“Quand je regarde le chemin parcouru, je me dis que c’est un peu fou !”, Stella Wasserman (1/2)
Originaire de Los Angeles, en Californie, Stella Wasserman, vingt et un ans, rêve logiquement des prochains Jeux olympiques. Encore inconnue du grand public il y a quelques années, la jeune femme a vécu une progression rapide depuis ses débuts internationaux en 2021. Grâce à Iphigeneia de Muze, vue jusqu’à 1,60m avec Grégory Wathelet, elle a d’abord fait ses gammes. Puis d’autres montures d’exception ont rejoint ses rangs, dont Precious Dwerse Hagen, celle qui lui a permis d’obtenir ses premiers classements en Grands Prix 5* en fin d’année dernière. Passée par l’equitation et le hunter, deux disciplines incontournables outre-Atlantique, Stella Wasserman évolue désormais aux côtés de McLain Ward, un mentor qu’elle a longtemps convoité. Passionnée de sports, de voitures, étudiante à l’Université de New-York mais aussi agente musicale, un rôle dans lequel elle s’épanouit pleinement en organisant des tournées ou des concerts pour des artistes nationaux comme internationaux, la deux-cent-dix-huitième mondiale a plus d’un tour dans son sac. Il y a quelques mois, celle qui a récemment troqué sa nationalité américaine pour représenter Israël malgré le contexte géopolitique actuel, s’est livrée sur son parcours, son fonctionnement et ses ambitions. Interview.
Quel est votre premier souvenir lié aux chevaux et comment ces animaux sont-ils entrés dans votre vie ?
Ma maman a été cavalière toute sa vie. J’ai grandi entourée de chevaux et je les ai aimés dès mon plus jeune âge. Dès lors que j’ai su marcher sur mes deux jambes, j’ai commencé à monter à mon tour ! Mon papa (Casey Wasserman, notamment fondateur de l’agence Wasserman, dont ont fait et font partie de grands artistes, et président du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles 2028, ndlr) est également impliqué dans beaucoup de sports, sans être particulièrement centré sur les chevaux.
Comment en êtes-vous venue à devenir une cavalière de compétition et plus spécifiquement à vous tourner vers le saut d’obstacles ?
J’ai débuté les concours par des épreuves de hunter et d’equitation, sur la côte ouest, en Californie, d’où je suis originaire. À partir de mon onzième anniversaire, j’ai pris part à mes premières compétitions de jumping, bien sûr à un niveau bien moindre qu’aujourd’hui. Je suis tombée amoureuse de cette discipline et j’ai continué dans cette voie-là. J’ai déménagé sur la côte est, en Floride, lorsque j’avais seize ans. Aux Etats-Unis, le grand sport se joue majoritairement à Wellington. J’ai aujourd’hui vingt et un ans et je n’ai quasiment pas bougé d’ici depuis.

La jeune Stella Wasserman a découvert les joie de l'équitation dans les disciplines traditionnelles américaines. © The Chronicle of the Horse
Que retenez-vous de votre expérience en equitation et en hunter ?
J’ai beaucoup appris, que ce soit en termes de ressenti, de compréhension des tracés ou de l’exécution d’un parcours. Je pense que l’equitation nous inculque une grande précision car il faut être aussi proche de la perfection que possible. Cela se transpose assez bien au saut d’obstacles !
Suivez-vous un cursus universitaire en plus de vos activités équestres ?
Oui ! J’étudie la communication et le marketing à la faculté. Je suis actuellement en troisième année à l’Université de New York.
À votre carrière de cavalière et vos études, s’ajoutent des missions dans l’industrie musicale, un univers qui semble aussi vous passionner…
Oui, je travaille pour une agence de musique. J’aide les artistes à planifier leurs tournées et leurs événements, notamment ici, en Amérique du Nord. Je travaille avec beaucoup d’artistes internationaux qui veulent venir se produire aux Etats-Unis. C’est vraiment merveilleux et je prends beaucoup de plaisir dans cette activité !

