Noémie d’Ecaussinnes et Guillaume Batillat conquièrent le titre de champions de France des sept ans à Fontainebleau
Cinquième avant la finale du championnat de France des chevaux de sept ans, Noémie d’Ecaussinnes a opéré une belle remontada au mérite d’un double sans-faute pour s’emparer de la première place. Associée à Guillaume Batillat, la grise, fille de Cassini I et Cocoshynsky, excellente compétitrice il y a quelques années, s’est hissée sur la première marche du podium, devant Juliana de Champloué, championne des six ans juments en 2025, et la toute bonne Jordania Semilly. Ces deux juments, par Casall et Ekano DKS, étaient respectivement présentées par Éric Lelièvre et Clément Fortin.
Le stud-book SBS n’avait plus vu l’un de ses représentants s’imposer dans le championnat de France des chevaux de sept ans depuis 2003 et le sacre de Merva des Hayettes sous la selle de Grégory Wathelet. Cette fois, c’est bien aux rênes d’un cavalier français, Guillaume Batillat, que Noémie d’Ecaussinnes a été récompensée, dimanche 6 septembre, au terme d’une belle finale en deux manches, où seuls trois couples ont trouvé la clef du sans-faute. Comptant parmi ceux-là, la grise a volontiers laissé la cinquième place qu’elle occupait avant le coup d’envoi de cette ultime épreuve pour prendre possession de la première du classement final.

Pour la première fois depuis 2003, une jument SBS s'est imposée dans le championnat de France des chevaux de sept ans. © Mélina Massias
“J’ai pris les rênes de Noémie en février. Nous avons fait nos débuts ensemble au Sunshine Tour, sur des épreuves à 1,30, 1,35m. Elle s’est plutôt bien comportée au fur et à mesure de l’année, avant de stagner un petit peu. Nous lui avons alors accordé deux mois de repos, de fin mai à fin juillet, avant de la remettre en route pour cette finale. Et cela a payé ! Noémie n’a pas mis une barre à terre du week-end, elle s’est donnée et m’a écouté. C’est vraiment chouette. Elle a envie de bien faire et elle gagne en moyens ! Finalement, elle semble en avoir davantage que je le pensais”, a commenté Guillaume Batillat, évidemment ravi de cette belle réussite, d’autant que ses trois autres montures, Kasall du Bidou*RSH, troisième des entiers de six ans, Akteur*RSH, surpris par le mur dans la finale des cinq ans, et Conrada de la Marchette, seulement pénalisée de quatre points dans le barrage du Critérium des six ans, se sont montrés à leur avantage tout au long de cette Grande Semaine.

