“Avec le salon des étalons du Grand Sud-Ouest, nous répondons à un véritable besoin de la filière”, Mathieu Albert
Après les salons des étalons de Nérac et de Lignières, organisés en 2024 et 2025, Saint-Etienne-de-Tulmont a, à son tour, accueilli les éleveurs pour leur présenter des reproducteurs venus de divers horizons. Entre chevaux de course, de races régionales ou de sport, il y en avait pour tous les goûts. Dans un cadre propice à la tenue d’un rendez-vous du genre, quelques centaines de passionnés se sont retrouvés dimanche 1er février. Entre découvertes, choix et échanges, la journée fut une réussite aux yeux du Conseil des équidés d’Occitanie, qui a chapeauté l’événement et mis un point d’honneur à réunir tous les acteurs régionaux, peu importe leurs spécificités. Mathieu Albert, président de l’association depuis trois ans et demi et impliqué en son sein depuis six ans via le Groupement des éleveurs de trotteurs du Sud-Ouest (GETSO), revient sur l’organisation de cette manifestation et évoque ses perspectives d’évolution.
Quel bilan tirez-vous du salon des étalons du Grand Sud-Ouest, qui s’est tenu dimanche 1er février à Saint-Etienne-de-Tulmont, dans le Tarn-et-Garonne ?
Le bilan est très positif, et ce à différents niveaux. Le stade équestre de la Pousiniès est un site idéal pour ce type d’événement. Il y a un grand manège couvert et aucun cheval n’est présent sur place, ce qui permet de respecter scrupuleusement et très facilement des conditions sanitaires optimales, que ce soit à l’arrivée des chevaux ou durant la manifestation. En ce sens, les trente-quatre étalons venus pour le salon ont connu un isolement sanitaire total et n’ont été en contact avec aucun autre équidé. Du côté de l’organisation, tout s’est très bien déroulé. Le public a répondu présent et est venu en nombre. Comme l’entrée était gratuite et que nous n’avons pas mis en place de comptage, il est difficile d’estimer la fréquentation exacte. En s’appuyant sur des photographies et une analyse faite par le biais de l’Intelligence artificielle, nous aurions accueilli au moins six-cents visiteurs sur la journée. Nous avons aussi eu beaucoup de retours médiatiques et de la part des exposants. Nous sommes en train de mener un questionnaire de satisfaction, mais j’ai déjà reçu beaucoup de messages positifs, pendant et après la manifestation. Que ce soient les étalonniers ou les prestataires - dans le domaine photovoltaïque, alimentaire, de location de camions ou de production de vins -, tous étaient ravis des contacts qu’ils ont pu nouer dimanche. Nous avions vraiment à cœur que les stands soient variés et permettent aux visiteurs d’y trouver leur compte, même lorsqu’ils n’étaient pas forcément en quête d’un étalon pour leur jument. Et pour cette première édition, il y avait tout de même du choix ! Nous disposions également d’un grand écran de cinq mètres par trois, qui permettait à tout le monde de suivre ce qui se passait de plus ou moins loin. Dans le même temps, les images étaient retransmises en direct sur Facebook et Youtube. Le matin, les étalons ont pu découvrir la piste, avant d’être présenté l’après-midi, en main, monté sur le plat ou à l’obstacle, selon le choix des étalonniers. En fin de matinée, entre 11 et 12 heures, nous avons également organisé une conférence portant sur les questions de fiscalité dans la filière.

Le Selle Français Originel Aldo du Plessis, fils du trop rare Orient Express*HDC et petit-fils de l'immense Bourrée, faisait partie des trente-quatre étalons présentés dimanche à Saint-Etienne-de-Tulmont. © Mélissa Mula
Vous attendiez-vous à ce succès ou la réussite de ce rassemblement dépasse-t-elle vos espérances ?
