“Niamh McEvoy mérite d’être au sommet de son sport”, Greg Broderick (2/2)
En 2026, le nom de Niamh McEvoy s’impose de plus en plus sur le devant de la scène. À vingt-deux ans, l’Irlandaise, classée dans son premier Grand Prix 5* il y a quatre ans et déjà primée à plusieurs reprises lors des championnats du monde des jeunes chevaux de Lanaken, semble aborder un nouveau tournant dans sa jeune carrière. Soutenue par Greg Broderick et les écuries Ballypatrick, elle a eu les faveurs de Jessica Kürten pour disputer trois Coupes des nations cette saison, à Abou Dabi, Saint-Gall et Rotterdam. Lauréate de son premier Grand Prix 4* en mars, la discrète et compétitive amazone peut compter sur des montures pleines de talent pour vivre ses rêves. Rencontre.
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Cette année peut-être plus que jamais auparavant, la connexion de Niamh et ses complices à quatre jambes a été exposée au grand jour. Outre ses sélections pour les CSIO 5* d’Abou Dabi, de Saint-Gall et Rotterdam, elle a décroché sa plus belle victoire, en mars, sur les pistes du Sunshine Tour. Associée à son fidèle Olympic ‘GL’ ‘FVD’, l’Irlandaise a triomphé dans l’un des Grands Prix 4* les plus difficiles de la saison à Vejer de la Frontera. Un souvenir évidemment impérissable. “À Vejer, Olympic a encore une fois sauté de manière incroyable. Cette victoire est la preuve de son exceptionnelle régularité. Nous devions nous rendre à Doha cette semaine-là, mais le concours a été annulé en raison de la guerre au Moyen-Orient. Olympic a alors rejoint mes autres chevaux, qui étaient déjà présents en Espagne. Et nous avons gagné ce Grand Prix !”, se souvient la jeune femme, qui a croisé la route de cet imposant bai il y a deux ans et demi, grâce à son propriétaire, Keith Ennis.
Depuis deux ans et demi, Niamh McEvoy s'attache à faire couple avec le puissant Olympic 'GL' 'FVD'. © Sportfot
Olympic, la révélation qui tombe à pic
Avant l’été 2025, le fils de Galisco van Paemel n’avait sauté que deux épreuves à 1,50m sur la scène internationale. Pourtant, son talent n’a jamais laissé la place au doute. Il lui fallait seulement améliorer sa perméabilité aux aides et sans doute croiser la route du bon binôme. À douze ans, le hongre a réuni tous les éléments pour laisser parler son potentiel. “Olympic et moi avons mis longtemps à nous découvrir. Nous avons pris beaucoup de temps. Il a toujours été très respectueux et montré beaucoup de moyens, mais c’est un grand cheval et je suis menue. Nous avons dû mettre en place nos codes et nous comprendre mutuellement. Olympic est absolument adorable et très doux. Il veut vraiment faire plaisir ! Il adore les gens et avoir de l’attention. Je crois qu’il est très heureux et qu’il aime la vie ! C’est un cheval merveilleux et je suis très, très reconnaissante de pouvoir le monter”, savoure l’Irlandaise.
Aujourd’hui, tous deux peuvent mettre leur complicité à l’œuvre. “J’ai toujours rêvé de disputer des Coupes des nations 5*. J’étais folle de joie quand j’ai eu l’opportunité de le faire cette année. Olympic a été incroyable pour moi. Nous avons beaucoup appris tous les deux. À Abou Dabi, il y avait une forte pression sur nos épaules, mais il a été fantastique et a tout donné. Nous avions évidemment de grands espoirs en arrivant là-bas, mais comme il s’agissait d’une première ce niveau pour nous deux, il était difficile de savoir à quoi s’attendre. Je savais simplement qu’Olympic était pétri de talent et que nous nous connaissions bien. J’avais donc de l’ambition, mais que tout cela se traduise par de tels résultats était fabuleux !”, reconnaît Niamh.
Le fils de Galisco van Paemel a accompagné sa cavalière sur quelques beaux rendez-vous cette saison. © Sharon Vandeput / Hippo Foto
Ses succès n’ont pas fait son seul bonheur ces derniers mois. Jessica Kürten, nouvelle cheffe de file des vestes vertes irlandaises et comptant parmi les artisans de cette réussite, s’en est aussi réjouie. “J’ai concouru avec la maman de Niamh, Maeve, qui est très talentueuse. Nous vivions près l’une de l’autre et avons partagé beaucoup de compétitions ensemble. J’ai ensuite pu voir Niamh à l’œuvre à son tour. C’est une cavalière très précise. Elle a un super feeling pour les chevaux et est capable de s’adapter très vite à ses montures. Elle est également très compétitive et extrêmement ouverte d’esprit, ce qui lui permet d’apprendre vite”, loue la lauréate de la finale du Top Ten en 2007. “Niamh sait garder la tête froide. À son jeune âge, elle est capable d’aborder une épreuve majeure en donnant l’impression de ne pas être nerveuse pour un sou. C’est une immense force ! Elle est également très bien entourée, ce qui est un autre de ses atouts. À Abou Dabi, elle a signé une performance remarquable avec Olympic, un cheval qu’elle a mené au plus haut niveau et en lequel elle a toujours beaucoup cru. Niamh est une jeune femme très intelligente, généreuse et une vraie amoureuse des chevaux.”
