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Oda Charlotte Lyngvær, un vent de fraîcheur norvégien venu illuminer l’hiver (1/3)

Tout au long de l'hiver, Oda Charlotte Lyngvaer a partagé sa joie et sa passion avec sincérité au cœur des pistes accueillant des étapes de la ligue d'Europe occidentale de la Coupe du monde Longines de saut d'obstacles.
Interviews vendredi 6 mars 2026 Mélina Massias

En février 2025, lorsqu’elles obtenaient leur premier classement dans un Grand Prix de la Coupe du monde, Oda Charlotte Lyngvær et Carabella vd Neyen étaient des quasi-inconnues. Aujourd’hui, un championnat d’Europe et quatre classements supplémentaires, dont deux deuxièmes places, au même niveau plus tard, les deux complices se sont fait un nom. Leur fraîcheur, leur entente et leur détermination ont illuminé l’hiver et fait d’elles l’un des couples à suivre de près dans les mois à venir. Du haut de ses trente-cinq ans, l’amazone norvégienne, mère de deux enfants, Nova et Matheo, était pourtant loin d’avoir un chemin tout tracé vers les sommets de jumping. Issue d’une famille qui n’avait rien à voir avec l’univers équestre, la dynamique et truculente Scandinave s’est donné les moyens de réaliser ses rêves, dont le premier était de pouvoir vivre de sa passion des chevaux. Passée par le concours complet dans ses années Poneys, avant de travailler en boîte de nuit pour parvenir à récolter suffisamment d’argent pour acheter une monture en mesure de l’accompagner dans sa progression, Oda Charlotte Lyngvær n’a jamais craint de saisir les opportunités qui s’offraient à elle. Installée aux Pays-Bas, au sein des écuries Hendrix, depuis plus d’une décennie, après avoir passé cinq années en Suède, elle entend désormais continuer de faire vibrer le public avec sa formidable fille de Carrera VDL, entre sincérité et sensibilité. Rencontrée au Jumping International de Bordeaux au début du mois de février, alors qu’elle était toujours en quête des derniers points qui manquaient à son compteur pour assurer son voyage vers le Texas en avril prochain, l’actuelle deux-cent-trente-troisième mondiale et deuxième meilleure représentante de sa nation a narré son histoire avec passion, et évoqué son système, sa philosophie et ses ambitions. Une rencontre à découvrir en trois épisodes.

Son émotion, à la fin de ses parcours parfaits à La Corogne, en décembre, puis à Helsinki, il y a quelques jours à peine, n’a laissé personne indifférent. Révélation de la saison hivernale, Oda Charlotte Lyngvær s’est brillamment qualifiée pour la finale de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles avec sa partenaire qui a tout d’une amie : Carabella vd Neyen (Balou, alias Carerra VDL x Lux). Deuxième de ces deux étapes, mais aussi classée à Oslo et Göteborg, la paire a quelque chose d’attachant qui s’explique peut-être par sa si belle entente et une part d’insouciance rafraîchissante. “Carabella représente tellement pour moi… Je suis toujours très émue en concours, ce que l’on peut constater en vidéo”, sourit la pétillante Norvégienne. “Mettre à profit toutes ces années d’apprentissage et sentir que ma jument ferait tout pour moi est merveilleux. Je sais qu’elle traverserait le feu pour moi. Ce sentiment est d’autant plus spécial pour moi quand je regarde mon parcours. J’espère que je ne perdrais jamais cela de vue. J’aime le sport, mais pas au point d’en oublier la raison pour laquelle je le pratique : ma passion pour les chevaux. À ce niveau, signer de telles performances peut devenir la norme et perdre en saveur pour certains. Si cela m’arrive un jour, je devrais prendre une pause. Dans ma conception des choses, ce sport doit être magnifique et procurer de grandes émotions.” 

Chaque nouvelle performance a une saveur particulière pour Oda Charlotte Lyngvær. © Maxime David - MXIMD Pictures

“Enfant, je ne courais pas comme mes camarades : je ne savais que galoper !”

Alors que les éclats de joie et l’extériorisation des sentiments semblent se raréfier en sortie de piste au plus haut niveau, Oda Charlotte Lyngvær, comme quelques autres, a rééquilibré la balance cet hiver. Il faut dire qu’à trente-cinq ans, la mère de famille vit un rêve auquel elle osait à peine songer il y a encore quelques années. “Lorsque j’étais petite, je vivais sur une île près d’Oslo, où il n’y avait aucun cheval. Aucun membre de ma famille ne connaissait ni n’avait d’intérêt particulier pour l’univers équestre. À l’origine, je n’avais vraiment rien à voir avec les chevaux”, rembobine la Norvégienne. Pourtant, l’un des premiers mots que la fillette prononcera sera : cheval. “Enfant, je ne courais pas comme mes camarades : je ne savais que galoper !”, reprend-t-elle dans un sourire. “En maternelle, je demandais aux autres enfants de se jouer les poneys. Je n’ai aucune idée d’où me vient cette passion, mais depuis toujours, je suis obnubilée par les chevaux.”

