Les Normands prennent les commandes du championnat de France des cinq ans !
Champions des cinq ans, le hongre Loustic de Vesquerie, la jument Ladamnoir de Vincy et l’étalon Lupin d’Auville ont rappelé que l’élevage normand, et plus précisément celui de la Manche, savait faire de la Grande Semaine de Fontainebleau son terrain de jeu. Ces sacres ont aussi récompensé Jérôme Coulombier et Vincent Hervagault, éleveurs et cavaliers des deux premiers cités, ainsi que Manon Geismar Bonnemains et Thierry Leservoisier, respectivement cavalière et éleveur de Lupin d’Auville.
La génération des cinq ans a fourni le contingent le plus nombreux des finales des Cycles classiques de la Société hippique française (SHF). Trois-cent-trente-quatre représentants de cette génération se sont alignés au départ de la première épreuve réservée à leur classe d’âge, dont cent soixante-seize juments, cent neuf hongres et cinquante entiers. Certains étaient d’ailleurs en quête de leur approbation en tant que reproducteur, tandis que d’autres l’avaient déjà obtenue lors des années précédentes. Plusieurs absences notables sont à souligner du côté des mâles. Déjà très prisés des éleveurs, La Tour du Rouet (Dollar du Rouhet), Larimar’Quill (Emerald van’t Ruytershof), Loveur de Startup (Chacoon Blue) et le champion des quatre ans mâles 2025, Lamborghini Riverland (Catoki), ou encore le prometteur Looping des Deux L (Deuxcatsix d’Eglefin), fraîchement vendu, ont été préservés, par choix de leurs propriétaires, dont plusieurs ont préféré privilégier la saison de monte en frais et ne pas aligner leurs protégés sur le circuit SHF. Côté origines, Candy de Nantuel se taille la part du lion avec vingt-six représentants, devançant largement Conthargos et Dollar du Rouet, les seuls à passer la barre des dix produits, en comptant chacun respectivement treize et onze.
L’affixe de Vesquerie a la cote !
À l’issue des deux épreuves de qualifications disputées sur le Petit Parquet et la carrière des Princes, et avec le jeu des bonus et des notes de régularité, de modèle, d’aptitude et de style au cours des deux qualificatives, la sélection pour la finale permettait de voir douze entiers, vingt-huit hongres et quarante et une juments. Les mâles se sont fort bien acquittés de leur troisième tour, bouclant dix-huit sans-faute, avec peu de bouleversements dans le classement. Loustic de Vesquerie (Happy Day d’Iscla x Quartz du Chanu), présenté par son naisseur, Jérôme Coulombier, n’a pas failli. Au contraire, il a confirmé toute son aisance sur cette finale, après avoir occupé la tête du Top 100 SHF grâce à ses douze parcours parfaits en autant de tentatives. Il consacre une belle année pour celui qui est aussi le naisseur de Fringan de Vesquerie (Mylord de Carthago), vainqueur de la Chasse des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, de la Coupe des nations de La Baule et troisième du Grand Prix associé avec Julien Epaillard.
S’il a déjà vu passer de bons chevaux dans son élevage de Sartilly, Jérôme Coulombier ne manque pas d’enthousiasme lorsqu’il évoque son bai. “C’est un cheval rare, un cheval d’exception. Je crois beaucoup en lui. J’ai rarement monté des chevaux comme lui ; il faut savourer chaque saut. Je dois essayer de ne pas trop me tromper, mais Loustic est capable de sauver beaucoup de fautes et cela me met en confiance !”, sourit celui qui a aussi monté sa mère, Eulalie de Vesquerie, qu’il a croisée à Happy Day d’Iscla, étalon initié à la compétition par son ami Jérémie Rolland, dès sa première année de monte. “J’aime bien la souche d’Happy Day, qui est celle de Sophie du Château. Le croisement avec Toulon me plaisait, et j’aime bien utiliser de la jeune génétique. C’était un peu risqué car Happy Day n’est pas très grand et Eulalie non plus, mais Loustic toise 1,70m ! Comme quoi, il faut faire confiance à son intuition !” Au cœur d’une Grande Semaine où le commerce a été une nouvelle fois très actif, les demandes n’ont pas manqué, mais Jérôme Coulombier sait garder la tête froide. “Un cheval comme Loustic n’est pas embarrassant dans une écurie”, glisse-t-il.

Loustic de Vesquerie, qui ressent assez intensément les émotions, a laissé entrevoir une partie de ses moyens et de son potentiel sous la selle de son naisseur et propriétaire, Jérôme Coulombier. © Jean-Louis Perrier
Son dauphin, L’Espoir Ardent (Luidam), n’a pas touché la moindre barre de la saison non plus sous la selle de Paco Mamadou Diouf. Il est né chez Henri le Gouis, dans les Côte-d’Armor. Sa mère, Olga Ardente (Flipper d’Elle), née chez Pierre Lepelley, ramène à l’une des solides matrones du Selle Français, Olga (Juriste). Le podium est complété par Louis XIII du Hamel (Mylord Carthago). Louis Clément Robin, son éleveur, l’a ainsi nommé car il est le treizième produit d’affilée de sa mère, la Selle Français Originel Rardente du Hamel (Papillon Rouge). Il s’agit, là aussi, de la lignée d’Olga, travaillée par Paulette et Pierre Lepelley ! Un joli clin d’œil supplémentaire pour la Manche, décidément à l’honneur dans ce championnat.
