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“Pour que notre sport survive, nous devons mettre l’accent sur le fait que les chevaux sont le cœur de ce que nous faisons”, Lillie Keenan (3/3)

Engagée et passionnée, Lillie Keenan n'a pas peur d'utiliser sa voix à bon escient.
Interviews mardi 27 janvier 2026 Mélina Massias

Pour la première fois de sa carrière, Lillie Keenan a foulé la somptueuse piste de Genève, mi-décembre, en Suisse. Venue spécialement des Etats-Unis pour cet événement dont la réputation n’est plus à faire, l’Américaine a savouré la touche finale d’une saison hautement réussie, grâce à un système bien rodé et des montures certes diablement talentueuses, mais surtout parfaitement gérées. Trente-deuxième mondiale, l’amazone, dont le sérieux, l’éthique de travail, la régularité et l’intelligence comptent parmi ses qualités, s’est imposée comme une évidence en 2025. Pilier indiscutable du Stars and Stripes, pour lequel elle n’a pas concédé la moindre faute aux obstacles de la saison en Coupe des nations, celle qui fêtera son trentième anniversaire le 4 octobre prochain semble avoir trouvé son équilibre. Disciple de McLain Ward, après avoir côtoyé plusieurs entraîneurs, dont Cian O’Connor, la jeune femme a la tête sur les épaules et une vision claire de son sport. Consciente de sa situation privilégiée, dont elle ne se cache pas, la diplômée d’Harvard a bâti sa philosophie en même temps que ses chevaux lui ont enseigné de précieuses leçons. Passée par la case dressage voilà quelques années, Lillie Keenan semble plus en phase que jamais avec elle-même et ses ambitions, qui incluent, évidemment, les prochains championnats du monde d’Aix-la-Chapelle et la pérennisation d’un piquet de talent. Entretien.

La première partie de cette interview est à (re)lire ici.
La deuxième partie de cette interview est à (re)lire ici.

La vie des cavaliers de saut d’obstacles de haut est niveau paraît assez démentielle. Se rendent-ils compte de la frénésie de leur profession, qui les pousse à enchaîner les concours week-ends après week-ends, quasiment sans discontinuer ?

Oui, c’est assez fou. En particulier lorsqu’on est jeune, je pense qu’on ne se rend pas vraiment compte combien notre mode de vie est dément. Lorsqu’on court après les compétitions, on ressent une forme d’euphorie. Je le sais d’expérience car je suis tombée dans cette habitude, à chasser le vent pour rester dans le coup. Cela peut devenir dangereux si ce n’est pas contrôlé. Quoi qu’il arrive, ce sport rend humble. Même si on vit une année exceptionnelle, où tout n’est que succès, on connaîtra toujours de grands revers qui nous feront revenir sur terre. Si on n’accepte pas cette réalité, on ne survit pas à long terme. Notre sport est unique, dans le sens où il réunit des personnes venues d’horizons incroyablement différents. En grandissant, je pense que la majorité des meilleurs mondiaux ne savait même pas que ce métier était une option pour eux. Dans mon cas, ma famille n’avait rien à voir avec les chevaux et je ne savais même pas que l’on pouvait faire de la compétition avec eux ! J’ignorais que c’était une profession et que tout cela existait. Et je pense que c’est extrêmement positif car j’ai commencé à monter à cheval - et je continue de le faire - simplement parce que j’aime être au contact des animaux. J’ai juste envie d’être à leurs côtés, peu importe leur espèce d’ailleurs. J’adore la simple idée de créer une connexion avec un autre être vivant. Au départ, je n’arrivais pas vraiment à mettre des mots dessus. J’ai commencé à fréquenter une écurie lorsque j’avais six ans. Je n’ai pas grandi entourée de chevaux. Je vivais à New York City et j’ai dû insister auprès de ma famille pendant un an pour qu’elle m’emmène dans un tout petit centre équestre. La compétition n’était aucunement une option. Ma mère montait à cheval lorsqu’elle était enfant. J’ai vu des photos de cette période, mais elle ne voulait pas que j’en fasse autant. Et quel cadeau ! Tout ce que je voulais faire, c’était brosser les poneys. Leur odeur et l’énergie qui régnait dans ces moments-là étaient comme une drogue pour moi. J’étais tellement accro ! Je pense que cela m’a suivi toute ma carrière et continue de le faire. C’est pour cette raison que j’aime ce que je fais, même si j’apprécie aussi beaucoup l’aspect concours. J’ai d’ailleurs un fort esprit de compétition ! Mais j’ai choisi cette voie non pas pour les résultats à la fin de la journée, mais pour les chevaux. Les histoires et chemins des cavaliers sont aussi divers que variés et lorsqu’ils rentrent chez eux, tout n’est pas aussi glamour et tape-à-l’œil que cela peut en avoir l’air de l’extérieur. C’est une bonne chose, car beaucoup de gens se méprennent en pensant que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Même entre nous : nous nous faisons de fausses idées sur comment les autres procèdent dans leurs systèmes. Nous avons chacun nos propres façons de faire. Dans tout cela il y a un dénominateur commun : peu importe combien on gagne, on perdra toujours plus. Il faut garder cela à l’esprit. En tant que femme, et selon ses choix de vie personnelle, le rythme de ce métier a une influence. Je pense toutefois qu’il y a un moyen de tout concilier, en gardant les pieds sur terre. Je n’ai pas encore trouvé comment faire, mais je souhaite vraiment y parvenir.