Grand espoir du haut niveau et formatrice de talent
Passée par les rangs de la Young Riders Academy en 2023 et multi-médaillée dans les catégories Jeunes, Niamh a su tirer de précieux enseignements de ces expériences. “La Young Riders Academy est un programme fantastique. Il est parfois difficile pour les jeunes cavaliers d’avoir l’opportunité d’en apprendre davantage sur les aspects vétérinaires ou financiers du métier. Travailler dans les chevaux peut être dévorant et l’on est souvent très pris. Cela m’a appris énormément de choses, au-delà du sport, ce qui est très important. Être un bon cavalier est évidemment indispensable, mais cela ne fait pas tout. Se créer un réseau, savoir prendre correctement soin de ses chevaux et être en mesure de révéler leur plein potentiel sont des facettes cruciales de notre rôle. La Young Riders Academy m’a beaucoup aidée”, souligne l’Irlandaise. “J’ai aussi énormément appris des championnats d’Europe Jeunes que j’ai disputés. Ce sont des moments de compétition fantastiques, où l’on affronte des cavaliers très doués. C’est super de pouvoir se confronter aux attentes techniques et mentales du sport de haut niveau. Ces championnats, qui sont très sérieux, constituent une excellente transition vers les années Séniors, car on s’habitue à la pression. Cela permet aussi de découvrir et comprendre la condition physique attendue pour un tel événement, ainsi que tout l’aspect logistique nécessaire. C’est un apprentissage précieux pour l’avenir.”
L'Irlandaise a connu beaucoup de réussite dans les championnats d'Europe Jeunes, notamment par équipe. © Sportfot
La panoplie, déjà très fournie, de la jeune Niamh est complétée par un autre atout rare et recherché : la capacité à former des jeunes chevaux et à les mener au plus haut niveau. “La compréhension des jeunes chevaux qu’a Niamh est unique. Pendant que les jeunes cavaliers de son âge veulent souvent concourir au niveau international, Niamh a déjà remporté de nombreux championnats réservés aux jeunes chevaux, formés des montures de quatre, cinq ou six ans. Elle ne fait pas que monter au niveau 5* ; elle est aussi extrêmement douée pour faire progresser les jeunes montures. C’est une qualité remarquable pour une cavalière aussi jeune. Au cours des trois dernières années, elle a remporté le championnat national réservé aux chevaux de quatre ans à deux reprises à Dublin. Elle a aussi mené Boleybawn Alvaro au titre de champion des six ans à Dublin, après avoir décroché l’argent aux Mondiaux de Lanaken un an plus tôt. Cette année, à huit ans, il s’est imposé dans le Grand Prix de sa classe d’âge à Saint-Gall. Elle a tout fait avec ce cheval. Niamh n’est pas seulement capable de prendre les rênes d’un cheval déjà prêt et de gagner des épreuves ; elle sait aussi les former avec brio. Je pense que c’est une qualité qui marquera toute sa carrière”, met en lumière Greg Broderick, qui ne tarit pas d’éloges sur sa cavalière.
La jeune femme est aussi capable de révéler le talent de jeunes montures, à l'image de Boleybawn Alvaro. © Sportfot
“J’adore les jeunes chevaux”, renchérit la principale intéressée, qui fait pâlir le dicton “à jeune cavalier, vieux cheval”. “J’ai eu l’immense chance d’en monter certains qui étaient extraordinaires. Les championnats du monde de Lanaken sont l’un de mes rendez-vous préférés de l’année. Il y a une ambiance incroyable, qui est souvent porteuse pour les représentants irlandais ! Je pense que nous avons un bon système pour nos jeunes chevaux dans notre pays et cela se traduit dans nos performances à Lanaken. Comprendre les jeunes chevaux et comment les faire évoluer est très intéressant pour nous, cavaliers. Cela est bénéfique pour plein d’autres aspects du sport.” En 2024, alors qu’elle n’avait que vingt ans, Niamh avait conquis le titre suprême avec Orange de Baugy (Dominator 2000 x Barbarian), cinq ans. Un premier coup d’éclat, vécu au terme d’un barrage couru à la vitesse de l’éclair et qui avait suscité la stupéfaction et l’interrogation générale.
