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“Pour avoir une chance à Lanaken, il faut des chevaux prêts, précoces et hyper compétitifs”, Jean-Baptiste Bihl (2/2)

samedi 8 octobre 2022 Mélina Massias

À Lanaken, l’émotion était palpable dans le clan de l’élevage de Vains. Venus avec trois chevaux, la famille Bihl et leur cavalier, Valentin Pacaud, ont plus que réussi leur pari. La prometteuse Garance de Vains, fille de la toute bonne Byzance de Vains et petite-fille de la gagnante en Grand Prix 5* Sixtine de Vains, alias Sarena, s’est classée à une excellente deuxième place lors de la finale des six ans. Toujours très disputés, ces championnats du monde réservés aux jeunes chevaux ont également permis à Héroïne de Vains, digne descendante de la crack Alanine de Vains, de s’offrir une place sur le podium de la consolante des cinq ans. Toujours sur son nuage, et avec une passion débordante, Jean-Baptiste Bihl est revenu sur cette semaine exceptionnelle, qu’il n’est pas près d’oublier. Second volet d’une interview en deux épisodes.

La première partie de cet entretien est à (re)lire ici.

Pouvez-vous revenir plus en détails sur les prestations de vos deux autres protégés, Héroïne de Vains et Heïdi de Vains ?

Héroïne a malheureusement concédé une faute à Fontainebleau le deuxième jour, alors qu’elle n’avait jamais fait tomber une barre de sa vie. Nous sommes donc allés à Lanaken avec l’envie de prendre notre revanche. Le premier jour, elle a déferré un obstacle avant de commettre une faute. Le lendemain, elle est sortie de piste avec un petit quatre points. Par conséquent, Valentin a décidé d'engager la consolante. Il tenait absolument à ce qu’Héroïne puisse prendre part à une remise des prix après sa super saison ; elle le méritait. Et ils ont terminé troisièmes ! Finalement, ils se sont un peu vengés (rires). Ensuite, Heïdi venait surtout pour prendre de l’expérience. C’est une jument sensible, mais qui avait aligné trois parcours parfaits à Fontainebleau. Le premier jour à Lanaken, elle commet une faute, avant de dérouler un parcours sans-faute le lendemain. Lors de la consolante, elle a achevé son tour avec huit points. Heïdi était un peu derrière Valentin, ce qui ne l’a pas aidé. Ce sont des choses qui arrivent, ce n’est pas très grave.

Heïdi de Vains et Valentin Pacaud à Lanaken. © Sportfot

Quelles sont les qualités d’Héroïne et Garance ? Quid de leurs caractères respectifs ?

Garance est un peu dans le même morphotype que Byzance et Sixtine. Sixtine semble avoir laissé sa trace et nous retrouvons beaucoup de similitudes dans le physique. Toutes trois restent de grandes et belles juments, avec beaucoup de rayons. Avec l’apport de Diamant de Semilly, Garance est un peu plus raccourcie, mais elle a gardé, comme ses ascendantes, un vrai respect. Sixtine, Byzance et Garance sautaient toutes très bien en liberté. Garance était précoce et on voyait qu’elle avait beaucoup de qualités. Le très, très haut niveau, reste différent, mais obtenir des performances comme celles de Lanaken nous ravit. Nous sommes très heureux de faire naître des chevaux comme cela.

Byzance de Vains, ici à l'Hubside Jumping de Grimaud sous la selle de François-Xavier Boudant, est une fille de l'excellente Sixtine de Vains, alias Sarena, et la mère de la vice-championne du monde des six ans. © Sportfot

Garance est adorable au box, on peut lui faire beaucoup de câlins. Byzance, sa mère, est un peu comme elle. En revanche, c’est une jument un peu stressée. Mais son stress ne prend jamais le dessus sur son respect : Garance ne veut pas toucher les barres. Et comme dit Valentin, une fois en piste, il n’y a plus de stress. Elle est concentrée et fait son travail. Le premier jour, en concours, elle peut être très, très chaude et foncer un peu trop vers les obstacles. C’est ce qui s’est passé au CIR le premier jour, où elle fait quatre points, avant d’être troisième le deuxième jour. À Fontainebleau, nous avons été confrontés au même problème le premier jour. Je craignais un peu que cela se reproduise à Lanaken, mais Valentin l’avait bien détendue avant l’épreuve, afin qu’elle soit aussi zen que possible. Au final, dès les premiers sauts au paddock, j’ai été rassuré : c’était la jument que je connais.

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D’après ce que me disait Valentin, Héroïne est plutôt fainéante à la maison. Elle a son petit caractère, mais n’est pas du tout méchante. Elle est un peu comme sa mère aussi, et, de temps en temps, lorsqu’elle n’a pas envie d’être dérangée au box, nous le fait comprendre. En revanche, c’est une vraie machine de concours ! Elle frappe le sol, presque trop tant elle est survoltée. Mais son énervement ne prend pas le dessus sur son respect non plus. C’est très intéressant. Elle n’oublie pas qu’il ne faut pas toucher les obstacles. En fait, elle est en quelque sorte débordée par son envie de bien faire. Elle a aussi énormément de sang. Nous avons de la chance, puisque le sang de nos souches ne se perd pas au fur et à mesure des croisements. Dès fois, on se dit qu’il faudrait peut-être trouver des étalons qui tempère un peu ce côté-là, parce que c’est parfois un peu compliqué pour nos cavaliers (rires). Comme dit souvent Arnaud Evain : “le sang, c’est comme l’argent : on n’en a jamais trop, l’important est de bien savoir s’en servir”.