Derrière Loustic de Vesquerie et L’Espoir Ardent, qui terminent premier et deuxième du Critérium, le Zangersheide Go Fast Murauvaux s’offre une petite mise en lumière en complétant le trio de tête. Le hongre est un fils de Grandorado et petit-fils de Kannan. Né chez Baptiste Delorme dans la Meuse, celui qui était associé à Eric Lelièvre est un petit-fils de New Eve du Moulin, qui, via sa fille Reggae de Talma est la grand-mère d’Une de l’Othain, Valkyrie, Baloubet ou encore Cocktail de Talma.
Les résultats complets du Critérium des hongres.
La Damnoir de Vincy se pare d’or
Le classement provisoire des juments a donné lieu à plus de rebondissements, la ligne devant les gradins du public, composée d’un vertical puis un double oxer-vertical aux couleurs claires a occasionné un bon nombre de fautes pour ces dames. Vincent Hervagault en a tiré parti avec la jument qu’il a fait naître dans son jeune élevage, commencé en 2013, avec son épouse, vétérinaire de métier. Il a ainsi mené son agile Ladamnoir de Vincy (By Cera d’Ick), issue du même transfert d’embryon que l’étalon Lumigny de Vincy, lui-même engagé dans les épreuves hunter en parallèle, à la victoire. “Ma jument était très à l’écoute et a montré toute son envie de bien faire, qui lui vient de sa lignée maternelle. J’ai monté sa grand-mère, Taelis Normande (Quite Easy), jusqu’à 1,40m. La mère de Ladamnoir est quant à elle une Contendro. Nous l’avons croisée à By Ceira d’Ick pour ramener de la force. Je viens d’avoir une prime sur le championnat hunter avec son propre frère, Lumigny de Vincy ! C’est vraiment une belle satisfaction !”, se réjouissait-il. Installé près de Saint-Lô, Vincent Hervagault a fait ses classes dans des bonnes maisons, à l’instar de l’élevage de l’Aume de Denis Morel ou du haras du Mûrier de François Bodinier.

Belle réussite pour Vincent Hervagault, champion de France des cinq ans juments avec Ladamnoir de Vincy, et auteur d'un bon championnat en hunter avec le propre frère de cette fille de By Cera d'Ick, Lumigny de Vincy ! © Jean-Louis Perrier
La deuxième place revient à la représentante de l’élevage ligérien de la famille Perreau, Lutèce d’Aiguilly (Rebozo la Silla), confiée à Sacha Thinard, neveu d’Olivier Perreau. Le cavalier de l’équipe de France a monté la mère de Lutèce, Butterfly d’Aiguilly (Nabab de Rêve) avant de la mettre à la reproduction. Son premier produit n’est autre que le bon Crack d’Aiguilly (Comme Il Faut). La grand-mère de la vice-championne de France des cinq ans, la KWPN Uata (Heartbreaker) a obtenu un ISO 156 en 2011.
Au troisième rang, Mélissa Garbail poursuit avec bonheur sa collaboration avec le haras de l’Eyre de Denis Degalle. Après Dandy de l’Eyre (Iowa), complice de ses plus belles envolées sportives ces dernières années, l’amazone continue d’écrire cette belle histoire avec sa propre soeur, Love Me de l’Eyre, très plaisante sur le sable bellifontain lors de cette ultime étape de sa saison 2026 !
Côté Critérium, les deux premières places restent inchangées, mais Let Kiss Riverland (Hitot de Riverland x Quamikase des Forêts, alias Zirocco Blue) s’octroie la troisième place sous la selle de Florent Cazalé Debat, qui avait déjà mené Magnycour Riverland à la victoire dans le championnat des entiers de quatre ans mercredi. La belle est issue de la première génération de son père, qui ne cesse de monter ne puissance ces derniers mois au plus haut niveau avec François-Xavier Boudant, tandis que sa cinquième mère n’est autre que Dirka, à l’origine, entre autres, de Quidam de Revel.
Le butin pour Lupin d’Auville
Chez les entiers, les bouleversements et autres surprises n’ont pas manqué non plus ! Le leader, Lewis des Caps (Quempas, alias Quel Homme de Hus), qui s’était démarqué à deux et trois ans lors des échéances du Selle Français, et était “Excellent” l’an dernier à quatre ans, a écopé de deux fautes sous la selle de son naisseur, Guillaume Foutrier. Le bai doit ainsi se contenter de la quatrième place. La troisième revient quant à elle à Lord d’Harmonie (Ogrion des Champs), né en Saône-et-Loire pour le compte de la SCEA Harmonie V, qui en est co-propriétaire avec son cavalier, Sébastien Julien.
