“Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème sont en osmose”, Laure et Frédéric Aimez (1/2)
Il y a quatre ans, avant l’avènement de Dynamix de Bélhème, Laure et Frédéric Aimez ont songé à ne plus élever que par passion et à réduire drastiquement leur nombre de naissances annuelles. Finalement, ces deux passionnés, aussi attachants que discrets, ont poursuivi leur œuvre. Et quelle œuvre ! Faire naître une jument sacrée championne d’Europe, du monde et médaillée d’argent aux Jeux olympiques n’est pas donné à tout le monde. Pour preuve, aucun autre cheval de l’histoire moderne n’est parvenu à se hisser sur le podium des trois grands championnats extérieurs. Si le duo père-fille loue l’importance capitale de Steve Guerdat dans l’éclosion de la fille de Snaïke de Blondel, ils n’en restent pas moins les premiers artisans de cette belle histoire. Dans la première partie de cet article, ils partagent leurs émotions, reviennent sur l’année particulière vécue par leur championne et témoignent de ce que cette baie hors du commun a changé pour eux.
Il y a quatre ans, alors de Dynamix de Bélhème commençait à s’affirmer comme la reine qu’elle est aujourd’hui, Frédéric Aimez rêvait de la voir en finale des Jeux olympiques, à Paris. Depuis, sa perle a non seulement exaucé son souhait mais a surtout fait encore mieux. Championne d’Europe, vice-championne olympique et championne du monde, la fille de Snaïke de Blondel, qu’il a vu naître un jour de juin 2013 avec sa fille, Laure, est entrée dans la légende des sports équestres aux côtés de son cavalier, l’inégalable Steve Guerdat. Attendue à Milan et Versailles, la paire l’était moins à Aix-la-Chapelle, après une saison 2026 allégée et marquée par un seul engagement à 1,60m, lors de la Coupe des nations du CSIO 5* de Falsterbo. Et pourtant, sa domination a été sans égal en Allemagne. “Quand je me réveille la nuit, je me dis que je rêve. Mais non, c’est bien réel !”, sourit Frédéric Aimez.

Steve Guerdat sait combien sa complice est précieuse et l'a dit à tout le public d'Aix-la-Chapelle. © Mélina Massias
Ces derniers mois, les spéculations sont allées bon train quant à l’état de forme de Dynamix de Bélhème. Peu vue en 2025 en raison des pépins de santé de son cavalier, la belle est revenue au sommet de son art cet été, au meilleur moment. Malgré les incertitudes qui pouvaient inquiéter les observateurs extérieurs, Laure et Frédéric, eux, ont toujours cru en leur protégée. “C’est bizarre à dire, et je ne sais pas vraiment comment l’expliquer, mais nous n’avons jamais douté”, assure Laure Aimez. “Bien sûr, nous ne pouvions pas prédire qu’elle serait sacrée championne du monde. Nous nous étions dit qu’un podium, le troisième en autant de grands championnats, serait déjà magnifique. Une médaille de bronze nous aurait ravis. Mais Steve ne venait pas pour ce métal ! Plus les jours avançaient, plus nous avions le sentiment que tout allait bien se dérouler. Il y avait de bonnes ondes autour de nous et nous ressentions des choses très positives. On était dans une bonne ‘Dynamix’ si je peux le dire ainsi !”

Laure et Frédéric Aimez ne sont pas trompés lorsqu'ils ont ressentis des ondes positives autour de ce championnat. © Benjamin Clark / FEI
“Steve est l’un des rares cavaliers de ce niveau à se montrer aussi reconnaissant envers nous, éleveurs”, Laure Aimez
Présente à Aix-la-Chapelle pour vivre la finale individuelle au plus près de sa star, la jeune femme a partagé son émotion avec Steve Guerdat, qui témoigne toujours toute sa gratitude à Laure et Frédéric pour avoir mis au monde Dynamix de Bélhème et qui a aussi investi, discrètement, dans la génétique de sa championne. “Steve est l’un des rares cavaliers de ce niveau à se montrer aussi reconnaissant envers nous, éleveurs. Lorsqu’il m’a vue dimanche après son tour d’honneur, il m’a serrée dans ses bras. Il pleurait et nous n’avons cessé de nous remercier mutuellement. Après la conférence de presse, il a mis sa médaille autour de mon cou. Ce sont des moments rares et simplement merveilleux”, raconte-t-elle. Et Frédéric de renchérir : “Après les championnats d’Europe de Milan et les Jeux olympiques de Paris, Steve nous a appelés en visio. On n’a pas eu le temps de dire quoi que ce soit qu’il nous avait déjà remercié des dizaines de fois.”
Au-delà des médailles et des succès, l’attachant duo père-fille savoure surtout le bonheur de voir leur jument choyée et sincèrement aimée. “Dynamix saute a priori assez peu à la maison. Pour qu’elle arrive en forme à Aix-la-Chapelle, Steve a beaucoup travaillé sa condition physique. Et ses chevaux sont très souvent au paddock, même lorsqu’il neige ! Ils sont donc tout le temps en mouvement. C’est l’idéal. On remarque d’ailleurs qu’aujourd’hui il en va de même dans l’élevage de Trotteurs : ils passent quasiment toute la journée au paddock”, souligne Frédéric. “La groom de Steve, Emma Uusi-Simola, est super, tout comme la propriétaire de Dynamix, Sabina Cartossi. Lundi, au lendemain de son titre de championne du monde, Dynamix était en balade en forêt avec Emma. Ce sont des gens qui aiment profondément leurs chevaux”, complète Laure.