Stella Wasserman n'est pas seulement une cavalière ; elle travaille aussi dans l'industrie musicale, tout en suivant un cursus universitaire ! © Sportfot
Comment parvenez-vous à tout concilier, à trouver le bon équilibre ? À quoi ressemble votre système ?
Cela fait assurément beaucoup ! Je ne monte pas à cheval les lundis, ce qui me permet de me consacrer à ma scolarité et aux devoirs que je dois rendre à l’Université. Les mardis sont aussi assez tranquilles en ce qui concerne les chevaux, ce qui me permet d’avoir du temps pour mes autres activités. Ensuite, à mesure que la semaine progresse, l’équilibre s’inverse : je consacre davantage de temps aux chevaux et moins au travail. Pour résumer, je dirai que mes jours de travail sont le lundi, le mardi et le mercredi, tandis que je lève un peu le pied les jeudis et vendredis pour me consacrer davantage sur les chevaux et les compétitions.
Le charismatique A Man After Midnight fait depuis peu partie du piquet de la Californienne. © Sportfot
“Être aux côtés de McLain Ward chaque jour est véritablement inspirant, tant pour son mode de vie, sa mentalité, que pour son comportement”
Quand et comment avez-vous compris que vous vouliez vous investir pleinement dans le milieu équestre et tenter d’atteindre le plus haut niveau ?
Je dirais que j’ai eu le déclic lorsque j’ai acheté Iphigeneia de Muze (Erco van’t Roosakker x For Pleasure, arrière-petite-fille de Qerly Chin, sœur utérine de l’étalon Inshallah de Muze et du jeune phénomène Mister Quely, présentée jusqu’en Grands Prix 5* par Grégory Wathelet et mère, entre autres, de Plato de Muze, vu jusqu’à 1,55m avec Constant van Paesschen, ndlr), qui a été ma première vraie complice sur la scène internationale (et se consacre désormais à l’élevage, ndlr). Elle m’a emmenée sur les premiers Grands Prix, mes premières épreuves internationales, etc. J’ai tout fait avec elle. Elle m’a vraiment donné l’envie de suivre cette voie et de goûter au sport de haut niveau, auquel je n’avais jamais été exposée avant de croiser sa route. Elle m’a rendue très compétitive et m’a donné confiance en moi. Elle m’a tout donné ! C’est grâce à elle que j’ai eu la volonté de tout faire pour atteindre le haut niveau.
La jeune femme a pris goût à la compétition avec la très bien née Iphigeneia de Muze, qui se consacre désormais à l'élevage. © Sportfot
Qui ont été vos plus grandes inspirations jusqu’à présent ?
Je citerais évidemment McLain Ward, avec lequel je m’entraîne actuellement. Être à ses côtés chaque jour est véritablement inspirant, tant pour son mode de vie, sa mentalité, que pour son comportement. Cela me donne non seulement l’envie d’être une meilleure cavalière, mais aussi d’être une meilleure personne. Je suis très reconnaissante de pouvoir m’entraîner auprès de quelqu’un que je considère comme l’un des meilleurs de sa discipline. L’avoir comme modèle est l’un des éléments qui me permet et me donne envie de réussir. McLain est une immense source d’inspiration pour moi. En dehors des chevaux, mon père l’est tout autant. Voir ce qu’il a construit, en partant de rien, et comment il fonctionne et se comporte au quotidien est affriolant. Il représente tout ce que je veux être en tant que personne.
Comment avez-vous rencontré McLain Ward ?
Je ne sais pas exactement comment j’ai croisé sa route, car j’étais très jeune la première fois que je l’ai rencontré. L’anecdote est plutôt amusante : j’avais treize ans la première fois que je l’ai vu, et je lui ai dit “un jour, je m’entraînerai avec toi”. Il m’a regardée comme si j’étais folle ! (rires) Et me voilà, huit ans plus tard, à travailler à ses côtés. La boucle est bouclée !
Qu’avez-vous appris de lui ?