La grise par Cassini I n'a pas mis une barre à terre en quatre parcours. © Mélina Massias
Né au sein de l’élevage de Christophe Ameeuw et formée en France par Arthur Le Vot à quatre, cinq et six ans, Noémie d’Ecaussinnes est une fille de Cassini I, étalon né en 1988 et disparu en 2014, et de Cocoshynsky. Sous la selle d’Emanuele Gaudiano, cette dernière, élevée par Dieter Meier, a réussi de bonnes performances sur la scène internationale, se montrant particulièrement compétitive jusqu’à 1,50m. Gagnante en Grand Prix 3* et classée en Grand Prix 5*, en atteste sa deuxième place dans celui du CSIO de Rome en 2013, cette fille de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, est titulaire de vingt-cinq victoires face à une concurrence mondiale. Seule fille de sa mère à avoir des produits enregistrés sur Horsetelex, Cocoshynsky a engendré, par procuration, son premier héritier en 2017 seulement. Encore jeune, sa production commence donc tout juste à se frotter à des épreuves plus importantes. Calcutta E.T., Candy Crack G et Copacabana G, tous trois issus du mariage avec Crack Balou (Cornet’s Balou, alias Balou du Reventon), ont pour l’heure évolué jusqu’à 1,45m. Les deux dernières citées sont issues de la même génération que la nouvelle championne de France des sept ans. Toutes trois se retrouveront peut-être sur les plus belles pistes du monde d’ici quelques années. Les autres descendants de Cocoshynsky, eux, attendent patiemment leur heure de gloire.
Cocoshynsky, mère de Noémie d'Ecaussinnes, était au départ des Jeux équestres mondiaux de Caen avec Emanuele Gaudiano, un an après avoir disputé les Européens de Herning. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Juliana de Champloué continue d’impressionner
Juliana de Champloué non plus n’a pas mis une seule barre à terre. En revanche, elle a vraisemblablement fait tourner un sacré nombre de têtes ! Championne de sa génération en 2025, la fille de Casall a confirmé tout son potentiel, pour le plus grand bonheur de son cavalier, Éric Lelièvre, habitué des remises des prix bellifontaine, de son éleveur, Jean-Marie Charlot, et de sa propriétaire, Corinne Duseigneur. Tombée sous le charme de cette jument à la robe ébène après l’avoir vu évoluer par écran interposé sous des trombes d’eau à cinq ans, cette passionnée, propriétaire de sa propre écurie, devenue privée après avoir été le support d’une école d’équitation et avoir accueilli différents propriétaires, a réussi à l’acheter, malgré des négociations peu aisées. Seulement, aujourd’hui plus que jamais, elle n’est pas la seule à percevoir le potentiel de sa protégée. “J’espère pouvoir la conserver, mais c’est difficile”, regrette-t-elle. “Les chevaux sont ma passion, mon bonheur. J’ai une vie familiale qui n’est pas facile et venir en concours est mon seul plaisir.” Après avoir profité de la remise des prix, Corinne Duseigneur s’est vite éclipsée, pour tenter d’échapper aux offres des nombreux marchands et autres cavaliers internationaux venus faire leur marché dans les allées du Grand Parquet. Elle espère pouvoir poursuivre sa belle aventure avec le taiseux Éric Lelièvre, pour lequel elle ne cache pas toute son estime. “Éric est un vrai homme de cheval, respectueux de ses chevaux. C’est un travailleur acharné. Cela fait plusieurs décennies que je suis dans ce milieu, mais j’ai rarement vu des cavaliers comme lui. En plus d’être travailleur, il est très humble, franc et fait les choses avec droiture”, loue-t-elle. “Si je garde Juliana, ce sera pour moi, mais aussi pour Éric, afin qu’il puisse potentiellement se faire plaisir sur le circuit du Grand National et y disputer de belles épreuves.”

Issue d'une souche pour le moins éprouvée, Juliana de Champloué confirme son talent et sa régularité. © Mélina Massias
Si Corinne Duseigneur, également propriétaire de Manaslu d’Oury, une fille d’Ermitage Kalone qu’elle a elle-même débourrée et qui a terminé septième des juments de quatre ans en début de semaine, ne souhaite pas perturber sa Juliana de Champloué en lui imposant des transferts d’embryons, sa souche est largement sécurisée. Sa mère, Toscane de Champloué, par Diamant de Semilly, a donné pas moins de… quarante-cinq produits, en grande majorité sous l’affixe de Jean-Marie Charlot. Cela fait ainsi de Juliana la sœur utérine du crack Empoli de Champloué (Arko III), lauréat de son premier Grand Prix 5* à huit ans seulement avec Bertram Allen puis tombé dans un semi-oubli en débarquant dans les écuries O’Connor, sous le nom de Tipperary et de l’étalon Huricane de Champloué (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, particulièrement prisé des éleveurs tricolores ces dernières années, et la propre sœur d’Italia de Champloué, vice-championne de France à quatre ans en 2022. La vice-championne de France des chevaux de sept ans 2026 est aussi et surtout la petite-fille de Sophie du Château et, donc, la nièce de l’illustre Itot du Château. Rien que ça !

