“Tout le monde se soutient au sein de l’équipe belge”, Emilie Conter (2/2)
Auteure d’une percée remarquable cette saison, Emilie Conter peut désormais rêver grand. Son talent, déjà révélé au cours de ses années Jeunes Cavaliers, a pris une tout autre ampleur cette année, notamment grâce à la brillante Portobella van de Fruitkorf. Ensemble, la cavalière belge de vingt-cinq ans et sa fille de Bamako de Muze se sont illustrées dans les Grands Prix 5* les plus prestigieux du monde — à Wellington, Rome ou encore Aix-la-Chapelle — ainsi qu’en Coupe des nations. Ces performances leur ont permis de décrocher le statut de réservistes pour les championnats d’Europe Longines de La Corogne. À l’aube de son départ pour la Floride, où elle entamera l’année 2026 au Winter Equestrian Festival, la cavalière des écuries Stephex revient sur sa saison, ses chevaux et ses objectifs. Entretien.
La première partie de cette interview est disponible ici.
Vous avez signé un sans-faute dans presque toutes les Coupe des nations que vous avez disputées, comment avez-vous abordé ces échéances collectives ?
Helena Stormanns et moi essayons toujours de choisir la stratégie la plus adaptée à Portobella. Elle a tendance à avoir beaucoup d’énergie, c’est pourquoi nous commençons souvent le week-end par une petite épreuve. Nous avons également pour habitude de la longer avant un parcours afin qu’elle soit calme et détendue ; sinon, elle peut manquer de concentration et commettre des fautes. Nous essayons toujours d’établir un planning de concours cohérent. Nous choisissons quelques échéances majeures autour desquelles nous organisons toute la saison. Nous veillons aussi à lui laisser suffisamment de temps entre chaque compétition, car elle est encore jeune. J’aimerais qu’elle poursuive sa carrière sportive encore six ou sept ans, alors nous faisons en sorte de la préserver.
Que retenez-vous de vos premières expériences avec l’équipe belge ?
J’ai été sélectionnée pour ma première Coupe des nations lors du CSIO 5* de Dublin en 2024. C’était une très belle expérience, mais à l’époque, j’étais vraiment intimidée. J’ai aussi participé à mon premier Grand Prix 5* ce même week-end, et je me souviens avoir dit à mes parents que je ne savais pas si j’en étais capable, car c’est un concours très impressionnant. Mais, comme toujours, une fois le numéro un sauté, tous mes doutes se sont envolés et je me suis concentrée sur mon parcours. L’ambiance est très agréable au sein de l’équipe belge en Coupe des nations. Tout le monde se soutient, il y a toujours un coéquipier pour donner un conseil au paddock. Même en dehors de ces épreuves, Pieter Devos ou Niels Bruynseels sont toujours là pour m’encourager ou répondre à mes questions. On n’est jamais seul, et c’est quelque chose de très précieux en Belgique.
La Belgique présente une équipe qui allie jeunesse et expérience, où l'entraide est le maitre mot. © Sportfot
Est-ce facile pour vous de trouver votre place face à des cavaliers très expérimentés ? Comment vivez-vous cette concurrence et la pression des autres jeunes qui émergent ?
Je n’y pense pas trop. Je pars toujours en compétition en me concentrant sur mes chevaux et sur les épreuves qui leur conviennent le mieux, dans l’espoir d’obtenir de bons résultats. Je n’essaie jamais de me comparer ou de me mettre en compétition personnelle avec les autres car c’est contre-productif. L’important, c’est de faire de son mieux — les résultats viennent ensuite.
Comment avez-vous vécu le fait d’être réserviste aux championnats d’Europe Longines de La Corogne ?
