreisker. © Mélina Massias
Le très convaincant descendant de Nixon van’t Meulenhof, Seventh Heaven del Trebol, enregistre le dernier double zéro aux rênes du Mexicain Javier Fernandez pour se placer quatrième. Petit-fils de Joop 111 (Diarado), le BWP n’a disputé sa première épreuve internationale sur le sol européen qu’en juin, à Lierre ! Cinquième, Omar Abdul Aziz Al Marzooqi n’est pas passé loin d’un podium avec Biarritz, une très plaisante Zangersheide. La belle est le fruit du mariage entre Brunetti et une fille de Campione (Capitol I). Sa grand-mère, Estragon, est la mère d’Inside of My Heart, bonne jument dont Mario Deslauriers vient de donner les rênes à Mark Bluman. La paire a concédé une faute au barrage. Elle devance de peu celles formées par les Canadiens Mathieu Michot et Kara Chad avec leurs respectifs Ines de Kerglenn (Casall x Mylord Carthago), une fille de Driss de Kerglenn et sœur utérine de Griss de Kerglenn (Cristallo I), sur la souche de Jumpy de Kreisker, et Piagona PS (Presley Boy x Messenger).

Seventh Heaven del Trebol a fait étalage de ses qualités au barrage avec Javier Fernandez. © Mélina Massias
Photo à la Une : Jordania Semilly était comme un poisson dans l'eau à Chantilly cette semaine. © Mélina Massias
Les épreuves de Chantilly Classic sont à suivre gratuitement en direct et en replay sur GRANDPRIX.tv.









