“Dynamix de Bélhème a changé nos vies”, Laure et Frédéric Aimez (2/2)
Faire naître une jument championne d’Europe, du monde et vice-championne olympique n’est pas donné à tout le monde. Laure et Frédéric Aimez le savent bien. Chaque jour, l’attachant duo père-fille savoure le bonheur d’avoir croisé la route d’une certaine Soudaine du Montet il y a seize ans. Cette souche, toujours source de plus d’espoirs, leur donne le droit de rêver encore davantage, grâce à une descendance intéressante et surtout préservée, avec l’ambition d’atteindre le grand sport. Récompensés, à l’initiative de New Gen Professionals, d’une Prime de 10.000 € bienvenue lors des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, les deux Normands profitent, sans jamais arrêter d’avoir les yeux qui brillent pour tous leurs protégés. Dans leurs ambitions les plus folles, tous deux ne seraient pas contre voir la reine Dynamix de Bélhème se parer de la seule médaille d’or qui manque à son palmarès : l’or olympique. Une idée partagée par Steve Guerdat, indissociable cavalier de la fille de Snaïke de Blondel.
La première partie de cet échange est à (re)lire ici.
Aujourd’hui, l’affixe de Bélhème peut compter sur plusieurs jeunes forts prometteurs, qui gravissent les échelons sans précipitation, parfois dans l’ombre, mais toujours avec le grand sport en ligne de mire. Si Frédéric Aimez a souvent regretté d’avoir perdu la souche du premier grand représentant de son élevage en jumping, Utchan de Bélhème, la dynastie de Dynamix est déjà assurée. Lorsqu’on lui demande lesquelles de ses pépites semblent avoir ce petit truc en plus qui fait toute la différence, l’éleveur normand cite instinctivement “une petite-fille de Dynamix âgée de quatre”, la visiblement bien nommée Myna Star de Bélhème (Balou Star). “Elle n’a pas fait de concours cette année car elle est née début juin et est un peu tardive, un trait commun que l’on retrouve dans sa souche, qui n’est pas particulièrement précoce. Je ne suis de toute façon jamais pressé avec mes chevaux, et elle n’est pas à vendre, donc il n’y avait pas d’intérêt à lui faire suivre le circuit des quatre ans. En revanche, lorsque notre ami qui l’a débourrée l’a faite sauter, il nous a dit qu’il n’avait jamais vu ça !”, s’émerveille-t-il. “Elle ressemble énormément à sa grand-mère : elle est belle, avec une liste et a un peu le même modèle qu’elle. Elle est vraiment incroyable et nous espérons qu’elle fera de beaux concours. Mais il ne faut pas trop rêver… nous ne ferons peut-être pas naître cinquante champions d’Europe, du monde et vice-champions olympiques ! Quoi qu’il en soit, elle a un très bon mental et beaucoup de similitudes avec Dynamix. Nous avons aussi une fille d’Hizyblue de Bélhème, un fils de Dynamix avec Zirocco Blue (né Quamikase des Forêts, ndlr). Lui comme Hizyna, sa propre sœur et la mère de notre bonne quatre ans, semblent très bien produire. Ils ont tous les deux l’air d’avoir quelque chose en plus.”
Le prometteur Jaimix de Béhlème peut difficilement renier sa mère. © Agence Ecary
Laure n’oublie pas non plus le prometteur Jaimix de Bélhème (Qerlybet Hero), descendant direct de Dynamix âgé de sept ans. Co-propriété de la famille Vallat, le bai, très signé par sa mère, a disputé plusieurs épreuves Top 7 cette saison, sous la selle de Mathis Vallat, et attend patiemment son heure de gloire. “Il semblerait qu’il ait un très bon potentiel. Il va donc poursuivre sa formation dans les années à venir. Il n’a pas commencé son apprentissage de bonne heure et est un peu tardif, donc nous ne l’avons pas bousculé”, explique à raison le duo père-fille. Et d’ajouter : “La famille Vallat est juste exceptionnelle dans le respect dont elle fait preuve envers les chevaux. Elle prend le temps qu’il faut dans le travail avec eux, leur accorde des vacances au pré, et ne vise pas coûte que coûte les finales nationales. C’est tellement important lorsque l’on voit tout ce qu’on demande aux chevaux au plus haut niveau par la suite. Il faut vraiment les économiser au début. On est gagnant plus tard.” Dans le même temps, la Grande Semaine de Fontainebleau a permis de voir à l’œuvre le grand Lynamix de Bélhème, triple sans-faute chez les cinq ans hongres. Il s’agit d’un fils de Feeling des Flagues (Vagabond de la Pomme x Vondéen) et Soudaine du Montet. Ce dernier n’a pas laissé indifférent plusieurs acheteurs postés en bord de piste et prêts à flairer le crack de demain !

