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Saint-Lô et les chevaux

Le Haras de Saint-Lô est l'un des lieux les plus connus de la ville pour son implication dans l'univers équestre.
Reportages mardi 17 février 2026 Sophie Lebeuf

Dans la tête de nombreux cavaliers de jumping, comme dans celle de bon nombre d’éleveurs, la ville de Saint-Lô rime incontestablement avec chevaux… Haut lieu de rendez-vous équestres depuis plus de vingt ans, le Pôle hippique, situé sur les terres de l’ancien Haras national, a su s’imposer comme un point de rencontres et de ralliement névralgique en France pour de nombreux passionnés. Mais en dehors du site équestre, les occurrences liées au cheval ne sont pas légion dans l'agglomération. C’est qu’ici, le cheval est avant tout un résident permanent, un patrimoine vivant inscrit dans l’ADN de la ville. Avec humilité, il s’impose sans faste, discrètement, mais sûrement. Pas de statuaire, certes, mais un acteur incontournable de la passion d’une terre pour une filière singulière. 

A priori, pas de statue équestre trônant dans le centre-ville de Saint-Lô, ni de grande collection dédiée ou d’œuvres d’envergure rendant hommage au cheval dans le musée d’Art et d’Histoire de la ville… Pour le visiteur lambda venu en vacances découvrir la région, la présence de l’animal n’est donc pas une évidence, loin de là. Si ce n’est un lieu, qui semble concentrer toutes les références au cheval : l’ancien Haras national, devenu Pôle hippique.

Un lieu d’envergure équestre

Né en 1806 sous l’impulsion de Napoléon Ier, le Haras national de Saint-Lô, alors simple dépôt d’étalons, se situe initialement dans l’ancienne abbaye Sainte-Croix. Rapidement, le nombre croissant de mâles reproducteurs nécessite des infrastructures plus spacieuses. De fait, une seconde structure, qui deviendra le Haras national de Saint-Lô, déménage sur son site actuel de sept hectares, en plein cœur de la ville, dès 1886. Deux cent quarante étalons y sont soignés par quatre-vingts palefreniers. À la plus faste période du Haras, en 1912, quatre cent vingt-deux étalons battent le pavé de ce haut lieu d’élevage, comme le rappelle le site de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Mais la Seconde Guerre mondiale laissera des traces, les bombardements du 6 juin 1944 détruisant en grande partie des édifices, qui seront reconstruits à l’identique et agrandis de trois hectares et demi. En 1993, le Haras national est classé monument historique. Avec le désengagement progressif de l’État, et la décision par l’IFCE de vendre le haras historique, un syndicat mixte regroupant le département de la Manche, la région Normandie, la ville de Saint-Lô et Saint-Lô Agglo trouve un accord avec l’IFCE pour reprendre en main l’avenir du lieu, en décembre 2016. Dès lors, le Haras national de Saint-Lô devient le Pôle hippique de Saint-Lô, géré par un syndicat mixte. Un an plus tard, un arrêté pris par le préfet de la Manche officialise les nouveaux statuts du syndicat mixte du Pôle hippique ayant pour projets des “manifestations et actions innovantes au service de la filière équine et de ses professionnels, organisation de concours équestres sur le site, gestion des activités du centre équestre afin de positionner la Normandie comme région de référence au plan sportif équestre, mise en valeur du patrimoine historique via une diversification des activités, etc.”, comme le stipule son site internet.

Le Haras national de Saint-Lô accueille de nombreux étalons de renom. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Si la mission première des Haras nationaux, donc, a fortiori, du Haras national de Saint-Lô, résidait dans la reproduction des meilleurs mâles des livres de races, le lieu a conservé ce rôle malgré le désengagement de l’État. De fait, un centre de reproduction et d’insémination est toujours d’actualité à Saint-Lô, incarnée par la SARL Haras de Saint-Lô, où plusieurs performeurs de renom sont disponibles auprès des éleveurs, à l’image des Selle Français Mylord Carthago (Carthago x Jalisco B), Rahotep de Toscane (Quidam de Revel x Laudanum) et Vancouver de Lanlore (Toulon x Le Tôt de Semilly), ou encore le SBS Excalibur de la Tour Vidal (Ugano Sitte x Ogano Sitte). Avant eux, les plus âgés se souviendront du petit génie Flipper d’Elle (Double Espoir x Jalisco B) ou encore de Rosire*HN (Uriel x Ultra Son). Si le Haras national de Saint-Lô s’est donc diversifié pour pouvoir survivre, une chose est sûre : il a su pérenniser l’incarnation de l’élite de l’élevage de sport équin, notamment à travers son Salon des étalons de sport, rendez-vous unique au monde devenu incontournable pour les éleveurs de chevaux de jumping.