Lillie Keenan a appris à prendre de la hauteur pour décrypter son sport et le vivre au mieux. © Mélina Massias

“Je me juge très durement car je trouve que je suis dans une position très privilégiée”

Vous évoquez le souvenir de vos premiers pansages, avant que la compétition n’entre dans votre vie. Perdre de vue l’amour des chevaux, l’essence même qui devrait animer chaque cavalier, n’est pas impossible lorsqu’on enchaîne les compétitions au plus haut niveau. Comment ne pas tomber dans ce piège et garder en tête cet amour sincère et désintéressé ?

Chaque semaine, on est classé par rapport à nos pairs. C’est écrasant. À chaque concours, il n’y a pas un gagnant et un perdant, mais un gagnant et beaucoup de perdants, et ce dans chaque épreuve. Aujourd’hui, les réseaux sociaux viennent avec beaucoup d’aspects positifs, mais aussi leur lot de désavantages. On se compare sans cesse aux autres. Je suis très consciente de cela, car je suis du genre à être très critique envers moi-même. Je me juge très durement car je trouve que je suis dans une position très privilégiée. Et je le suis. Je le sais et je veux en tirer le meilleur. Mettre les choses en perspectives est le seul moyen de survivre à long terme dans cet univers. Le rythme de ce métier, le nombre de déplacements qu’il implique, et la gestion de mon entreprise font que je ne passe pas autant de temps que je le devrais aux écuries et avec mes chevaux. Je ne passe pas toutes mes journées aux côtés de mes grooms car je consacre beaucoup de temps à l’enseignement. Je suis toujours autant impliquée dans le sport, mais d’une autre manière. Et à mesure que ma carrière a évolué, il est devenu très clair que le temps que je passe avec mes chevaux est mon oasis. Peu importe quel cheval je monte avant un concours, ce moment-là est uniquement dédié à moi, à mon cheval et aux objectifs que je souhaite que nous accomplissions ensemble. Que ce soit un jeune cheval ou mon cheval de Grand Prix, rien d’autre que nous deux ne compte à cet instant. Dans un sens, j’ai appris cela en en faisant trop. Cela m’a permis d’apprécier ces moments. Lorsqu’on s’enferme dans une routine, on n’apprécie plus les choses simples, surtout lorsqu’on concourt. On cherche toujours les performances, qui seraient censées nous procurer un sentiment de bonheur. Ma mère m’a toujours dit que préparer et prendre le temps de boire son café le matin est le moment le plus agréable de sa journée. Pour elle, il faut chercher ces petites choses qui comptent parce que toutes les autres finissent tôt ou tard par disparaître. On perd cela de vue. Et cela s’applique à tout, y compris aux chevaux. On peut perdre un propriétaire, un cheval peut se blesser, un drame peut toucher sa famille, etc ; il y a une multitude de choses qui peuvent mal se passer et cela est hors de notre contrôle. Profiter de ces moments simples en tête à tête avec mes chevaux me rappelle à quel point travailler avec eux est un privilège et un cadeau et combien je suis chanceuse de faire ce que j’aime : être dehors avec un cheval.

Dans une vie à mille à l'heure, les cavaliers ne doivent pas oublier de célébrer et chérir les bons moments. © Mélina Massias



Il y a quelques années, beaucoup de jeunes cavalières américaines faisaient les belles heures de votre équipe nationale, à l’image de Reed Kessler, Lucy Davis, Audrey Coulter ou encore Brianne Goutal. Toutes ont, au moins à un moment, pris de nouvelles directions dans leurs carrières, s’éloignant plus ou moins de l’univers équestre. Toutes sont des femmes. Selon vous, y’a-t-il un lien, une explication à cela ?

