“Prendre la décision de partir au Mexique a été difficile, mais il s'agissait d'une super opportunité, qu’il aurait été bête de rater”, Carla Mateu Rapinat (2/2)
Aux rênes d’Itchina Mail Verley ou Kornet San Isidro, Carla Mateu Rapinat a crevé l’écran ces dernières saisons sur le circuit réservé aux jeunes chevaux. Du haut de ses vingt-cinq printemps, la sympathique jeune femme a déjà en poche des expériences de prestige. La représentante espagnole est, en effet, passée par les écuries de Steve Guerdat et Grégory Wathelet. Il y a quelques mois, au détour d’un voyage en Colombie, afin de renforcer les liens qu’entretiennent ses écuries familiales de la Foltière avec les élevages San Isidro et Verley, la native du Sud de la France a vu un nouveau projet lui tendre les bras. Désormais, la suite de son aventure équestre s’écrira au Mexique, au sein du haras Santa Maria, où elle vient de poser ses valises avec l’objectif de former de nouvelles pépites. Très enthousiaste face à cette opportunité en or, Carla Mateu Rapinat est revenue sur son parcours et s’est projetée sur son avenir à Aguascalientes, ville située au cœur de son pays d’adoption.
La première partie de cet article est à (re)lire ici.
La saison dernière, Carla a aussi été aperçue aux rênes d’un autre complice plein de qualités sur le circuit des sept ans : Cash The First des Rosiers, un fils du spectaculaire Cashpaid J&F et d’une mère par Baloubet du Rouet, dont la jeune production s’affirme de plus en plus. “Avoir deux chevaux sur ces épreuves-là était vraiment chouette”, sourit la cavalière. “Cash est beaucoup plus classique qu’Itchina. Et puis, je n’avais jamais fait ce genre d’épreuve dans ma vie ! J’ai déjà sauté plus haut, mais affronter ces parcours avec des chevaux de seulement sept ans est particulier.” Après une très bonne entrée en matière lors de sa finale bellifontaine, l’alezan a été acquis par Ashford Farm. Monté à l’occasion de quelques parcours par Marlon Modolo Zanotelli, il poursuit pour l’heure sa formation aux côtés d’un autre Brésilien, Bruno Martins Costa. Une belle réussite pour l’équipe de la Foltière, qui a formé ce très plaisant Zangersheide dès l’automne 2023. Doté d’une faible expérience à son arrivée en France, Cash The First des Rosiers a fait ses premières apparitions en compétition dans l’Hexagone sur des Préparatoires à 1,10m, sous la selle d’Anne Rapinat et rattrapé ses conscrits en moins de deux ans.

Carla Mateu Rapinat a également mené le styliste Cash The First des Rosiers jusqu'à la finale du championnat de France des chevaux de sept ans en 2025. © Mélina Massias
De la Colombie au Mexique
Si Carla a pu prendre les rênes de ce jeune talent, c’est en grande partie grâce à Jean-Yves Camenen. Et ce dernier est aussi le manageur des chevaux des haras colombien Verley et San Isidro ! “Le grand-père de Juan Camilo Ricci, Aurelio Piedrahita, a créé l’élevage San Isidro. Il était initialement impliqué dans l’univers des courses, en Colombie, mais a décidé de se tourner vers le saut d’obstacles. Jean-Yves Camenen lui a alors fait visiter plusieurs élevages en France et Aurelio s’est lié d’amitié avec Germain Levallois, à qui il a acheté trois poulinières, qui sont devenues la base de son élevage”, expose Carla, qui a pu monter un certain Kornet San Isidro en 2025 avant d’en laisser les rênes à sa mère.
Après un début de collaboration fructueuse entre les éleveurs et les écuries de la Foltière, Carla a fait ses valises peu après la Grande Semaine de Fontainebleau pour découvrir la Colombie. “L’idée était de renforcer les liens entre la Foltière et San Isidro”, développe-t-elle. “Le haras San Isidro fait naître trente chevaux par an. C’est impressionnant pour un élevage colombien ! Nous avons profité de ma visite pour faire sauter quelques jeunes chevaux, dont nous avons évalué le potentiel. Il y a notamment un frère d’Itchina sur place, qui est le propre frère de Leechi Mail Verley (Mylord Carthago x Quite Easy), que j’ai monté lors de la finale des quatre ans de Fontainebleau l’an dernier. Il est vraiment intéressant, même s’il n’a encore jamais fait de concours. La mère d’Itchina n’a, pour l’instant, produit que de bons chevaux ! C’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de la première jument achetée par Juan Camilo pour l’élevage Verley !”

