À domicile, la Suisse dompte la Coupe des nations du CSIO 5* de Saint-Gall
Portée par un Jason Smith et un Picobello van’t Roosakker d’exception, la Suisse a remporté sa Coupe des nations, sur l’immense et iconique piste de Saint-Gall. En enregistrant l’un des deux seuls doubles zéro de l’après-midi et en comptant sur l’expérience de ses couples, l’escouade helvète s’est imposée devant une Autriche surprenante et pleine de promesses, et la Grande-Bretagne, qui aurait pu imposer un barrage aux vainqueurs du jour, mais a fini par craquer. Retour sur les enseignements de cette épreuve collective, nouvelle étape clef en vue des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle.
Les semaines s’enchaînent, et les chefs d’équipe continuent d’observer leurs couples en vue des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. La grande piste en herbe de Saint-Gall constituait un nouveau test grandeur nature, vendredi 5 juin. Et à domicile, la Suisse de Peter van der Waaij a avancé de sérieux pions. Si les sélections estivales devaient être décidées aujourd’hui, Jason Smith et Picobello van’t Roosakker seraient assurément retenus pour se produire au cœur du stade équestre de la Soers. L’Ecossais devenu helvète et son fabuleux gris ont été majestueux. Semblant pouvoir tout faire, et sauter les obstacles qui se dressaient sur leur chemin à partir de n’importe quelle distance, tous deux ont enregistré la meilleure performance de leur escouade et largement contribué à sa victoire. Sauf blessure, une véritable autoroute s’est ouverte aujourd’hui devant eux, pour ce qui serait leur premier grand championnat.

Belles émotions au sein du clan suisse autour du phénomène Picobello van't Roosakker, un temps monté par... Steve Guerdat ! © CSIO Saint-Gall
Martin Fuchs et Lorde do Belmonte, jeune crack en devenir, ont aussi marqué des points. Si le vingt-septième mondial espère toujours pouvoir compter sur son fidèle et aguerri Hay El Desta Ali, alias Leone Jei, pour l’échéance mondiale estivale, son pétillant petit alezan pourrait bien devenir son premier choix. De retour dans le grand bain après une bonne finale de la Coupe du monde, le fils de Clyde LVB a d’abord concédé deux fautes inhabituelles dans le difficile triple numéro 4 en première manche avant de rectifier le tir avec la manière lors de son second parcours. Un bon signal, donc, pour la suite de sa carrière et les grands rendez-vous à venir.

Martin Fuchs et son génial Lorde do Belmonte remontent progressivement en puissance. © CSIO Saint-Gall
Steve Guerdat et Albführen’s*Iashin Sitte, présenté en mors simple et sans martingale, n’avaient, eux, pas grand-chose à prouver. Le duo a livré deux très bonnes copies à Saint-Gall. La première fut bien entachée d’une maudite faute sur le numéro… 1, et la seconde sanctionnée d’un point de temps - qui aurait pu coûter la victoire aux Helvètes -, mais le champion olympique et son SBS ont tenu le choc. Malgré quelques touchettes, leur deuxième manche, déroulée sur une pression monstre, a permis à la nation hôte de conserver toutes ses chances de victoire en effaçant les douze points lâchés par Alain Juffer et Dante*MM. Plus vu à 1,60m depuis son excellente deuxième place dans le Grand Prix de la Coupe du monde d’Amsterdam en janvier, le fils de Diarado a été vaincu sur la dernière ligne du tracé, après un mauvais saut sur le mur numéro 10. Dans l’acte initial, il avait quitté la piste avec une faute.

