“J’ai toujours rêvé d’être champion olympique”, Ewen China
Avec une mère physicienne et un père qui dirige une entreprise de mécanique de précision, rien ne prédestinait Ewen China à embrasser une carrière de cavalier professionnel. Installé au haras de la Chesnaye chez Grégoire Oberson, le natif d’Aix-en-Provence peut aujourd’hui compter sur quatre chevaux pour atteindre ses objectifs, dont celui de participer aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers. Après avoir décroché l’or par équipes et le bronze en individuel aux championnats d’Europe en 2024 à Kronenberg, aux rênes de Bacchus d’Écames, le jeune Français entend bien poursuivre cette belle aventure et continuer de tracer sa route vers le haut niveau. Portrait d’un tricolore ambitieux.
Originaire d’Aix-en-Provence, Ewen China est un jeune espoir du saut d’obstacles français qui a notamment brillé aux championnats d’Europe en 2024 aux rênes de son divin Bacchus d’Écames (Rock’n Roll Semilly x L’Arc de Triomphe). Une belle revanche pour le cavalier, dont le parcours avait été contrarié par la blessure de son cheval lors du stage de préparation de la même échéance, un an plus tôt. Sept ans seulement séparent ses médailles européennes de sa première leçon d’équitation. Il découvre l’équitation vers l’âge de douze ans, au poney club, à l’occasion de stages pendant les vacances scolaires. Si le cheval n’appartient pas, au départ, à l’univers familial, ce dernier prend une place grandissante dans la vie du jeune homme. “Dès que les choses ont commencé à devenir sérieuses, j’ai quitté le centre équestre pour rejoindre les écuries d’Éric Muhr. C’est là que nous avons acheté mon premier cheval, Bacchus d'Écames, qui m’a énormément appris et m’a surtout permis d’envisager l’avenir sérieusement d’un point de vue sportif”, confie le jeune homme.
Retraité depuis début juin, Bacchus d'Ecames a permis à Ewen China de décrocher deux médailles pour son premier championnat d'Europe, chez les Juniors. © Sportfot
Une passion dévorante qui s’est d’ailleurs vite propagée à toute la famille, jusqu’à se transformer en une véritable aventure collective. “J’ai transmis le virus à mes parents, surtout à ma mère qui est devenue aussi passionnée que moi. Elle m’assiste aussi beaucoup au quotidien. Son domaine de prédilection, c’est l’élevage. Elle s’y intéresse énormément, notamment à la génétique et aux croisements. Son plaisir est de voir les poulains grandir. Nous avons d’ailleurs la moitié de deux juments, Kire (Vagabond de la Pomme x Darco) et Loupiac d’Écames (Comme Il Faut x L’Arc de Triomphe), qui est une sœur utérine de Bacchus (sur la souche de Javotte D, ndlr). J’ai confié leur formation aux bons soins de Régis Bouguennec en qui j’ai toute confiance. C’est un excellent cavalier et j’apprécie beaucoup sa méthode de travail. Et puis, si un jour l’opportunité se présente, elles me suivront dans ma quête du haut niveau. Nous avons aussi acheté deux poulains issus de l’élevage de Kamel Boudra pour leurs excellentes souches, avec l’espoir qu’ils deviennent mes prochains partenaires pour le haut niveau”, raconte Ewen China.
Alors qu'il n'était initialement pas prédestiné à briller sur le dos d'un cheval, Ewen China a contaminé toute sa famille avec le virus équestre. © Sportfot
“J’ai tout de suite vu qu’Ewen avait un talent naturel pour l’équitation”, Peder Fredricson
En 2023, après mûre réflexion et à la suite d’une opportunité professionnelle offerte à son père, toute la famille a décidé de quitter le Sud pour rejoindre la Normandie. Là, s’ouvre un nouveau champ des possibles. Passé chez Teddy Thellier pendant quelques mois, avant que ce dernier ne le dirige vers Robert Breul, le jeune homme poursuit ses ambitions avec ferveur. “Je me suis tout de suite entendu avec Robert, dès ma première leçon au Pôle (international de Deauville, ndlr). Je voulais vraiment qu’il me coache et m’apprenne à devenir un homme de cheval. Je lui dois une grande partie de mon apprentissage, qui n’a cessé de se consolider à ses côtés. J’ai d’ailleurs obtenu plusieurs classements en Grands Prix 2* après les championnats d’Europe de 2024. Il a façonné mon équitation dans le bon sens et ce fut un réel plaisir de travailler avec lui”, se rappelle Ewen. Une association dont son premier mentor garde également un souvenir impérissable. “Ewen est un garçon talentueux, il est fait pour ça. S’il y en a un qui doit réussir, c’est lui ! Nous avons eu beaucoup de chance ensemble dans tout ce que nous avons entrepris. Tout s’est toujours déroulé selon le plan, qu’il s’agisse des championnats d’Europe ou d’épreuves à 1,45m et plus. Ce n’était pas écrit d’avance, pourtant cela s’est toujours passé comme nous l’avions imaginé. Ce n’est jamais une science exacte, mais il faut savoir en tirer parti et profiter de l’alignement des planètes”, raconte Robert Breul.
