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“Tisser un lien solide avec ses chevaux est la partie la plus plaisante de notre métier”, Frédéric Vernaet (2/2)

Frederic Vernaet partage sa passion et son métier avec son épouse et son beau-père.
Interviews mardi 7 avril 2026 Mélina Massias

À bientôt trente-neuf ans, Frédéric Vernaet vit son rêve. Ces derniers mois, le Belge s’est distingué, sans esbroufe, grâce à ses résultats. Installé au sein des écuries T&L depuis quasiment deux décennies, il a formé avec patience plusieurs excellentes montures : Dieu Merci van T&L, d’abord, puis, plus récemment, le spectaculaire Orak d’Hamwyck et les propres frères Paulus-L et Quatre Mai L. À son avantage sur le circuit des Coupes des nations de la Fédération équestre européenne, le Diable Rouge a pu porter la veste rouge de son équipe nationale au CSIO 5* d’Hickstead. Classé dans les Grands Prix de la Coupe du monde d’Oslo et Bordeaux, et sixième de ses championnats nationaux quelques semaines plus tôt, il entend désormais continuer de suivre ses ambitions, entre élevage, formation de jeunes montures de talent, et grand sport. Rencontre.

La première partie de cet article est à (re)lire ici.

Paulus-L, une autre star made in T&L

Avant qu’Orak d’Hamwyck n’entre définitivement dans la lumière à Bordeaux en février, Frédéric Vernaet s’est appuyé sur Paulus-L pour faire parler de lui et attirer l’attention de son sélectionneur national. Mission largement accomplie. Après une saison indoor 2024/2025 prometteuse, la paire boucle quatre sans-faute dans les épreuves majeures du CSIO 4* de Sopot, la Coupe des nations et le Grand Prix. La Belgique ravit la victoire dans le temps fort collectif, tandis que Frédéric et son bai terminent cinquièmes du sommet individuel. Peter Weinberg leur fait alors confiance pour le CSIO 5* de Hickstead, où ils terminent la Coupe des nations avec cinq et quatre points, pour leur première à ce niveau. “Cette Coupe des nations, ma première au niveau 5*, était un très bon moment”, sourit le cavalier. “Représenter son pays dans ce genre d’événement est génial ! Avec Paulus-L, j’ai participé au CSIO 5* d’Hickstead, mais aussi à celui de Calgary, quelques semaines plus tard. C’était une expérience incroyable. Lorsqu’on est enfant, on rêve de concourir sur ces pistes-là un jour !”

Avec Paulus-L, produit de l'élevage maison, Frédéric Vernaet a eu l'honneur de disputer les CSIO 5* de Hickstead et Calgary, entre autres expériences au plus haut niveau. © Sportfot

Un rêve d’autant plus irréel que Paulus-L est un produit… maison ! “J’ai formé Paulus-L depuis ses quatre ans. C’est un très bon cheval et l’avoir mené jusqu’en Coupes des nations de niveau 5* après l’avoir vu grandir au pré est un magnifique accomplissement”, savoure le Diable Rouge. Né pour le compte de Louis Lenaerts, le grand-père de Delphine Tilleman, le bai est un fils de Corydon van T&L, un étalon dont la production s’affirme de plus en plus à haut niveau. Il faut dire que le Westphalien, présenté jusqu’à 1,40m par Frédéric Vernaet himself a de sacrés atouts à faire valoir. Il est, d’abord, l’un des rares fils du merveilleux Cornado qui a longtemps volé au-dessus des obstacles tel un Pégase avec le Centaure Marcus Ehning. Il est aussi le frère utérin de For Chacco*TN, vainqueur du Grand Prix des Sires of the World de Lanaken l’an dernier et désormais associé à nul autre qu’Harrie Smolders pour poursuivre son ascension, et le neveu du tout bon Chacco’s Son I, complice de Maurice Tebbel jusqu’aux championnats d’Europe de Göteborg en 2017. Enfin, ce petit-fils de Chacco-Blue est aussi à l’origine du vif et compétitif Phenyo van het Keysersbos, vainqueur de quatorze épreuves à 1,45m et plus avec Richard Vogel en moins de deux ans ! 