Le prometteur Lynamix de Bélhème a réussi une belle Grande Semaine sous la selle de Mathis Vallat. © Mélina Massias
La reine Soudaine du Montet : la bénédiction des Aimez
Si Dynamix est aujourd’hui dans la lumière, les Aimez n’oublient pas celle à l’origine de cette folle aventure : Soudaine du Montet. Du haut de ses vingt printemps, la baie brune est toujours choyée comme la reine qu’elle est dans les prés de d’Arques-la-Bataille. “Elle est en pleine forme. On dirait une jeune jument ! Elle est magnifique, a encore le dos bien tendu et est bien ronde. Elle a à peine un poil blanc !”, se réjouissent Laure et Frédéric. Chaque soir, lorsque les deux associés ont fini de nourrir leurs protégés, la fille de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, reçoit une poignée de granulés supplémentaire par médaille remportée par son illustre fille. Depuis le 23 août, son joli pactole gustatif est passé à trois. “Nous avons dit à nos autres juments qu’elles auraient elles aussi un supplément lorsqu’elles auraient une championne d’Europe, du monde ou une vice-championne olympique”, rigolent les deux Normands.
Soeur utérine du tout bon Vitorio du Montet - huitième du CCI 5*-L de Pau en 2021 avec Maxime Livio et au départ des Jeux olympiques de Paris, en 2024, puis des championnats d’Europe de Blenheim et du monde d’Aix-la-Chapelle en 2025 et 2026 -, Soudaine du Montet s’est fait un nom chez les Aimez… particulièrement reconnaissants d’avoir croisé la route d’une telle jument. “Tout cela, c’est grâce à Eliane et Michel Ruel, qui m’ont appelé un jour pour me parler d’une fille de Cornet Obolensky, et à Brigitte et Hubert Mazeau, qui l’ont fait naître. J’ai rencontré Soudaine il y a seize ans. À l’époque, son père n’était pas aussi réputé et connu qu’aujourd’hui, et il n’avait dû avoir qu’une dizaine de produits en 2006 ! Brigitte et Hubert Mazeaud souhaitaient arrêter l’élevage de chevaux de sport pour se consacrer aux chevaux de course - qu’ils ont élevés avec succès - et cherchaient une bonne maison pour Soudaine. Elle est issue d’une super souche, celle de Ma Pomme, et était déjà très légère, très sport pour son époque. Je l’ai achetée à quatre ans, et Michel m’a alors conseillé de la croiser avec son fils de Calvaro, Snaïke de Blondel”, reconnaît volontiers l’éleveur. De cette première union, est né le tout bon Cornetaux de Bélhème, vu jusqu’à 1,45m, puis le petit génie devenu légende qu’est Dynamix.