La géniale Itchina Mail Verley compte plusieurs frères et soeurs utérins plein de promesses, pour le plus grand bonheur de leur éleveur : Juan Camilo Ricci. © Mélina Massias
En plus de découvrir les lieux des élevages San Isidro et Verley, ainsi que la culture locale, la jeune femme a profité de son voyage pour assister au championnat national colombien, avant d’être invitée par Alejandro Gutierrez, à la tête du haras Santa Maria, véritable projet familial, principalement géré par Alejandro et son père, Lucio Gutierrez, à en faire de même pour celui du Mexique. “J’avais déjà croisé Alejandro Gutierrez par le passé, car il est très intéressé par l’élevage et vient souvent en France, que ce soit à Fontainebleau ou à Saint-Lô. Il est notamment un partenaire du Groupe France Elevage (GFE) et de France Etalons depuis 2015, et dispose de l’exclusivité commerciale de la semence de leurs étalons au Mexique. Nous avons profité de notre déplacement pour le championnat national mexicain pour visiter son élevage”, expose Carla, qui se rend sur place dans l’idée d’en apprendre plus sur le fonctionnement de ce haras déjà réputé, d’échanger et d’engranger toujours plus d’expérience. Mais, rapidement, cette rencontre banale entre éleveurs prend un autre tournant. Alejandro Gutierrez explique à la représentante espagnole être en quête d’un cavalier pour faire évoluer sa structure et ses chevaux âgés de cinq ans et plus. “Il m’a demandé si je pouvais l’aider à trouver quelqu’un pour remplir cette mission et, après une semaine de réflexion, je lui ai proposé ma candidature”, révèle-t-elle. “Alejandro aimerait vraiment professionnaliser son système. Toute sa famille est vraiment passionnée par les chevaux et a de grandes ambitions. Pour l’instant, le haras Santa Maria fait naître une vingtaine de poulains par an, ce qui est déjà un nombre très correct, mais l’élevage ne cesse de grandir. Il a un très bon système de débourrage et de formation pour les chevaux de quatre ans. Il vend certains de ses produits lors de ventes aux enchères au Mexique, mais il aimerait pouvoir faire évoluer les autres au sein de sa propre écurie. Même si les chevaux sont une passion et une forme de loisir pour la famille Gutierrez, tout est très bien fait. Il y a déjà de très bons chevaux qui représentent cet affixe jusqu’à 1,60m. D’ailleurs, l’une des très bonnes juments d’Alejandro, Gazelle SM, a participé au championnat mexicain avec Patricio Pasquel. Il s’avère que cette jument est une fille d’Orient Express, tout comme Itchina Mail Verley ! Cela nous a un peu rapproché.”
Gazelle SM est l'une des représentante de l'élevage Santa Maria, où officie désormais Carla Mateu Rapinat. © Sportfot
Depuis quelques jours, Carla s’est donc lancée dans une toute nouvelle aventure et officie désormais à Aguascalientes, au cœur du Mexique. Le but de cette collaboration ? “Professionnaliser le système du haras Santa Maria, ouvrir le commerce avec les Etats-Unis et l’Europe”, se projette Carla Mateu Rapinat, très enthousiaste à l’idée d’écrire ces nouvelles lignes de son CV. Sur place, l’amazone profite d’une structure taillée pour travailler dans les meilleures conditions. “Les écuries sont incroyables”, plaide-t-elle. “Il y a deux carrières d’excellente facture, une grande piste en herbe dotée de magnifiques obstacles, des ronds d’Havrincourt, dont un qui est pensé comme une piste de galop et très pratique, et tout le site est sublime. Le lieu a tout pour permettre d’évoluer dans le sport.” Outre la bonne Gazelle SM de Patricio Pasquel, ou encore Diassini SM (Diarado x Cassini I), vu à 1,45m à huit ans sur la scène internationale, Alejandro Gutierrez a aussi fait naître l’étalon Latino Gos SM*GFE (Comme Il Faut x Untouchable 27) et co-fait naître son frère utérin, Loreto SM Laspalmas (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky). Ces deux mâles ont vu le jour sur la base secondaire du Mexicain… la Normandie ! Une partie de ses produits grandissent en effet dans les pâtures du haras des Forêts, chez la famille Paris.

