José María Larocca, la passion du sport équestre en famille
Déjà lauréat de deux Grands Prix 4* à Vejer de la Frontera en février dernier, José María Larocca poursuit son excellente entame de saison 2026 avec une nouvelle victoire, cette fois dans le Grand Prix 4* de Bourg-en-Bresse. Le plus européen des Argentins vise une nouvelle participation aux championnats du monde, avec son fils Matias Larocca à ses côtés. Il rêve également de poursuivre son aventure équestre sur les plus beaux terrains internationaux avec les chevaux issus de son propre élevage en Argentine.
Originaire d’un pays aux immenses territoires où la tradition équestre est forte, l’Argentin José María Larocca exprime avec talent sa passion pour les chevaux sur les plus beaux terrains du jumping international. Les chevaux sont entrés dans sa vie dès son plus jeune âge, la famille Larocca pratiquant depuis longtemps les sports équestres au plus haut niveau : “Il y a toujours eu des chevaux dans la famille. J’avais un oncle, Carlos Delia Larocca, qui a participé à plusieurs Jeux olympiques et championnats du monde. Il a terminé deuxième aux Mondiaux de Venise en 1960 ! Mon père aussi a disputé des concours internationaux et monte toujours à cheval à quatre-vingt-trois ans ! Il porte le même prénom que moi, c’est pour cela que, pour la FEI, il est Senior et moi Junior, même si je ne suis plus junior depuis longtemps !”, s’amuse l’Argentin de cinquante-sept ans. Il a commencé son apprentissage équestre très jeune dans un club à l’enseignement classique, avant de concourir sur les terrains de son pays. “Mon père avait créé un haras à environ une demi-heure de Buenos Aires, où j’ai pu monter des chevaux issus de son élevage. En Argentine, le jumping est bien moins populaire que le polo, où se disputent des tournois de très haut niveau sur le site de Palermo, au cœur de Buenos Aires. C’est un spectacle formidable, avec des joueurs qui sont de très grands professionnels. J’ai très peu joué, mais j’aime beaucoup regarder : la vitesse, la façon de tourner… c’est une autre planète ! Mais c’est le saut d’obstacles qui m’a toujours plu. J’ai participé à tous les championnats nationaux Jeunes et monté jusqu’à des épreuves à 1,40 m. Puis, à vingt ans, je suis parti à Londres pour travailler dans une grande entreprise de négoce de matières premières et, pendant douze ans, je n’ai plus du tout monté à cheval !”.
Des concours nationaux en Argentine aux Jeux olympiques de Paris, José María Larocca a parcouru un long chemin. © Sportfot
La patience comme maître-mot
Mais on n’abandonne pas comme ça une passion ancestrale ! Même si son poste à la direction de cette grande entreprise internationale l’a amené à beaucoup voyager à travers le monde, José María Larocca s’organise : “J’ai recommencé à monter en 2003 et, l’année suivante, j’étais en CSI au Portugal ! J’habitais à Londres et j’ai loué une écurie près de Windsor. J’avais deux chevaux, que j’avais achetés en Allemagne, et sur mes premiers concours, j’ai souvent été éliminé ! Même si cela m’a permis de gagner de l’expérience, j’ai quand même pris un coach brésilien qui était basé à Oxford. Il m’a aidé pendant plus de deux ans, de 2004 jusqu’aux Jeux équestres mondiaux de 2006 à Aix-la-Chapelle. J’avais un très bon cheval acheté en Suède, mais il s’est blessé peu de temps avant, je suis donc parti avec un autre, Svante (Hand In Glove x Little Boy). J’ai terminé tous mes parcours, avec des barres certes, mais c’était une grande expérience où j’ai beaucoup appris !”. Il s’installe ensuite à Genève, où il poursuit ses activités professionnelles, tout en s’affirmant sur le circuit international, sans manquer une seule échéance de la FEI. Il participe à ses premiers Jeux olympiques en 2008 à Pékin et enchaîne avec ceux de Londres en 2012, associé au même cheval, Royal Power (Pionier x Nimmerdor), avant de prendre part à ceux de Rio de Janeiro avec Cornet du Lys (Windows van het Costersveld, alias Cornet Obolensky x Champion du Lys). L’année précédente, le puissant étalon gris lui avait d’ailleurs offert sa première médaille internationale, l’argent par équipe, lors des Jeux panaméricains de Toronto.