Comme chaque année ou presque, Eric Lelièvre s'est distingué à Fontainebleau. © Mélina Massias
Carton plein pour Semilly
Médaillé de bronze avec Jordania Semilly, Clément Fortin aurait bien pu l’être aussi aux rênes de Jacaranda Semilly (Kannan x Diamant de Semilly), cinquième, ou Jour J Semilly (Diamant de Semilly x Baloubet du Rouet), huitième. Le jeune homme a signé un véritable carton plein dans cette finale. Aligné au départ de ce championnat avec quatre montures, il n’a échoué à qualifier que son champion des six ans entiers 2025 Johnny Semilly. Du reste, ses trois autres complices ont fait le bonheur d’Anne-Sophie et Richard Levallois. “Ces trois chevaux ont une bonne qualité, mais aussi un bon cavalier !”, lance le patron du haras de Semilly. “Ces résultats sont le fruit du travail de Clément tout au long de la saison. Il a fait preuve d’assiduité et de sérieux. Nous savions que ses montures avaient du potentiel, mais parvenir à en classer trois dans le Top 8 n’est pas si fréquent ! Nous avons connu un peu de malchance avec Jordania car, sans sa faute en première manche, elle aurait pu remporter ce championnat. Elle a beaucoup de potentiel. Jour J, lui, a mis plus de temps à se révéler. Il est puissant, doté d’un bon mental et il cherche toujours à bien faire. Je suis très content de lui ; il a beaucoup mûri ces deux dernières années. Quant à Jacaranda, c’est un peu une révélation. Elle s’est vraiment accomplie durant l’hiver. À cinq ans, comme tous les produits de Kannan, elle était un peu tardive et désorganisée. Pourtant, Clément n’a eu de cesse de me répéter qu’elle était super et qu’elle avait beaucoup plus de moyens qu’on ne pouvait le croire. Il avait raison ! Nous avons pris notre temps, et cela a été bénéfique. Elle a une tête en or et est très respectueuse.”
Photo de famille et d'équipe pour le clan du haras de Semilly ! © Mélina Massias
Déjà gagnante du Grand Prix réservé aux chevaux de sept ans à Chantilly Classic en juillet, Jordania Semilly a tenu ses promesses sur l’herbe bellifontaine. Cette plaisante baie est une fille d’Ekano DKS, étalon très apprécié par la famille Levallois, et de la KWPN Zarina Velvet, par Heartbreaker. Une fois n’est pas coutume, son pedigree est exempt du sang de Diamant de Semilly. Croisée à Jarnac, Zarina Velvet a aussi donné Extravaganza Semilly, gagnante du Grand Prix 4* de Live Oak en mars 2025. Face à ses performances, comme celles de ses voisins d’écurie, les acheteurs potentiels se pressent. Mais aucune décision n’est encore prise, d’autant que la leader du trio n’a pas encore assuré sa descendance à Couvains. “Mon épouse me demande de faire des transferts d’embryons avec Jordania depuis qu’elle a quatre ans”, s’amuse dans un sourire accompagné de quelques regrets Richard Levallois. “Cette année, je voulais vraiment en faire un, mais avec la saison de concours, cela ne s’est pas bien goupillé et nous avons joué de malchance. Mais je vais réessayer. Jordania est vraiment une super jument, elle est belle, elle a de la classe et tous les moyens. Je crois que cela vaut le coup de la faire reproduire.” Après ces beaux succès, Clément Fortin peut envisager l’avenir avec espoirs et ambitions… toujours sous les couleurs du haras de Semilly. Car contrairement à quelques rumeurs ébruitées à Fontainebleau, il n’est pas question pour lui de changer de maison. Avec la montée en puissance des pépites qu’il façonne depuis plus de trois ans pour certaines, cela semble tomber sous le sens.