La sublime Soudaine du Montet. © Laure Aimez
“Nous réessaierons d’inséminer Soudaine l’an prochain si elle est en forme. Sinon, elle profitera de sa retraite à nos côtés”, Frédéric Aimez
Depuis, Laure et Frédéric ont bien pensé à reproduire ce croisement visiblement magique, mais les étoiles ne se sont pas alignées et cela ne s’est pas fait. Sans regret. Préférant, à raison, le confort de travail qu’offre la semence fraîche, tous deux ont misé d’autres étalons, à l’image d’Old Chap Tame, Feeling des Flagues, Balou Star, Halifax vh Kluizebos, ou encore Up To You, un fils de Calvaro, comme Snaïke de Blondel, et le grand espoir Larimar’Quill. Généreuse, la reine Soudaine a donné deux embryons du fils d’Emerald van’t Ruytershof et Déesse de Kerglenn la saison dernière. Deux mâles prometteurs sont nés cette année, dont un restera auprès de ses naisseurs, en partenariat avec la famille Vallat, pour poursuivre son aventure. “Nous avons fait naître cinq poulains par Larimar’Quill cette année, dont quatre pour notre compte. Ils ont tous quelque chose de vraiment bien”, apprécie Laure. “Il y a quelque chose qui me plaît vraiment dans le fils de Soudaine et Larimar que nous allons conserver”, confie Frédéric.
Le duo d’éleveur a aussi croisé Full of Stars de Bélhème, une sœur utérine de Dynamix par Old Chap Tame, au prometteur protégé de Jean-Christophe Lecorneur et Denis Polge. “J’adore cette pouliche ! Je crois que c’est ma préférée cette année !”, s’enthousiasme Laure. “Elle est toute noire avec un losange sur la tête, est super bien faite et a un mental exceptionnel. C’est une machine de guerre !” Séduit par la production du jeune mâle, le duo normand lui a aussi confié Haguaise de Blondel, une fille de Lauterbach et petite-fille de la matrone Phedra Rateliere, pour la deuxième année consécutive. Objectif ? Obtenir une pouliche aussi réussie que le mâle né de cette même union en 2026 !
Avec seize descendants, Soudaine du Montet n’a pas été surexploitée. Ne produisant pas un grand nombre de chaleurs, la Selle Français n’aura pas de nouveaux héritiers en 2027. Mais pas question de s’acharner. “Nous avons tenté deux inséminations cette année, mais nous n’avons pas obtenu d’embryon. Ce n’est pas grave. Nous réessaierons l’an prochain si elle est en forme. Sinon, elle profitera de sa retraite, ici, à nos côtés et ceux de nos autres juments retraitées”, tranche Frédéric. “Nous avons la chance d’avoir conservé presque toutes les femelles de cette famille-là.” De quoi poursuivre sereinement le conte de fées. “Toutes les femelles de cette lignée sont gentilles et sont des guerrières assez froides. Elles ne doutent pas et n’ont peur de rien. Dynamix en est le parfait exemple. Elle paraît calme, mais elle peut mettre un coup d’accélérateur à tout moment pour répondre aux difficultés”, ajoute Frédéric. “Soudaine transmet du look et un côté assez sport. Durant les championnats du monde, quelqu’un a demandé à Paul Schockemöhle à quoi ressembleraient les chevaux de haut niveau dans dix ans. Et il a parlé de la souplesse. Il faut essayer de tout conserver : la force, le sang, la souplesse et le génie. Et ce n’est pas si simple ! Sur quatre chevaux, chacun peut avoir l’une de ses qualités, mais les réunir dans un même individu est beaucoup plus délicat. On a parfois l’impression que Dynamix n’a pas de force pure, mais elle a des moyens. Ce sont deux choses différentes.”
Dynamix de Bélhème et Steve Guerdat semblent en osmose lorsqu'ils entrent en piste. © Mélina Massias
Une prime bienvenue qui en appelle d’autres ?
Après le sacre d’Aix-la-Chapelle, les Aimez ont reçu des messages et des appels par dizaines. Jamais n’en avaient-ils reçu autant. Et si ces délicates attentions leur ont évidemment donné du baume au cœur, autre chose les a aussi ravis. La société Next Gen Professionnals, au sein de laquelle œuvrent Sean Crooks, Brianne Goutal-Marteau, Chris Kappler, Kyle Timm et Andrew Welles, a offert un chèque de 10.000 € aux naisseurs de la championne du monde. “C’est une initiative absolument formidable ! Recevoir 500 € est déjà génial pour nous, mais on parle là de 10.000 € ! C’est une somme conséquente pour les éleveurs”, s’émerveille encore Laure.