Chaque personne a évidemment sa propre histoire et certaines de ces cavalières sont revenues dans le sport (à l’image de Lucy Davis, de retour au très haut niveau depuis un peu plus de deux ans, ndlr) ou y sont impliquées différemment. Par exemple, Brianne est coach et a un business assez conséquent et florissant, où elle encadre principalement de jeunes cavaliers aux Etats-Unis. Je dirais qu’à tous les niveaux, la pression que l’on s’inflige à soi-même pour rester au sommet nous dévore vivants. En particulier en Amérique, nous avons un grand nombre de jeunes filles et femmes qui pratiquent l’équitation. Lorsqu’on se rapproche du haut niveau, leur nombre chute drastiquement. Je pense que plusieurs facteurs entrent en jeu et l’un d’eux est de ne pas être sous la bonne influence. Cela peut jouer un vrai rôle. Je dirais que chaque personne qui réussit, peu importe le domaine, rencontre tôt ou tard des difficultés. Je crois profondément que l’univers nous guide dans une certaine direction. On a ensuite le choix de rentrer dans le rang ou d’aller à l’encontre de cela. Mais il faut le faire en ayant la conviction qu’il y a une bonne raison à cela. C’est parfois difficile de s’en souvenir, mais j’essaye de me le rappeler. Pour mon âge, j’évolue à un niveau assez élevé. On s’expose alors à quelque chose que l’on imagine devenir une forme de normalité. Mais c’est faux. Ce que nous faisons n’est pas normal. Avoir des chevaux et aller en compétition peut disparaître en un claquement de doigt. Alors, lorsqu’on est en difficulté, on doit se battre. Les personnes qui font preuve de longévité dans ce milieu traversent leurs propres épreuves et trouvent un moyen de s’en sortir. D’autres peuvent voir cela comme une barrière qui leur indique qu’il faut s’arrêter là. Les jeunes Américaines et leur équitation sont confrontées à de nombreux stéréotypes. Je suis très ouverte sur ce sujet, car je ne peux pas changer d’où je viens et je n’ai aucune raison d’en avoir honte. Au contraire, je dois en être fière et faire en sorte de prouver que ces stéréotypes sont infondés. Si l’on vise l’excellence et le long terme, peu importe les défis auxquels on fait face, on doit se battre, même si les obstacles que l’on rencontre semblent parfois insurmontables. C’est cela qui permet de passer de vrais caps. Maintenir un pic de performance est impossible. Lorsqu’on est stable, ce n’est jamais à notre meilleur niveau. Ce sont des vagues, littéralement, avec du bon et du moins bon. À haut niveau, nous avons de plus en plus de femmes, mais l’âge de l’actuelle meilleure cavalière du monde (Laura Kraut, ndlr) est crucial. Elle a soixante ans et beaucoup d’expériences derrière elle. De fait, l’avenir réserve de nombreuses difficultés au groupe de cavalières dont je fais partie. Faire carrière demande plus que de sauter les obstacles dans le bon ordre et rester sur le dos de son cheval en piste ! Laura est au sommet de son art et elle a le double de mon âge. Quel modèle incroyable ! Mais elle est la seule (elle a toutefois été rejointe au sein du Top 10 mondial par Nina Mallevaey en janvier, ndlr). C’est un sujet sur lequel on pourrait débattre pendant des heures et des heures et qui me passionne, mais le fait que les hommes et les femmes soient égaux dans notre sport est extrêmement important. Nous devons être considérés de la même manière. Il faut respecter cela. Parfois, cela me blesse qu’on puisse être surpris, voire choqué, qu’une femme accomplisse de grandes choses. Ça ne devrait pas arriver ! Nous sommes aussi douées que les hommes. Il y a même des atouts que nous avons et que les hommes n’ont pas. Trouver le bon équilibre dans ce qu’on fait et le maintenir est le vrai défi.

Laura Kraut, meilleure cavalière du monde, est une inspiration et un modèle pour la gent féminine. © Sportfot

“Il y a un besoin essentiel de pouvoir compter sur des personnes qui n’ont pas peur de défendre et montrer la beauté de ce qui fait de notre sport un art”

Dans le même temps, une jeune génération féminine extrêmement talentueuse émerge aux Etats-Unis, avec en têtes d’affiche Skylar Wireman, Mimi Gochman ou encore Stella Wasserman. Auriez-vous des conseils à leur prodiguer ?

