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“J’ai besoin de sentir que mes chevaux se donnent pour moi et qu’il existe une vraie complicité entre nous”, Lara Tryba (2/2)

Pour poursuivre ses rêves de haut niveau, Lara Tryba peut notamment compter sur l'excellent Shot Gun, classé en Grand Prix 5* à neuf ans avec Jack Whitaker en 2025.
Interviews jeudi 5 mars 2026 Camille Pineau

À bientôt vingt-huit ans, Lara Tryba confirme son ascension sur la scène internationale. Après une saison 2025 en plein essor, marquée notamment par ses débuts au sein de l’équipe des Vikings scandinaves sur le circuit de la Global Champions League, l’Alsacienne a signé un week-end qatari de haut vol à Doha mi-février, en remportant notamment le Grand Prix du CSI 3*-W avec sa nouvelle star, Chageorge, ainsi qu’une épreuve à 1,45m labellisée 5* avec son bien nommé Flash de Talma. Dans cet entretien, la Tricolore revient sur son parcours, évoque sa méthode, ses ambitions et les chevaux qui font aujourd’hui sa force. Seconde partie.

Le premier volet de cette interview est à (re)lire ici.

À l’été 2023, vous croisez la route du Brésilien Marlon Módolo Zanotelli. Pouvez-vous revenir sur ce moment ?

J’avais déjà en tête de déménager pour m’entraîner ailleurs, mais je ne savais pas encore chez qui. Je me suis dit : “Qui sont les cavaliers que j’admire vraiment ?” Marlon était en haut de ma liste. Par l’intermédiaire d’amis, nous avons pu nous rencontrer. Après avoir regardé mes vidéos et discuté de mon parcours, il m’a dit : “Tu as quelque chose, ça me plairait de te suivre dans ton projet”. Je lui ai présenté mon piquet de chevaux, mes résultats et mes ambitions. Je suis arrivée en septembre 2023 avec huit chevaux, dont Die Hard et Memphis, que j’avais acquis un mois plus tôt. J’ai installé mon barn de huit boxes chez Marlon, et une nouvelle étape sportive a débuté pour moi.

Avec le soutien de Marlon Modolo Zanotelli, Lara Tryba a continué sa très belle progression et a gagné en expérience au plus haut niveau. © Sportfot

“En changeant d’écurie, j’ai dû passer mon permis poids lourd pour être autonome”

Ce nouveau départ n’a-t-il pas été difficile à gérer ?

C’était un grand changement pour moi. Chez Jean-Michel, je ne gérais rien de l’écurie, et là, je suis arrivée avec mes chevaux et j’avais la responsabilité de tout organiser : l’alimentation, les compléments, le planning des sorties, la gestion de mes deux grooms à temps plein, etc. J’ai même dû passer mon permis poids lourd pour être autonome. Le premier mois a été compliqué, il a fallu trouver une routine, un système et une organisation qui fonctionnent. Heureusement, Marlon et Angelica (Augustsson-Zanotelli, elle aussi cavalière de haut niveau et épouse du Brésilien, ndlr) ont été extrêmement accueillants et bienveillants. Avec Marlon, nous nous entendons très bien, nous sommes deux personnes discrètes et rigoureuses. Aujourd’hui, je peux enfin dire que j’ai trouvé mon rythme et que tout fonctionne de manière fluide. 

Comment se sont déroulés les premiers mois de compétitions après votre installation chez Marlon Módolo Zanotelli ?

Les six premiers mois, nous n’avons pas fait de concours importants. Nous avons fait une tournée à Grimaud, au niveau 2 et 3*, puis quelques indoors, avant de partir en tournée à Oliva. C’est véritablement en 2024 que j’ai commencé à évoluer sur des épreuves 4* avec Memphis et Die Hard. Après mon accident de l’été 2024, j’ai repris la compétition fin juillet avec l’objectif de disputer mon premier 5* avec Memphis. J’ai commencé par le 2* de Lyon, puis la Coupe du Monde de Vérone, où je termine quatrième de l’épreuve à 1,55m qualificative pour le Grand Prix avec Memphis. J’ai ensuite participé au CSI 5*-W de Madrid et La Corogne. Ces trois concours ont complètement changé mon année et ma vision de moi-même en tant que cavalière. À la suite de ces résultats, j’ai décidé de rejoindre l’équipe du Global Champions Tour pour la saison 2025 avec les Vikings scandinaves.

Le sympathique Brésilien n'est jamais loin de sa talentueuse élève, à laquelle il prodigue ses conseils depuis l'été 2023. © Sportfot

Que vous apporte votre expérience au sein de l’équipe des Vikings scandinaves de la Global Champions League ?