Nous ne nous attendions pas à faire aussi bien ! Il s’agissait d’une première édition, que nous avons appréhendée avec prudence. Nous avons essayé de proposer quelque chose de qualité, et cela a été reconnu. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de personnes, qui plus est, qui restent longtemps sur le salon. Notre crainte résidait plutôt dans l’activité qu’allaient connaître les exposants. Pour eux, le but reste tout de même de faire du commerce. Et cela a été le cas ! Du côté des étalonniers, par exemple, il y a eu des contrats de signés, même si je n’ai pas encore de chiffres précis à ce jour. Dimanche, en faisant le tour des stands, certains m’ont même précisé que les éleveurs avaient pris contact avec eux dès la veille et qu’ils étaient venus sur place pour concrétiser. D’autres étalonniers ont constaté que les éleveurs avaient changé de choix d’étalon en en voyant certains en vrai !
Comment est née l’idée d’organiser ce rassemblement à Saint-Etienne-de-Tulmont ?
Derrière ce salon, il y a deux objectifs. Tout d’abord, il y a la volonté du Conseil des équidés d’Occitanie de mener une action concrète et visible. Nous sommes une association très active, mais nos efforts se font davantage dans l’ombre, notamment sur le plan politique ou dans nos relations avec la région. Des choses concrètes se mettent ensuite en place, bien sûr, mais le public ne perçoit pas toujours notre implication dans ces actions. Ensuite, le leitmotiv du Conseil des équidés est de fédérer la filière. Alors, nous avons souhaité proposer un salon ouvert à toutes les races d’étalons. Dans le Grand-Sud, il n’y a aucune manifestation similaire qui valorise les étalons. C’est pour cela que nous avons décidé de mettre en place ce rendez-vous. Il nous a ensuite fallu trouver un site, et celui-ci s’y prêtait parfaitement, avec trente-quatre boxes, que nous avons tous remplis. On ne pouvait pas accueillir plus d’étalons sur cette édition. En outre, il y a un hôtel sur place, ce qui est un avantage pour les visiteurs.

L'événement a ouvert ses portes à des reproducteurs de toutes races, à l'instar du Castillonnais Laouzeto de Leyane. © Mélissa Mula
Quelles sont les missions et les ambitions du Conseil des équidés d’Occitanie ?
Nos missions sont vraiment d’avoir une action de représentation et de promouvoir et fédérer la filière équine en Occitanie. L’association existe déjà depuis la fusion des régions et est d’ordre national. Il y a un Conseil des équidés par région, comme voulu par la loi. Parmi nos projets majeurs, le principal devrait voir le jour en 2026. Nous avons élaboré, conjointement avec différents acteurs, un plan filière équine pour l’Occitanie, dont la signature devrait avoir lieu en 2026. Dit ainsi, cela paraît simple, mais cela représente quatre ans de travail. Cela a permis à chacun de faire part de ses besoins en fonction de son domaine d’activité.
En 2025, le salon des étalons du Grand Sud-Ouest aurait déjà dû voir le jour, mais avait été reporté. Pourquoi ?
Le petit plus de notre salon est qu’il rassemble tout le monde. Il existe des salons d’étalons de sport et de course, mais aucun qui réunit ces deux univers. Nous voulions regrouper la filière et l’ouvrir à toutes les races, ce qui nous a aussi permis de bénéficier d’un soutien non-négligeable du Fonds Eperon. Cette année, nous avons donc rassemblé des chevaux de sport, de courses, mais aussi des chevaux de territoires, avec des Mérens, des Castillonnais et d’autres races propres à notre région. L’an dernier, certains secteurs n’étaient pas très enthousiastes face à cette idée, pour différentes raisons. Il y avait une forme de discrimination de certaines races, mais je crois que nous avons aujourd’hui réussi à lever cette barrière. Je suis ravi, car les gens ont compris l’intérêt de notre démarche. De plus, nous avons mis en place un protocole sanitaire draconien. Nous avons bien entendu vérifié que tous les étalons soient à jour de leurs vaccins ou de leurs tests PCR pour les maladies virales. Il était hors de question que nous fassions face à un problème sanitaire. À chaque arrivée, le vétérinaire a procédé à un examen de routine, afin de contrôler différents paramètres, dont la température. Si un cheval avait présenté une température trop élevée, il n’aurait pas pu accéder aux boxes. Nous avons mené des tests PCR supplémentaires au cas où des chevaux auraient été asymptomatiques au moment de l’événement. Je recevrai les résultats dans la semaine et les communiquerai aux propriétaires des étalons. Cela permettra de connaître avec précision le statut de chaque étalon. Je pense qu’on ne pouvait pas faire plus ! Cela a rassuré beaucoup d’étalonniers, qui sont venus en confiance avec leurs reproducteurs. Tout cela nous encourage pour une deuxième édition.