La Franco-Espagnole s'est lancé un nouveau défi au haras mexicain Santa Maria. © Collection privée
“Au Mexique, le système de formation pour les jeunes chevaux est très bien pensé”
Certainement aussi dépaysant qu’enrichissant, ce nouveau défi ravit Carla. “On aimerait vraiment faire quelque chose à long terme”, souhaite-t-elle. “Prendre cette décision a été difficile, mais il s’agissait d’une super opportunité, qu’il aurait bête de rater ! Je n’ai que vingt-cinq ans, je ne suis pas mariée et je n’ai pas d’enfant : c’était le bon moment pour tenter l’aventure ! Lors de ma première visite, j’ai senti que le sport ne faisait que grandir au Mexique. C’est une vraie mine d’or. Dans le championnat des cavaliers de moins de vingt-cinq ans, il y avait quinze très bons chevaux, dont Mumbai van de Moerhoeve (Diamant de Semilly x Nabab de Rêve), qui a disputé les Jeux olympiques avec Christian Kukuk, et une jument qui a sauté à Aix-la-Chapelle ! Je crois que le système de formation pour les jeunes chevaux est aussi très bien pensé, avec un championnat en fin d’année et surtout de très belles et grandes pistes en herbe et en sable. C’est très professionnel et la filière est en plein essor.”

"La filière mexicaine est en plein essor", assure Carla Mateu Rapinat. © Collection privée
Du côté de la Touraine, Itchina Mail Verley, comme Kornet San Isidro et son petit frère, Let’s Go San Isidro, fraîchement arrivé en France, vont poursuivre leur évolution avec Anne Rapinat. “Une jument de six ans, Karlotta Deluca (Tangelo vd Zuuthoeve x L’Esprit), qui appartient à Irene Horvath de Horvath Horses, va me rejoindre au Mexique. Cela permettrait aussi d’ouvrir le commerce entre le Mexique et la Foltière”, précise Carla. Ne craignant aucunement de plonger tête la première dans ce nouveau projet, l’amazone de vingt-cinq ans ne redoute pas non plus de travailler pour atteindre ses objectifs. “Je ne viens pas d’une famille très aisée. Nous travaillons donc beaucoup et n’avons pas les moyens d’acheter des chevaux déjà prêts à évoluer à haut niveau”, avoue-t-elle. “Mon beau-père, qui a participé aux Jeux olympiques d’Atlanta en concours complet, a un œil incroyable pour repérer les bons jeunes chevaux. Il aime aller aux ventes aux enchères et tenter de dénicher la perle rare. Il a notamment trouvé Hiphopdescerisiers (Ascott des Vaux x Quercy des Sarthes), un cheval de neuf ans qui a sauté jusqu’à 1,50m avec ma maman l’an dernier. Lors des ventes Nash, mon beau-père a été le seul à lever la main ! Nous avions aussi acheté Requiem de Talma (Cento x Qredo de Paulstra, inoxydable partenaire d’Alexandra Ledermann ayant évolué jusqu’en Grand Prix 5* malgré sa petite taille, ndlr) ou encore Rafale des Forêts (L’Arc de Triomphe x Echo des Forêts II) et Tina de l’Yserand (Allegreto x Quiniou), qui ont évolué à bon niveau avec Pius Schwizer. Cela a permis à l’écurie de la Foltière de grandir, grâce à des chevaux très souvent achetés à trois ans, à petit prix.” Gageons qu’à la Foltière ou au haras Santa Maria, la belle histoire de Carla Mateu Rapinat s’enrichisse de toujours plus de réussites, et, pourquoi pas, que les produits de l’élevage maison lui permettent de briller au plus haut niveau dans quelques années.

La fabuleuse Itchina Mail Verley va poursuivre sa route sous la selle d'Anne Rapinat, la mère de Carla Mateu Rapinat. © Pixels Events
Photo à la Une : Ces deux dernières saisons, Carla Mateu Rapinat s'est notamment distinguée aux côtés de la bondissante Itchina Mail Verley. © Mélina Massias