Avec un nouveau sans-faute sous la selle de Mathieu Durosier, le vice-champion des entiers de cinq ans est un pur produit du haras Bois Margot. Lasdepix Bois Margot est le fruit du mariage éprouvé entre le vice-champion du monde par équipe des Jeux équestres mondiaux de Caen en 2014 Qlassic Bois Margot et une fille de Quincy, alias Quaprice Bois Margot : Rosée de la Haye. Lasdepix est ainsi le propre frère de Dexter Bois Margot, classé jusqu’à 1,55m outre-Rhin, et d’Hitchcock Bois Margot, vendu comme un véritable phénomène par ses éleveurs depuis plusieurs années déjà.
Malgré une très forte pression entretenue par une rumeur de vente du côté de l’Irlande, fermement démentie par son propriétaire et éleveur Thierry Leservoisier, Lupin d’Auville (Eldorado van de Zeshoek) a tenu la distance. Bien au départ du championnat, qu’il abordait en deuxième position au classement provisoire, a été guidé vers la plus haute marche du podium par Manon Geismar Bonnemains. Déjà “Elite” à quatre ans, le séduisant bai, qui beaucoup fait parler tout au long de la semaine, est crédité des meilleures notes de NEP cette année. À l’écoute de sa cavalière et toujours réactif, Lupin d’Auville fait logiquement rêver, mais Thierry Leservoisier, homme de cheval d’expérience qui participait déjà à la Grande Semaine il y a plus de trente ans, sait garder la tête froide pour ce cheval pour qui il s’est remis à cheval. “La mère de Lupin n’avait pas de lait. Nous avons donc dû l’élever au biberon, ce qui lui a laissé un côté mordeur. Manon Geismar a eu l’intelligence de me dire que le mieux était que je le garde à la maison et que je le fasse travailler moi-même. Je suis donc allé chercher ma selle au grenier et je me suis remis dans le bain ! Il saute très peu entre les concours, passe ses nuits au pré et dispose d’un box de six mètres par six”, narrait, avec une émotion contagieuse, le Manchois. “À un an, lorsque je fais castrer mes poulains, Lupin n’avait qu’un testicule de descendu. J’ai donc attendu, et quand je me suis rendu compte de comment il sautait, je me suis dit que ça valait le coup de le garder entier. Il a été approuvé et je suis content, car il a fait une cinquantaine de juments cette année, qui plus est chez de bons éleveurs. Je crois que c’est un cheval d’exception. Alors, bien sûr, il y a eu beaucoup de pression cette semaine. Cela a presque frôlé le harcèlement ! Mon idée c’était de le garder pour viser les sept ans, mais cela va être difficile… Il y a tellement de risques avec les chevaux.” Si l’affaire reste à suivre, Thierry Leservoisier peut se réjouir du croisement effectué entre l’étalon vedette Eldorado van de Zeshoek et Herminette d’Auville (Candy de Nantuel), qui évolue en Pro 2 avec Dorine Firon d’Albigny, et dont il a sept produits, Lupin étant le plus âgé.

Manon Geismar Bonnemains avait de bonnes raisons d'avoir le sourire ce dimanche. © Mélina Massias
La série consacrée aux chevaux entiers a révélé des représentants des stud-books autres que Selle Français et Anglo-Arabe très intéressants. Ces derniers viennent bousculer la hiérarchie du podium du Critérum. Chez les entiers Lupin d’Auville ne peut que s’intercaler entre deux représentants Zangersheide, l’impressionnant Checkmate d’Amko (Chacco Blue), confié par l’élevage d’Amko à Corentin Derouet, ayant remporté ce classement. Sa mère est la bonne jument de Daniel Deusser Equita van’t Zorgvliet, qui compte déjà trois performers à 1,40m et plus selon Horsetelex. Au troisième rang, Eddy Seguin Maure, qui avait triomphé dans le championnat des entiers de cinq ans l’an dernier aux rênes de Kingston du Biolay (Untouchable), absent du rendez-vous bellifontain après avoir privilégié les CSI Jeunes Chevaux cette année au détriment des qualificatives SHF, a enchaîné trois sans-faute avec le prometteur Elyas, un fils d’Emerald van’t Ruytershof issue d’une lignée SBS construite à partir d’une souche normande. Très remarqué lors des deux premières qualificatives, le génial Akteur (Aganix du Seigneur x Carembar de Muze, alias Glock’s London) a malheureusement été surpris par le mur. S’il a chuté au classement, il n’aura pas manqué de taper dans l’œil de nombreux spectateurs et autres éleveurs.

Checkmate d'Amko, fils de la compétitive Evita van't Zorgvliet de Daniel Deusser, ne laisse pas indifférent. © Mélina Massias
Les résultats complets du Critérium des entiers.
Photo à la Une : Champion des cinq ans entiers, Lupin d'Auville a été l'un des chevaux les plus en vue lors de la Grande Semaine de Fontainebleau. © Mélina Massias