Depuis 2008, l'Argentin n'a manqué aucun rendez-vous olympique, comme ici à Rio de Janeiro avec Cornet du Lys. © Sportfot
“Finn Lente est le cheval d’une vie”
En 2019, c’est avec Finn Lente (Gaillard de la Pomme x Colandro) que José María Larocca retrouve la deuxième marche d’un podium de grand championnat, cette fois en individuel, aux Jeux panaméricains de Lima 2019. Le KWPN devient alors son complice des grands rendez-vous. Des Jeux olympiques de Tokyo et Paris, où le couple termine au vingt-cinquième rang de la finale individuelle, aux championnats du monde de Herning, en passant par une série de succès sur les plus beaux terrains, le duo ne manque pas grand-chose. En 2024, les deux partenaires s’imposent dans le Grand Prix du CSIO 5* de Bruxelles, décrochant ainsi leur plus belle victoire. Après son succès dans le Grand Prix 4* de Bourg-en-Bresse la semaine dernière, José María Larocca ne cachait pas son bonheur d’avoir un tel complice, désormais âgé de seize ans : “C’est le cheval d’une vie ! Je l’ai acheté lorsqu’il avait huit ans à un cavalier espagnol, Manuel Fernandez Saro, sur le Sunshine Tour. Je me suis très vite bien entendu avec Finn Lente, nous avons décroché la médaille d’argent lorsqu’il avait neuf ans aux Jeux panaméricains, c’était incroyable ! J’ai Chris (Contendro x Argentinus) depuis huit mois et il a gagné deux Grands Prix 4* au Sunshine Tour. C’est un cheval dans le sang, facile à monter et avec beaucoup de moyens. C’est peut-être la relève, mais pour l’instant, c’est Finn Lente qui est mon cheval de tête ! J’ai eu la chance de trouver de bons chevaux, ce n’est pas toujours facile et je pense que cela le devient de plus en plus quand on veut des chevaux pour concourir sur des épreuves à plus d’1,50 m. Je suis présent sur le circuit depuis déjà assez longtemps pour connaître assez de personnes avec qui on peut travailler en confiance. Je n’ai pas un fournisseur particulier, j’achète un peu partout, toujours des chevaux dans le sang, c’est très important ! Je cherche aussi des chevaux qui ont une bonne tête, l’envie de bien faire. Je ne suis pas un cavalier assez précis, comme les Allemands par exemple, j’ai besoin de chevaux qui veulent y aller, de chevaux avec un bon geste de devant, de chevaux intelligents ! Je ne m’intéresse pas vraiment aux origines, c’est surtout le potentiel sportif qui compte. Si le cheval a une bonne origine, qui peut être intéressante pour l’élevage, c’est un plus !”.
Fin août 2024, Finn Lente a créé la surprise en s'adjugeant le très relevé Grand Prix du CSIO 5* de Bruxelles. © Sportfot
Père et fils associés dans la même équipe
José María Larocca a le plaisir de partager sa réussite en famille. Sa plus jeune fille, Inès, dix-sept ans, a débuté sur le circuit international l’an dernier sous bannière suisse, où elle est née, tout en poursuivant ses études. Elle a signé ses premiers classements avec l’étalon Darkhorse Brimbelles (Air Jordan x Diamant de Semilly), anciennement associé à Éden Leprevost Blin-Lebreton. L’aînée, Solana Larocca Ferrero, âgée de vingt-huit ans, participait au Printemps des Sports Équestres de Fontainebleau sur le circuit Amateur, mais a déjà concouru jusqu’en CSI 4*. Mais c’est surtout Matias, vingt-sept ans, que l’on voit régulièrement aux côtés de son père dans les mêmes épreuves : “Matias est complètement passionné et il a décidé d’en faire son métier. Nous en avons parlé et je suis très heureux, car c’est un grand plaisir de concourir ensemble. À la maison, nous travaillons ensemble et il nous arrive d’échanger nos chevaux, mais, en concours, chacun est autonome, même si nous choisissons le plus souvent les mêmes échéances. Mon plus beau souvenir reste la Coupe des nations du CSIO 5* de Sopot en 2023, où l’équipe d’Argentine a terminé deuxième, avec un double sans-faute avec un double sans-faute chacun, pour Matias et moi ! Je ne crois pas que cela soit déjà arrivé dans l’histoire des Coupes des nations d’avoir un père et son fils sans faute dans une même équipe. L’objectif cette année est inévitablement les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Matias a un très bon cheval, Patron van de Dweehoeve (Thunder van de Zuuthoeve x Nabab de Rêve). Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’Argentins basés en Europe et il est difficile de constituer une équipe pour les Coupes des nations. Cette année, nous allons nous retrouver à Sopot pour le CSIO 4*. En décembre, je me rends toujours en Argentine pour le championnat national afin de voir les cavaliers qui émergent”.

