Notre site web utilise la publicite pour se financer. Soutenez nous en desactivant votre bloqueur de publicite. Merci !

“Bébé, la seule façon de stopper mes pleurs était de m’allonger sur le dos d’un cheval, où je finissais par m’endormir”, Niamh McEvoy (1/2)

À vingt-deux ans, Niamh McEvoy a déjà le talent des plus grands.
Interviews jeudi 6 août 2026 Mélina Massias

Lorsqu’elle est en selle, Niamh McEvoy frappe par son calme, son apparente sérénité et sa maîtrise. À seulement vingt-deux ans, l’Irlandaise n’a rien à envier à ses aînés. Avec elle, tout semble naturel. Installée au sein des écuries Ballypatrick de Greg Broderick, qui a su percevoir son talent au tournant des années 2020, la discrète mais travailleuse et déterminée jeune femme a honoré ses premières capes en CSIO 5* cette année, grâce à deux chevaux de choix : Olympic ‘GL’ ‘FVD’ et BP Rocket Man. Le premier lui a également permis de triompher pour la première fois dans un Grand Prix 4*, en mars dernier, sur les pistes du Sunshine Tour. Née de l’union de deux parents équitants et passionnés, Niamh McEvoy a été bercée par les chevaux dès sa plus tendre enfance, et a rapidement su qu'elle leur consacrerait sa vie. Portrait.

Chaque été, en Irlande, les passionnés de jumping n’attendent qu’une chose : le CSIO 5* de Dublin, véritable institution sur l’île d’Émeraude. Une fois de plus, la nation hôte aborde l’échéance avec une ambition débordante. Cette année, la brillante Niamh - prononcer Neeve - McEvoy ne disputera pas la convoitée Aga Khan, la Coupe des nations, mais entend bien se distinguer dans les autres épreuves prévues tout au long du week-end, d’autant plus après son début d’année canonissime. Si son nom n’est pas (encore) aussi populaire que ceux des influents Cian O’Connor, Daniel Coyle, Shane Sweetnam et autres Bertram Allen et Darragh Kenny, l’amazone n’a rien à envier à ses aînés. Du haut de ses vingt-deux ans, la jeune femme dégage d’ailleurs une sérénité déconcertante, donnant l’impression de côtoyer le monde parfois impitoyable du haut niveau depuis trente ans. Son aisance et sa maîtrise lui ont permis de disputer trois épreuves collectives au plus haut niveau sous les couleurs du Trèfle cette saison : à Abou Dabi, où elle a signé un parcours parfait dans la Ligue des nations avant de se hisser au sixième rang du difficile Grand Prix avec son génial Olympic ‘GL’ ‘FVD’ (Galisco van Paemel x Bengale), puis à Saint-Gall (2+6) et Rotterdam (8), où elle a livré de très bons parcours sur son grand espoir BP Rocket Man (Stakkato Gold x Quidam Junior). Entre temps, elle a aussi remporté un Grand Prix 4*, à Vejer de la Frontera

“Niamh a un talent naturel incroyable. Elle a énormément de feeling avec les chevaux ; elle les comprend et sait ce dont ils ont besoin. Elle est aussi extrêmement compétitive et a farouchement envie de progresser. Elle a à cœur d’améliorer chaque aspect de ce qu’elle fait. Elle a la tête sur les épaules et ses chevaux le ressentent. Elle est très détendue, mais elle sait exactement ce qu’elle fait et est très déterminée. C’est une super fille, adorable et très humble”, résume l’olympique Greg Broderick, qui lui a donné une chance au tournant des années 2020.

Ce week-end, Niamh McEvoy profite du plus beau concours de l'année aux yeux de tout Irlandais qui se respecte : le CSIO 5* de Dublin. © Sportfot

“Les chevaux avaient quelque chose de thérapeutique pour moi”, Niamh McEvoy

Si l’équitation de Niamh McEvoy semble avoir quelque chose d’inné, ce n’est sans doute pas pour rien. Dès son plus jeune âge, la sympathique jeune femme a été bercée, au sens propre du terme, par les équidés. “Je crois que j’ai toujours été une fanatique des chevaux”, introduit-elle. “Ma maman est pareil. Elle m’a souvent dit que je pleurais beaucoup lorsque j’étais bébé et que la seule façon de stopper mes pleurs était de m’allonger sur le dos d’un cheval, où je finissais par m’endormir. J’ai toujours été heureuse d’être entourée d’équidés. Ils avaient quelque chose de thérapeutique pour moi.” 

