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“J’ai toujours cherché un équilibre entre les chevaux et le travail, car chacune de ces activités m’aide à me ressourcer”, Lara Tryba (1/2)

En juin dernier, Katania offrait une belle cinquième place à 1,45m et donnait le sourire à Lara Tryba sur la piste du CSIO 5* de La Baule.
Interviews mercredi 4 mars 2026 Camille Pineau

À bientôt vingt-huit ans, Lara Tryba confirme son ascension sur la scène internationale. Après une saison 2025 en plein essor, marquée notamment par ses débuts au sein de l’équipe des Vikings scandinaves sur le circuit de la Global Champions League, l’Alsacienne a signé un week-end qatari de haut vol à Doha mi-février, en remportant notamment le Grand Prix du CSI 3*-W avec sa nouvelle star, Chageorge, ainsi qu’une épreuve à 1,45m labellisée 5* avec son bien nommé Flash de Talma. Dans cet entretien, la Tricolore revient sur son parcours, évoque sa méthode, ses ambitions et les chevaux qui font aujourd’hui sa force. Première partie.

Vous avez grandi au cœur du haras du Lerchenberg, propriété de votre famille. Comment décririez-vous votre enfance et vos débuts à cheval ?

J’ai grandi au milieu des chevaux. Mes parents ont fondé le haras quelques mois avant ma naissance, presque par hasard. À l’origine, ils cherchaient simplement un terrain pour construire leur maison. Mais pour obtenir le permis, il fallait être agriculteur. Mon père était passionné de chevaux : il possédait des Espagnols et pratiquait un peu le dressage. Il a donc saisi l’opportunité de créer une écurie d’élevage. Nous avons emménagé au haras lorsque j’avais un an. Mes premiers souvenirs sont donc indissociables des chevaux. Ma sœur montait déjà, et j’ai très vite voulu faire comme elle. À trois ans, j’ai reçu mon premier poney, une petite Shetland noire nommée Falbala. Je n’ai pas suivi un parcours classique en club au départ et j’ai surtout appris en observant et en montant au haras. Mes premiers cours en club sont arrivés plus tard, vers mes sept ans.

Quels sont vos premiers souvenirs de compétition ?

J’ai débuté les concours à huit ans, en épreuves Club. Je faisais du dressage et du saut d’obstacles. Très vite, j’ai préféré le saut. À cette période, je montais ma première ponette D, Julie. Ensuite, est arrivé Irish Coffee. Avec lui, j’ai intégré le circuit Poussin et disputé mes premiers championnats de France. À dix ans, j’y ai décroché une médaille de bronze. Après un passage chez les Benjamins, je suis rapidement passée à cheval, notamment parce que j’étais déjà grande. J’ai d’abord récupéré l’ancienne jument de complet de ma sœur pour évoluer sur 1,15m, puis j’ai eu deux chevaux expérimentés, Omega et Oxer, qui tournaient déjà jusqu’à 1,40, 1,45m. Avec eux, j’ai disputé mes premiers parcours à 1,35m, notamment à l’occasion de Grands Prix nationaux les dimanches. À l’époque, c'étaient des épreuves très importantes pour moi. 

Lara Tryba a notamment évolué jusqu'à 1,40m avec Vérone du Lerchenberg (Diamant de Semilly x Alcyon du Defey), une jument issue de l'élevage maison et mère de trois produits, par Bush vd Heffinck, Cashpaid J&F et Mylord Carthago. © Sportfot

Votre environnement familial a-t-il façonné votre mentalité de compétitrice dès le départ ?

Oui, très clairement. À la maison, on m’a toujours transmis l’idée que si l’on s’engage dans quelque chose, c’est pour le faire sérieusement. Mon père m’a inculqué cette exigence qui est de travailler, se donner les moyens et viser le meilleur résultat possible. De moi-même, très jeune, j’ai aussi développé un vrai goût pour la compétition. Lors de mes premières tournées, nous étions peu nombreux et je gagnais souvent. J’ai donc grandi avec l’habitude de la victoire, au point que mon premier parcours à quatre points a été très dur à vivre. Cela a commencé à devenir plus compliqué lorsque j’ai évolué sur des hauteurs plus importantes, notamment sur le circuit Minime autour d’1,20, 1,25 m. Là, j’ai compris que la régularité et la performance demandaient une autre rigueur, et qu’il ne s’agit pas juste d’être sans-faute et de gagner.