Cette expérience est exceptionnelle. Elle me permet de concourir aux côtés des meilleurs cavaliers du monde, sur des parcours très techniques, et de me confronter à un niveau de compétition que l’on ne retrouve pas partout. Le format par équipe est également enrichissant, il donne le sentiment de collectif, sans la pression d’une Coupe des Nations. J’y ai engrangé énormément d’expérience. Et mon premier Grand Prix avec l’équipe à Shanghai reste un souvenir marquant. Je pense que cette étape m’a vraiment donné un coup de boost dans ma confiance et dans mon couple avec Memphis.

Lara Tryba est membre de l'équipe des Vikings scandinaves sur le circuit de la Global Champions League. © Sportfot



“Si je devais imaginer mon piquet idéal, ce serait exactement celui que j’ai actuellement, et j’en suis extrêmement reconnaissante”

Flash de Talma (Contendro I x Baloubet du Rouet) vous a permis d’obtenir votre toute première victoire au niveau 5*, à Saint-Tropez, en 2025. Quel souvenir gardez-vous de ce moment, et qu’a-t-il représenté pour votre carrière ?

C’était un moment incroyable. Je n’avais encore jamais remporté d’épreuve internationale comptant pour le classement mondial, et encore moins en 5*. Flash de Talma avait sept ans lorsque je l’ai acheté, et cette victoire représentait l’aboutissement de tout un travail de confiance et de progression avec lui. C’est mon cheval de vitesse, je sais qu’il peut aller vite et qu’il s’adapte parfaitement aux parcours.

Le très compétitif Flash de Talma a permis à son amazone d'entendre sa première Marseillaise au niveau 5* l'an dernier. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

À quel point votre arrivée au sein des écuries de Marlon Modolo Zanotelli vous a-t-elle fait progresser sur le plan technique et mental ?

J’ai pu enchaîner les parcours dans un environnement de haut niveau. L’expérience acquise au fil des compétitions m’a donné confiance, et il n’y a pas de secret, la répétition est essentielle pour progresser. Et aujourd’hui, j’ai l’écurie de mes rêves. Si je devais imaginer mon piquet idéal, ce serait exactement celui que j’ai actuellement, et j’en suis extrêmement reconnaissante.

Comment choisissez-vous un cheval pour le haut niveau ? Quelles qualités recherchez-vous en priorité ?

Au fil des années, mes critères ont un peu évolué, mais ce que je recherche avant tout, ce sont des chevaux avec de vrais moyens et une tête en or, capables de se concentrer et de donner le meilleur d’eux-mêmes. Aujourd’hui, je privilégie aussi des chevaux avec un peu plus de sang, plus compétitifs, pour performer au plus haut niveau.

Y’a-t-il des choses qui sont essentielles pour vous dans la relation que vous mettez en place avec vos chevaux ?

La confiance est essentielle. J’ai besoin de sentir que mes chevaux se donnent pour moi et qu’il existe une vraie complicité entre nous. Quand j’arrive le matin, je veux voir dans leurs yeux qu’ils sont heureux de me retrouver. Et pour cela, comprendre mes chevaux est primordial. Pour moi, un cheval épanoui est un cheval qui nous rendra beaucoup en compétition.

Lara Tryba met un point d'honneur à établir une relation de confiance mutuelle avec ses montures. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

“Chageorge est un mélange parfait entre le sang de Katania, les moyens de Shot Gun et l’intelligence de Memphis”

Comment fonctionne votre système actuel ?

J’ai pris la décision d’avoir un cavalier maison pour m’aider dans la gestion quotidienne de l’écurie. Il s’occupe de tout ce qui touche aux vétérinaires, maréchal-ferrant, stocks ou organisation, ce qui me permet de me concentrer sur le planning des chevaux et les concours. Chaque jour, mes chevaux sortent trois fois : ils effectuent une séance au marcheur, une sortie au pré, et une séance montée. Une fois par semaine, lorsque la météo le permet, ils travaillent leur cardio sur notre piste de galop. Nous alternons aussi avec des balades et des trottings sur notre piste en herbe. Nous ne sautons qu’en préparation d’un concours et jamais très haut.

Katania fait partie des valeurs montantes du piquet de la Française. © Sportfot



Vous avez récemment intégré deux nouvelles excellentes montures à votre piquet, Shot Gun (Stakkato Gold x Carthago) et Chageorge (Chacco-Blue x Sanvaro). Qu’est-ce qui vous a convaincu de les enrôler dans votre piquet ?

