“Mon rôle est d’écouter ce que mes chevaux me disent, même s’ils n’ont pas la parole”, Stella Wasserman (2/2)
Originaire de Los Angeles, en Californie, Stella Wasserman, vingt et un ans, rêve logiquement des prochains Jeux olympiques. Encore inconnue du grand public il y a quelques années, la jeune femme a vécu une progression rapide depuis ses débuts internationaux en 2021. Grâce à Iphigenia de Muze, vue jusqu’à 1,60m avec Grégory Wathelet, elle a d’abord fait ses gammes. Puis d’autres montures d’exception ont rejoint ses rangs, dont Precious Dwerse Hagen, celle qui lui a permis d’obtenir ses premiers classements en Grands Prix 5* en fin d’année dernière. Passée par l’equitation et le hunter, deux disciplines incontournables outre-Atlantique, Stella Wasserman évolue désormais aux côtés de McLain Ward, un mentor qu’elle a longtemps convoité. Passionnée de sports, de voitures, étudiante à l’Université de New-York mais aussi agente musicale, un rôle dans lequel elle s’épanouit pleinement en organisant des tournées ou des concerts pour des artistes nationaux comme internationaux, la deux-cent-dix-huitième mondiale a plus d’un tour dans son sac. Il y a quelques mois, celle qui a récemment troqué sa nationalité américaine pour représenter Israël malgré le contexte géopolitique actuel, s’est livrée sur son parcours, son fonctionnement et ses ambitions. Interview.
La première partie de cet article est à (re)lire ici.
Precious Dwerse Hagen (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky x Casall), née chez Jos Ceulemans et révélée par Olivier Philippaerts, est actuellement votre jument de tête. Comment avez-vous croisé sa route ?
J’ai essayé Precious lorsque je montais encore avec Max Amaya, qui a été mon coach jusqu’à la fin du Winter Equestrian Festival de Wellington l’an dernier. Max a une excellente relation avec la famille Philippaerts, chez qui évoluait alors Precious. Elle est arrivée dans mes écuries en tout début d’année 2025 et nous avons fait notre première compétition ensemble en mars. Cette jument est vraiment incroyable !
Comment décririez-vous la relation que vous entretenez avec Precious Dwerse Hagen ?
Nous avons une très bonne entente toutes les deux. À chaque fois que je l’appelle et que je prononce son nom dans les écuries, elle me répond avec de petits hennissements adorables. Elle est très, très gâtée, mais elle le mérite ! Je l’ai déjà dit de nombreuses fois, mais je vais continuer de la répéter : Precious est le cheval le plus spécial sur lequel je me suis assise. Elle est merveilleuse.
Pourquoi ?
Elle a un cœur immense, le plus grand que j’aie jamais senti chez un cheval. Je crois qu’elle sauterait n’importe quoi pour moi. Sentir cette connexion et ce lien avec un cheval est un sentiment incomparable.
Selon sa cavalière, Precious Dwerse Hagen a un cœur immense. © Sportfot
“Je pense que je n’aurais pas pu connaître les réussites qui ont été les miennes avec mes autres chevaux si je n’avais pas appris auprès de Play”
Play (Luidam x Diamant de Semilly), ancien complice de Jessica Mendoza et désormais aux bons soins de Caroline Hoover, vous a permis d’engranger beaucoup d’expérience, notamment à 1,60m. Quel rôle a-t-il joué dans votre carrière ?
Play est le premier cheval qui m’a véritablement appris à sauter des obstacles imposants, des parcours à 1,55 et 1,60m. Je n’avais rien fait de semblable avant de l’avoir. Play est extrêmement courageux et tellement indulgent ! Pouvoir apprendre d’un tel cheval, qui a à la fois les capacités et l’envie de bien faire, peu importe les erreurs que l’on commet, est un immense luxe. Je pense que je n’aurais pas pu connaître les réussites qui ont été les miennes avec mes autres chevaux si je n’avais pas appris auprès de Play.

Avec Play, Stella Wasserman a acquis une précieuse expérience, et a même disputé le Derby de Dinard en 2025. © Mélina Massias
Fin 2025, vous avez pris les rênes de Happy Hour 22, alias Myla (Crunch x Quadros 3), qui avait obtenu de bons succès avec Kent Farrington au plus haut niveau, mais aussi de Jordan Molga M (Etoulon*VDL x Dulf van den Bisschop), ancien complice de Nicolas Delmotte. Quelles ont été vos premières impressions avec ces deux nouvelles montures ?
