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“On n’a pas tous les jours la chance de monter une jument comme Dynamix de Bélhème”, Steve Guerdat

Dimanche 23 août, Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème sont montés sur le toit d’Aix-la-Chapelle et du monde, pour l’éternité.
AIX 2026 lundi 24 août 2026 MM

Steve Guerdat est devenu le premier cavalier de l’histoire à remporter la finale de la Coupe du monde, à trois reprises qui plus est, ainsi que les trois médailles d’or - olympique, européenne et mondiale - individuelle en grand championnat. Dimanche 23 août, aux rênes de sa fabuleuse Selle Français Dynamix de Bélhème, le Suisse est entré un peu plus encore dans l’histoire de son sport. Après sa victoire, le champion s’est confié avec émotion et reconnaissance. Découvrez sa réaction complète.

“C’est incroyable ! J’ai remporté tous les objectifs que j’avais lorsque j’étais enfant. Ce qui me motive chaque jour, ce sont les championnats et Aix-la-Chapelle. Il n’y a pas un jour de ma vie où je ne pense pas à Aix-la-Chapelle. J’ai obtenu quelques bons résultats ici (en se classant onze fois, dont quatre dans le Top 5 du Grand Prix ou encore en remportant la Coupe des nations, ndlr), vécu de bons concours, mais je n’ai jamais réussi à remporter le Grand Prix. C’est chaque jour une déception pour moi. Chaque année, lorsque je viens ici, je regarde cent, peut-être même deux cents fois le mur des vainqueurs et je n’y vois jamais mon nom. 

Gagner les championnats du monde en eux-mêmes est quelque chose dont j’ai toujours rêvé. J’ai été extrêmement nerveux toute la semaine, car je savais qu’il s’agissait peut-être de ma seule chance de conquérir ce titre. On n’a pas tous les jours la chance de monter une jument comme Dynamix, dans une forme telle que celle qui était la sienne cette semaine. Je savais que j’avais une chance, mais lorsqu’on regarde les résultats, on constate que le sport ne fait que devenir de plus en plus difficile. Il y a tant de bons chevaux et cavaliers ! La compétition est très serrée. 

Cette semaine a été, très, très longue pour moi. Lorsque j’ai sauté le dernier obstacle de la deuxième manche de la finale individuelle, j’ai pu laisser éclater mon émotion, mes sentiments. Je n’ai pas de mots pour ce que j’ai ressenti. J’ai du mal à réaliser ce que cela représente. Je n’aurais jamais osé rêver d’être dans la position qui est la mienne aujourd’hui. Je ressens beaucoup de fierté, envers ma jument d’abord, mais aussi envers toutes les personnes qui m’entourent et ma famille. Pour en arriver là, il faut pouvoir compter sur tellement de gens ! Je suis celui qui peut monter sur le podium, mais j’aurais aimé pouvoir être accompagné par d’autres membres de mon équipe sur cette première marche, pour partager ce succès avec eux. 

Il y a aussi toutes les personnes qui ont contribué à organiser ces championnats, Franck Rothenberger, le chef de piste, etc. Aix-la-Chapelle est un rendez-vous qui n’intervient qu’une fois par an dans le calendrier. Je pense que la plupart des joueurs de foot ou de tennis rêveraient de connaître une telle atmosphère. 

Je ressens des émotions mélangées et diverses. Beaucoup de fierté, de bonheur, et le manque de certaines personnes qui ne sont pas avec moi aujourd’hui. Je n’ai pas envie de descendre de mon nuage, mais ces gens-là n’en sont pas loin. Ma vie est différente maintenant ; j’ai tout ce que j’ai toujours voulu. Je ne sais pas ce qui va se passer désormais, mais quelque chose de nouveau commence pour moi.

J’ai répété plusieurs fois que la seule chose qui me motive, ce sont les championnats et les concours mythiques. Je regarde rarement le montant inscrit sur le chèque à la fin de la compétition. Ce n’est pas sur ce critère que j’établis mon programme. Je veux aller dans des lieux vivants, avec de l’ambiance, car c’est la seule chose qui me motive à me lever chaque matin. J’ai envie de rendre quelque chose aux publics comme ceux d’Aix-la-Chapelle, j’ai envie de performer face à eux. J’ai envie de sentir, d’entendre cette ferveur et de partager mes parcours avec les tribunes. Dans de telles conditions, j’ai l’impression que les spectateurs sont avec moi lorsque je monte et c’est une aide importante et précieuse.