En plus du génial Patron van de Dweehoeve, Matias Larocca peut aussi compter sur Zy-Zento, ancien partenaire de choix du Brésilien Marlon Modolo Zanotelli. © Mélina Massias
L’Argentin, qui apprécie les épreuves par équipe, ne cache pas sa préférence pour les concours traditionnels sur les grands terrains en herbe, comme La Baule ou Aix-la-Chapelle. Il s’est également réjoui d’évoluer sur le grand terrain d’honneur de Fontainebleau : “C’était magnifique ! Tout était parfait et j’aime ces concours où il y a beaucoup de public !”. Depuis deux ans, les Larocca, père et fils, sont installés près de Milan, dans une écurie de seize chevaux située non loin du site de concours de Busto Arsizio. L’environnement des écuries permet un entraînement en extérieur qu’affectionne particulièrement le cavalier, “La semaine, les chevaux font un peu de travail sur le plat, mais aussi des promenades. C’est bon pour leur moral et pour entretenir leur fraîcheur. Un cheval comme Finn Lente sait tout faire, il n’a plus rien à apprendre. Il est en bonne santé et il faut le garder comme ça”.
Pour José María Larocca, l’équitation est avant tout une affaire de famille, qu’il partage ici avec deux de ses enfants, Solana et Matias. © Jean-Louis Perrier
Le rêve se poursuit avec l’élevage RR
Entre des chevaux performants et le bonheur de voir ses enfants le suivre dans sa passion, José María Larocca a de quoi être heureux ! Mais la part du rêve continue de se profiler avec l’espoir d’être associé à des montures “made in Larocca”. De l’autre côté de l’Atlantique, la relève se prépare : “Mon père a été éleveur jusqu’il y a un peu plus de trente ans, et depuis une quinzaine d’années je suis devenu éleveur aussi et j’ai gardé son préfixe RR. Pour le moment Matias est plus dans le sport, mais il s’intéresse aussi à l’élevage, et il m’a aidé à trouver de bonnes juments pour l’élevage. Nous avons une propriété à environ cinq heures de route de Buenos Aires où naissent et grandissent les poulains. Puis ils partent au travail dans des écuries plus près de la capitale où nous avons quarante boxes. Autour de Buenos Aires, il y a des concours nationaux presque toutes les semaines. Lorsque certains chevaux nous paraissent vraiment bons, nous les amenons en Europe car il y a peu de concours internationaux en Argentine. J’ai commencé en achetant une jument KWPN, Imke (Nimmerdor x Maykel), qui était la mère de mon premier cheval de haut niveau, Royal Power, qui a vingt-neuf ans et se porte bien ! On a commencé avec trois à cinq poulains par an, et on a déjà fait naître une crack, RR Combella (alias Iron Dames*Combella, Cornet du Lys x Indoctro), qui évolue en Grand Prix 5* avec Sophie Hinners. Depuis cinq ans, nous avons vraiment développé l’élevage, avec vingt-cinq à trente poulains par an. Nous avons du personnel sur place et je vais tous les deux ou trois mois en Argentine pour suivre l’évolution : c’est une passion, même si économiquement c’est difficile. J’ai acheté des juments au Holstein et dans différents pays européens. Je sélectionne celles qui ont déjà des produits performants. Pour moi, la qualité des mères est essentielle. J’utilise les étalons que j’ai montés comme Con Air (Contender x Carolus), Cornet du Lys (qui a fait la monte en France cinq ans et a été très prisé par les éleveurs avec déjà des poulains remarqués, comme Kheops de Flusel, “Excellent” à quatre ans, ndlr) et maintenant Diablo Blanco (né Chacco Lover, Chacco Blue x Cento), mais je fais venir aussi de la semence depuis l’Europe, c’est très facile. J’ai un très bon neuf ans, RR Brutus (Cornet du Lys x Corrado), qui enchaîne les sans faute sur les rankings à 1,45 m. On verra s’il arrive au plus haut niveau. L’élevage de chevaux de sport commence à se développer en Argentine, il y a un stud-book de l’Association des éleveurs de chevaux de sport argentins, l’AAFE, avec des produits qui réussissent bien en CSI.” De quoi écrire la suite de cette belle histoire !

Meilleure représentante du préfixe RR, Iron Dames*Combella s'illustre sur les plus belles pistes du monde, comme à Palexpo où elle s'était classée sixième de la Coupe de Genève. © Sportfot
Photo à la une: En remportant deux Grands Prix 4* en début d'année, Chris s'est illustré comme un partenaire prometteur de l'Argentin. © Mélina Massias