Bien sûr ! À mon sens, et peu importe le succès que l’on rencontre dans notre jeunesse, le plus important est de trouver quelqu’un qui a l’expérience nécessaire pour nous épauler et en qui on a totalement confiance. Il y aura parfois des conseils que l’on n’a pas envie d’entendre, mais qu’il faudra croire et appliquer. Réussir dans ce milieu sans faire confiance à quelqu’un me paraît impossible. D’un autre côté, il faut aussi savoir écouter sa propre intuition. Je dirais également de garder à l’esprit qu’il y aura des passages difficiles, mais qu’ils ne représentent pas une fin en soi. Et ce ne sont pas toujours des choses que les autres voient ou ont expérimenté avant nous. Il y a des moments où on a l’impression que l’on ne peut plus continuer, mais c’est lorsqu’on les surmonte que les bonnes choses arrivent !

Lillie Keenan a trouvé sa personne de confiance en McLain Ward. © Sportfot

Les sports équestres sont plus scrutés et décortiqués que jamais. Les mauvais comportements sont désormais régulièrement dénoncés, notamment par le biais des réseaux sociaux. Comment appréhendez-vous cette évolution ?

En tant que cavalier de saut d’obstacles professionnel, nous craignons les critiques qui sont faites à notre sport. D’une part, nous avons vraiment envie d’encourager le public à s’intéresser à notre sport, et les médias à le mettre en lumière auprès des néophytes. D’autre part, en ouvrant ces portes, nous devenons d’autant plus vulnérables, car nous devons faire preuve de transparence. Plus il y a d’yeux qui nous regardent, plus il y aura de critiques. Pour que notre sport survive, nous devons vraiment mettre l’accent sur le fait que les chevaux sont le cœur de ce que nous faisons. Et nos chevaux ont une meilleure existence que la plupart des gens sur cette planète ! C’est très difficile à comprendre lorsqu’on ne le vit pas de l’intérieur. Quand on est groom et que l’on prend soin d’un cheval de haut niveau, on constate les soins incroyables dont nos montures bénéficient. Tous leurs besoins sont comblés. Mes chevaux sont entourés de professionnels : acupuncteur, chiropracteur, maréchal-ferrant, vétérinaire, masseur, etc. La liste est interminable. Tout est mis en œuvre pour qu’ils se sentent au meilleur de leur forme. Un cheval heureux sera toujours plus performant. Je suis très fière que mes chevaux aient une vraie longévité sportive. C’est, pour moi, le plus beau témoignage du travail des personnes qui entourent un cavalier. 

Je suis profondément convaincue que nous ne devons pas avoir peur de nous exprimer sur ces sujets-là. J’ai reçu une éducation classique et ai côtoyé, à cette occasion, un monde totalement éloigné de l’univers équestre, où la plupart des gens ne connaissent rien aux chevaux. Plus on recule face au fait de prendre la parole, plus on laisse l’opportunité à quelqu’un d’autre de le faire à notre place. Il est crucial que nous devenions des ambassadeurs de notre sport, mais aussi de nos chevaux. Nous devons faire la promotion d’un terrain de jeu équitable, où chacun est responsable de préserver l’incroyable tradition qui est la nôtre. Les chevaux font partie de notre histoire depuis que les êtres humains existent. Quelle joie et quel honneur de rendre hommage à tout cela dans nos métiers ! Il y a un besoin essentiel de pouvoir compter sur des personnes qui n’ont pas peur de défendre et montrer la beauté de ce que nous faisons et qui fait de notre sport un art. 

"Il est crucial que nous devenions des ambassadeurs de notre sport, mais aussi de nos chevaux", affirme Lillie Keenan. © Mélina Massias



“Pour moi, il est très important que mes étalons aient accès à de vraies sorties au paddock ou au pré”

Vous mentionnez que vos chevaux ont accès à des soins de toutes formes, ce qui est un excellent point. Cela étant, et avec l’appui d’études scientifiques, on connaît aujourd’hui parfaitement les besoins fondamentaux des chevaux, à savoir l’accès à du fourrage en continu, à la liberté et à des contacts sociaux entre congénères. Est-ce aussi quelque chose auquel vous veillez ?