Ancrés dans son ADN, les chevaux n’ont jamais quitté l’Irlandaise depuis. Il faut dire que ses parents ont joué un rôle capital dans sa réussite. Maeve, sa maman, a concouru à bon niveau et notamment excellé avec les jeunes chevaux, jusqu’à décrocher une médaille à Lanaken, tandis que son père, Richard, était aussi impliqué dans l’univers équestre… le tout en plus de leurs métiers de professeur des écoles et de notaire ! “Ma maman a été une grande source d’inspiration. Elle m’a tout appris à mes débuts. Elle m’a accompagnée tout au long du circuit poney et a été une aide vitale dans tout cela, tout comme mon papa”, sourit la discrète amazone, dont le grand-père paternel était un marchand de chevaux, doté “d’un œil exceptionnel pour les chevaux”, et éleveur aguerri.  

Niamh McEvoy a toujours pu compter sur le soutien et les connaissances de ses parents, eux-mêmes touchés par le virus équestre. © Sportfot

Avec Maeve, Niamh ne partage pas seulement un talent certain en selle. Toutes deux ont la même vision des chevaux et sont caractérisées par la même bienveillance. “Ma maman a une compréhension et une approche unique des chevaux. C’est une femme d’une profonde gentillesse. Les chevaux sont des animaux extrêmement intelligents et ils ressentent cela. Elle parvient à les apaiser par sa présence. Elle m’a appris l’importance de la patience et de la gentillesse, m’a montré comment faire des chevaux des alliés et comment nouer une vraie connexion avec eux”, souligne l’Irlandaise.

Durant son apprentissage, Niamh a évolué en centre équestre. Si le jumping a toujours eu ses faveurs, elle s’est aussi essayée à d’autres sports, mais aussi à d’autres disciplines. “J’ai toujours su que le saut d’obstacles aurait ma préférence, mais je trouve cela bénéfique de voir autre chose”, loue celle qui a goûté au dressage, au cross, et n’a, en bonne représentante de l’île d’Emeraude, pas échappé aux grandes galopades entremêlées de sauts de haies et de troncs traditionnelles de la culture locale. “Je n’en ai pas fait beaucoup, mais c’est une pratique importante et très populaire en Irlande. C’est très formateur. Il y a une grande culture équestre dans notre pays et beaucoup de personnes ont des chevaux”, pointe-t-elle. 

Avant de briller au plus haut niveau, la jeune femme a fait ses gammes à poney. © Lukasz Kowalski / FEI



Tout mis bout à bout, la jeune femme n’a jamais véritablement douté de son avenir. “Ma maman avait assez envie que je rejoigne les bancs de l’université. Faire carrière dans le milieu équestre est merveilleux, mais cela implique aussi un style de vie parfois difficile et éprouvant”, reprend la sympathique Irlandaise. Bonne élève, Niamh a soumis sa candidature pour poursuivre ses études en comptabilité, mais sa participation au Grand Prix du CSIO 5* de Dublin en 2022, qu’elle décrit comme un véritable rêve, a fini de la convaincre de laisser la passion l’emporter sur la raison. À cette époque, elle pouvait compter sur une partenaire de choix : Templepatrick Welcome Limmerick (Limmerick x Lux), avec laquelle elle fut médaillée de bronze et d’or par équipe aux Européens Juniors d’Oliva et Jeunes Cavaliers de Gorla Minore en 2022 et 2023. Aujourd’hui retraitée, la belle a catalysé la carrière de son amazone et lui a permis de décrocher la dixième place dès sa première apparition dans un Grand Prix 5*, à seulement dix-huit ans ! “Après avoir vécu cela, retourner aux études aurait été très difficile”, sourit-elle.