Sous la supervision de Robert Breul, le jeune homme a connu une ascension remarquable. © Sportfot
Une fois son carton plein signé lors de ses premiers Européens, s’est posée la question de l’après. Ambitieux et animé par une volonté d’apprendre sans limite, le Normand d’adoption s’est lancé en quête de nouvelles aventures, dont la première étape fut les écuries de Patrice Delaveau, au sein desquelles il est resté six mois, de janvier à juillet 2025. Une première expérience réussie pour le jeune pilote qui a ensuite déployé ses ailes vers la Suède. “J’ai eu envie de partir dans une grande écurie, celle de Peder Fredricson, pour découvrir les méthodes des meilleurs cavaliers. J’ai d’abord écrit un mail qui est resté sans réponse. J’ai alors contacté sa responsable d’écurie, Jenny, qui a fini par nous mettre en relation. J’ai rencontré Peder à l’occasion du Saut Hermès en mars 2025 et nous avons prévu que je le rejoigne au mois d’août. J’entretiens toujours une excellente relation avec lui. Je sais que si un jour je souhaite retourner en Suède, c’est possible et c’est une chance. C’est pour moi le meilleur cavalier du monde alors continuer à échanger avec lui et bénéficier de ses conseils sont autant d’excellents moyens de continuer à progresser. La recette du succès de Peder : ‘Steal with your eyes’. C’est la première chose qu’il m’a dite en arrivant. Il fallait que j’apprenne en observant pour m’imprégner de mon environnement, y réfléchir, et être capable de reproduire ce que j’avais observé. J’y ai appris que, malgré l’échec, il est important de persévérer. Si on n’essaie rien, on n’apprend jamais. Et puis, fin décembre, nous avons convenu qu’il était temps que je rentre après six mois très formateurs ”, se rappelle Ewen.

Assurément, Ewen a retenu les conseils de son idole Peder Fredricson et a "volé avec ses yeux" quelques éléments clé de son style presque parfait. © Sportfot
Et son hôte de revenir, sans tarir d’éloges, sur le séjour du jeune prodige dans ses écuries : “Je trouve qu’Ewen est un garçon formidable. D’habitude, je ne prends pas de cavaliers en entraînement, mais Ewen s’est montré très persévérant, d’une manière charmante, alors j’ai fini par accepter. J’ai tout de suite vu qu’il avait un talent naturel pour l’équitation, et en apprenant à le connaître, je me suis rendu compte qu’il avait aussi l’état d’esprit nécessaire pour devenir un cavalier très performant. Il me faisait beaucoup pensé à moi quand j’étais jeune : bien plus intéressé par l’équitation et le saut d’obstacles que par le nettoyage des boxes et le balayage des sols ! J’ai vraiment hâte de suivre son parcours vers les sommets, et si j’ai pu jouer ne serait-ce qu’un petit rôle dans sa réussite, cela me rendrait très heureux et fier.”
Désireux d’enrichir encore son bagage auprès des grands noms du saut d’obstacles, Ewen part rapidement en quête d’un nouveau mentor. C’est après en avoir longuement discuté avec son ancien entraîneur, Robert Breul, que le jeune homme rejoint Rodrigo Pessoa pour la saison hivernale à Wellington. “C’est grâce à Kamel que je suis entré en contact avec Rodrigo Pessoa, qui cherchait quelqu’un pour sa saison à Wellington. Je suis parti de janvier à mars 2026 en laissant mes chevaux au travail chez Régis tout l’hiver. Ce fut une expérience, là encore, incroyable. Les premiers temps, c’était très impressionnant de côtoyer cette légende, mais il est très gentil et accessible, ce qui nous a permis de très vite bien nous entendre. J’ai eu l’occasion de monter à ses côtés tous les jours, mais aussi de prendre part à des épreuves. Ce fut, là encore, très formateur. Et que dire de Wellington ? C’est vraiment un autre monde, très différent du Vieux Continent. Il y a des concours 4 et 5* tous les week-ends et on côtoie les plus grands noms de notre sport", reprend le Sudiste.