Héroïne de Vains à quatre ans, lors de la Grande Semaine de Fontainebleau 2021. © Mélina Massias

Garance et Héroïne sont vraiment deux juments différentes, en piste comme au paddock ou à la maison, mais elles ont toutes les deux compris le principe du concours. C’est une super qualité et quelque chose qui ne s’apprend pas. S’ils l’ont, tant mieux ; sinon, ils ont beau avoir tous les moyens de la terre, cela peut être très frustrant.

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“À Lanaken, les cotes sont énormes”

Quel va être l’avenir pour Garance et Héroïne ?

Pour le moment, Héroïne n’est pas du tout sur le marché. Nous avons perdu un embryon de Mylord Carthago cette année et souhaitons la conserver pour continuer à réaliser des transferts d’embryons, parce que sa souche est top et que sa mère était simplement extraordinaire. Héroïne a des qualités. Sera-t-elle aussi bonne que sa mère ? Difficile à dire. Pour l’instant, elle n’est pas plus mauvaise au même âge.

Garance, elle, est vendue. Paul Schockemöhle l’a achetée après Lanaken. Nous sommes donc rentrés sans Garance, qui est restée sur place. Il n’y a qu’une personne qui s'est montrée intéressée pour l'achetée pendant la semaine. Comme elle n’est pas vraiment impressionnante, les gens ne se projettent pas forcément. Elle nous a été demandée en début de semaine, après son premier parcours. Nous avons envoyé des vidéos, puis elle a été essayée après la finale. Nous avions fixé un prix avant Lanaken, nous ne l’avons pas changé, et nous l’avons obtenu. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Nous avons connu tellement de désillusions avec d’autres chevaux que nous avons gardés, non pas parce qu’ils n’avaient pas les qualités que nous espérions, mais parce qu’ils se sont blessés, où qu’on n’a pas eu le bon cavalier au bon moment. Emmener un cheval à haut niveau est vraiment un tout.

Quel a été votre sentiment par rapport aux parcours proposés à Lanaken, notamment dans le championnat des six ans ?

L’an dernier déjà, lorsque j’avais reconnu le parcours des cinq ans, je m’étais un peu demandé ce que nous faisions là ! Les cotes sont énormes : ce sont des parcours de dingue à sauter. Cette année, pour la finale du championnat des six ans, il y avait l’équivalent d’un Grand Prix Top 7 à 1,40m ! C’est en tout cas ce que j’ai vu. L’épreuve était annoncée à 1,40m. Il n’y avait que des taquets plats, un bidet en faux pied, une rivière, un double en numéro douze, sur un tour qui en comportait treize… Pour avoir une chance dans une épreuve pareille, il faut vraiment des chevaux prêts, précoces et hyper compétitifs. Nous connaissions bien sûr les qualités de Garance et nous ne doutions pas de ses capacités, mais je n’aurais jamais cru qu’elle puisse terminer deuxième. Je me suis demandé si Valentin et Garance allaient réussir à affronter le parcours de la finale. La jument est tellement respectueuse et se donne tellement ! Quand on est au milieu du paddock, on voit tous ces chevaux qui sautent comme des malades. Ça en est presque choquant. J’ose le dire : beaucoup sont énormément préparés. Après, cela ne tient pas toute la semaine (rires). Le travail de Garance est naturel. Elle n’est pas impressionnante, elle fait son job et cela suffit.

Garance de Vains à Lanaken. © Sportfot

Mon père est dans les chevaux depuis plus de quarante ans. En général, avec l’expérience, il est toujours capable de voir sur quels obstacles on risque de rencontrer des difficultés, et il a très souvent raison. À Lanaken, la veille de la finale, nous partions pour assister aux ventes aux enchères de poulains qui sont organisées en parallèle et il m’a dit “franchement, je me vois au milieu de la piste demain avec le chèque”. Pour une fois qu’il disait quelque chose de positif, j'espérais vraiment que ça allait arriver ! Je crois que Valentin et la jument nous ont entendus (rires). C’était une performance incroyable. En fin de semaine, on nous a dit que Valentin et Garance étaient le seul couple français en finale, tous âges confondus. Je me suis dit que c’était fou. Nous avions quand même joué le jeu en emmenant Garance, mais aussi Héroïne, qui étaient respectivement sept et troisième du Top 100 SHF des six et cinq ans.

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De nombreuses nations prennent part aux championnats du monde des jeunes chevaux. Les plus grands absents sont peut-être les Français, qui ne semblent pas très friands de cette échéance. Comment peut-on l’expliquer ?