Sans vraiment en comprendre l'origine, la passion d'Oda Charlotte Lyngvaer pour les équidés a toujours brûlé en elle. © Collection privée

À peine âgée de trois ans, la jeune Oda réclame des cours d’équitation. Déjà bien consciente de l’intérêt dévorante de sa fille pour les chevaux, la mère de la jeune Scandinave la conduit une fois par semaine dans un poney club local, afin de lui permettre de faire connaissance avec les Shetlands qui y vivent et de découvrir les joies de passer du temps avec eux. “Je montais à poney une fois par semaine. Puis, quelques années plus tard, nous avons déménagé en dehors d’Oslo, ce qui m’a facilité l’accès à un centre équestre. Je pouvais prendre mon vélo pour aller aux écuries et y passer plus de temps. Et c’est ce que j’ai fait ! J’arrivais souvent avant que le soleil ne se lève et ne repartais qu’une fois la nuit tombée. À la moindre occasion, je voulais être avec des chevaux”, poursuit la trentenaire. 

N’étant pas issue d’un milieu particulièrement aisé, Oda savoure encore davantage la chance qui fut la sienne d’avoir son premier poney à onze ans. “Ma famille n’avait pas beaucoup de moyens, et encore moins pour acheter des chevaux. Mais ma maman m’a offert mon poney préféré du centre équestre où je montais. Cependant, nous n’avions aucun moyen de transport. Alors je l’ai monté durant deux heures, à onze ans, pour le ramener chez moi !”, s’amuse-t-elle. “Nous l’avons mis dans un pré prêté par ma tante, dont l’époux possédait une petite ferme et du terrain. Lorsque je repense à tout cela aujourd’hui, je me dis que c’était fou ! Mais tout était dicté par ma passion débordante.” 

"À la moindre occasion, je voulais être avec des chevaux", se souvient la trentenaire au sujet de ses débuts. © Collection privée



Du concours complet au saut d’obstacles, une formule éprouvée

Comme les légendes que sont Peder Fredricson ou Michel Robert, pour ne citer qu’eux, Oda fait ses gammes… en concours complet. “Tout le monde pratiquait cette discipline, et je pouvais me greffer au groupe de cavaliers de concours pour les accompagner, alors je me suis dit que j’allais aussi faire du complet”, résume-t-elle lucidement. Avec sa première ponette, la Scandinave connaît ses premiers succès et décroche même une médaille d’argent aux championnats nationaux, mais devient rapidement trop grande pour elle. Sa situation économique ne lui laissant guère le choix, Oda se sépare de sa précieuse alliée et croise la route de Nickolej. “Lorsque j’ai vu ce poney, je l’ai tout de suite adoré. Il était un peu fou, mais j’ai eu une connexion extraordinaire avec lui lorsque je l’ai essayé. Seulement, je n’avais pas les fonds pour l’acheter. Je suis allée voir chaque membre de ma famille pour leur demander de m’aider un peu, et j’ai fini par collecter assez d’argent pour acheter Nickolej”, déroule l’amazone, qui voit son aventure équestre prendre un nouveau tournant en 2006, lorsqu’elle et sa joyeuse troupe d’amis débarquent à Saumur, pour les championnats d’Europe Poney.

L'amazone a fait ses débuts en concours complet, comme d'autres grands noms du saut d'obstacles avant elle ! © Collection privée

Pour sa toute première apparition internationale - et la seule en concours complet - Oda ne fait pas les choses à moitié. À trois mois de son seizième anniversaire, la jeune fille s’envole sans ses parents, seulement entourée des membres de son centre équestre, pour vivre son premier rendez-vous continental, le tout après avoir vécu un stage de préparation dans les mêmes conditions. Dans le Maine-et-Loire, elle signe la meilleure performance de son escouade et se classe onzième en individuel. Alors qu’elle aurait dû être sur un nuage, la Norvégienne est vite rattrapée par la réalité.

“La période qui a suivi la fin de mes années Poneys a été très difficile”, avoue-t-elle. “Tous les autres cavaliers avaient déjà des chevaux qui les attendaient dans leurs écuries, tout en ayant toujours leurs poneys. Pour passer à cheval, j’ai dû vendre Nickolej. Lorsque j’y repense, c’est sans doute ce qui a été le plus difficile pour moi.” En plus de ses études, qu’elle poursuit par gage de sécurité et en accord avec sa mère, qui, en échange, l’aide autant que possible dans sa passion, qui s’oriente rapidement vers le saut d’obstacles, Oda se démultiplie pour gagner de l’argent. Elle trouve un emploi qui occupe ses après-midis, monte à cheval lorsqu’on le lui demande et travaille même en boîte de nuit les soirs, le tout dans le but de mettre de l’argent de côté et d’un jour accomplir son rêve : être cavalière professionnelle. “J’ai tout fait. À un moment donné, je me suis dit que ce rêve n’était pas pour moi, qu’il était hors de portée. Je me demandais comment je pourrais y parvenir si tout était si difficile”, confie-t-elle. Un jour, on lui suggère de quitter la Norvège pour ouvrir son champ des possibles et travailler avec les chevaux. “En Norvège, on peut éventuellement travailler dans un centre équestre, mais ce n’était pas mon rêve : je voulais monter à cheval”, martèle l’amazone, qui décroche un emploi en Suède. “J’ai adoré le temps que j’y ai passé. J’étais entourée de chevaux très normaux, qui n’évoluaient pas à haut niveau, mais je pouvais vivre de ma passion, et c’était mon rêve.”