En début d'année, le Sudiste d'origine a découvert Wellington et la Floride, sous l'aile protectrice de Rodrigo Pessoa. © Sportfot
“Faire le moins possible mais autant que nécessaire”, Ewen China
Partout où il passe, notamment chez les olympiens, Ewen laisse le souvenir d’un jeune homme talentueux et déterminé. “Ewen a passé trois mois très positifs avec nous. C’est un jeune cavalier qui possède un talent naturel, mais, comme tout jeune, il a besoin de poursuivre sa formation pour gagner en expérience. Il est aujourd’hui installé en Normandie, dans une chouette écurie, ce qui doit lui donner l’occasion de monter plus de chevaux de commerce. C’est exactement ce dont les jeunes ont besoin : passer des heures en selle et faire cent sauts par jour. Le plus important maintenant est qu’il puisse perfectionner son ressenti à cheval. Les stages qu’il a pu effectuer sont donc très bénéfiques. Il se lance et veut devenir cavalier professionnel, ce n’est pas un métier facile, mais s’il continue à s’améliorer, j’espère qu’il trouvera une brèche quelque part pour accéder à son rêve”, confie à son tour Rodrigo Pessoa.
Fort de ces expériences à l’étranger, Ewen est aujourd’hui installé au haras de la Chesnaye, chez Grégoire Oberson. Il y poursuit sa progression et valorise certains chevaux, dont quatre qui lui appartiennent. Pour atteindre ses objectifs, il peut notamment compter sur I Hope d’Authuit (Stakkato x Quidam de Revel), cousin du tout bon Fave d’Authuit, vainqueur des Equita Masters 2026 à Lyon avec Martin Fuchs, et Ilakhani Villa Rose (Balou du Rouet x Apache d’Adriers), frère utérin de l’excellent Gibraltar Villa Rose, âgés de huit ans, Crocus de Sakina (Chrome d’Ivraie x Quebec), six ans, et Mercie d’Argouges (Grandorado x Baloubet du Rouet), issue d’une toute bonne souche de la famille Roger et dont la deuxième mère a notamment donné Totem de Brecey, quatre ans.

Le prometteur et bien né I Hope d'Authuit fait partie des montures d'avenir du Tricolore. © Sportfot
“Je suis un vrai mordu, et ce de plus en plus. J’ai à cœur de toujours bien faire car je veux continuer de progresser. Au quotidien, j’essaie d’en faire le moins possible mais autant que nécessaire. Les opportunités et les résultats nourrissent progressivement mes ambitions, et je mets tout en œuvre pour les concrétiser. Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai préféré me concentrer sur ma carrière sportive. Même si j’ai commencé l’équitation plus tard que d’autres, j’ai toujours rêvé d’être champion olympique. À court terme, mon objectif est de participer aux championnats du monde Jeunes Cavaliers l’an prochain. J’espère que nous aurons une équipe assez similaire à celle de 2024 car nous étions vraiment tous très soudés. Je pense sincèrement qu’on a beau avoir les meilleurs cavaliers au monde dans la même équipe, s’ils ne s’entendent pas bien, cela ne marchera pas. Pour nous, en tout cas, notre cohésion a vraiment été la clé de notre succès. En attendant, je m’épanouis dans mon quotidien et il me rend heureux. J’entraîne de bons chevaux et je suis bien entouré, ce qui me permet d’évoluer et d’envisager des épreuves plus importantes. C’est là mon principal objectif. Avec Grégoire, j’ai une belle marge de progression et je pense que nous pouvons aller loin ensemble”, dit aussi le jeune athlète.

"C'est mon amour pour les chevaux qui me motive à me lever chaque matin", assure le jeune homme. © Sportfot
Si ses ambitions sont grandes, Ewen n’en reste pas moins pragmatique. Conscient que la réussite se construit dans la durée, le Calvadosien s’impose une discipline rigoureuse qui dépasse le seul cadre sportif. Un travail quotidien centré sur les chevaux qui ne se résume pas aux performances sportives, mais qui nécessite de nourrir à la fois le corps et l’esprit. “Mes journées sont dédiées aux chevaux, du matin au soir. Quand je ne monte pas, je m’occupe d’eux et vice versa. C’est mon amour pour eux qui me motive chaque matin à me lever. Le bien-être de mes chevaux est essentiel car, selon moi, c’est une relation basée sur la réciprocité. À côté, j’entretiens mon corps avec des séances de sport régulières et mon mental avec de la méditation. J’ai notamment travaillé avec Mickael Borot, qui est un excellent coach mental et à qui je fais appel à l’approche de grosses échéances. Cela m’aide à rester concentré afin de toujours être capable de réfléchir tout en étant très calme”, dépeint-il. Toujours animé par cette même soif d’apprendre et de grandir, encore et encore, Ewen China se tourne avec ambition et envie vers les prochaines pages de son ascension.

Ewen China, qui a aussi pu bénéficier des précieux conseils de Patrice Delaveau, peut sereinement regarder vers l'avenir. © Sportfot
Photo à la Une : Ewen China, qui a tiré le meilleur de ses expériences auprès de Patrice Delaveau, Peder Fredricson et Rodrigo Pessoa, continue sa route avec ambition. © Sportfot