“Je dois une grande partie de ce que je suis aujourd’hui à Jean-Michel Gaspard”

Comment s’est déroulée votre formation sportive et technique dans vos années de jeune cavalière ?

J’ai d’abord monté en club chez Christophe Juncker, avant que Jean-Michel Gaspard, qui entraînait déjà ma sœur, ne devienne naturellement mon coach. Il travaillait beaucoup au haras, notamment avec les jeunes chevaux, et lorsqu’il a estimé que j’avais l’âge et la maturité suffisants, il a commencé à me suivre en concours nationaux. La famille Gaspard est devenue, au fil des années, une véritable seconde famille. Nous travaillons main dans la main depuis près de vingt ans et je suis restée dix-sept ans à m’entraîner avec Jean-Michel. Il m’a construite techniquement. Il est d’une rigueur extrême dans la formation, le travail des lignes, la précision des trajectoires. Cela m’a permis d’acquérir un bagage technique solide très jeune. Au-delà de l’aspect sportif, il m’a aussi transmis une véritable culture du cheval et de l’élevage. Il a la faculté de pouvoir analyser un cheval en quelques minutes. C’est un homme de cheval et je lui dois une grande partie de ce que je suis aujourd’hui.

En 2015, Lara Tryba foulait pour la première fois la superbe piste de Chantilly, en compagnie de Diablo van de Kriek. © Sportfot



Après votre baccalauréat, vous avez poursuivi vos études. Pourquoi ce choix ?

J’ai obtenu mon baccalauréat à seize ans. J’étais encore très jeune et cela me paraissait donc important de poursuivre mes études. J’avais envie de construire quelque chose en parallèle de l’équitation, d’élargir mon horizon. Je suis partie en Suisse pour suivre un bachelor en sciences économiques, et j’ai continué en master en management. Cela a sans doute ralenti ma progression sportive. Je voyais bien que certains cavaliers avançaient plus vite que moi, mais je ne le regrette absolument pas. Heureusement, l’équitation est un sport qui peut se pratiquer longtemps. À vingt et un ans, une fois mon master obtenu, j’ai rejoint l’entreprise familiale (le groupe Atrya, spécialisé dans la conception, la fabrication et l'installation de menuiseries, ndlr) aux côtés de mon père en tant que responsable marketing.

Comment gériez-vous l’école et les entraînements ?

Pendant toute la durée de mes études, mes chevaux sont restés chez Jean-Michel Gaspard. Il les faisait travailler en semaine, et je montais principalement le week-end pour les concours. C’était, à mes yeux, le système le plus cohérent. Il me connaissait parfaitement, tout comme mes chevaux, c’était donc très fluide. Le premier jour en concours demandait parfois un petit temps d’adaptation pour me remettre pleinement dans le rythme, mais je savais exactement comment mes chevaux avaient été préparés. On a eu cette organisation de mes seize à mes vingt-cinq ans. Même lorsque j’ai commencé à travailler dans l’entreprise familiale, j’ai conservé ce fonctionnement, car j’avais un emploi du temps chargé.

Jusqu'à ses vingt-cinq ans, Lara Tryba n'a jamais monté quotidiennement. © Sportfot

Quels ont été les moments décisifs qui ont permis votre transition du circuit national à international ?

Entre douze et seize ans, je montais avant tout pour le plaisir. Je participais aux championnats de France, mais sans véritable ambition. J’avais aussi beaucoup de stress lors des concours, notamment en présence de l’entraîneur national. Mon père m’a aidée à en prendre conscience et à mieux gérer cette pression pour que je puisse franchir un cap. C’est à ce moment-là, vers seize ans, que j’ai commencé à travailler avec une coach mentale, Nathalie Chevalier. Je bénéficie toujours de son apport aujourd’hui. Cela m’a vraiment beaucoup aidée, de même que l’arrivée de Rosa du Coisel (Diamant de Semilly x Rush de Saint Anne). Cette jument m’a ouvert les portes du haut niveau. Elle était d’une générosité et d’une régularité incroyables. En cinq ans, je ne suis jamais tombée avec elle, elle ne s’est jamais arrêtée. Avec elle, j’ai signé un sans-faute dans le Grand Prix Junior de Mâcon, ce qui m’a valu une sélection en Coupe des Nations à Hagen, puis un ticket pour les championnats d’Europe en Irlande. Tout s’est accéléré et je suis passée de rien à mes premiers CSI 3*.