Bien sûr. Je l’ai en partie évoqué en parlant de mon processus de recherche d’écurie pour mes étalons lorsque je viens en Europe. Pour moi, il est très important qu’ils aient accès à de vraies sorties au paddock ou au pré, même si dans le contexte sportif qui est le leur, ils ne peuvent évidemment pas partager le même espace que des juments, afin d’éviter des gestations non souhaitées. (rires) Je pense qu’il faut avant tout écouter les souhaits des chevaux. Beaucoup de règles sont édictées pour préserver leur intégrité et garantir ce qu’il y a de mieux pour eux, parce qu’ils ne parlent pas la même langue que nous. Il faut être suffisamment sensible et ouvert pour entendre les autres signaux qu’ils nous envoient, pas seulement dans un contexte de travail, mais aussi au quotidien, dans les soins que nous leur prodiguons. Semblent-ils heureux ? Lorsqu’on arrive aux écuries, nous recherchent-ils, nous appellent-ils en hennissant ou nous tournent-ils le dos ? Ces petits instants sont en réalité extrêmement puissants. La joie de ce que nous faisons réside, selon moi, dans le fait de savoir que nos chevaux sont heureux de nous voir lorsque nous sommes aux écuries. 

Dans notre sport, nous voyageons énormément. Nous faisons beaucoup de choses qui ne sont pas naturelles pour un cheval. Alors, il faut trouver un moyen de compenser cela. Par exemple, je passe la saison hivernale à Wellington. Chaque semaine, il y a de nouvelles compétitions là-bas. Peu importe l’événement, le lieu reste le même. Cela peut être lassant pour les chevaux, qui ont besoin d’être stimulés et de ne pas faire toujours les mêmes choses. Lorsque j’établis le programme hebdomadaire de mes chevaux, je m’assure que chaque journée soit différente. Ils ne sont donc pas seulement montés en carrière : ils vont en balade, sur les pistes de galop autour des canaux, sur les champs de polo, etc. Nous essayons de leur proposer des activités variées pour leur bien-être, mental et physique. C’est important pour la proprioception qu’ils foulent différents types de sol. Cela leur donne aussi envie de travailler et ils prennent plaisir à le faire. Au-delà de cela, ils profitent évidemment de temps dehors, à être juste des chevaux. Argan est de robe grise, mais paraît complètement blanc visuellement - d’ailleurs nous l’appelons la licorne tant il ressemble à une créature magique. Chaque jour, après sa séance de travail, il va au paddock, sans couverture, sans rien. Et il en ressort complètement noir ! Plus il y a de boue, mieux c’est pour lui ! (rires) Mais cela me procure tellement de joie : je sais que c’est un rituel qui est important pour lui et qui le rend heureux. Lorsqu’on veut l’attraper au pré et qu’il a décidé que ce n’était pas le moment, il nous le dit clairement, mais quand il est décidé à rentrer, il attend sagement à la porte. Il faut simplement écouter ses chevaux et préserver la raison pour laquelle nous faisons ce que nous faisons. Argan et Landon (de Nyze, ndlr), un cheval que montait Kent Farrington (et qui est désormais associé à Mark Bluman, ndlr) sont les meilleurs amis du monde. À chaque fois qu’ils sont en concours tous les deux, ils se font du grooming. Ils ont un lien très particulier et je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi ils se sont choisis tous les deux, mais c’est ainsi. Les gens étaient choqués qu’on les laisse passer leurs têtes à travers leurs boxes, mais les chevaux sont des animaux faits pour vivre en troupeau. C’est important de préserver cet instinct grégaire chez eux. Il y a quelque chose d’incroyable dans la sociabilité des chevaux. Non seulement un cheval heureux sera plus performant, mais il vivra aussi plus longtemps. On fait ce sport parce qu’on aime les chevaux, alors à nous d’honorer ce qu’ils aiment.

Lorsqu'il n'est pas en compétition, Argan de Béliard aime profiter de... bons bains de boue ! © Mélina Massias

En dehors de l’univers équestre, vous adonnez-vous à d’autres activités s’il vous arrive d’avoir du temps libre ?

Lorsque j’ai du temps libre, je me repose beaucoup. (rires) J’adore également lire. C’est une échappatoire pour moi. C’était déjà un plaisir de lire lorsque j’allais en cours, car j’adore apprendre. Je passe autant de temps que possible avec ma famille, car je les vois peu. J’ai deux très jeunes nièces. Elles ne manifestent aucun intérêt dans les chevaux, ce que je trouve génial. Dans la vie, il faut faire ce que l’on aime soi ! Partager des moments avec ma famille compte beaucoup pour moi. Comme on l’a évoqué, en tant que cavalière je suis toujours en déplacement, toujours occupée, et on peut facilement perdre de vue ce qui compte vraiment. 

L'amazone américaine a conscience qu'il faut profiter de ce qui compte vraiment. © Mélina Massias

Photo à la Une : Engagée et passionnée, Lillie Keenan n'a pas peur d'utiliser sa voix à bon escient. © Mélina Massias