En juillet, les concours d’élevage, consacrés aux poulains de l’année, poulinières, et jeunes de deux et trois ans fleurissent dans toutes les régions. Celui organisé par le haras des Joanins, à Romans, au cœur du bon terroir de l’Ain, est l’occasion de découvrir le travail accompli en moins de dix ans par Stéphane Monier, dont trois des protégés, Léopard, Céléanin et Jolicoeur des Joanins s’illustrent actuellement sur le circuit international sous la selle d’Olivier Perreau. Avec dix pouliches de deux ans et vingt-six foals présentés, le maître des lieux a offert à la centaine de personnes présentes une belle vitrine des croisements de performers les plus en vue, dans une ambiance où le mot convivialité n’avait rien de galvaudé.
Romans, petit village de l’Ain sis aux confins de la Bresse et de la Dombes, s’est animé au rythme des pas des poulains et jeunes chevaux du haras des Joanins. Le 23 juillet dernier, Stéphane Monier a organisé son concours d’élevage, qui se démarque à plus d’un titre des rendez-vous habituels proposés par ce circuit. La présentation des foals et des pouliches de deux ans ne s’est pas limitée aux seuls représentants du Selle Français ; elle incluait aussi des sujets inscrits au stud-book Zangersheide - quatre pouliches de deux ans et deux foals -, et à son homologue du Selle Luxembourgeois - pour neuf poulains de l’année. Mais quel que soit leur registre d’inscription, tous les jeunes chevaux présentés affichent une génétique d’exception, fruit de croisements entre certains des étalons les plus en vue du moment et des juments issues sans exception de souches remarquables. Ainsi la gagnante de la section “Étrangers” des pouliches de deux ans, Unabella des Joanins, est une fille d’Uricas vd Kattevennen, complice d’Harrie Smolders lors des Jeux olympiques de Paris et désormais associé à l’Étatsunienne Callie Schott, et de Miss Kannan RV Z (Malito de Rêve), déjà performante à six ans sur des épreuves mondiales réservée à sa classe d’âge. Sa mère, Kannan’s Girl (Kannan) avait aussi fait ses preuves sur la scène internationale, notamment avec Michel Hécart, et a produits plusieurs performers, dont l’étalon Amadeus*Brimbelles (Artos).

Le haras des Joanins. © Jean-Louis Perrier
Des origines de prestige
Côté Selle Français, la gagnante, Olympia des Joanins (Kannan), représente la fabuleuse souche de l’Anglo-arabe Ifrane (Chateau du Diable). Sa troisième mère, Jifrane de Chalusse (Papillon Rouge), a notamment produit Nifrane de Kreisker (Carnute), ISO 170 en 2011 lorsqu’elle était sous la selle de Roger-Yves Bost. Ouganda de Hus (Pegase van’t Ruytershof), dont la mère, In Love JW van de Moerhoeve (Jenson van’t Meulenhof), est la sœur utérine de l’ancien complice de Christian Kukuk, Mumbaï van de Moerhoeve (Diamant de Semilly), s’est aussi fait remarquer.

La prestation d'Olympia des Joanins lui a permis de décrocher la première place dans les femelles Selle Français de deux ans. © Jean-Louis Perrier
Chaque année, le haras des Joanins fait naître une trentaine de poulains, en ayant recours à l’ICSI et majoritairement à des juments porteuses, bien que quelques jeunes juments soient aussi mise à la reproduction à trois ans. “Je ne trouve pas le circuit réservé aux chevaux de quatre ans proposés par SHF très intéressant. Certaines juments vont donc à la reproduction et commencent les concours à cinq ans”, justifie Stéphane Monier, dont les activités dans la finance l’amènent aujourd’hui à passer une grande partie de son temps au Qatar. “L’intérêt de mettre des jeunes juments à la reproduction est d’avancer sur la génétique. J’arrive déjà à la troisième génération des produits de ma première jument, Bianca de Riverland (Untouchable M).”
En quelques années le Franco-suisse s’est constitué un cheptel de génétique très haut de gamme, complétant le travail sur les produits maisons par quelques achats d’embryons, et d’autres opportunités saisies à la volée, notamment lors de ventes de cession, comme celle organisée par le haras de Hus. C’est ainsi qu’a été mise en lumière une sélection de foals nés dans le pourpre, issus d’une quinzaine de pères différents, majoritairement bien représentés dans les différents palmarès d’étalons. Tous les géniteurs des foals présentés portent les couleurs d’un stud-book d’un pays voisin, à l’exception de Zirocco Blue VDL (Mr Blue), dont il convient de rappeler qu’il est né dans la Manche, au sein de l’élevage de la famille Paris, sous le nom de Quamikase des Forêts.