Après ma première moitié de saison, j’avais décidé de faire de ces championnats mon objectif principal car je voulais vraiment y aller. Mais il y avait aussi le CHIO d’Aix-la-Chapelle, qui me tenait beaucoup à cœur et je ne pouvais pas faire les deux car cela aurait été trop pour ma jument. Je me suis dit que, dans les deux cas, je serais heureuse. Les championnats d’Europe sont très disputés et Aix-la-Chapelle est le meilleur concours au monde. Je me souviens qu’il y a quelques années, j’avais déjà eu la possibilité d’y participer dans la catégorie U25, mais j’avais refusé, car je voulais que ma première entrée sur cette piste se fasse dans le CSI 5*. Finalement, j’ai été ravie d’y aller et de laisser à Portobella un peu plus de temps et d’expérience avant les Européens — qui, avec le recul, seraient peut-être arrivés un peu trop tôt pour elle.

Emilie Conter a vécu un rêve éveillé en participant, pour la première fois en juillet, au mythique Grand Prix 5* Rolex d'Aix-la-Chapelle. ©Hippo Foto-Dirk Caremans
“En 2026, les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle seront mon objectif principal”
La tournée hivernale de Wellington vous avait permis, l’an dernier, de remporter votre premier Grand Prix 5*. Ce type de tournée vous aide-t-il à faire progresser rapidement vos chevaux ? Comptez-vous repartir sur ce même format pour débuter la saison 2026 ?
Oui, nous aimons toujours aller en Floride, car cet endroit offre des conditions idéales, tant pour les chevaux que pour les cavaliers. On commence la saison par de petites épreuves, puis les CSI 5* débutent en février, c’est donc une montée en puissance progressive, qui laisse le temps aux chevaux de se préparer. Me rendre à Wellington m’a énormément fait progresser. Contrairement à l’Europe, où je suis aux écuries seulement les lundis et mardis, là-bas, les écuries sont situées sur le site même de la compétition. Cela me permet d’être tous les jours avec mes chevaux et de m’entraîner quotidiennement avec Helena. Portobella reprendra la compétition fin janvier, après deux mois de pause. J’ai hésité à faire la saison indoor en Europe, mais j’y ai finalement renoncé. J’ai encore beaucoup d’années devant moi, et mes chevaux méritaient cette coupure.
Quel est l’événement qui vous a le plus marqué cette année ?
Même si j’ai remporté mon premier Grand Prix 5* à Wellington, je dirais Aix-la-Chapelle. L’atmosphère y est unique, c’est un concours de légende. J’ai réalisé un rêve en y participant.
Quel rôle votre entourage proche, notamment votre sœur Zoé, également cavalière de haut niveau, a-t-il joué dans la réussite de votre saison ?
C’est un vrai avantage d’être entourée d’une famille issue du monde de l’équitation. Je peux compter sur chacun d’eux pour m’aider. Ma sœur me soutient constamment, nous passons presque tout notre temps ensemble, et si j’ai une question, je sais que je peux me tourner vers elle. Mon père (Stephan Conter, fondateur des écuries Stephex, ndlr) est également toujours présent. Il peut parfois être un peu dur avec moi, mais je sais que c’est pour mon bien et que j’en ai besoin.
En plus de son activité de marchand de chevaux, Stephan Conter s'attache à suivre ses filles dans la plupart de leurs compétitions. © Hippo Foto-Dirk Caremans
Avez-vous déjà une idée de votre programme de concours pour 2026 ?
Ma saison débutera donc à Wellington. Si tout se passe bien, je demanderai peut-être à participer à la Ligue des nations Longines d’Ocala fin mars, mais rien n’est encore certain. Mon objectif principal pour la saison, même s’il peut sembler ambitieux, reste les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, en août. Portobella a très bien sauté sur cette piste l’an dernier et c’est une jument incroyable. Je vais prendre le temps de bien nous préparer pour cette échéance. C’est un grand objectif, mais je suis prête à travailler dur pour y parvenir. Et si ce n’est pas pour cette fois, c’est que quelque chose de meilleur nous attendra sans doute juste après.
Photo à la Une : Pour sa première apparition en Ligue des nations Longines à Ocala en mars, Emilie Conter a signé la meilleure performance belge. © Hippo Foto-Dirk Caremans