Je pense que le volet mental est celui sur lequel il m’a le plus apporté. C’est un aspect très difficile dans ce sport, sur lequel il m’a énormément aidée. Nous donnons beaucoup pour ce sport et tout le monde est prêt à tout pour atteindre ses objectifs. À la fin de la journée, McLain me rappelle que je ne suis pas uniquement définie par ce prisme, celui de la cavalière. S’en souvenir est très précieux et utile car cela permet de séparer ses résultats de son estime de soi. McLain m’a appris cela et je crois que cela a fait de moi une meilleure personne, tout en me permettant de mieux performer en piste.
Stella Wasserman s'entraîne avec McLain Ward depuis plusieurs mois. © Sportfot
“J’ai envie que mes chevaux donnent le meilleur d’eux-mêmes pour moi, et je me dois donc d’en faire autant pour eux”
Vous avez débuté votre carrière internationale en 2021 et obtenu vos premiers classements en Grands Prix 5* en 2025. Quel regard portez-vous sur ces dernières années ? Vous attendiez-vous à ce que les choses aillent aussi vite pour vous ?
Non, pas vraiment. L’an dernier, j’ai accompli des choses que je n’aurais jamais pensé faire à ce moment de ma vie ! J’ai toujours eu de grands rêves et été très déterminée à arriver à mes fins. Avec un bon piquet de chevaux et les bons soutiens derrière soi, je pense qu’il n’y a aucune limite. Et je l’ai constaté ! J’ai la chance d’avoir une équipe incroyable à mes côtés et de très bons chevaux. Quand je regarde le chemin parcouru, je me dis que c’est un peu fou ! Cela ne fait que cinq ans que j’évolue sur la scène internationale et j’ai déjà accompli beaucoup de choses. J’ai le sentiment que ce n’est que le début. Il faut aussi dire qu’il y a cinq ans, j’avais à peine seize ans !

En cinq ans, Stella Wasserman a connu une progression rapide et stable jusqu'au plus haut niveau. © Mélina Massias
Vous avez enrôlé de très bons chevaux dans votre écurie, mais cela n’est pas forcément synonyme de réussite en piste. Comment expliquez-vous votre succès ?
Je pense qu’une grande part de la réussite d’un cavalier dépend de l’équipe qui l’entoure. À mes yeux, j’ai la chance de compter sur l’une des meilleures qui puisse exister. Je fais aussi beaucoup de choses en dehors des compétitions pour m’assurer d’être la meilleure cavalière possible pour mes chevaux. Je vais à la salle de sport six jours sur sept et je parle avec un psychologue du sport deux fois par semaine. Je ne laisse rien de côté. J’ai envie que mes chevaux donnent le meilleur d’eux-mêmes pour moi, et je me dois donc d’en faire autant pour eux.
Vous avez remporté votre premier Grand Prix international en septembre dernier avec Myjorka (Mylord Carthago x Quidam’s Rubin), à l’occasion d’un CSI 2* tenu à Traverse City. Qu’est-ce que cela a représenté pour vous ?
Cette victoire signifie beaucoup de choses pour moi. Elle a en quelque sorte été la concrétisation de beaucoup de travail et de détermination investis dans ce sport. Le fait que cela ait fini par payer est extrêmement gratifiant. C’était formidable.
Myjorka a offert à Stella Wasserman sa première victoire dans un Grand Prix international fin 2025. © Sportfot
Vous avez récemment choisi de troquer vos couleurs américaines pour représenter Israël. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Le contexte géopolitique actuel dans ce pays ne vous a-t-il pas refroidie ?
En tant que femme juive, j’éprouve beaucoup de fierté vis à vis de mon héritage dans la société d’aujourd’hui. Je le représente désormais de façon plus large et plus visible, ce qui me permet d’avoir une vraie influence, non seulement dans le monde équestre, mais aussi en dehors. Avoir l’opportunité de faire cela est quelque chose de très significatif et puissant. Je suis parfaitement au fait de la situation géopolitique que traverse aujourd’hui le pays, mais Israël représente une grande part de mon héritage et porter ses couleurs est un honneur pour moi.
La seconde partie de cette interview sera publiée demain sur Studforlife.com…
Photo à la Une : Depuis ses débuts internationaux en 2021, Stella Wasserman a avancé à pas de géant, jusqu'à obtenir ses premiers classements en Grands Prix 5* en fin d'année dernière ! © Sportfot