Dans l'ombre des cavaliers, oeuvrent de nombreux acteurs indispensables, à commencer par les éleveurs, mais aussi les grooms. © Sportfot
L’osmose
Véritable homme de championnats, Steve Guerdat a réussi un petit exploit en faisant monter Dynamix de Bélhème sur le podium individuel des trois grands championnats auxquels elle a participé. Du jamais vu pour une jument dans l’histoire moderne du saut d’obstacles. “Ces grands titres tiennent à cœur à Steve Guerdat. Celui de champion du monde, qui plus est à Aix-la-Chapelle, l’obsédait et le surmotivait”, constate Laure. “Steve est extrêmement fort pour amener un cheval à son meilleur niveau le jour J. Il est vraiment incroyable dans ces grandes échéances ! Je pense qu’il a voulu garder Dynamix la plus fraîche possible, et cela a été le cas : elle n’a pas transpiré d’une seule goutte. Comme le disait Hervé Godignon sur Clipmyhorse : Steve est transcendé par l’enjeu, là où d’autres cavaliers peuvent être bloqués par cette pression. Les championnats, c’est vraiment son truc. Et je crois qu’il en va de même pour Dynamix”, poursuit Frédéric. “Les parcours les plus importants et difficiles semblent assez faciles pour Dynamix. Elle est toujours appliquée lors des épreuves majeures et les saute comme s’il y avait 1,30m ! Je pense qu’elle sent lorsque cela compte et que ces moments-là lui plaisent. Steve nous avait confié que la première qualité qu’il recherchait chez un cheval était son mental. Et Dynamix elle a ce mental ! La première fois qu’elle a sauté en liberté, elle était déjà incroyable. Il y avait une barre à 80 centimètres. Elle revenait dessus toute seule et passait un mètre au-dessus ! On pensait que la hauteur de son premier saut était dû à la découverte de ce nouvel exercice, mais non. Elle a continué à franchir cette petite barre avec la même aisance ensuite. Cela l’amusait vraiment. Aujourd’hui, Steve et elle sont en osmose. Steve est sincèrement gentil et foncièrement humain. Pour nous, c’est fabuleux.”

Emu après son sacre, Steve Guerdat a enlacé sa complice. © Sportfot
Sans Dynamix, l’élevage de Bélhème aurait pu cesser son activité…
En se lançant dans l’élevage, il y a quelques dizaines d’années, Frédéric Aimez ne rêvait pas de vivre une telle aventure. Avant Dynamix, le Normand, installé à Arques-la-Bataille, en Seine-et-Marne, a pourtant connu quelques beaux succès. Dans les courses d’obstacles, d’abord, notamment avec Uxizandre, gagnant en Groupe 1 en Angleterre qui ne “payait pas de mine” lorsqu’il était poulain. “Avec le bon entraîneur et le bon jockey, ça l’a fait. Mais il n’avait rien de plus que les autres à la naissance. Il en avait presque un peu moins ! Il était discret”, se rappelle Frédéric. “Lorsque Dynamix est née, elle était mignonne, belle, pétillante. Mais nous étions bien loin de penser qu’elle serait un jour championne d’Europe et championne du monde ! Si les chevaux ne rencontrent pas le bon cavalier, ne suivent pas le bon parcours, s’ils contractent une blessure, ils n’arrivent pas toujours à atteindre ce que l’on imaginait pour eux. Il faut que tout soit aligné et cela a été le cas pour Dynamix.”
Sans doute dotée de gènes pas comme les autres, et assurément d’une aura et d’un charisme tout sauf ordinaires, la baie a fait bien plus que gagner des titres. Elle a donné une nouvelle ampleur à l’affixe de Bélhème, en l’ancrant sur le devant de la scène. Avant les championnats d’Europe de Milan, rattrapés par la réalité si difficile et si souvent tue du métier, père et fille ont songé à tout arrêter pour ne conserver que deux ou trois juments pour leur plaisir. “C’était trop dur, trop compliqué. Je me suis dit que j’allais trouver une place en tant que responsable d’élevage dans une structure, et que cela ferait l’affaire”, révèle Laure. “Financièrement parlant, la situation devenait très difficile. Mais nous avons vu que Dynamix tutoyais le haut niveau, et nous avons attendu un peu avant de prendre une décision. Après Milan, tout n’a pas changé du jour au lendemain, mais les choses se sont améliorées. Nous avons reçu davantage d’appels, et les ventes se sont conclues plus rapidement et simplement, sans perdre de temps avec des personnes simplement guidées par leur curiosité.”

Depuis ses premiers sauts en liberté, Dynamix de Bélhème n'a pas perdu une once de son talent. © Mélina Massias
Cet entrain commercial, qui semble se confirmer au lendemain des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, n’a pas été le seul tournant décisif pour les Aimez. “La consolidation de notre partenariat avec la famille Vallat est la chose la plus importante que Dynamix ait changée. C’est indispensable pour nous. La famille Vallat gère une importante structure près de Lyon et valorise la totalité de nos jeunes chevaux. Grâce à eux, nous pouvons nourrir des ambitions à plus long terme et conclure des ventes un peu plus tard. Avec cette association et la suite de l’aventure de Dynamix, nous nous sommes dit que cela valait le coup de continuer !”
La seconde partie de cet article sera disponible prochainement sur Studforlife.com…
Photo à la Une : Dynamix de Bélhème et Steve Guerdat se sont bien trouvés, pour le plus grand bonheur de la famille Aimez. © Sportfot