À Helsinki, la Norvégienne avait toutes les raisons de sourire, quelques instants après avoir sécurisé sa place en finale de la Coupe du monde de saut d'obstacles ! © Maxime David - MXIMD Pictures

Un nouveau tournant aux Pays-Bas

Dans la réalisation de ses souhaits les plus profonds, Oda a pu s’appuyer sur plusieurs personnes. Mais une en particulier a forgé qui elle est aujourd’hui. “Beaucoup de gens ont compté dans mon parcours, mais je dois dire que ma maman est celle qui a eu la plus grande influence sur ma vie et ma carrière. Elle ne pouvait pas me soutenir financièrement, ce qui pourrait être un regret pour beaucoup, mais lorsque je regarde en arrière, je me rends compte de l’immense liberté qu’elle m’a offerte et de la confiance qu’elle m’a accordée dans chaque rêve que j’ai poursuivi. Elle ne m’a pas dit une seule fois ‘je pense que tu ne devrais pas faire ça’. Je l’appelais pour lui parler de mes plans, et elle me disait ‘ok, vas-y’. Elle me donnait le sentiment que je pouvais le faire. Cela m’a rendu globalement assez forte”, développe Oda. “Grâce à ma maman et à son soutien, je n’ai jamais remis en doute mes décisions, car elle ne me donnait aucune raison de le faire ! Je ne l’aurais peut-être pas dit lorsque j’étais jeune, mais aujourd’hui je le pense sincèrement : ma mère est mon idole.” Et de compléter : “Je pense aussi à mes entraîneurs en Norvège. Il y avait ceux qui étaient très réalistes et me faisaient travailler encore plus dur, mais aussi ceux qui m’ont fait croire en moi. Ceux-là ont été très importants à mes yeux, car je suis une outsider. Entendre de la bouche de quelques personnes que l’on va y arriver est très spécial.” 

Grâce à Carabella vd Neyen, la jeune mère de famille vit ses rêves grandeur nature. © Maxime David - MXIMD Pictures

Après cinq années de bonheur en Suède, la Scandinave croise la route d’une autre personne capitale dans son éclosion au sommet de son sport : Emil Hendrix. “Mon entraîneur suédois m’a dit qu’il avait parlé avec Emil Hendrix et que je devrais aller passer un week-end aux Pays-Bas, dans ses écuries. J’étais évidemment partante, car je me suis toujours dit qu’il fallait franchir chaque nouvelle porte qui s’ouvre. Je suis donc allée aux écuries Hendrix et, après un week-end, Emil m’a offert un poste en tant que cavalière ! Onze ans plus tard, voilà où j’en suis !”, apprécie-t-elle. Loin de ses racines natales, Oda a fondé sa vie aux Pays-Bas, auprès de celui qui deviendra bientôt son mari, Timothy Hendrix. “En quittant la Norvège, je ne connaissais rien d’autre. Je pense que si cela avait été le cas, mon départ aurait été plus difficile. Mais j’ai vécu en Suède, et je vis aujourd’hui aux Pays-Bas ; je n’ai jamais été attachée de façon irrémédiable à un seul endroit. Je me sens à la maison autant aux Pays-Bas et en Suède qu’en Norvège. Tant que je peux faire ce que j’aime, le reste ne me pose guère problème”, glisse la principale intéressée.

À mesure des expériences qui lui ont fait gravir patiemment les échelons jusqu’au plus haut niveau, Oda n’a jamais rechigné à monter les chevaux qu’on lui confiait. Bien au contraire. “J’aurais pu monter sur une vache !”, plaisante-t-elle. “Selon moi, on apprend et bénéficie de chaque nouveau cheval que l’on rencontre. Je n’ai jamais prêté une grande attention aux capacités des chevaux que j’ai montés. Qu’il soit très talentueux ou qu’il le soit moins ne m’importait pas : je voulais juste en profiter pour apprendre quelque chose. Je dis toujours que monter à cheval est comme une conversation : on ne sait jamais ce que l’autre peut nous enseigner. Lorsqu’on est en selle, on pose des questions aux chevaux et inversement, puis chacun répond à sa manière. Et, un peu comme avec les gens, chacun à sa propre manière de parler.”

Depuis onze ans, Oda Charlotte Lyngvær s'épanouit au sein des écuries Hendrix, où elle a rencontré son futur époux, Timothy Hendrix. © Sportfot

La deuxième partie de cet article sera disponible samedi sur Studforlife.com…

Photo à la Une : Tout au long de l'hiver, Oda Charlotte Lyngvaer a partagé sa joie et sa passion avec sincérité au cœur des pistes accueillant des étapes de la ligue d'Europe occidentale de la Coupe du monde Longines de saut d'obstacles. © Maxime David - MXIMD Pictures