Myla est très agréable à monter. Elle est très similaire à Precious. C’est une jument très, très chaude, qui a envie de faire de la compétition et de gagner. On le sent à chaque fois qu’on entre en piste avec elle. C’est une gagnante ! C’est très chouette de pouvoir compter sur elle quand on est une cavalière compétitive !
Quant à Jordan, il appartient désormais à Michael Smiths (soutien de McLain Ward et notamment aussi propriétaire de High Star Hero, ndlr). C’est un sauteur extrêmement spécial. Sur son dos, on a l’impression qu’on pourrait sauter la lune ! Il donne un sentiment fantastique et ses moyens et ses capacités semblent illimités, ce qui est remarquable.
Parmi les très bonnes cartouches de la Californienne se trouve une certaine Myla, gagnante jusqu'à 1,60m à Aix-la-Chapelle avec Kent Farrington. © Sportfot
Quels sont vos objectifs avec ces deux chevaux ?
Pour l’instant, je veux juste me concentrer pour construire de bonnes relations avec eux, surtout avec Myla, puisque McLain a pris les rênes de Jordan. J’aimerais former le meilleur couple possible avec elle. Je pense que cela nous mènera loin, mais je ne veux pas précipiter les choses ni griller les étapes avec elle.
Jordan Molga M a très vite été revendu et est désormais associé à McLain Ward, coach et mentor de Stella Wasserman. © Sportfot
Entre Precious Dwerse Hagen, Myla mais aussi Majorka, vous avez de très bonnes juments au sein de votre piquet. Avez-vous déjà pensé à l’aspect génétique et à l’élevage avec elles ?
Oui, je pense qu’à la fin de leurs carrières sportives, j’aimerais avoir une descendance de ces juments, en particulier de Precious, qui a un excellent papier. Majorka est une fille de Mylord Carthago et a aussi de bonnes origines. Donc oui, j’adorerais faire un peu d’élevage avec elles dans le futur.
“J’ai beaucoup appris en tant que cavalière et vécu une expérience extraordinaire en tant que personne en Europe l’an dernier”
L’an dernier, pour la première fois de votre jeune carrière, vous avez posé vos valises en Europe pour quelques mois. Quel bilan en tirez-vous, en tant que cavalière, évidemment, mais aussi en tant que personne ?
J’ai beaucoup apprécié cette expérience. J’ai trouvé que les concours étaient très différents par rapport à ce à quoi je suis habituée aux Etats-Unis. Le mode de vie était aussi totalement différent, mais j’ai eu la chance de concourir sur de magnifiques événements, notamment en France. J’ai beaucoup appris en tant que cavalière et vécu une expérience extraordinaire en tant que personne. J’ai beaucoup aimé mon séjour en Europe !
L'an dernier, la jeune amazone a découvert les compétitions européennes, comme ici dans le superbe cadre de Chantilly Classic. © Sportfot
Aujourd’hui plus que jamais, s’assurer que les chevaux soient bien traités et que leurs besoins fondamentaux soient comblés est crucial. Comment vous assurez-vous que ce soit le cas pour vos montures et à quel point est-ce important à vos yeux ?
Pour les cavaliers, la chose la plus importante est de s’assurer que leurs chevaux se sentent au meilleur de leur forme et de savoir quand ce n’est pas le cas. De cette manière, on peut traiter les éventuels problèmes. J’ai beaucoup mis l’accent là-dessus, mais avoir une excellente équipe, à laquelle on peut faire confiance, autour de soi et de ses montures, est primordial. Il faut que les personnes qui nous entourent connaissent nos chevaux au moins aussi bien que nous, afin qu’ils puissent percevoir le plus tôt possible quand quelque chose cloche, avant que quoi que ce soit empire. Dans tous les cas, lorsqu’un cheval ne se sent pas bien, il nous le fait savoir. Mon rôle est d’écouter ce que mes montures me disent, même si elles n’ont pas la parole.

"Pour les cavaliers, la chose la plus importante est de s’assurer que leurs chevaux se sentent au meilleur de leur forme et de savoir quand ce n’est pas le cas", assure Stella Wasserman. © Sportfot
“Voir Nina Mallevaey figurer dans le Top 10 me galvanise à travailler encore plus dur chaque jour pour, je l’espère, atteindre un jour ce même niveau”
En janvier dernier, la Française Nina Mallevaey, établie outre-Atlantique durant l’hiver, a intégré le Top 10 mondial pour la première fois de sa carrière. Quel regard portez-vous sur cela ?