Secrets d’alcôves

Le curieux pourra cependant pousser la porte du musée d’Art et d’Histoire de la ville de Saint-Lô si le cœur lui en dit. Si aucune grande œuvre majeure n’y honore le cheval dans ses collections, la présence de l’animal dans les sociétés occidentales depuis des millénaires comme compagnon de route, de guerre, de labeur ou de labour, puis de loisir permettra néanmoins aux amateurs de peinture et de sculpture de découvrir quelques œuvres intéressantes. Ainsi peut-il observer plusieurs tableaux ayant trait au cheval et signés Sergio de Castro (1922-2012). Peintre français d’origine argentine, élève de Joaquin Torres Garcia (1874-1949), il avait fait don au musée de Saint-Lô d’une importante collection de deux cent douze toiles en 2006. En 2022, à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, l’institution saint-loise avait d’ailleurs proposé une exposition rétrospective de l’œuvre de l’artiste, “Dans l’atelier de Sergio de Castro”. Côté cheval, l’animal est présent dès la première œuvre importante réalisée par l’artiste en France, Le Port, peinte en 1951. Sur la gauche de la toile, on voit deux chevaux qui semblent se chamailler. Leur style géométrique n’est pas sans rappeler l’influence cubiste du début du siècle. À la fois de face et de profil, les membres carrés, le poitrail lourd, ils présentent des yeux cachés par des œillères, permettant d’en déduire qu’ils doivent être attelés, la voiture étant sans doute incarnée par la grande roue située derrière eux...

"Le Port", oeuvre de Sergio de Castro, fait partie des collections du musée d'Art et d'Histoire de Saint-Lô. 



Outre cet artiste, les collections du musée comptent d’autres toiles où le cheval caracole, à l’image de Chasse à courre : l’équipage de Jules Finot (1826-1906), où quatre cavaliers se suivent dans un paysage, dos aux spectateurs, simplement et habilement représentés par quelques “tâches” de peinture, ou encore dans Le Bal Tabarin de Madeleine Follain-Dines (1906-1996) où deux chevaux de cirque aux silhouettes élancées et naïves se cabrent sous le chapiteau d’une piste ronde.

On l’aura compris, même discrètement, l’équidé s’impose dans les salles du musée.

"Chasse à cour ; l'équipage", a été réalisé par Jules Finot. 

Le musée d'Art et d'Histoire de Saint-Lô compte également "Le Bal Tabarin" de Madeleine Follain-Dines dans ses collections.

Patrimoine local…

Vivant témoin et acteur de la vie manchoise, le cheval s’inscrit en revanche tout naturellement au sein des collections du musée du Bocage normand. Ouvert sous cette appellation pour la première fois en 2004, ce musée, ancienne ferme exploitée par plusieurs familles, articulait alors son discours muséographique autour de trois axes explorés sous les angles historiques, techniques et ethnologiques. Ainsi, outre la transformation des paysages bocagers et de leurs écosystèmes, ainsi que l’évolution des systèmes agraires et des pratiques agricoles – des années 1850 aux années 1960-1970 –, l’élevage, notamment bovin et équin, s’inscrivait pleinement en ce lieu. Depuis, une refonte totale du musée – toujours en cours à travers le projet scientifique et culturel 2023-2030 – a lieu, dans laquelle le cheval, véritable patrimoine local vivant, trouvera naturellement toute sa place. De fait, au sein des collections de ce musée, de nombreux objets répertoriés illustrent l’importance de l’animal sur ces terres : voitures (charrues, berlines), cure-pieds, éperons, étriers, fers, harnais, colliers, licols et autres outils et reconstitutions témoignent ainsi de la place prépondérante du cheval dans la tradition agricole manchoise et dans l’élevage, puis, progressivement, dans le domaine du sport et du loisir.

Si le musée est donc actuellement fermé au public, son existence même et les trésors ethnographiques de ses collections – en attente d’être de nouveau montrées au public – racontent toute l’importance de l’équidé à Saint-Lô, depuis les champs alentour jusqu’au cœur de la ville.

… et ancestral

Et si le cheval est aujourd’hui un digne représentant de Saint-Lô, un autre équidé reste intimement lié à la ville normande. Robe blanche, barbichette, corne au milieu du front, la licorne est bel et bien l’emblème de l’agglomération et ce, depuis le Moyen Âge. Le blason répond d’ailleurs à la description : “De gueules à la licorne saillante d’argent, au chef d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.” Symbole héraldique, l’animal renvoie à l’image de la pureté, de la chasteté, de la fidélité et à la consécration de la ville à la Vierge Marie. Présente sur les armoiries médiévales de Saint-Lô, la licorne incarne des valeurs morales, forte d’une histoire temporelle et religieuse. D’après nos confrères de Ouest-France.fr, l’ancien directeur du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Lô aurait ainsi affirmé en 2017, lors d’une exposition dédiée à cet animal mythologique, que la première effigie de la licorne retrouvée sur un acte officiel de la ville remonterait à 1468, sur le sceau d’un officier. C’est dire si l’équidé fabuleux a sa place ici… D’ailleurs, depuis trois ans, les habitants de la cité attendent le retour d’une statue devenue pièce maîtresse de sa cartographie. Réalisée par le sculpteur Philippe Rebuffet (1947-2024), une licorne imposait ainsi sa sagesse à l’angle des rues du Neufbourg et du Docteur-Leturc depuis 1988. Le 9 janvier 2023, la belle avait été retirée de son piédestal lors des travaux de rénovation de la chaussée. Très abîmée, elle serait toujours en restauration à l’heure d’édition de cet article.

C’est un fait : de l’animal mythologique au cheval de sport, l’héritage semble ainsi s’inscrire naturellement dans l’histoire de la ville.

Le blason de l'agglomération de Saint-Lô représente une licorne. 

Photo à la Une : Le Haras de Saint-Lô est l'un des lieux les plus connus de la ville pour son implication dans l'univers équestre. © Dirk Caremans / Hippo Foto