Le barrage d'Orange de Baugy en finale des Mondiaux des cinq ans à Lanaken, en 2024, avait posé question quant au format appliqué à cette épreuve... © Sportfot
“Niamh n’est pas seulement capable de prendre les rênes d’un cheval déjà prêt et de gagner des épreuves ; elle sait aussi les former avec brio”, Greg Broderick
Si Bolaybawn Alvaro est l’un des chevaux en lesquels Niamh fonde le plus d’espoirs pour l’avenir, elle peut aussi compter sur d’autres excellentes montures, dont Sevilla van de Berghoeve (Stakkato Gold x Diamant de Semilly) et le crack BP Rocket Man, sensationnel à Saint-Gall pour son premier plongeon dans le grand bain, tous deux âgés de neuf ans. Le hongre ISH, produit de l’élevage de la famille Broderick, l’accompagnait d’ailleurs déjà l’an dernier, pour les championnats d’Europe Jeunes Cavaliers, qu’il avait conclus au douzième rang en individuel. “Je crois beaucoup en ces deux chevaux. Ils semblent être en mesure de devenir des candidats pour le très haut niveau et pourraient ainsi s’épauler à l’avenir. BE Kentucky (Colmar x Chamberti) s’est aussi montrée fantastique en début d’année. En janvier, au CSI 5*-W de Leipzig, elle a sauté son premier Grand Prix 5* (l’épreuve secondaire de l’événement cotée à 1,55m, qu’elle a conclue au douzième après avoir lâché quatre points au barrage, ndlr). Elle est aussi très intéressante, comme beaucoup de mes chevaux cette année !”, constate avec joie celle qui a aussi fait sensation ces derniers jours sur le dos du puissant Rock’N Roll Ter Putte (Diamant de Semilly x Darco), un autre fruit du cru 2017.

La jeune femme fonde de bons espoirs en Sevilla van de Berghoeve. © Sportfot
Pour autant, travailler dans une écurie de commerce induit forcément des départs et des ventes. À vingt-deux ans, Niamh s’accommode de cet aspect incontournable : “Cela fait partie de notre métier. J’ai la chance qu’il y ait beaucoup de chevaux à Ballypatrick. Avec l’élevage, il y a toujours de nouvelles montures qui arrivent. Lorsqu’on peut les amener de leur plus jeune âge jusqu’au haut niveau, c’est une vraie satisfaction ! Il y a de nombreux chevaux issus de l’élevage Ballypatrick qui ont atteint le haut niveau. Greg essaye toujours de produire des poulains avec de la qualité et de faire mieux chaque année. Et j’aime aussi en apprendre davantage sur l’élevage en général !” Avec sa si chère Templepatrick Welcome Limmerick qui embrasse désormais une carrière de poulinière, la jeune amazone n’échappera pas à l’aventure ! “Elle a joué un rôle crucial dans ma carrière et m’a propulsée sur le devant de la scène. Elle représente énormément de choses pour moi, et ce sera toujours le cas. Nous avons hâte de voir ce que ses poulains nous réservent”, se projette-t-elle.
Templepatrick Welcome Limmerick a accompagné Niamh McEvoy à Dublin, mais aussi à Genève, pour le CSI U25. © Sportfot
Laura Kraut comme idole et une place parmi l’élite qui ne fait pas débat
Imperméable à la pression ou presque, très compétitive, Niamh McEvoy ne renie pas la douceur dont elle essaye de faire preuve avec ses chevaux. Très bien entourée, elle sait que ce sport peut être difficile et à quel point son cercle proche est important. “J’ai la chance d’avoir de super personnes à mes côtés. C’est un sport très exigeant et on vit beaucoup de mauvaises journées. C’est important de garder la tête hors de l’eau et de toujours faire de son mieux”, glisse cette discrète mais sérieuse travailleuse, qui apprécie pratiquer le Pilates, le yoga ou profiter de moments simples en famille ou entre amis. Forte d’un large éventail de qualités, peut-être Niamh suivra-t-elle les pas de son idole, une certaine Laura Kraut. “J’admire sa capacité à rester à haut niveau avec une telle longévité et sa régularité. Elle a une merveilleuse approche avec ses chevaux. Voir une femme performer dans ce sport comme elle le fait est tellement chouette !”, achète-t-elle.
Pour Greg Broderick, il n’y a aucun doute : Niamh McEvoy est à sa place sur les plus belles pistes du monde. “Ses résultats en début d’année ne m’ont absolument pas surpris. Lorsqu’on travaille avec Niamh, on sait qu’elle mérite d’être au sommet de son sport. Grâce à son groupe de chevaux, elle a pu montrer ses talents au niveau 5* ces derniers mois. C’est tellement mérité ! Elle travaille dur pour y parvenir, et il n’y a aucune surprise quant à ses capacités”, assure-t-il sans la moindre hésitation. Et Jessica Kürten d’avoir le dernier mot : “Niamh peut actuellement compter sur un bon piquet de jeunes chevaux. J’espère qu’elle sera en mesure de conserver ces montures à l’avenir, avec l’aide de Greg Broderick, et qu’elle deviendra un membre régulier de l’équipe irlandaise.” Qu’à cela ne tienne !

À vingt-deux ans, la talentueuse cavalière du Trèfle n'en est qu'aux prémices de sa carrière. © Sportfot
Photo à la Une : À Vejer de la Frontera, Niamh McEvoy a remporté son premier Grand Prix 4* grâce à Olympic 'GL' 'FVD'. © Mackenzie Clark