Clément Fortin et Jordania Semilly ont accusé une faute de trop pour prétendre à la victoire, mais décrochent une très belle troisième place après une bonne saison ! © Mélina Massias
Un championnat sélectif, source d’expériences positives
Avec cent quarante représentants du cru 2019 engagés dans ce championnat de France des chevaux de sept ans, la compétition a été particulièrement rude tout au long de la semaine. La Chasse a d’abord donné vainqueure Bigumana (What A Quick Star R, alias Big Star x Cumano) sous la selle d’Hicham Chani, avant que Jalisco de Coquerie (Candy de Nantuel x Helios de la Cour), issu de la même souche basse qu’un certain Coquin de Coquerie, alias Hello Vincent, ne prenne les commandes du classement provisoire aux côtés d’Edward Levy à l’issue de la seconde étape qualificative. Après ces deux premiers parcours, dessinés par Quentin Perney, seuls quarante couples ont accédé à la grande finale dominicale, certains doubles zéro, trop lents à la Chasse, étant même passés au travers de cette très difficile sélection. Pour autant, tous les chevaux ont pu engranger une expérience positive à Fontainebleau. Suffisamment délicate pour garantir le suspense et récompenser la régularité et la maîtrise, sans pour autant mettre les couples dans le rouge, la finale en deux manches a parfaitement joué son rôle.

Jalisco de Coquerie est finalement dixième de ce championnat de France des chevaux de sept ans. © Mélina Massias
Entre les deux juments Made In Semilly - neveu d’Iroise Semilly, deuxième de ce même rendez-vous il y a vingt-trois ans - de Clément Fortin, Tripoli Cécé conclut un bon championnat, seulement entaché d’une faute lors de la première manche de la finale. Née chez Pauline Choain, cette BWP est une fille d’Hardrock et de la Selle Français Originel Napkine, par Quouglof Rouge. Cette dernière est la sœur utérine d’une certaine Lady Pouilly (Diamant de Semilly), à l’origine du phénomène Vigo Cécé. Sous la selle de Baptiste Bohren, qui la monte depuis ses quatre ans, Tripoli Cécé a démontré un vrai potentiel, mais aussi une certaine délicatesse, à en croire son embouchure et son côté bouillonnant.

Tripoli Cécé a montré du potentiel et du talent sous la selle de Baptiste Bohren. © Mélina Massias
Six et neuvième, Jess Nouvolieu et Janet du Mesnil ont séduit sous la selle de Nicolas Delmotte, mais ont chacune vu leur score être entaché par quatre points, dans l’acte initial de dimanche pour la première, et dans le second pour sa voisine grise. Jess Nouvolieu a vu le jour à Rosières-aux-Salines, au sein de l’élevage de Jean-Michel Gaspard. Il s’agit d’une fille d’Ogrion des Champs et petite-fille de l’excellent père de mère qu’est Lux, sur une lignée basse qui ne compte pas (encore ?) de grand champion. Quant à la fabuleuse Janet du Mesnil, qui a été l’une des candidates au titre à afficher le plus de potentiel et d’aisance, elle réunit le sang du numéro un mondial Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, et Douée du Mesnil (Calvaro), classée à 1,60m au Mexique. Sa performance, en plus d’avoir été réalisée avec la manière, est d’autant plus incroyable que Nicolas Delmotte ne l’avait montée que pour… un parcours avant de se rendre à Fontainebleau ! À en voir l’osmose qui régnait entre lui et sa nouvelle protégée, formée par Anne-Sophie Louis, Alaric Pochet puis par son cavalier Romain Ozzola, le Nordiste a peut-être trouvé sa prochaine grande crack.

Quelle impression ont laissé Nicolas Delmotte et Janet du Mesnil, qui ne se sont découverts en piste que le 28 août dernier, pour un unique parcours. © Mélina Massias
Tandis que Jalisco de Coquerie referme le Top 10 après deux ultimes parcours pénalisés de quatre points chacun, Ciara vh Peggershof est septième. La Zangersheide était associée à Julien Ferrand. Plaisante, la baie pointe au bout d’une belle diagonale cosmopolite, avec Cicero van Paemel, Quidam de Revel et Pilot.

Belle septième place pour Ciara vh Peggershof. © Mélina Massias
Photo à la Une : Noémie d'Ecaussinnes est la nouvelle championne de France des sept ans. © Mélina Massias