Steve Guerdat et Iashin Sitte ont tenu bon jusqu'au bout. © CSIO Saint-Gall
Un duel entre Suisse et Grande-Bretagne et une Autriche impressionnante
Lors de l’ultime rotation de l’après-midi, la Suisse menait un face à face serré avec la Grande-Bretagne. Un clear round de Steve Guerdat aurait assuré la première place aux locaux, mais son point de temps a relancé les chances de voir l’Union Jack flotter au-dessus du Gründenmoos. Avec son excellent mais parfois encore inconstant Jack JL, Jack Whitaker n’avait qu’une option : un parcours parfait. Bien lancé, la paire de “Jacks” a fini par craquer, d’abord sur le numéro 9, réduisant à néant les chances de barrage et donc de victoire des troupes de Di Lampard, puis sur le dernier, les rétrogradant en troisième position. Mais le résultat du quatuor n’incombe pas à ce seul couple, qui avait échappé une faute en première manche.
En effet, seul Harry Charles est parvenu à inscrire un score vierge sur la feuille de résultat, grâce à son attachant mais encore tendre Cœur de Cornet, alias Fighting Phil, neuf ans. Dans le second acte, la paire n’a pu éviter treize points en fin de parcours. Après son double zéro à Rome la semaine passée, Chacco Volo a presque réédité en Suisse sous la selle d’Adrian Whiteway. Plus serein, mais toujours aussi atypique, comme dans cet ultime double où il a quasiment… effectué une foulée de trot, le bai brun a enregistré deux et un points de temps, qui, cumulés aux scores des autres équipiers, ont fait pencher la balance vers la troisième plutôt que la deuxième place. Pour Ben Maher, la compétition a bien mal débuté avec Catelly, avec un refus sur le mur en première manche, synonyme de dix-neuf points, mais s’est mieux terminée, avec un second tour à deux points seulement. Du bon et du moins bon donc, et des réglages que Di Lampard saura à n’en pas douter ajuster avant Aix-la-Chapelle.

Après une excellente année 2025, Adrian Whiteway et Chacco Volo confirment leur entente. © CSIO Saint-Gall
En bénéficiant du seul autre double score parfait du jour, l’Autriche s’est invitée en deuxième position. Une petite surprise, qui n’en est finalement pas vraiment une tant cette escouade est capable de surprendre. Elle l’avait prouvé aux Européens de Milan en 2023 avec une médaille de bronze collective et semble avoir à cœur de confirmer sur les plus belles pistes du monde. Emmenés par Angelika May, Felix Köller, Bianca Babanitz, Katharina Rhomberg et Max Kühner ont tous livré des parcours justes, avec un score maximum de huit points pour le premier cité, associé à Cossinelle, l’une des… trois représentants de Cascadello I engagés dans cette Coupe des nations ! Lors de sa seconde venue en piste, la paire a concédé une faute, tout comme Bianca Babanitz et I Will Be Famous ainsi que Max Kühner et Count On Me 19, qui ont écopé du même score sur chacune de leurs deux prestations du jour. Katharina Rhomberg, elle, s’est rachetée. Après avoir abandonné dans le Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle, son cher Cuma 5 ayant refusé de s’approcher du mythique double de bidets, l’amazone et son fils de Comme Il Faut ont été intraitables à Saint-Gall, déroulant deux démonstrations. À quatorze ans, le hongre Westphalien semble avoir retrouvé tout son brillant.