Frédéric Vernaet a lui-même monté Corydon van T&L, le père de ses tous bons Paulus-L et Quatre Mai-L. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Après sa virée canadienne en septembre, Paulus-L a bouclé un très bon championnat de Belgique, se hissant au sixième rang et laissant filer la médaille d’argent pour deux fautes échappées dans la première manche de la finale. En octobre, le hongre, alors âgé de dix ans, s’est offert la sixième place de l’étape de la Coupe du monde d’Oslo, marquant au passage la fin de son aventure aux côtés de Frédéric Vernaet. Après plus d’une décennie passée aux côtés de son naisseur, le petit-fils de… Toulon a rejoint les écuries de l’oligarque Aleksandr Onishchenko. “Nous sommes une écurie de commerce et vendre des chevaux est notre métier. C’est ce qui nous fait vivre et, de temps en temps, nous devons laisser partir l’une de nos meilleures montures pour pouvoir continuer à avancer”, expose avec lucidité Frédéric. “Nous élevons beaucoup. Chaque année, nous avons entre vingt et vingt-cinq poulains. Nous les gardons, les sélectionnons, les formons et essayons de les emmener aussi loin que possible dans le sport. Puis nous les vendons. C’est ainsi que nous fonctionnons. Cela est un peu différent pour les étalons, car ils contribuent aussi à notre programme d’élevage et servent des juments extérieures. Nous ne sommes donc pas dans l’obligation de les vendre. J’espère que nous pourrons les conserver et continuer à vivre de beaux concours avec eux. Notre objectif est d’atteindre le haut niveau, mais, comme notre système repose sur le commerce, cela n’est pas toujours facile. Lorsqu’un cheval est vendu, il faut repartir au travail et former le suivant.” 

Hongre, Paulus-L a été vendu, système et fonctionnement des écuries de son cavalier obligent. © Sportfot



Heureusement pour le Belge, la vente de Paulus-L est intervenue au moment où Orak d’Hamwyck était prêt à déployer ses ailes et où un certain Quatre Mai-L confirme son potentiel. Ce charmant et joyeux bai n’est autre que… le propre frère de Paulus-L ! Comme son nom l’indique, le BWP est né le 4 mai, de l’année 2016, faisant de lui le cadet d’une année de son aîné. Comme avec ses autres montures, Frédéric prend son temps et ne précipite pas les choses. Son protégé s’est toutefois déjà classé à 1,55m et prend tranquillement de l’expérience pour, un jour, suivre la voie ouverte par Paulus-L. “Paulus et Quatre Mai sont propres frères, mais ils sont différents. Ils ont tous les deux des moyens et du respect, ce qui leur permet d’être en capacité de sauter les obstacles les plus hauts. Quatre Mai est étalon, ce qui le rend un peu plus joueur et frais, là où son frère était plus studieux et concentré”, dépeint le pilote de trente-huit ans, qui se dit “assez sûr” de la capacité de son étalon à évoluer en Grand Prix 5* à l’avenir. 

Le très plaisant Quatre Mai-L continue ses progrès sans précipitation. © Mélina Massias

Frédéric fonde aussi de bons espoirs dans deux jeunes propres sœurs de Paulus et Quatre Mai, nommées U-Lente L et Verona-L. Gerona, la mère de cette belle fratrie, a aussi donné Warmbloed-L, une fille… d’Orak d’Hamwyck. Cela ne s’invente pas ! “Nous avons des produits d’Orack qui prennent trois et quatre ans aux écuries. Ils me semblent très bons. Ils ont la même qualité que leur père et ont aussi hérité de son très bon tempérament. Ils sont agréables à manipuler et faciles sous la selle”, précise-t-il. D’ailleurs, s’il pouvait faire naître son poulain de rêve, le Belge choisirait… Orak comme étalon et “une jument dans le sang et moderne”. “Je pense que ce serait le meilleur croisement”, sourit-il, ajoutant que Toulon serait le cheval qu’il monterait s’il pouvait en choisir un en dehors de son piquet, dans le passé ou dans le présent.