Aix-la-Chapelle incarne l’histoire de notre sport. Je pense que je n’en parle pas assez. Toute au long de la semaine, j’ai davantage pensé à gagner à Aix-la-Chapelle qu’à gagner les championnats du monde. C’est dire ce que ce lieu représente ! Je pense qu’il n’y a pas mieux que des Mondiaux à Aix-la-Chapelle. La seule chose qui pourrait dépasser cela, ce serait de vivre les Jeux olympiques ici. Sinon, je crois que notre sport n’a rien de mieux à offrir. 



Je ne pense pas que j’aurais moins de motivation après avoir remporté tous les titres majeurs du saut d’obstacles. Je ne peux pas répondre avec certitude, mais je ne pense pas. Je suis très chanceux d’aimer ce que je fais. J’adore passer mes journées avec mes chevaux, aller en compétition et concourir. Je ne crois pas que cela changera. Mais je dois attendre pour voir ce qu’il advient et je veux prendre le temps de profiter de ce moment. Parfois, lorsque je regarde en arrière, il m’arrive de regretter de ne pas avoir suffisamment apprécié les médailles que j’ai gagnées. Et je veux vraiment savourer celle-ci. Quand je pense à l’état dans lequel j’étais cette semaine et à la pression que j’ai ressentie, je me dis que je ne serais pas prêt à revivre cela dans les deux ou trois mois à venir ! Mais je suis sûr que je reviendrai dans ce genre d’échéance et que l’on me verra encore de longues années.

L’intelligence de Dynamix est ce qui la rend aussi sensationnelle. Elle est incroyablement intelligente. Elle a vécu une année difficile en 2025 à cause de mon état de santé. Elle n’a disputé que six ou sept concours, dont la plupart au plus haut niveau, ce qui n’est pas l’idéal pour une jument aussi respectueuse qu’elle. Le mieux aurait été de disputer des événements de moindre envergure avant d’aller sur des pistes comme celle d’Aix-la-Chapelle ou de Genève, mais cela n’a pas été possible car j’ai dû subir plusieurs opérations. Malgré tout, Dynamix a été très en réussite l’an dernier. Après cette saison, je voulais commencer l’année 2026 très tranquillement avec elle. Je l’ai donc emmenée en Espagne pendant cinq semaines, mais la météo était si mauvaise qu’elle n’a sauté que quatre épreuves là-bas ! J’ai alors fait l’impasse sur le Majeur de Bois-le-Duc avec elle, et j’ai commencé à cibler la saison extérieure. Pendant huit semaines, et sans qu’il y ait de raison particulière pour l’expliquer, elle n’a pas sauté à la maison. Alors qu’elle était prête à reprendre la compétition, elle s’est blessée au pré. Elle pouvait encore être montée, mais n’avait pas le droit de sauter pendant encore quatre semaines. Au bout du compte, elle a passé quatre mois sans voir de barre. À ce moment-là, j’ai dit à mon chef d’équipe que Dynamix n’était plus une option pour les championnats du monde, qu’ils arriveraient trop tôt pour elle. Il m’a répondu de ne pas prendre de décision trop rapidement et de ne pas officialiser mon choix. Il m’a conseillé d’attendre une semaine de plus et de voir comment elle se sentait. J’ai établi un plan, avec quatre concours avant Aix-la-Chapelle. Son seul test au niveau 5* était la Coupe des nations de Falsterbo. Elle semblait un peu rouillée lors de ses premières sorties, mais elle s’est très bien comportée dans la Coupe des nations de l’Officiel de Suède. Elle a bien sauté au premier tour et très bien au second. Je me suis dit que nous pouvions essayer ! Elle a achevé sa préparation dans le label 3* de Dinard, qui était une très bonne étape avant les Mondiaux. 

Si Dynamix n’avait pas les qualités qu’elle a, cette classe, cette intelligence, elle n’aurait pas été capable de sauter et de performer comme elle l’a fait lors de ces championnats du monde. Lors de la finale individuelle, elle était encore mieux que les jours précédents. J’avais l’impression qu’elle aurait pu sauter un autre parcours, ce qui est un hommage au travail du chef de piste et ce que l’on veut voir dans ces rendez-vous.”

Photo à la Une : Dimanche 23 août, Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème sont montés sur le toit d’Aix-la-Chapelle et du monde, pour l’éternité. © Mélina Massias