Katharina Rhomberg, en pleine forme, a signé le deuxième double zéro de cette Coupe des nations à bord de son puissant Cuma 5, médaillé de bronze avec l'Autriche lors des Européens de Milan en 2023. © CSIO Saint-Gall
Marcus Ehning affiche sa grande forme avec Coolio 42
Pour les Etats-Unis, seuls Aaron Vale et Carissimo 25 sont parvenus à enregistrer un sans-faute en première manche avant de concéder huit points en seconde. Robert Ridland pourra toutefois se satisfaire des deux bonnes prestations, bien que parfois un peu poussives et agrémentées de sauts très, pour ne pas dire trop, démonstratifs, de Katherine A. Dinan, troisième de la dernière finale de la Coupe du monde avec sa même Out of The Blue SCF, une sœur utérine de Rebeca LS, et de la très en forme Charlotte Jacobs, associée à Playboy JT, un rare fils de Presley Boy. Manquant de maîtrise en première manche, au cours de laquelle elle a écopé de seize points, Mimi Gochman a limité la casse lors de son second passage en piste avec Staphael III, alias Inclen BH, sanctionné de quatre points.
L’Allemagne, elle, a totalisé vingt-deux points. Si elle a dû effacer deux scores de vingt points, œuvre de Hans-Dieter Dreher et un Ziroquado T, alias Elysium, méconnaissable dans l’acte initial, et de Sandra Auffarth et le pourtant très plaisant Quirici H dans le second, toutes ses autres prestations ont été pénalisées de deux ou quatre points. Marcus Ehning et Coolio 42, envoûtants de facilité, ont été piégés par deux fois sur… le dernier obstacle du parcours ! Une faute largement rectifiable pour ce couple, apparu dans une forme exceptionnelle à Saint-Gall et déjà très à son aise à Aix-la-Chapelle il y a deux semaines. De quoi finir de convaincre Otto Becker pour les Mondiaux ? Les amateurs de (très) belle équitation ne seraient pas contre ! René Dittmer, lui aussi, confirme la bonne forme de son surprenant et agile Cody 139, quatrième au Texas en avril.
Démonstrations signées Niamh McEvoy
Après une entame rêvée, la Belgique a, elle, sombré. Sixième, départagé de l’Allemagne par son chronomètre cumulé, le quatuor de Pieter Weinberg a eu de la peine à confirmer en deuxième manche. On retiendra toutefois le premier parcours d’école de Roy van Beek et Cavoiro - H, valeurs montantes des Diables Rouges, le sans-faute en première manche de Niels Bruynseels et le séduisant Origi vd Vosbeerg, plutôt exubérant dans son geste des postérieurs, comme plusieurs chevaux observés cette après-midi. Avec deux parcours à quatre points, Annelies Vorsselmans et Trezeguet ont ajouté une belle expérience à leur besace, tandis qu’Orak d’Hamwyck*T&L a, une fois de plus, montré l’étendue de ses qualités… qui lui ont parfois porté préjudice sous la selle de Frédéric Vernaet (12 + 10).
Jessica Kürten, dont l’équipe termine septième, ne repart pas les mains vides. Elle aura pu admirer les deux parcours d’exception de Niamh McEvoy, dont l’équitation peut en faire pâlir plus d’un, et de son jeune et phénoménal BP Rocket Man (2 + 6), qui n’avait encore jamais sauté plus d’1,50m du haut de ses neuf ans ! La jeune amazone irlandaise, déjà vue à son affaire à Abou Dabi en début d’année et lauréate d’un Grand Prix 4* à Vejer de la Frontera avec son métronome Olympic ‘GL’ FVD s’impose de plus en plus comme une relève incontournable pour l’île d’Émeraude. Quant à Michael Duffy, malgré son élimination en première manche, son complice, Mister Qerly, dix ans, a fait étalage de son potentiel, entre souplesse, moyens et modernité.
Pénalisé par l’abandon de Pedro Veniss, qui a jeté l’éponge en première manche après un refus de son fidèle Nimrod de Muze*Imperio Egipcio sur le mur et n’est pas revenu en seconde, le Brésil est huitième, malgré les bons parcours à quatre points de Katoulon et Gemme Villers, partenaires respectifs de Marlon Modolo Zanotelli et Pedro Junqueira Muylaert, qui tient en sa petite-fille d’Uélème une vraie jument d’avenir.
Ça ne passe toujours pas pour la France
Avec les trente-trois et seize points affichés par Edward Levy sur Griss de Kerglenn, visiblement impressionnée par la tâche qui se dressait face à elle, et Kevin Staut, aux rênes d’une Vida Loca, bien partie mais encore piégée lourdement à la rivière et peu à son affaire pour terminer son parcours, la France n’a pas été invitée en deuxième manche… comme la semaine dernière à Rome, où Edouard Coupérie avait pourtant affiché une composition d’équipe tout autre. Le chef de file tricolore avait toutefois profité de ces deux rendez-vous pour donner une chance à des couples qui montent mais qui ne disposent peut-être pas encore de toute l’expérience et devrait afficher des ambitions bien différentes dès la semaine prochaine, à La Baule, avec un quintette aux allures de sélection mondiale. Sans catastrophe majeure mais avec des fautes ci et là, l’Espagne est bonne dernière et n’a, elle non plus, pas pu revenir pour tenter d’améliorer son classement.
Photo à la Une : Quelles démonstrations ont livré Jason Smith et Picobello van’t Roosakker à Saint-Gall ! © Léa Bugnon / CSIO Saint-Gall
Les épreuves du CSIO 5* de Saint-Gall sont à (re)voir sur Clipmyhorse.tv.