Le spectaculaire Orak d'Hamwyck attire tous les regards. © Mélina Massias

Tisser un lien

En plus d’Orak et Quatre Mai, Frédéric compte sur le potentiel de Picasso vd Veldstraat (Toulon x Thunder vd Zuuthoeve). “Nous l’avons acheté lors de l’approbation BWP lorsqu’il avait trois ans. Depuis, nous l’avons fait castrer, car il était un peu trop joueur et frais. C’est un très bon cheval, qui peut aussi sauter de belles épreuves. Il est très compétitif et a beaucoup de sang, ce qui fait de lui un super atout à haut niveau”, loue le Belge. Dans son piquet, ce dernier bénéficie aussi de jeunes prometteurs, dont un bon lot de huit ans, qu’il forme patiemment, dans l’ombre. Sa prochaine star ? Sûrement Demonic vd Radstake (Dominator 2000 x Vigaro), de son propre aveu. “C’est un étalon de huit ans. Je pense qu’un bel avenir l’attend”, lance-t-il. 

Picasso vd Veldstraat est un autre bon atout du trentenaire. © Mélina Massias

Et de reprendre : “Ce que j’aime le plus avec les jeunes chevaux, c’est de suivre leur développement de A à Z, de les voir évoluer. C’est très sympa de leur apprendre leur métier et de les faire travailler ! Paulus et Quatre Mai sont nés chez nous : nous les connaissons donc très, très bien. Cela m’a permis d’établir une bonne connexion avec eux. Je pense que c’est la partie la plus plaisante du métier : tisser un lien solide avec son cheval.”

Le Diable Rouge estime beaucoup Demonic vd Radstake, un fils de Dominator 2000. © Sportfot

Au sein des écuries T&L, que Frédéric gère avec son beau-père et son épouse, réside une cinquantaine de chevaux. “Avec moi, nous sommes quatre cavaliers. Je suis le seul à concourir sur la scène internationale ; les autres pilotes des écuries sont principalement dédiés aux jeunes chevaux et aux épreuves nationales, qui les préparent pour la suite de leurs carrière”, expose celui qui évolue dans un système bien rodé et qui devrait pouvoir lui permettre de poursuivre sa belle épopée, entre famille et élevage. “Nous avons également une structure dédiée à l’élevage, avec du personnel qui s’occupe des juments et des poulains. Les juments sont inséminées sur place et les étalons y sont aussi collectés. C’est là-bas que nous sélectionnons les trois ans après les avoir fait sauter en liberté. Puis ils suivent leur formation, et sont vendus quand le temps est venu.”

Fort de cette organisation qui lui permet de toujours compter sur un solide piquet, Frédéric Vernaet aspire à continuer de vivre son rêve de longues années. “J’espère que l’on me donnera ma chance cet été, peut-être pour participer à des Coupes des nations de niveau 5* ou d’autres CSI 5*. Les prochains mois devraient être intéressants”, se projette-t-il. “Avoir pris de l’expérience sur les Coupes des nations de seconde division nous a été très bénéfique, à Orak et à moi. Nous avons obtenu de bons résultats et cela nous a permis de grandir et de découvrir le niveau 5*. En Belgique, atteindre de telles épreuves n’est pas aisé car nous avons énormément de très bons cavaliers. Il faut se battre pour avoir sa place. Mais si l’on a un bon cheval et que l’on réalise de bonnes performances, on nous donne notre chance.” Jusqu’à présent, les opportunités, Frédéric Vernaet a su les saisir et entend bien poursuivre sur la même voie, avec ses cracks Orak d’Hamwyck, Quatre Mai-L et leurs futurs successeurs. 

En formant la plupart de ses montures de A à Z, Frédéric Vernaet a un avantage précieux une fois en piste sur les plus belles pistes du monde. © Sportfot

Photo à la Une : Frédéric Vernaet partage sa passion et son métier avec son épouse et son beau-père. © Mélina Massias