Stéphane Monier a investi dans le génétique de premier ordre pour faire fleurir son affixe des Joanins. © Jean-Louis Perrier
La lignée maternelle de Roofs à l’honneur
Stéphane Monier n’a pas échappé à la séduction des gigantesques foulées de United Touch S, dont six produits ont été présentés. Cinq sont issus de la même jument, Conrad Girl de Hus (Corrado I), sœur utérine du génial Conrad (Con Air), notamment lauréat du Grand Prix du Longines Global Champions Tour de Chantilly en 2015 avec Grégory Wathelet. L’éleveur n’a pas fait l’impasse non plus sur le défunt mais toujours très prolifique Chacco Blue, marié par deux fois à Lamborghini de Hus (Baloubet du Rouet), dont la mère Orlis I (Calido I) a aussi produit la crack Bella Donna 66 (Baldini II) de Meredith Michaels-Beerbaum. La grande et longue baie est d’ailleurs à l’origine de deux étalons, dont Kartal’s Emerald (Emerald van’t Ruytershof), très en vue outre-Rhin du haut de ses cinq ans.
Plusieurs fois présente dans les pédigrées des poulains en lice, Telysette K est aussi une belle référence puisqu’elle est la propre sœur de What A Quick Star R, alias Big Star (Quick Star), champion olympique par équipe à Londres et en individuel, quatre ans plus tard, à Rio, sous la selle du Britannique Nick Skelton. Mariée à L’Arc de Triomphe, la KWPN a déjà donné Léopard des Joanins, qui poursuit sa route vers le très haut niveau avec Olivier Perreau, avec ses premiers classements en 5*. L’une de ses premières pouliches a défilé devant les éleveurs, de même que celles de sa propre sœur, L’Etoile des Joanins. Habitué à travailler avec Guillaume Ansquer, qui est un peu son mentor, Stéphane Monier ne s’est pas privé d’utiliser la fantastique génétique construite sur les côtes du Finistère. Plusieurs produits faisaient ainsi honneur à la matrone Betty de Kreisker.
Les juges ont finalement sacré deux produits issus de la souche de la Holsteiner Roofs (Caletto), complice de Jan Tops, notamment lors des Jeux de Sydney en 2000 : Qupidon des Joanins (Diarado), son arrière-petit-fils, pour les Selle Français, et la Selle Luxembourgeois Qanaille des Joanins (Carthago), dont Roofs est la quatrième mère, du côté des autres stud-books. Cette pouliche, qui dégage beaucoup de présence, a pour mère Kiss Me des Joanins, propre sœur du champion du jour, Qupidon des Joanins. Après une bonne saison à cinq ans qui lui a permis d’obtenir l’ISO 121, elle poursuit sa route avec succès sur le circuit SHF sous la selle de Gaëtant Scrive, l’un des cavaliers à qui Stéphane Monier confie une partie de ses jeunes montures.