Le rassemblement s'est notamment déroulé en présence, de droite à gauche, de Gérard Cazeneuve, président de la Fédération des courses du Sud-Ouest, Mathieu Albert, président du Conseil des équidés d’Occitanie, Marielle Zanchi, déléguée territoriale arc méditerranéen pour l’IFCE, Stéphanie Delbouys, vice-présidente du Conseil des équidés d’Occitanie et Ophélie Bouchet, du haras des Plaines. © Collection privée
En 2024, un salon avait été organisé à Nérac, tandis qu’un autre avait vu le jour l’an dernier à Lignières, dans le Cher. De quel œil percevez-vous ces initiatives régionales pour la filière dans sa globalité ?
Aurélien Lafargue, qui avait contribué à la mise en œuvre du salon de Nérac, faisait partie de notre comité d’organisation cette année. Il ne disposait pas d’une structure assez importante pour que le salon se développe là-bas et nous a clairement dit de reprendre le flambeau. Nous sommes à une petite heure de Nérac ; cela nous permet de balayer une grande partie de la région Nouvelle-Aquitaine et de l’Occitanie. Certaines personnes se sont déplacées depuis la Dordogne, avec ou sans étalon. Le centre équestre de la Pousiniès est à cinq minutes d’une belle route départementale de la Rocade, qui mène à l’A20 ou à l’A62. Nous avions également pris contact avec les organisateurs de Lignières pour les prévenir que nous n’avions pas trop le choix des dates et que nous n’avions aucune volonté de concurrence. Dans tous les cas, nous sommes à 4h30 de Lignières et nous ne touchons donc pas les mêmes publics. Malheureusement, leur salon a été annulé cette année (mais devrait revenir en 2027, ndlr).
Quelles sont vos perspectives pour 2027 ? Une deuxième édition est-elle au programme ?
Nous espérons évidemment reconduire cet événement ! Nous allons dresser un bilan complet, notamment financier, mais au vu des premiers retours, je n’ai pas trop de doute quant au fait qu’une deuxième édition soit approuvée par le conseil d’administration. Nous aurions pu essuyer un échec, mais cela n’a pas du tout été le cas. Au contraire. Nous nous rendons compte que nous répondons à un véritable besoin de la filière. Désormais, l’ambition est d’améliorer encore certains points pour l’année prochaine.
Justement, sur quels axes allez-vous travailler pour perfectionner votre événement ?
En priorité, nous devons œuvrer sur le sujet de la sonorisation, qui nous a posé quelques problèmes. Ensuite, nous allons tenter de trouver des solutions pour accueillir plus d’étalons et étendre leurs présentations sur la journée complète, là où elles ont lieu entre 14 heures et 17 heures passées cette année. Nous avons aussi relevé certains détails. Par exemple, nous avions réalisé un très joli catalogue avec les étalons présents. Il était sur un présentoir accessible au public, mais nous n’avions pas précisé qu’il était en libre service. Je pense que tout le monde n’a pas osé le prendre. Ce n’est pas grave en soit, mais cela nous servira pour faire encore mieux l’an prochain !

Certains étalons, comme ici le démonstratif BWP Wellington M, quatre ans, fils de Grandorado et petit-fils de Diamant de Semilly, ont aussi pu s'exprimer à l'obstacle. © Mélissa Mula
Photo à la Une : Eleveurs et passionnés se sont rassemblés à Saint-Etienne-de-Tulmont, dimanche 1er février, à l'occasion du salon des étalons du Grand Sud-Ouest. © Collection privée