Templepatrick Welcome Limmerick a été la première grande jument de la jeune carrière de Niamh McEvoy et la partenaire de son premier Grand Prix 5*, il y a quatre ans. © Sportfot

“Niamh a une équitation douce et très légère, et les chevaux semblent l’adorer en tant que cavalière”, Greg Broderick

De fait, l’immense potentiel de Niamh ne pouvait échapper à l’œil expert de Greg Broderick. “J’ai d’abord vu Niamh monter à poney. Je ne la connaissais pas très bien, mais j’avais des contacts avec sa famille. Elle a toujours été naturellement talentueuse. Elle a une équitation douce et très légère, et les chevaux semblent l’adorer en tant que cavalière. L’observer en selle a toujours été agréable. Forcément, n’importe qui aurait eu envie de la voir monter ses propres chevaux ! J’ai alors dit à ses parents que si jamais elle voulait venir à Ballypatrick, nous serions ravis de l’accueillir. Un an après cette proposition, Niamh est venue découvrir notre structure et notre système et tout s’est ensuite enchaîné”, se souvient l’Irlandais, qui a notamment déniché de nombreux cracks, dont un certain Nielsdaka van de Rhamdiahoeve, alias Major Tom !

Pour Niamh, Greg incarne une forme d’idole pour la plupart des cavaliers irlandais. “Greg a participé aux Jeux olympiques en 2016 et a connu beaucoup de réussites dans sa carrière, qu’il a bâtie seul”, débute-t-elle. “Alors que je venais de passer à cheval, je l’ai croisé sur quelques concours, et il m’a proposé de venir monter certains de ses chevaux. À ce moment-là, je suis tombée amoureuse de l’écurie. Il me restait encore un an et demi avant d’en terminer avec l’école, mais dès que j’ai eu mon diplôme en poche, je suis revenue à Ballypatrick pour travailler à plein temps. La structure est très familiale. Cheryl et Olga, les sœurs de Greg, travaillent toutes les deux à ses côtés. Cheryl gère la partie élevage juste de l’autre côté de la route et Olga supervise une partie des écuries et est toujours là pour aider. Il y a une super ambiance et la plupart des gens sont jeunes.”

Greg Broderick ne tarif pas d'éloges au sujet de la cavalière d'une partie de ses chevaux ! © Sportfot

Sur place, la jeune femme a accès à de nombreuses montures, de tout âge. Entre les chevaux d’élevage et de commerce, la qualité ne manque pas. “Cette année, j’ai une chance folle ! J’ai un piquet phénoménal, sûrement le meilleur que j’aie jamais eu”, avoue l’intéressée. “Quoi qu’il arrive, nous essayons de rester aussi simples que possible. Nous faisons toujours passer le bonheur et la bonne santé de nos chevaux en premier. Ils passent beaucoup de temps au pré et pratiquent des activités variées. L’Irlande est un territoire idéal pour cela. L’écurie est par exemple située à côté d’une rivière, où les chevaux vont deux à trois par semaine.”

“Garder des chevaux enfermés au box, à fixer quatre murs toute la journée, n’est pas juste pour eux”, Niamh McEvoy

Pour l’amazone, créer un lien et une relation de confiance avec ses chevaux est primordial. “Nous avons une chance incommensurable d’évoluer avec des animaux aussi intelligents que les chevaux. Travailler avec eux est un plaisir. J’essaye d’être toujours agréable pour mes chevaux et tisser un vrai partenariat avec eux”, avance-t-elle. Une vision dans l’ère du temps, alors que le bien-être occupe, à raison, une place de plus en plus importante dans la sphère équestre. La jeune génération, que l’on imagine plus ouverte et renseignée sur le sujet, a d’ores et déjà un rôle clef à jouer en la matière. Et cela n’a pas échappé à Niamh. “C’est un sujet extrêmement important”, appuie-t-elle. “Être un bon modèle est crucial, tout comme la façon dont on traite ses chevaux. Leur bien-être doit être une priorité pour les cavaliers. Garder des chevaux enfermés au box, à fixer quatre murs toute la journée, n’est pas juste pour eux. Je veille toujours à ce que mes chevaux profitent de beaucoup de temps dehors. Ils peuvent ainsi être au contact de leurs congénères et être simplement heureux. Chaque cheval est unique et a sa propre routine. Avec les déplacements, il est parfois difficile de réunir toutes les conditions idéales pour eux. C’est pour cela qu’il faut les connaître par cœur et savoir exactement ce qu’ils apprécient ou non.” 

La représentante de l'île d'Emeraude juge le bien-être équin comme un sujet de première importance. © Sportfot

La seconde partie de ce portrait est à lire ici.

Photo à la Une : À vingt-deux ans, Niamh McEvoy a déjà le talent des plus grands. © Sportfot