Je travaille aujourd’hui en partenariat avec Enda Carroll d’Ashford Farm, qui m’aide à dénicher les chevaux adaptés à mon projet. C’est lui qui a repéré Shot Gun à Paris (lors du Longines Paris Eiffel Jumping où le gris, alors âgé de neuf ans, a fait sensation avec Jack Whitaker, bouclant le troisième Grand Prix 5* de sa carrière avec une faute et la onzième place du classement final, ndlr) et organisé son essai. Il en a fait de même pour Chageorge (ancien complice de Christian Kukuk et notamment gagnant du Grand Prix 4* de Hohenkirchen en mai dernier, ndlr).

"Monter un cheval comme Chageorge est un vrai privilège", reconnaît volontiers la jeune femme. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Qu'est-ce qui vous a séduit chez ces deux chevaux ?

Pour Shot Gun, j’ai totalement fait confiance à Enda Carroll. Je n’avais même pas vu le cheval en personne, j’ai juste regardé une vidéo. L’essai s’est parfaitement déroulé et tout le monde l’a adoré. Notre couple s’est construit très rapidement. Quant à Chageorge, je le connaissais déjà, puisque je le voyais régulièrement sur le circuit du Global. À Prague, j’avais même plaisanté avec Enda en lui disant que ce serait bien de l’essayer. Une semaine plus tard, j’ai eu l’opportunité de le faire ! Pour moi, Chageorge est un mélange parfait entre le sang de Katania (Mylord Carthago x Corofino I), les moyens de Shot Gun et l’intelligence de Memphis. Il est très facile à monter et nous nous entendons très bien.

L'excellent Shot Gun a croisé la route de l'Alsacienne par l'intermédiaire de l'éminent marchand Enda Caroll, à la tête d'Ashford Farm et ami de longue date de Marlon Modolo Zanotelli, dont il fut même le témoin de mariage ! © Sportfot

“À terme, j’aimerais m’investir davantage dans l’élevage familial”

Comment décrivez-vous votre relation avec votre fidèle Memphis ?

Memphis est un vrai clown ! Il est toujours prêt à faire des bêtises, à ne pas travailler. Il est fainéant. Au box, il nous casse tout. Il arrive à sortir toutes les affaires de la malle. Au paddock, il n’est pas concentré, il fait des bruits, des bonds… Pourtant, dès qu’on se retrouve devant un obstacle, il sait exactement ce qu’il doit faire et m’apporte une confiance totale. On se connaît par cœur. C’est vraiment un cheval très spécial pour moi.

Lara Tryba a obtenu son premier classement en Grand Prix 5* avec Memphis, à Shanghai, en mai 2025. © Sportfot

Continuez-vous également de vous investir dans l’élevage au sein du haras familial ?

Oui, j’adore l’élevage. Mes anciennes juments commencent à produire et je découvre leurs premiers poulains, ce qui est très agréable. Mon rêve serait un jour de monter l’un de nos produits à haut niveau. Aujourd’hui, l’élevage est aussi devenu une affaire de famille, et nous cherchons à mettre en place le bon système pour accompagner nos jeunes chevaux le plus loin possible. Ces derniers temps, je ne m’occupe pas directement de tous les chevaux au quotidien, mais je continue à suivre les poulains et à superviser leur travail. À terme, j’aimerais m’y investir davantage. Le haras reste mon petit paradis.

Êtes-vous satisfaite de votre début de saison 2026 ? Comment envisagez-vous la suite ?

Mes deux premières semaines à Doha se sont très bien passées. Dans les Grands Prix 5*, j’ai concédé deux fois deux barres (avec Memphis, puis seulement une aux rênes de Katania fin février, ndlr), et sur la plupart des autres épreuves, mes chevaux ont signé des parcours sans faute et ont été classés. J’ai aussi récemment remporté le Grand Prix du CSI 3*-W, toujours à Doha, avec Chageorge. Je suis très contente de cette première victoire après seulement trois concours ensemble. Monter un cheval comme lui est un vrai privilège. Il a du métier, il est intelligent et rend mon travail tellement facile ! Je suis donc très satisfaite de ce début de saison. J’aimerais maintenant signer davantage de sans-faute et de façon régulière en Grand Prix 5*. À plus long terme, j’aimerais progresser au classement mondial et, je l’espère, m’ouvrir les portes de sélections en équipe de France.

Lara Tryba rêve de sélections en équipe de France et entend bien se donner les moyens de faire de cette ambition une réalité. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Photo à la Une : Pour poursuivre ses rêves de haut niveau, Lara Tryba peut notamment compter sur l'excellent Shot Gun, classé en Grand Prix 5* à neuf ans avec Jack Whitaker en 2025. © Sportfot