L’engagement coûte environ 600€, mais il est pris en charge par la SHF, qui rembourse cette somme. Finalement, il reste surtout les frais de concours à notre charge. Cependant, ce qui est dommage avec ce concours, c’est que les gains en épreuves sont très limités. Par exemple, Garance a été gratifiée de 25€ le premier jour en étant vingt-sixième, puis de 62€ le deuxième jour, où elle terminait douzième. Par contre, en étant sur le podium de la finale, là, les gains sont autrement plus conséquents (plusieurs milliers d’euros, ndlr). Mais avec huit points en finale, c’est comme si vous n’aviez rien fait ; vous restez dans l’anonymat le plus total. C’est ce qui est incroyable avec ce concours : vous pouvez passer de l’ombre à la lumière en un claquement de doigt. C’est vrai avec le sport en général et avec les chevaux, mais là, tout va encore plus vite.

Garance de Vains en sortie de piste à Lanaken. © Sportfot

“Fahrenheit de Vains est actuellement chez Grégory Wathelet”

À Fontainebleau, comme à Lanaken, il y avait un grand absent : Fahrenheit de Vains (Cornet Obolensky, ex Windows vh Costersveld x Qrédo de Paulstra). Comment se porte-t-il et à quoi va ressembler l’avenir pour lui ?

Fahrenheit est actuellement chez Grégory Wathelet. Nous connaissons Greg depuis un petit moment, puisque l’un de nos chevaux, Rio de Vains (Robin II x Narcos II), était en pension chez lui lorsqu’il était monté par Damien Plume. Nous avons considéré qu’il était le cavalier idéal pour notre cheval. Grégory monte très, très bien, et Fahrenheit lui convient bien physiquement. Nous avons repris contact avec lui un mois avant Dinard pour en discuter. Il a regardé des vidéos sur Facebook et nous a confirmé qu’il pouvait être intéressé. C’était aussi le bon moment, parce qu’il n’a pas beaucoup de sept ans (le Belge s’est également récemment séparé d’un de ses chevaux de tête, Iron Man van de Padenborre, ndlr). Il l’a essayé, a enchaîné un assez bon parcours à la maison juste avant Dinard, puis le dimanche, après le concours, il a mis Fahrenheit dans son camion et l’a ramené chez lui. Pour l’instant, ils ont fait deux concours ensemble. Il a hésité à l’emmener à Lanaken comme nous étions sur place, mais pour nous, cela n’était absolument pas une obligation, d’autant plus que Fahrenheit ne dispose pas d’une énorme expérience. Finalement, nous avons choisi de prendre notre temps, et Grégory a préféré enchaîner Opglabbeek après Bonheiden. Il avait prévu de lui donner un peu de repos, au moins jusqu’à Barcelone. Pour l’heure, tout se passe très bien. Grégory aime beaucoup le cheval. 

Le sublime Fahrenheit de Vains avec Valentin Pacaud, en 2021 à Fontainebleau. © Mélina Massias

Comme avec Alanine, nous tentons notre chance. L’étalonnage a toujours été un plus pour Fahrenheit et nous n’en avons jamais fait notre objectif majeur. Il sortait du lot, avait quelque chose, et étant donné son physique et son papier, les éleveurs lui ont rapidement confié beaucoup de juments. Désormais, place au grand sport. Nous verrons si nos espoirs se concrétisent ou non. Je crois en ce cheval depuis qu’il est tout petit. Nous espérons un jour voir l’un de nos chevaux tout en haut sportivement, tout en restant propriétaires. Ce sera peut-être Fahrenheit, ou pas. Il faut tellement de choses pour y parvenir : le bon cavalier, au bon moment. Nous adorons Grégory. Il a les pieds sur terre et est vraiment top. Dès que Fahrenheit est arrivé chez lui, il nous a envoyé un message, nous avons des nouvelles à chaque entrainement, des vidéos, etc. Cela ne lui demande pas d’énormes efforts, mais il sait que ça fait toute la différence pour nous d’avoir des nouvelles régulièrement. Nous avons profité de notre déplacement à Lanaken pour aller voir Fahrenheit chez lui. Finalement, nous avons parlé de tout, sauf du cheval ! (rires) Grégory est éleveur lui-même, donc nous avons discuté d’élevage, de bâtiments d’élevage, de ses nouvelles constructions, etc. Il mérite vraiment qu’on dise du bien de lui, parce qu’en plus d’être un super cavalier, c’est quelqu’un de très, très bien. À Lanaken, il a regardé Garance et Héroïne et nous avons pris un verre ensemble. Les valeurs humaines, l’altruisme et l’affect sont des choses qui nous tiennent à cœur. Nous étions très contents du travail qu’avait fait Nicolas Delmotte avec Alanine, mais il a beaucoup de chevaux en ce moment, et je ne sais pas si c’était le bon choix de lui confier Fahrenheit à ce moment-là. Nous sommes très franco-français, mais c’est le jeu. En théorie, Fahrenheit devrait désormais aller en tournée à Vilamoura, puis nous aviserons pour la suite du programme.

Désormais, Fahrenheit de Vains va poursuivre son évolution sous les couleurs belges portées par Grégory Wathelet. © Mélina Massias

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Photo à la Une : Valentin Pacaud et Garance de Vains au tour d’honneur. © Sportfot