Qupidon des Joanins a remporté la palme dans sa catégorie. © Jean-Louis Perrier
Stéphane Monier dans son jardin
Mais la qualité de la journée ne saurait se limiter à celle des papiers des chevaux présents à Romans. En effet, Stéphane Monier a su profiter de l’opportunité offerte par l’événement pour mener une parfaite opération de relations publiques, invitant clients, prestataires et quelques éleveurs de renom. Une grande partie des chevaux présentés était d’ailleurs proposée à la vente, avec un prix clairement affiché sur le catalogue : entre 30 000 et 45 000 € pour ceux du cru 2024, de 15 000 à 25 000 € pour les poulains de l’année, et plus pour quelques chevaux d’âge déjà sortis en compétition.
Dans une ambiance décontractée, avec une très sympathique tablée de près de cent convives dressée dans l’allée arborée pour le déjeuner, les échanges sur divers sujets autour de l’élevage n’ont pas manqué. Avec outre Guillaume Ansquer, les époux Delforge du haras du Banney, Guy Martin ou encore Olivier Perreau, pour ne citer qu’eux, le plateau d’invités était relevé ! Stéphane Monier a aussi joué le guide pour faire découvrir cette propriété de quarante hectares, plus dix en location sur la commune voisine, qu’il a aménagée il y a presque dix ans avec les conseils avisés de son voisin, l’éthologue et préparateur à l’obstacle André Audinot. S’il consacre désormais son talent aux chevaux, ce dernier dispose d’une formation de géomètre et déploie désormais doublement ses compétences sur le site ! Ses écuries de la Rionde jouxtant le haras des Joanins, André Audinot est aux premières loges pour superviser l’éducation des jeunes poulains, mais aussi les travaux d’un nouveau bâtiment, qui accueillera bientôt vingt boxes supplémentaires, quatre stabulations, ainsi qu’un laboratoire pour l’insémination. Aux Joanins, tout est conçu pour le bien-être des chevaux et pour faciliter le travail du personnel, avec des matériaux fonctionnels, sans luxe ostentatoire. Cette année, grâce à la collaboration avec l’école vétérinaire de Lyon, les inséminations ont pu être réalisées sur place, avec la présence de la Dr. Vétérinaire Martha Armangau.

Photo "de famille" pour Stéphane Monier, Olivier Perreau et Guillaume Ansquer ! © Jean-Louis Perrier
Depuis l’an dernier, Stéphane Monier a aussi acquis une autre ferme, qui hébergeait jadis des Trotteurs, toujours sur la commune de Romans. Actuellement, elle reçoit une partie des chevaux d’élevage, mais, à moyen terme, elle devrait se transformer en un centre d’entraînement pour les chevaux de niveau 2 et 3*. Au total, sept personnes et deux apprentis travaillent sur le site, où interviennent également des prestataires. En parallèle, le maître des lieux poursuit sa collaboration avec le Breton Guillaume Ansquer dans la gestion de l’élevage. “Je suis venu m’installer ici car, il y a dix ans, mon bureau était à Genève. Romans était donc assez proche. Mais ici les sols ne sont pas assez porteurs pour garder les poulains au pré l’hiver. Ils partent donc après leur sevrage en Bretagne, où ils restent jusqu’au début de leur deux ans. Je viens d’acheter une ferme de cinquante hectares à Beuzec-Cap Sizun pour développer ce système”, détaille le Franco-suisse. De quoi faire perdurer un élevage récent mais déjà ô combien performant. Les trois chevaux confiés à Olivier Perreau le démontrent : l’étalon de neuf ans Léopard des Joanins est déjà titulaire de plusieurs classements à 1,50m, Céléana des Joanins (Chacco Blue), huit ans, a décroché un ISO 151 la saison dernière et poursuit son apprentissage à 1,45m, tandis que Jolicoeur des Joanins (Cicero van Paemel) signe une très bonne saison sur le circuit réservé aux chevaux de sept ans. Les 10 et 11 juillet dernier, le fils de Bianca de Riverland, la première poulinière de Stéphane Monier, s’est imposé puis classé deuxième à 1,30m, dans les épreuves de sa classe d’âge, à Valkenswaard. En s’assurant le concours de personnes compétentes autour de son projet, Stéphane Monier prépare déjà un bel avenir à l’élevage des Joanins.
Sous la selle d'Olivier Perreau, Léopard, neuf ans, est l'acutel meilleur ambassadeur de l'affixe des Joanins. © Sportfot
Photo à la Une : Le 23 juillet, Stéphane Monier a ouvert les portes du haras des Joanins à l’occasion d’un concours d’élevage très bien fréquenté. © Jean-Louis Perrier