Avec ce geste plein de sens et tellement mérité, revient la question d’une Prime aux naisseurs généralisée. Si tout le monde - ou presque - semble s’accorder pour louer le fond de l’idée, il demeure bien difficile de voir les différentes parties tomber d’accord pour une avancée concrète. “On pourrait imaginer une sélection d’une quinzaine ou vingtaine de concours majeurs dans l’année, auxquels s’ajouteraient les grands championnats. Lors de ces rendez-vous, un petit pourcentage de la dotation reviendrait aux éleveurs des trois meilleurs chevaux de l’épreuve. Ce serait très bien. Tout le monde est d’accord sur le principe, mais personne ne veut voir sa part être tronquée. Les propriétaires, par exemple, avancent qu’ils engagent déjà énormément de frais pour leurs chevaux. Les cavaliers n’ont pas tous une vie facile, et les organisateurs peinent parfois à trouver des sponsors… Je n’ai pas la solution, mais si cela pouvait être mis en place de cette manière, ce serait parfait”, imagine le créateur de l’affixe de Bélhème.

Après son tour d'honneur, Dynamix de Bélhème a reçu un câlin de Laure Aimez, qui l'a vu naître aux côtés de son père, Frédéric, il y a treize ans ! © Sportfot
Pour l’heure, chaque petite avancée en faveur des mains de l’ombre est appréciée et saluée. “À Aix-la-Chapelle, les noms des grooms étaient affichés sur les écrans géants, et apparaissaient aussi sur les vidéos des parcours. Ils le méritent plus qu’amplement et les choses avancent dans le bon sens, mais peut-être moins vite pour les éleveurs… On a vu les grooms et les propriétaires monter sur le podium aux Mondiaux : c’était super ! Nous aurions aussi aimé en faire de même (d’autant que les naisseurs des trois chevaux médaillés en individuel étaient présents sur place, ndlr). J’aurais été ravie de vivre ce moment-là et de recevoir un cadre avec une photo de Dynamix et un flot. Je pense qu’il y a des choses assez simples, qui ne coûtent pas un million d’euros, qui peuvent être mises en place. Les noms des éleveurs étaient écrits sur les listes de départ des épreuves, et c’est une très bonne chose. Cela pourrait aussi être fait sur les écrans géants. Cela ne prend qu’une ligne et peut déboucher à des prises de contacts, voire à des ventes ou des partenariats pour nous. Autrement, il est difficile, d’autant plus pour les petits éleveurs, d’être mis en avant et reconnus”, estime, de son côté, Laure. Et son père de résumer : “Tout évolue depuis plusieurs années : la qualité des chevaux de sport, du travail et des cavaliers, autant au niveau national qu’international, ce qui permet au sport d’avoir une meilleure image. Aujourd’hui, je pense que les éleveurs font un peu plus attention à leurs croisements et n’utilisent plus forcément les juments qui boitent.”
Vers le sommet de l’olympe ?
S’ils semblent avoir déjà vécu leurs rêves les plus fous avec Dynamix de Bélhème, Laure et Frédéric souhaitent en voir un autre devenir réalité. “On espère que Dynamix sera en forme olympique dans deux ans”, glissent-ils, citant comme exemple l’inoxydable Dez’ Ooktoff, surprenant cinquième des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle du haut de ses dix-huit printemps. En 2028, lorsque les Jeux olympiques de Los Angeles donneront leur coup d’envoi, la fille de Snaïke de Blondel et Soudaine du Montet aura quinze ans. Pour peu qu’elle ait hérité de la longévité de sa mère, et sachant la capacité de son cavalier à préserver ses montures, une nouvelle médaille d’or pourrait bien se poser autour de son cou. Quoi qu’il en soit, le chemin parcouru est déjà au-delà de tous les espoirs les plus utopiques. À l’unisson, père et fille scandent : “Dynamix a changé nos vies”.
Laure et Frédéric entourent leur future championne, Dynamix de Bélhème, qui n'avait pas encore conquis la moindre médaille ! © Collection privée
Photo à la Une : Steve Guerdat rêve, tout comme Laure et Frédéric Aimez, de présenter Dynamix de Bélhème au sommet de son art aux Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028. © Mélina Massias