Justement, qu’a représenté pour vous l’opportunité de participer aux championnats d’Europe Juniors à Millstreet en 2016 ?

C’était ma dernière année chez les Juniors et y aller en individuel représentait une vraie consécration. À dix-huit ans, réussir à participer à une Coupe des Nations, obtenir des résultats et décrocher une sélection pour un championnat d’Europe, était une étape importante dans mon parcours. Sur le plan purement sportif, je n’ai pas réalisé les performances que j’espérais, mais je retiens surtout l’expérience ; le voyage jusqu’en Irlande et la découverte d’un championnat international.

Avec Rosa du Coisel, Lara Tryba a obtenu de beaux résultats, comme ici au CSIO de Fontainebleau, et porté la veste de l'équipe de France jusqu'aux championnats d'Europe de Millstreet en Junior. Disparue en 2023, Rosa du Coisel a laissé une pouliche à l'élevage du Lerchenberg, baptisée Mimosa Lerchenberg (Bush vd Heffinck) et née en 2022. © GRANDPRIX.tv



La chute que vous avez subie en 2024 avec Die Hard a marqué un moment difficile dans votre carrière. Comment avez-vous géré cette période psychologiquement et physiquement ?

Psychologiquement, cela a été extrêmement éprouvant. Nous sommes tombés ensemble, et j’ai longtemps ressenti une forme de culpabilité. Ce n’était pas un simple accident au pré, j’étais en selle, c’était une erreur de distance, même si cela peut arriver. Mais les conséquences ont été lourdes (victime d’une fracture du coude, Die Hard of Roses ne s’est jamais remis de cet accident et a été endormi, ndlr). J’ai perdu mon meilleur ami, le cheval de ma vie. Je me suis fracturé la main pendant cet accident. Je ne pouvais donc pas monter. Et l’incertitude autour de l’état de Die Hard a duré longtemps, ce qui a rendu la période encore plus difficile. Mais je ne voulais pas arrêter de monter. Memphis (Mylord Carthago x Candillo) a joué un rôle essentiel dans ma reconstruction. Après la chute, c’est lui qui m’a permis de retrouver confiance. Aujourd’hui, c’est avec lui que j’obtiens mes plus beaux résultats.

La disparition de Die Hard of Roses a profondément affecté sa cavalière. © Sportfot

“J’ai réalisé qu’en me consacrant pleinement à l’équitation, je pourrais progresser beaucoup plus rapidement et viser le haut niveau”

À quel moment avez-vous compris que l’équitation ne serait pas seulement un loisir, mais une véritable vocation ?

Pour moi, l’équitation a toujours été une passion, mais je n’ai jamais voulu faire que ça. J’ai toujours cherché un équilibre entre les chevaux et le travail, car chacune de ces activités m’aide à me ressourcer. Un mauvais week-end à cheval se digère mieux avec un peu de travail, et un moment difficile au bureau se compense à cheval. Pendant longtemps, 80 % de mon emploi du temps était dédié au travail et 20 % au cheval. Jusqu’à mes vingt-cinq ans, je n’ai jamais monté quotidiennement. Pourtant, j’avais déjà réussi à sauter mon premier Grand Prix 5*. C’est là que j’ai réalisé qu’en me consacrant pleinement à l’équitation, je pourrais progresser beaucoup plus rapidement et viser le haut niveau. Et cela devait passer par un changement d’entraîneur. J’avais besoin de découvrir un nouvel environnement, une écurie de compétition de haut niveau, pour pousser ma progression encore plus loin.

En 2023, Lara Tryba a donné un nouvel élan à sa carrière en se rapprochant du Brésilien Marlon Modolo Zanotelli, qui continue aujourd'hui de l'épauler dans sa progression. © Sportfot

La seconde partie de cette interview est disponible ici.

Photo à la Une : En juin dernier, Katania offrait une belle cinquième place à 1,45m et donnait le sourire à Lara Tryba sur la piste du CSIO 5* de La Baule. © Mélina Massias