C’est une grande source d’inspiration ! Nina est une cavalière incroyablement talentueuse et elle n’a que vingt-cinq ans ! Elle n’est donc pas beaucoup plus âgée que moi. La voir figurer dans le Top 10 me galvanise à travailler encore plus dur chaque jour pour, je l’espère, atteindre un jour ce même niveau. Voir que deux femmes faisaient partie du Top 10 en janvier - ce qui n’était plus arrivé depuis une décennie - et un tel niveau de réussite est aussi une immense marque de confiance pour les femmes dans ce sport.
Diriez-vous que vous êtes le genre de cavalière qui veut avoir une voix et une forme d’influence dans son sport ?
J’adorerais avoir un impact sur le sport. Je respecte les opinions de chacun et je suis toujours ouverte à entendre ce que mes pairs ont à dire. Si ma voix compte aux yeux des gens, c’est un privilège.
Nina Mallevaey constitue une belle source d'inspiration pour la cavalière de vingt et un printemps. © Sportfot
“Les Jeux olympiques de Los Angeles sont un rêve pour moi depuis que je sais ce qu’est un rêve”
Être cavalier professionnel peut rapidement devenir fatigant, tant mentalement que physiquement. Comment gérez-vous cela ? Imaginez-vous continuer dans cette voie toute votre vie ?
Oui, j’aimerais que les chevaux fassent partie de ma vie aussi longtemps que j’aurais la chance de les avoir à mes côtés. J’aime ce sport, mais j’aime surtout les chevaux. Concernant l’aspect mental, il est parfois difficile à appréhender. Je ne pense pas que l’on parle assez de combien ce sport peut être rude mentalement. Et, peu importe qui on est, on y fait tous face. C’est mentalement dur pour tout le monde. Pour ma part, ce qui m’aide le plus est le fait de m’appuyer sur les personnes en qui j’ai confiance et celles qui me soutiennent. Je fais partie d’une équipe et nous sommes tous unis. Lorsque j’ai besoin d’un coup de boost, ou lorsque je suis anxieuse, nerveuse ou stressée, je sais vers qui me tourner pour m’aider à passer au-dessus de ces sentiments.

Bien entourée et investie dans différents univers, la jeune femme sait garder la tête froide et les pieds sur terre, sans perdre son ambition. © Sportfot
Dans votre vie, il n’y a pas que les chevaux qui occupent une place importante. À quel point est-ce important pour vous d’avoir d’autres centres d’intérêts ?
C’est un bonus d’avoir d’autres occupations en dehors de l’univers équestre. C’est l’une des choses que je trouve les plus importantes, car cela permet de penser à autre chose qu’aux chevaux. Je suis le type de personne qui peut faire une fixette sur quelque chose. M’intéresser à différentes choses, dans des domaines distincts, me permet de passer d’un monde à l’autre et ne pas être seulement bloquée dans un seul univers tout le temps. Pouvoir évacuer cette forme de stress mental en pensant à autre chose qu’aux chevaux est une bénédiction.
Quels sont vos objectifs, à court et long terme ?
À court terme, continuer de construire ce que j’ai déjà commencé à bâtir. J’ai vécu une bonne série de concours en Californie à l’automne dernier et je veux m’appuyer sur ces bons résultats pour la suite, avec l’espoir de participer à quelques Coupes des nations. À long terme, mes objectifs sont probablement les mêmes. Pour beaucoup de gens, ce sont les Jeux olympiques. C’est un rêve pour moi depuis que je sais ce qu’est un rêve. Je ne suis pas du genre à reculer ou à croire qu’un rêve est trop grand. Alors, je vais persévérer jusqu’à le concrétiser.
Pensez-vous à Los Angeles 2028 ?
Oui, car Los Angeles est ma ville. Si j’arrivais à réaliser mon rêve à cette occasion, ce serait encore plus spécial !

Stella Wasserman se projette déjà vers les Jeux olympiques de 2028, qui auront lieu chez elle, à Los Angeles. © Sportfot
Photo à la Une : Avec Precious Dwerse Hagen, Stella Wasserman peut nourrir de grandes ambitions. © Sportfot






